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Gautier Serre (Igorrr) Par mail, 2017

Toujours aussi timide pour parler de sa musique en face à face, nous avons pu mettre la main sur Gautier "Igorrr" Serre pour discuter par mail de sa dernière tartine supplément houmous sortie chez Metal blade Records en juin dernier, Savage Sinusoid. Gautier a également beaucoup d'autres projets farfelus sur le feu, un qualificatif approprié selon lui.




Il y a un grand écart de style entre Maigre et Savage Sinusoid. Comment l'album s'est-il dirigé vers ça ? Naturellement ? Est-ce que tu considères que c'est une sorte de retour à ce que faisait Whourkr ?


C’est un grand écart oui, comme ma musique de manière générale je pense. Ca passe du Death Metal à la musique baroque en passant par la musique électronique et la musique Balkan, des fois j’aime bien creuser un style, des fois un autre, il y a de la bonne musique partout, dans tous les styles et tous les univers musicaux. Avec Savage Sinusoid, j’ai eu l’impression de retourner un peu aux sources de Whourkr oui, quelques fois, mais surtout de mes premières démos, Poisson Soluble et Moisissure, j’ai eu le même feeling en écrivant les morceaux et en les enregistrant. Après, je n’ai pas cherché à reproduire quoi que ce soit du passé, j’ai juste suivi mon instinct qui m’a fait faire cette musique, j’ai fait la musique que j’avais envie de faire, tout simplement.

Savage Sinusoid étant assez différent musicalement, a-t-il été composé d'une autre manière que tes précédents albums ?

Pas trop non, je compose toujours plus ou moins de la même manière, la difficulté supplémentaire sur Savage Sinusoid a été que tous les instruments ont été enregistrés au studio : les clavecins, les saxophones, les guitares classiques, les perçussions, les batteries, les basses, les sitars, les violons, etc… Alors que sur mes premiers albums, j’aimais bien reconstruire de vieilles pièces baroques en les samplant, non en les enregistrant. La manière de composer a donc été globalement la même, par contre, la logistique a été beaucoup plus compliquée : les intervenants du disque n’habitant pas tous en France, il a fallu pas mal d’organisation pour mettre tout ça debout. Prends le clavecin par exemple, on l’a fait venir de République Tchèque jusqu’au fin fond de l’Auvergne, où est situé le studio.

Comment vas-tu faire pour composer maintenant que ta poule Patrick est décédée ? (R.I.P)

Je ne peux plus composer, en effet, le cerveau derrière la musique d’Igorrr s’est éteint.
Non, en vrai, tu sais il me reste plein de rushes que j’avais enregistré pendant les prises de Chicken Sonata donc si je veux sortir une autre oeuvre de Patrick, je peux encore. Ce serait une oeuvre posthume.

Pourquoi avoir voulu faire l'album sans samples ? Tu avais peur de te faire emmerder par les ayants droits ?

C’était d’avantage une volonté personnelle de tout contrôler et tout choisir du début jusqu’à la fin. J’adore la musique baroque, je voulais en faire moi-même au lieu d’utiliser des samples, j’adore la musique des Balkans, je voulais aussi la produire moi-même pour ne pas utiliser de samples et le fait d’être à la base de toute la manière sonore m’a donné la possibilité d’expérimenter et d’exploiter plus d’idées. Regarde par exemple Va Te Foutre, aucun joueur de clavecin ne joue des trucs qui cassent les oreilles à ce point, je n’aurais pas pu utiliser de samples pour ça parce qu’il n’en existe simplement pas. Il y a aussi une question de son, je voulais utiliser des micros modernes avec un spectre très riche pour enregistrer ce clavecin. Dans le mix final, il prend une bien meilleure place à côté de riffs Death Metal et des parties Breakcore qui poutrent.



Peux-tu décrire comment tu travailles avec tes chanteurs : est-ce que tu les laisses libres dans l'élaboration des parties vocales ? Est-ce que tu es le seul décisionnaire pour déterminer quelle partie de la chanson sera chantée ou non ?

Avec Laure et Laurent, on se connaît bien à force, on sait dans quelle direction on veut aller et j’ai rarement de mauvaises surprises. Je leur laisse donc carte blanche, et si je vois que ça ne va pas totalement dans le bon sens, je les aiguille. Pour Travis Ryan (Cattle Decapitation) qui chante sur Savage Sinusoid aussi, j’ai dû par contre être assez directif. C’était la première fois qu’on faisait de la musique ensemble, j’ai dû, cette fois, tout bien expliquer.

Comment choisis-tu tes titres de chanson ?

Oui.

Vous allez faire une tournée en tête d’affiche. Est-ce que vous aimeriez tourner, mettons en première partie gros nom du Metal extrême ?

Pourquoi pas oui, après, on n’est pas un groupe de Metal extrême et le public est des fois un peu différent. Malgré le fait qu’on soit tous des metaleux dans le groupe, on ne rentre pas dans le cadre d’un groupe de Metal classique, et puis il n’y a pas de gros nom de groupe qui font de la musique comme la nôtre, c’est donc un peu délicat.

Ca te fait quoi d’être signé sur le label qui a sorti les premiers Slayer ?

En fait, je ne suis vraiment pas fan de Slayer, donc ça ne me fait pas grand chose d’être sur le même label. Par contre j’adore Cannibal Corpse, et du coup, je suis trop content de faire partie du truc.

Maintenant que tu es sur Metal Blade Records, est-ce que George Fisher répond à tes mails ? Il était trop occupé pour collaborer avec toi sur cet album ?

Ah, je sais pas je ne lui ai pas écris, mais j'imagine que oui, il me répondrait. Au moins pour me dire qu'il est trop occupé à jouer à Warcraft pour enregistrer avec moi (rires). Je ne l'ai pas contacté non plus pour Savage Sinusoid, mais j'enregistrais avec Travis Ryan, qui est sur Metal Blade Records aussi avec son groupe Cattle Decapitation. C'est vrai que maintenant qu'on est sur le même label, il est possible que je croise George un jour, j'en profiterais pour lui demander si il kiffe le baroque et le Breakcore.

La rupture avec Ad Noiseam a l'air de s'être faite de manière non amiable. Tu peux raconter ce qui s’est passé brièvement ?

Ad Noiseam ont cessé leur activité et n’ont prévenu personne. Pendant des mois et des mois, ils ont continué a recevoir de l’argent des acheteurs sans rien envoyer en retour, ni nous tenir au courant. On a fait ce qu’on a pu pour aider les gars qui voulaient se faire rembourser, mais au final, ça à mis tous les groupes en difficulté, et il y a eu un grand manque de respect du label envers nous. On est en train de faire le nécessaire pour represser les anciens albums, mais ça met beaucoup de temps, et avec Savage Sinusoid et la tournée, on est très très pris.




J’ai cru comprendre qu’aujourd’hui, tu considérais Poisson Soluble et surtout Moisissure, comme des démos. Tu as changé d’avis ?


Oui, je les vois un peu comme un "document" de l’époque, la musique est très rude et n’a pas vraiment sa place en tant qu’albums je pense.

Tu as sorti une deuxième version de My Chicken Symphony. Est-ce que tu te verrais sortir un "Poulet Ep" composé uniquement comme ça ?

J’y travaille. (rires) Je ne sais pas si ça sortira un jour, mais il y a quelques idées en plus qui sont en cours d’élaboration. Et puis comme je disais plus haut, j’ai pas mal de rushs, Patrick a été généreuse en notes vu qu’on a été généreux en graines.

Il y a un passage chiptune à la fin de Houmous. Est-ce que tu te considères influencé par la musique de jeu vidéo ? Raconte la collaboration avec Aymeric de Pryapisme.

J’aime bien la musique de jeu vidéo oui, mais je ne pense pas qu’elle m’influence.
Avec Riko, je suis arrivé chez lui avec une partition midi de Houmous, et je lui ai demandé de faire passer ça dans sa Nintendo, on a fait quelques modifs pour l’adapter aux meilleurs sons de sa console et on a tout enregistré, ça s’est fait assez vite au final. Une après-midi pleine de chats et de 8 bits.

Qu'est-ce qui a motivé l'ajout d'une batterie à l'album et à ton live band ? Est-ce que la décision a été influencée par The Algorithm ou Carpenter Brut qui t'ont précédé là-dessus, votre point commun étant que vous êtes tous plutôt orienté MAO sur scène ?

En fait, je voulais essayer d’enregistrer une vraie batterie sur ce nouvel album pour une question de son et de groove, je voulais marier le son acoustique d’une batterie avec les sons électros du Breakcore. J’étais en contact avec Sylvain Bouvier déjà pour d’autres projets, et puis le courant est tellement bien passé, humainement et musicalement que je lui ai demandé de jouer les parties de Savage Sinusoid. Au final, j’ai eu l’impression d’avoir trouvé le batteur du projet Igorrr, tout simplement, on a fait quelques tests en live avec tout le monde et puis c’était parti !

La prochaine étape "logique" serait de prendre un guitariste live, peut-être que tu y retournes comme dans Whourkr ? Ou ajouter un autre instrument ? (orgue, clavecin...)

C’est prévu. Après, garde à l’esprit qu’avec Igorrr, on ne fait pas de la Pop ou de la House, c’est un groupe de passionnés de musique qui fait de la musique hors normes, faire venir beaucoup de monde sur scène est plus compliqué. Si jamais tu vois un gratteux ces prochaines années en live avec nous, c’est que le groupe est devenu plus connu ! Mais on a déjà trouvé qui jouerait les guitares en live. On va voir comment le Savage Tour va se passer, et s’il y a suffisamment de monde aux concerts, ça rendra les choses sans doute possibles. Après, pendant le Savage Tour, il y a l’accordéoniste qui nous rejoindra sur deux ou trois dates.



L'album est court. Est-ce qu'il y a des chansons que tu as éliminées au moment de choisir ce qui serait sur l'album ?

Non, je n’ai rien enlevé et rien rajouté, l’album a été enregistré comme je voulais qu’il soit, il n’y a pas eu de mauvaise surprises ou de décisions au dernier moment. Juste un morceau qui est resté au stade de maquette parce que je n’ai pas encore trouvé le truc qui lui donnera tout son sens.

Tu as récemment composé la musique du film Jeannette avec Nils Cheville. Peux-tu raconter ce projet s'est goupillé, et comment la collaboration s'est passée avec Nils et le réalisateur Bruno Dumont ?

En gros, Bruno m’a demandé de faire du "Igorrr",  et il m’a dit que j’avais carte blanche. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, c’était la première fois pour Nils et moi que nous nous lancions dans un projet aussi fou. Il m’a expliqué que c’était un film musical, et que le sujet du film était Jeanne D'Arc. Je lui ai dit que je n’aimais pas les films musicaux et que Jeanne D’Arc est un des trucs qui m’inspire le moins au monde, c’est sur cette base qu’on est parti. J’aimais bien ce challenge d’essayer de rendre le truc potentiellement le plus inintéressant possible pour moi, en un truc qui ait du sens. C'est un film de presque deux heures, et j'ai demandé à Nils Cheville (Corpo-Mente et Pryapisme) de m'épauler sur ce projet. Pour ma part, tout mon travail s’est déroulé avant le tournage. En gros: je me suis retrouvé avec un texte indigeste de Charles Peguy à mettre en musique et à faire chanter par de petites filles dont j’ignore la tessiture et qui n’ont jamais vraiment chanté de leur vie. Il fallait que la musique me plaise, qu’elle plaise à Bruno, et qu’elle rentre dans tous les autres critères que le film imposait. Faire chanter des textes lourds de sens et lourds de sonorité sur de la musique complexe par de très jeunes actrices non professionnelles qui n’ont jamais chanté, tout en dansant, et avec aucune retouche possible. Le film est au final une sorte de miracle musical plein d’imperfections, qu'il m'était interdit de retoucher : en effet Bruno a voulu garder le son direct tout du long.

Tu as été invité par The Algorithm sur son dernier album. Et le résultat est finalement peut être un peu moins farfelu que ce qu'on aurait pu imaginer. Comment ça s'est passé ?

C’est cool ça comme mot : "farfelu".  Si tu le répètes plein de fois d’affilé, ça sonne bizarre. Avec Rémi ça s’est très bien passé, il m’a envoyé les pistes séparées d’un de ses morceaux que j’ai déconstruit puis reconstruit pour lui renvoyer pour qu’il le déconstruise et le reconstruise à nouveau, c’était cool.


Tu m'avais parlé d'une collab avec Napalm Death il y a deux ans. Ca n'a finalement pas abouti ?

Oui, on a fini le morceau il y a déjà un petit moment, mais il faut croire que tous les labels n’ont pas le courage de Metal Blade Records. Il y a des saxophones de John Zorn également dedans et pas mal de trucs Breakcore. Je crois que les labels flippent un peu de sortir des trucs qui ne ressemblent pas à du Metal traditionnel.

L'artwork par Valnoir a une esthétique qui se démarque assez des autres albums. Voulais-tu manifester le changement d'orientation musicale graphiquement ? Comment as-tu travaillé avec lui ?

On a essayé pas mal de trucs avec Valnoir, et le coté épuré / baroque / boule organique est vraiment ce qui passait le mieux avec son style sur notre musique, c’est ce qui avait le plus de sens.

Quels sont les albums que tu as beaucoup écouté dernièrement, Metal ou autre ?

Récemment, j’ai pas mal écouté Gabi Luncă, pas forcément un album en particulier mais mes playlists tout album et live confondus. Aussi Coal de LeprousVladimir Bozar 'n' Ze Sheraf Orchestär et Damnation And A Day de Cradle Of Filth.


Quelle nouvelles pour Corpo-Mente ?

On a une vidéo live quasi finie qu’on aimerait publier sur youtube, un live à Yerevan (en Arménie). On attend que la tempête Igorrr passe un peu, on est très pris par tout ce qui se passe en ce moment, bien plus que prévu, et on la postera ensuite.

Neredude (Octobre 2017)

Interview par Neredude (Facebook)


Photos : Svarta Photography ©
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