Obey The Brave Trix Anvers, le 05/11/2016

Interview faite avec Alex et Jon d'Obey The Brave dans leur loge qu'ils partagent avec Fallujah. Cette interview a été enregistrée en aftershow et les organismes de tout le monde ayant souffert, il a été nécessaire de reformuler quelques passages par soucis de lisibilité et de compréhensibilité. Alex étant parfaitement bilingue, certains passages de l'interview ont été faits en français, d'autres en anglais.

Quel effet ça fait de faire partie du Never Say Die Tour avec les plus grands noms du Deathcore ?

Alex : On se fait de nouveaux amis sur la tournée, ce qui compte pour nous, et on tourne avec des amis qu'on a déjà donc ça le fait.

Scott (de Fallujah) : Des nouveaux amis comme Fallujah ?

Alex : Oui ! Des amis avec de beaux cheveux longs et soyeux, pas comme nous autres cranes rasés à casquette. (rires) Sinon la tournée est bonne et ça fait plus d'un an qu'on n'était pas venu en Europe donc ça fait plaisir d'être ici, c'est rafraîchissant et motivant pour un groupe comme nous. En plus on fait un nouveau set avec de nouvelles chansons, donc il va encore nous falloir un concert ou deux avant de vraiment se l'approprier, on voit de l'amélioration tous les soirs et on y prend de plus en plus de plaisir.

Jon : Oui, la qualité de la restauration nous avait manqué. En général la bouffe qui nous est servis en Europe est fantastique. On est vraiment reconnaissants aux organisateurs de s'occuper si bien que ça de nous.

Alex : On a fait des festivals bizarres, par exemple on a joué devant dix mille personnes à Taïwan et les mecs nous ont filé un paquet de chips à bouffer. Donc la qualité de l'hospitalité et de la nourriture ici est géniale. Au dessus de tous les autres endroits à travers le monde.

Jon : La bière est fantastique ici (NDLR : Anvers). Terry, en a d'ailleurs fait les frais ! (rires)

Vous êtes un groupe plutôt nouveau, créé en 2012, quelle est la genèse ?

Alex : On était tous dans des groupes avant celui-ci, et on a tous arrêté en même temps. On se connaissait tous par la scène canadienne.

Jon : Alex était dans un groupe canadien, moi dans un autre, et on avait déjà fait des dates ensemble, même des tournées, donc nos chemins s'étaient déjà pas mal croisés. Et le moment étaient venus pour nous de jouer ensemble je pense. Miguel et moi sommes partis de notre groupe précédent (NDLR : Blind Witness) et Alex venait de quitter le sien (NDLR : Despised Icon), et les choses nous paraissaient logiques.

Alex : On avait déjà tous eu des groupes orientés Death, c'est notre cinquième, sixième peut être même septième formation pour certains et on voulait faire un peu différemment, c'est comme ça qu'est venu l'idée d'Obey The Brave.

Jon : Je dis souvent amusé, que faire un groupe de Hardcore était sur la liste des trucs que je devais faire dans ma vie. C'est un style que nous aimons tous et on n'avait jamais encore eu l'opportunité d'en faire vraiment donc c'était une belle opportunité pour nous, et ça nous a permis d'aller dans des endroits dans lesquels on avait jamais pu aller avant.

Alex : (en français) Je voyage à travers le monde avec mes meilleurs amis, on joue de la musique, c'est notre passion, c'est ce qu'on aime le plus faire, alors on surfe sur la vague tant qu'on peut.

Vous avez pour l'heure sortis deux albums, Young Blood en 2012 et Salvation en 2014, le troisième arrive bientôt donc ?

Alex : Oui, en fait… Pour faire bref, c'était un moment très long et compliqué pour nous … Malheureusement on a du réenregistrer l'album complètement… Je ne sais pas si on peut déjà dire pourquoi mais…

Jon : En fait, on s'est fait voler… Pour parler franchement. On a payé pour enregistrer un album avec un producteur réputé en Floride, du coté d'Orlando qui a déjà enregistré des groupes très connus. On est allé deux fois en Floride et au début c'était très étrange avec le gars, on se savait pas trop sur quel pied danser avec lui et il faisait des trucs bizarres, mais bon, on n'avait à ce moment là aucune raison de douter de lui. Mais au bout d'un certain temps en insistant on s'est focalisé sur nos morceaux et ce qu'on savait faire et on à réussit quand même à trouver nos marques avec lui. On a commencé à avoir de bonnes relations de travail et à obtenir même un résultat fantastique. Sauf qu'un jour on n'a plus eu de nouvelles de lui, il ne répondait plus aux appels, aux mails, il a coupé les ponts.

Alex : Même quand le label appelait il ne décrochait pas, il a complètement coupé les ponts. Il a juste prix l'argent que le label avait donné pour l'enregistrement et ne nous a jamais rien donné en retour sur ce qu'on avait enregistré. Il a complètement disparu sans nous avoir donné ne serait-ce le moindre rush de nos pistes. Après je peux comprendre qu'il traversait une passe difficile, mais il nous l'a fait à l'envers quand même ! Enfin bref, tout ça pour dire qu'on a eu une expérience merdique qui nous a fait perdre un temps fou et c'est pour ça qu'on n'est pas venus en Europe avant. Mais cet album qui va venir on en est fiers parce qu'il y a eu ces complications, on a du l'écrire, l'enregistrer, le réenregistrer...

Jon : Oui on est fiers à 100 % de cet album qui va sortir, revenir encore en Europe et être plus actifs pour nos fans. On fera lorsque le temps sera venu une explication officielle de tout ça, mais aujourd'hui on te le dit exclusivement pour toi.

Alex : Oui, on ne voulait pas perdre trop d'énergie avec tout ça et plutôt s'appliquer sur la musique plutôt que la polémique. Le plus important c'était de faire cet album. Autre chose qui me vient en tête, j’étais en train de lire des trucs sur facebook et internet aujourd'hui et je suis tombé sur un groupe qui a lancé une "gofundmecampaign" ( NDLR : campagne de levée de dons pour enregistrement d'album) en disant "donnez plus d'argent ou on arrête le groupe" et je trouve ça extrêmement paresseux et malhonnête de leur part. Je ne veux pas les juger mais faire la manche en ligne comme ça et inspirer la pitié des fans sur internet je trouve ça minable. On ne pratique pas ce genre de choses et je suis fier de moi et de mes amis car on a réussi à manœuvrer plutôt  bien dans une situation de merde. Ça a testé nos limites et notre implication dans le groupe, je pense qu'à un moment ou un autre on s'est chacun dit "A quoi bon ?" Mais on en est ressortis grandis. On est en Belgique aujourd'hui, on boit de la bière, on joue des nouvelles compos, on rencontre des nouveaux gens et c'est la raison pour laquelle on est toujours là.

Vous avez des textes aussi bien en français qu'en anglais, comment vous est venue l'idée ?

Jon : Pour faire simple, on vient du Canada et c'est un pays avec deux langues officielles, comme la Belgique en fait. Et on a une large partie de nos fans qui est francophone donc on s'est dit qu'en tant que groupe canadien on devait aussi faire des textes pour eux. C'est traditionnel chez nous en fait, là-bas tout est en bilingue… Quand il y a un discours officiel, quand tu vas voir un match de hockey, l'hymne nationale…

Alex : (en français)  Au Québec tout est en français ou dans les deux langues, tu ne verras jamais un truc seulement en anglais. C'est culturel. C'est ma langue maternelle, je pense que je mets une petite dose de sincérité en plus quand je m'exprime dans ma langue maternelle, j'ai un vocabulaire plus enrichi en français, de sorte que d'un point de vue artistique c'est intéressant également et encore une fois l'anglais c'est le langage universel, c'est comme ça que je m'exprime avec mes boyz, c'est comme ça qu'on se comprend mais c'est important pour moi, ça fait partie de mon identité. Regarde, là on est en Europe on s'en va au Luxembourg, on était en Belgique aujourd'hui, on va en Suisse, on a trois dates en France et c'est fun d'avoir cet aspect là en commun avec vous, avec toi, je suis en Europe depuis quatre jours, c'est la première fois que je parle en français depuis que je suis ici et ça me fait du bien.

Jon : en fait c'est aussi bon pour nous parce que ça nous fait profiter de tout un tas de fans francophones au niveau international.

Mais entre vous, vous ne parlez qu'anglais ?

Alex : Souvent quand on est en pleine tournée il y a des jours ou je ne parle que français et ils comprennent entre 85 et 90 % de tout ce que je dis. Ils répondront probablement en anglais, mais ils comprennent.

Jon : Au Canada ce n'est pas une langue étrangère et c'est quelque chose qui ne se retrouve nulle part ailleurs à travers le monde. Au Canada le moindre truc que j'achète, comme un paquet de pâtes, est écrit en français et en anglais. Donc que ce soit ta langue maternelle, que tu sois bilingue ou non, tu comprends parce que ça fait partie de ta vie de tous les jours.

Alex (en français) : Oui et ce soir c'est parce que c'est une date de tournée avec plein de groupes donc on fait un set très court par respect pour que tout le monde puisse s'exprimer mais sur le prochain album il y aura deux chansons en français sur douze, alors une fois de temps en temps, on se gâte !

Et vu que t'as pas l'accent québécois quand tu chantes, tu peux confirmer une bonne fois pour toutes que quand vous parlez,  vous vous foutez de nos gueules à nous Français ?

Alex : (rires) non pas du tout !

Jon : En plus Alex n'as pas d'accent canadien quand il parle anglais.

Alex : C'est vrai, c'est parce qu'avec Despised Icon, on était très souvent aux Etats-Unis plus qu'au Canada, et j'ai pris l'accent américain quand je parle anglais au lieu de l'accent canadien. Ça m'a posé quelques problèmes d'ailleurs parce que de temps en temps lorsqu'ils parlaient anglais canadien, ils ont une sorte de patois que je ne connais pas et je ne comprenais pas ce qu'ils disaient entre eux. Et il m'a fallut un bon six mois pour comprendre toutes les subtilités de ce qu'ils disaient. En fait il y a la même distinction entre l'anglais québécois et le français québécois quelque part. Donc je comprends ta remarque sur l'accent !

L'année dernière vous faisiez partie de l'Impericon Fest au Bataclan, à peine quelques jours avant ce qu'il s'y est passé. Comment avez-vous réagit quand vous avez vu l'horreur du 13 novembre ?

Alex : C'était une catastrophe totale, on a fait exactement la même date quelques semaines avant Eagles Of Death Metal, et quand c'est arrivé je suis resté devant les informations toute la journée et la nuit tellement je n'arrivais pas à croire ça et parce que j'étais choqué. J'étais en tournée avec ma copine sur l'Impericon Fest et c'est horrible ce qui aurait pu lui arriver. C'est comme ça que Dimebag est mort. Bon même si c'est pas non plus exactement les mêmes circonstances, mais ce genre de merdes ne devrait jamais arriver. La musique n'est pas sensé provoquer ce genre d'assauts et de déferlement de haine.

Jon : Oui en plus on a un souvenir tout particulier de ce jour au Bataclan car notre tournée a rencontré une autre tournée, celle de The Ghost Inside, qui sont nos potes, et du coup c'était une journée vraiment fantastique. Et réaliser qu'un truc aussi horrible s'est produit dans un endroit dans lequel tu étais récemment et où tu t'es tellement éclaté… Tu vois même si c'est loin de nous, et qu'on n'a pas eu de proches directement touchés, ça nous a quand même affectés parce que quand t'es en tournée, la scène ça devient une seconde maison … et voir au Canada toutes ces images de massacre à la tv, ça m'a retourné … Ces choses arrivent de plus en plus … et de plus en plus près de nos appartements …  J'habite avec ma femme dans le centre ville d'Ottawa, juste à quelques blocs du parlement fédéral et il y a eu une fusillade il y a quelques mois. J'étais avec ma femme chez moi quand c'est arrivé et comme elle passe souvent devant, je n'ai pas pu m'empêcher d'imaginer le stress que j'aurai eu si elle n'était pas là avec moi …  Donc j'ai une grosse pensée émue pour Eagles Of Death Metal, les groupes qui jouaient avec eux, et leur famille à tous et les épreuves qu'ils ont enduré.

Alex : On passe par Paris plus tard dans la tournée et on s'est posé la question de savoir si on allait dire un mot ou non, mais autant on est très concernés et affectés par ce qu'il s'est passé, autant on ne veut pas faire de la récupération avec ce qui s'est passé, vous l'avez vécu directement, pas nous, et on ne veut pas faire du buzz ou profiter d'un drame pour nous autres.

Quel est votre album préféré de Thy Art Is Murder et pourquoi ?

Alex : On n'a pas d'albums d'eux… Mais on apprécie énormément les voir jouer, toutes les vidéos qu'ils sont mises en ligne sont excellentes

Jon : on avait déjà joué avec eux avant, et humainement, ça a tout de suite fonctionné. On passe beaucoup de temps avec Lee sur la tournée et on s'entend tous très bien. En plus Nick qui remplace C.J. était le chanteur de Molotov Solution, et on avait tourné ensemble, Despised IconBlind Witness et Molotov Solution par le passé, donc le retrouver ici c'était extrêmement cool.

Alex : Oui, comme quoi le monde est petit, et c'est vraiment fun que ça se passe comme ça et c'est un groupe fantastique qui dégage vraiment une aura particulière sur scène. En plus ils viennent d'Australie et crois moi, les gens qui n'ont jamais été dans le milieu musical australien ne pourront jamais comprendre à quel point c'est dur pour un groupe comme eux de percer là bas. Il faut bosser dix fois plus dur que n'importe quel groupe américain pour réussir. Ils méritent vraiment tout ce qui leur arrive. Je me rappelle avoir tourné avec eux en Australie avec Despised Icon, et je me rappelle m'être dit, putain, ces mecs sont des dingues ! Je leur ai dit il n'y a pas longtemps, j'avais parlé d'eux à Century Media pour qu'ils les produisent, et ils ont répondu "Non, ils sont trop violents, ça ne marchera pas." Et aujourd'hui ils sont la en co-tête d'affiche avec Whitechapel et il n'y a personne d'autre qu'eux qui le mérite.

Pour la dernière question on échange les rôles c'est vous qui allez poser une question aux lecteurs de Metalorgie.

Alex (en français) : Je suis malheureusement de moins en moins famillier avec le rap francophone, dans le temps j'écoutai les classiques, Fonky FamilyIam etc. Comme je disais je suis un peu moins connecté maintenant, je ne connais pas les nouveaux artistes que je devrais checker et qui font partie de la francophonie, alors ce serait ça ma question, je sais que c’est plus un site metal, alors y'en a surement plusieurs d'entre vous qui vont dire Fuck Off, mais voilà ! (rires)

A vous de répondre à Alex d'Obey The Brave et merci à eux pour ce moment spécial en leur compagnie.

Maxwell (Novembre 2016)

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Commentaires

MaxwellLe Vendredi 25 novembre 2016 à 21H43

Slaughtear > une cinquième interview dans la soirée aurait été très compliquée à réaliser niveau timing et préparation. De plus je n'ai pas aimé du tout le dernier Fallujah et comme je ne suis ni hypocrite ni irrespectueux, il m'aurait été difficile de réaliser une interview intéressante pour les lecteurs. Ceci dit les membres de Fallujah sont très cools =)
J'en profite pour te transmettre les remerciements d'Alex.
Merci de lire Metalorgie ! ;)

slaughtearLe Mercredi 23 novembre 2016 à 21H12

Super interview, c'est dingue ce qu'il dit sur le producteur véreux de leur album... Sinon vous en avez profité pour faire une interview de Fallujah, du coup? ;)
Pour répondre à Alex, je lui conseille La Canaille, Vald, Kerry James, MC Circulaire, mais aussi Kaaris et PNL, parce qu'ils ont des supers chansons, quoi qu'on en dise.

EukaLe Jeudi 10 novembre 2016 à 19H49

La cinquième Kolonne <3