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Noyades Par mail

Alors que leur premier album Go Fast est disponible depuis peu et qu'ils viennent de sortir d'une tournée française, nous avons pu poser plein de questions à Noyades, alors qu'ils profitaient d'un doux repos.

Hello Noyades. Comment allez-vous, qui êtes-vous, que faites-vous et que pensez-vous de l’élevage du mouton Lincoln Longwool dans la société anglaise ?

Cyril : Salut, enchanté ! On est un trio psyché/noise instrumental de Lyon, et on vient de sortir notre premier album Go Fast. Mais quitte à rentrer directement sur les sujets polémiques, je t'avoue qu'on est quand même plus branchés par le style des bovins Highland Cattle que par l'élevage des moutons.

Au vu de votre nom, Noyades, on pourrait s’attendre à quelque chose de plus lourd, plus sombre. Et pourtant, le patronyme ne reflète pas l’ambiance de votre musique. D’où cela vient-il ?

Vince : Pour nous, on n'y voit rien de létal en fait. Y’a rien de métal dans l’esprit ! C’est plutôt l’idée de l’immersion. Perdu en haute mer, dans la tempête ou en eaux calmes. Je pense que le nom colle au coté psyché qu’on essaye de développer dans notre zik. Noyé oui, dans le son.

Cyril : Oui voilà, c'est vraiment cette idée d'immersion totale qui nous intéresse. Un truc assez marrant à propos du nom s'est passé avec notre label basé à Taïwan, Kandala Records. Ils ont voulu traduire le nom du groupe en chinois, mais au départ ça donnait quelque chose comme « peine de mort par noyade », ce qui nous a assez surpris, de l'envisager comme ça. Pour moi c'est vraiment à ce moment là que je me suis demandé ce que je mettais derrière ce nom. Et donc plutôt le fait de se retrouver happé par une masse sans possibilité de remonter, avec l'adrénaline qui afflue quand ce genre de situation arrive, qu'on perd pied ou que nos mouvements deviennent erratiques et désespérés pour essayer de s'en sortir.

En 3 mots, comment définiriez-vous « Go Fast » ?

Vince : C’est très émo mais je dirais « tempête de sentiments ». Mais j’dis ptetre ça parce que je viens juste de regarder Into The Wild et que j'me sens bien cheesy.

Cyril : Arf, je suis très mauvais pour les formules en peu de mots... Mais pour continuer sur ce que disait Vince, je ressens aussi un côté un peu lyrique sur certains moments, derrière tout ce flot continu de son.

Jessy : "Le Speed Acid", souvent ce qui ressort après les concerts quand on discute avec des personnes c'est que ça joue à fond, souvent, et qu'il y a un côté acid dans certains sons, certaines couleurs.

L’artwork me fait énormément penser à The Dark Side of The Moon, dans un registre totalement déconstruit. Quelle est la symbolique derrière cela ?

Vince : Quand je l’ai vu chez Sylvain (aka Synckop, notre graphiste surdoué) la première fois, j’ai vrillé, je l’ai trouvé magnifique, et les autres aussi quand ils l’ont découverte plus tard. Je trouve que c'est un très beau compliment pour lui, que cette pochette puisse évoquer une des dix étant les plus mythiques du rock. L'iridescence, perso, ça m’a toujours vachement marqué et attiré, et ça me rappelle aussi des trucs.
On est super fiers d’avoir pu obtenir ce visuel. Il n’y a pas vraiment de symbolique, si ce n’est qu’on voit tous un lien entre cette explosion de couleurs et notre musique.

Cyril : Je ne sais pas si on peut parler de symbolique précise pour cette pochette mais en tout cas c'est clair qu'elle nous a tous parlé dès le début, et je pense que c'était vraiment ce qu'on recherchait. Surtout, qu'elle ne laisse pas indifférent et ne soit pas rattachée trop précisément aux codes visuels d'un style particulier.

Jessy : Je vais rejoindre les deux autres là-dessus avec tout de même une vraie correspondance à notre musique dans les mouvements. Je vois une grosse explosion de couleurs, mais une explosion contrôlée.

Vince, on avait pu échanger un peu sur l’album ou tu indiquais qu’il s’agissait d’un disque qui était essentiel pour toi. Quelle signification a-t-il pour toi ?

Vince : C’est juste le meilleur projet que j’ai eu. On s’éclate super bien. On peut rester enfermés 10 jours dans la bagnole en racontant juste de la merde et faire le rock le soir, on rigole toujours comme des débilos jusqu’à la fin. On n’a pas les mêmes âges, Cyril et oim on a quasi 10 ans d’écart par exemple, mais on s’en fout, ça nous traverse même pas l’esprit, on est comme les doigts de la main.
Et pour la musique, monter un truc dans lequel tu peux rassembler en une entité toutes les influences et fantasmes de chacun des membres, j’avais jamais osé penser que je pourrais rencontrer les gens pour pouvoir faire ça.

Le disque sort sur une pléthore de labels. Comment s’est passé le travail avec chacun d’eux ?

Vince : Très bien ! Mortel même. Le disque a été soutenu et financé par des labels, distros et gens super. Kandala Records sont les plus investis, un label de musique expé qui est basé à Taïwan, un pote commun à fait l’intermédiaire pour nous mettre en contact, ça les a grave chauffé et let’s go quoi. S.K et Rejuvenation sont des labels français, les 2/3 de Noyades sont dans S.K, alors on a fait un peu de trafic d’influence, héhé.
Greg de Rejuvenation nous a super soutenu financièrement, et aussi de la plus belle et efficace des manières en faisant de la promo dans son réseau et en nous aidant à boucler notre tournée, en trouvant les day off les plus durs... un saint je te dis ce mec.
Sinon, Atypeek le distrib de S.K, les distros/labels Jungle Khôl, Degelite et WV Sorcerer (Chine) ont aussi grandement contribué à rendre le truc possible. Et notre ingé son et producteur Hugo Pernot a co-financé le mastering. Que des gens géniaux on te dit !!

"Les titres nous permettent de donner un point d'accroche dans la musique, mais restent suffisamment vagues pour rester ouverts à l'interprétation. "

Je retrouve des éléments psyché qui me font penser à The Mars Volta, notamment sur certains titres comme « No Other Grave Than the Sea ». Est-ce que ce groupe fait partie de vos influences ? En fait, j’ai l’impression d’une sonorité très 70’s dans l’approche.

Vince : Alors, si tu veux parler de Blixsen et Omar Rodriguez t’es à la fois au bon et au mauvais endroit. Perso j’ai beaucoup aimé quelques morceaux de De Loused In The Comatorium, ils m’ont perdu ensuite... Jessy aime les premiers je crois, car il a été bien marqué par John Theodor. Cyril n'en a jamais écouté une minute.
Après, Jessy et moi on est tous les deux fans absolus de At The Drive In, comme tout le monde quoi !! On a découvert ce point commun tout bourrés ultra comprimés contre la scène au Freakshow 2014 devant le concert de Coilguns. On avait l’impression de voir Cedric Blixsen au chant. C’était d’enfer.

Cyril : C'est vrai que The Mars Volta est une comparaison qui nous revient souvent, il faudra quand même que j'en écoute un album un de ces quatre ! Après durant notre dernière tournée des gens du public nous ont aussi cité des trucs aussi variés que Tangerine Dream, Rush ou encore Van Halen après notre concert, donc je ne sais pas trop comment le prendre, haha. Je préfère me dire que c'est une façon pour eux de relier notre musique à un groupe qui les a fait triper à un moment donné, et dans ce sens c'est super encourageant !

Jessy : Bon je ne peux pas mentir je suis un gros fan de ce groupe (TMV). Je vois exactement ce que tu veux dire sur "No Other Grave Than The Sea", en particulier sur le pont du milieu. Pour le côté 70's ça revient souvent, c'est vrai, et quand on en parle entre nous on est souvent étonné. Je pense que les gens entendent souvent par "Musique 70's", grosses jam psyché et tout ça, un peu comme le fond des groupes comme Earthless ou Radio Moscow aujourd'hui. Ce qui est étrange c'est qu'on n’a jamais cherché à se rapprocher de cette scène que ce soit par le son ou la compo. Je pense que ce qui pousse les gens à faire le comparatif est le titre "Reflects", c'est long, ça improvise, c'est fort…Pour le reste du set je ne trouve pas.

J’ai eu la sensation d’une approche un peu religieuse, qui m’a amener à vous lier à OM, sur « Sidi Abderrahman », avec cette même rythmique de base, un peu à la manière de Wyatt E. et son Mount Sinai / Aswan. Comment est venue la création de ce titre ?

Vince : C’est assez marrant comme histoire. On trainait chez Cyril et on faisait les cons sur l'ordi à ralentir des prises démo qu’on avait fait. Et puis d’un coup on est tombé par hasard sur un plan super linéaire qui donnait un truc marrant avec le changement de son et la vitesse divisée par deux. C’était tout depitché, les cymbales avaient un son trop stylé. Du coup on s’est dit « hé venez on fait un morceau à la France » (le trio vielle/basse/batterie), avec une seule note à la basse, qu'on fera tourner super longtemps en essayant de créer une hypnose. Pour le disque, on voulait le jouer plus vite puis ralentir la bande pour avoir cet effet qu'on avait entendu sur l'ordi. Finalement, au moment du studio, ça a foiré, le résultat était à chier sur bande, haha. Alors Hugo a eu la bonne idée de nous proposer de laisser tomber pour garder les prises plus rapides sans les ralentir, et ça a donné le résultat qui est sur le disque.

Cyril : C'est vrai que ce morceau peut avoir un certain côté solennel avec ces sons continus. C'était justement l'idée, avec un petit clin d'oeil à la musique drone (que j'écoute et pratique un peu dans d'autres projets) et aussi au bourdon des musiques trad. Après il y a des délires un peu moins sérieux dessus, comme par exemple le break principal où on module le morceau pour le relancer à la sauce « variété française ». Mais pour garder la face on a utilisé le procédé à l'envers, tout descendre un demi-ton en dessous pour avoir cette relance un peu bizarre.

Jessy : Ce qui est génial c'est que le basse/batterie ne change que très peu pendant plus de la moitié du morceau, du coup à la moindre intervention ça donne un coup de matraque hehe. Le côté religieux/mystique est parfait avec ce morceau car il parle d'une petite île à Casablanca que j'ai visité. C'est un des endroits les plus étrange que j'ai vu, il y a des sorcières, des fous, etc. Certains Marocains sont très superstitieux et refusent d'en approcher…Ce morceau serait une bonne bande son lors d'une visite…

"On a fait un peu de tuning sur les morceaux au fur et à mesure des concerts et des sessions de boulot mais je pense qu’ils sont bien proches de leur version bêta. "

A mon sens, le titre le plus intéressant de l’album est « Reflects ». Sur pas loin de 17 minutes, vous abordez vraiment différents ambiances. Quelle approche avez-vous lorsque vous composez des morceaux aussi longs ?

Vince : Sur ce titre là c’est assez simple, y’a des points de rendez-vous, et entre chacun d'entre eux on improvise plus ou moins. C’est notre morceau le plus vieux donc au fur et à mesure c’est devenu très structuré, et maintenant il y a très peu de différences sur ce morceau d’un concert à l’autre.

Cyril : Oui voilà, en fait on est partis d'une partition graphique assez simple (plutôt un déroulé qu'une partition d'ailleurs) et ça nous a permis ensuite de travailler sur des parties plus précises à mesure qu'on le maîtrisait de mieux en mieux.

Pouvez-vous préciser un peu le choix de ces titres de morceaux ? Entre le nom d’une montagne du Népal (« Macchapucchare ») et le fantasme de n’importe quel fan de Nanard (« Bear Rider »), il y a du chemin.

Cyril : En fait on effectue toujours ce choix après avoir composé nos morceaux, et non avant de commencer à composer. Le plus souvent ça vient de toutes les histoires invraisemblables qu'on peut se raconter quand on se voit, de choses qui nous ont marqués, ou même de petites références musicales comme sur Réplique, dont le riff d'ouverture utilise la même technique de delay court que le morceau d'un certain trio instrumental bien connu... Les titres nous permettent de donner un point d'accroche dans la musique, mais restent suffisamment vagues pour rester ouverts à l'interprétation. Par exemple Bear Rider, qui a l'air assez débile au premier abord, pour nous il évoque surtout le merchandising d'Etat de la Russie sous Poutine, avec certains t-shirts dont Vince sera heureux de vous parler après un concert, haha.

On a l’impression d’un véritable road-movie sur « Go Fast ». Quel film y associeriez-vous ?

Cyril : Vu que ma culture cinématographique est environ égale au néant absolu en dehors de quelques obscurités, je crois que je vais laisser les collèges répondre à cette question...

Jessy : Over The Top, Commando, Terminator…Non sérieusement les rares fois ou on a le temps de mater un film entre nous c'est souvent (toujours) des gros films d’intello de Van Damn, Schwarzy ou encore Stallone…Peut-être que tout ça à influencé notre musique au final, hehe.

Vince : ouah t’exagère, l’autre jour on a maté Wrong Cops, c’était trop bien ! Mais ouais désolé, si tu voulais parler Tarkowski ou Pasolini t’as pas frappé à la bonne porte.... En vrai, j’aimerais bien te dire qu’on s’auto-évoque Easy Rider ou Las Vegas Parano mais…non. Par contre, quand on enregistrait, le stagiaire du studio nous a dit qu’il trouvait Reflects, le morceau de 15 minutes, bien graphique, et que ça lui faisait penser à Breaking Bad. Et en y repensant, le désert, les coups de pression, le camping car, tout en filtres jaunis….je trouve que ça marche. Ca m’a fait très plaisir.

Je me suis presque perdu à l’écoute de « Go Fast ». Le disque est très complexe, presque trop. N’avez-vous pas peur de perdre des gens au fil des morceaux ?

NON.

On s’était vus il y a quelques mois lors d’une date au Mans. Est-ce que vous aviez déjà testé ces morceaux ? J’imagine qu’entre les premiers essais et la version finale, ils ont eu le temps d’évoluer.

Vince : Ouaip, absolument tout testé. On n’a pas écrit un album. On a écrit un set de 40-45 minutes et après on l’a foutu en boîte. On a fait un peu de tuning sur les morceaux au fur et à mesure des concerts et des sessions de boulot mais je pense qu’ils sont bien proches de leur version bêta.

Vous avez enregistré au Studio Davout, là ou des artistes de tous horizons ont capté leur son (de The Cure à Sheila, en passant par Serge Lama et Lou Reed). Pourquoi ce lieu, et comment s’est passé le choix de Hugo Pernot ?

Vince : T’oublies Roberto AlagnaTrustBlack MDiams….et énormément de classique, jazz etc…les Talking Heads etc…histoire de ouf.
En fait c’est plutôt Hugo qui nous a choisis. Sans lui, on n’aurait jamais enregistré dans ce lieu. On vient du même bled, on se connaît depuis longtemps, il bosse depuis un moment là-bas et je crois que ça faisait longtemps qu’il voulait faire enregistrer un projet de potes avec des moyens de studio de variétés. C’était de la grosse frappe, on a chacun mis toute notre âme là dedans. Lui espère bosser avec d’autres projets bien cools pendant que le studio est toujours là !

Dans la liste des questions cons, est-ce que Noyades est du genre à boire de l’eau ? De plus, quelle est la meilleure bière pour vous ?

Cyril : Je crois que nos différences de styles se retrouvent aussi là-dedans, haha. Perso je suis plus kombucha, gingembre fermenté et Arizona Tea sur les aires d'autoroute. Après il faut avouer qu'on a une certaine obsession commune pour la découverte de bières dont le prix se situe en dessous d'un euro le litre... mais pas forcément pour le meilleur.

Vince : y’a un mysticisme pour la Maximator chez Jessy. Moi je te dirais la Kro 7.2 ou la 8,6 Extrême, la Graffenwalder, la Burgbier, on se refuse jamais une petite Kellegen ou Königsbier...Dis-toi qu’on a déjà tapé des records de likes et que le community manager de la page Facebook de Amsterdam nous réponds quand on commente ses publications…

Jessy : La bière…Je rajouterais qu'on cherche aussi la plus forte et racée, ce n'est pas rare que j'échange avec Vince quelques MMS de bière à 14%, trouvées à l’Intermarché de Pontcharra sur Turdine..

Euka (Novembre 2016)

Un grand merci à Vince, Jessy et Cyril pour leur temps et leur convivialité lors de leur passage au Mans.

Crédit Photo :
- Première photo par V. Catel et T. Benveniste
- Seconde photo par Bérénice Trésorier
- Dernière photo par le Batofar

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