Simone Simons et Mark Jansen (Epica) Hotel Alba Opera, Paris, le 30 juin 2016

Avec The Holographic Principle, Epica nous propose un album ambitieux et moderne. Pourtant, cet album marque également une orientation nouvelle pour le groupe, qui n'a cette fois eu recours qu'à de vrais instruments pour toutes les parties orchestrales, la modernité se retrouvant dans le thème abordé tout au long du disque. Afin d'en savoir plus, nous sommes donc allés poser quelques questions à Simone Simons et Mark Jansen...




The Holographic Principle ressemble à un concept album...

Mark : Oui, mais ce n'en est pas un à proprement parler. Il y a une simplement une thématique commune !

Tu peux développer un peu l'histoire que vous racontez dans l'album ?

Mark : La ligne rouge de l'album est la réalité virtuelle, qui est maintenant accessible à tous avec la commercialisation de masque ou casque hi-tech. En quelques instants, tu te retrouves au coeur d'un jeu-vidéo ou au milieu d'un monde fantastique. Il y a encore des imperfections mais si le développement de cette technologie continue au même rythme, on ne distinguera bientôt plus la différence. Et si tu finis par ne plus savoir dans quel monde tu te trouves, tu peux commencer à te poser des questions sur l'existence même du monde censé être le monde réel ! Ce n'est peut-être que la sous-couche d'une réalité bien supérieure. C'est donc ça, le point de départ de toutes les paroles de l'album, avec quelques petits écarts, de ci de là.

Comment se sont passés la composition et l'enregistrement de The Holographic Principle ?


Mark : Très bien ! On a eu beaucoup de chose à faire en très peu de temps et, même si le mixage a pris une semaine de retard, Jacob Hansen étant tombé malade, tout s'est déroulé sans encombre.

Ce n'est pas été trop compliqué de réussir à sortir un nouvel album aussi vite, avec toutes les tournées que vous avez faites ?

Mark : Oui, c'était un peu de la folie !
Simone : Dans ce groupe, on a la chance d'avoir cinq compositeurs, ils peuvent trouver l'inspiration à n'importe quel moment et du coup on ne se retrouve jamais à court d'idée au moment de rentrer en studio ! Ça nous a déjà sauvé la mise. Et puis, à l'ère du digital, il y a toujours moyen d'avoir un ordinateur à portée de main pour s'enregistrer. Tout le monde a un peu un rôle qui lui est attribué, composition de la musique, écriture des paroles, des choeurs... Et on bosse souvent à l'arrière du tour bus.
Mark : Et même en avion ! (rires)
Simone : C'est vrai oui, on a de petits instruments qu'on peut avoir en cabine !
Mark : Un petit clavier.

C'est autorisé en vol ?

Mark : Oui, c'est vraiment tout petit. Après c'est vrai que les gens nous regarde bizarrement (rires).

J'ai l'impression que The Holographic Principle a un son plus agressif, plus moderne. Est-ce que c'est quelque chose qui s'est joué au niveau de la composition ou de la production ?

Mark : Déjà le point le plus important est que dans cet album, il n'y a que de vrais instruments, ce qui lui donne un côté plus réel, concret. Ça n'a plus rien à voir avec l'utilisation de samples. Après j'ai l'impression que le mixage tel qu'il a été fait met vraiment les guitares en avant, ce qui donne à l'album cette touche moderne comme tu dis.

C'est vrai que l'album démarre sur les chapeau de roue avec Edge of the Blade et A Phantasmatic Parade, qui sont des morceaux très rapides, très entraînants et accrocheurs, avec des riffs de guitare bien costauds. Vous êtes arrivés comment à ce résultat ?

Mark : Tout a commencé dans notre home studio et comme Simone t'a dit, nous sommes cinq compositeurs dans le groupe. Généralement je commence toujours à travailler sur un clavier, mais là je me suis mis de suite sur la guitare, histoire d'avoir une approche nouvelle. Isaac lui travaille toujours sur sa guitare au départ. Puis on s'assied ensemble et on joue les uns les autres nos idées et on fait une première sélection. On en laisse plein de coté et on bosse le reste en répétition, on affine, on ajoute des arrangements... Et c'est celui qui a amené l'idée qui garde le dernier mot en cas de désaccord, mais bon, on arrive souvent à trouver un compromis avant d'en arriver là (rires). Après ça, on passe à la phase de démo, c'est un très long processus en fait...
Simone : Notre producteur, Joost van den Broek, a été d'une grande aide, il était impliqué dans la conception de l'album dès le stade des démos, il prenait le temps de s'entretenir individuellement avec chaque compositeur, de bosser sur les chansons jusqu'à la phase de mixage, de nous aider sur le chant, Mark et moi... Il finissait par connaître les chansons sur le bout des doigts et on lui faisait confiance à 100%, quant à son jugement, il sait rester objectif. C'était un peu notre baby-sitter (rires).
Mark : C'est important de pouvoir compter sur quelqu'un d'honnête. Quand ce n'est pas bon, il le dit et c'est bien qu'il le fasse. Il ne nous a pas ménagé "ça, c'est pas assez bon. Ça non plus..." Et il jetait tout (rires)

Ça vous est arrivé d'être en désaccord avec lui ?

Mark : 99% du temps je suis d'accord avec lui, on est sur la même longueur d'onde tous les deux donc c'est assez facile pour moi (rires).

Nofx a sorti il y a une dizaine d'années un album qui s'appelait 45 or 46 Songs That Weren't Good Enough to Go on Our Other Records, vous devez avoir assez de matière pour sortir un album similaire avec les titres mis de côté ?

Mark : En fait là, on a vraiment bossé chaque chanson - et il y en a un paquet - comme si elles allaient toutes faire partie de l'album. Ensuite on a dû choisir lesquelles seraient sur l'album et cela n'a vraiment pas été simple. Par contre, on trouve que les chansons qu'il nous reste sont trop bonnes pour ne devenir que des bonus tracks, donc il va falloir qu'on réfléchisse sérieusement à ce qu'on va en faire ! Ce serait dommage qu'elles finissent simplement en bonus sur des éditions japonaises ou autre...

En parlant de choix difficile, vous savez déjà quelles sont les chansons qui sortiront en single ?

Simone : Oui, on a déjà tourné les trois vidéos, mais je ne peux pas t'en dire plus. Il y a une lyric video qui sortira avant l'album (NB : Universal Death Squad, mise en ligne le 29 juillet dernier), un single qui sortira conjointement avec l'album (NB : Edge of the Blade, mis en ligne le 9 septembre) et une dernière vidéo début 2017.

Vu le thème de l'album, avez-vous eu l'idée de filmer un concert ou un clip compatible VR ?

Simone : Hmmm...
Mark : À vrai dire, on vient de le faire...

Oh merde, je suis donc en train de spoiler un de vos prochains clips...

Mark : (rires) Bonne intuition !
Simone : Tu lis dans nos pensées ou quoi ? (rires)



Est-ce que la chanson Beyond The Matrix est une référence au film Matrix ?

Mark : Au départ non, mais forcément en avançant dans l'écriture, il y a des similitudes qui m'ont frappé et c'est indéniablement en raison de la thématique. Mais il n'y a aucun problème avec ça, c'est vraiment un de mes films préférés !
Simone : Par contre, A Phantasmatic Parade est, elle, vraiment inspirée par le film Matrix. Ça parle de deux mondes entre lesquels tu ne peux pas choisir et tu finis par perdre prise et ne plus savoir lequel est la réalité, et tu te retrouves coincé entre les deux !

Sur Divide And Conquer, on peut entendre le sample d'un flash info qui parle de la Lybie. Quel en est le sens ?

Mark : C'est un sujet compliqué à résumer. En fait ça m'a toujours dérangé dans les news de voir l'occident présenté constamment comme venant en aide aux habitants de ce pays, alors qu'en vérité ce n'était pas le cas. Kadhafi traitait bien son peuple, la situation n'y était pas pire qu'ailleurs. J'ai surtout l'impression que, sous couvert de vouloir imposer des valeurs démocratiques à ce pays, les occidentaux y sont en fait allés pour essayer de s'accaparer les ressources naturelles, que Kadhafi s'y est opposé et qu'il en a payé le prix fort. Je suis favorable au principe de non ingérence et, surtout, il faut arrêter de piller les ressources naturelles des pays du Sud ! C'est quelque chose qui me dérange beaucoup. D'où le titre de la chanson, diviser pour mieux régner, car il est plus facile de dominer un pays après y avoir amené le chaos.

Y-a-t'il des guests sur l'album ?

Mark : Il y en a un paquet, si tu vois ce que je veux dire, avec tout l'orchestre symphonique ! (rires) Mais je pense que tu voulais savoir s'il y avait des guests...

Vocaux, oui !

Simone : Il y a la fille de Coen qui chante sur Eidola, la piste d'intro de l'album, c'est la voix de petite fille qu'on entend au milieu du morceau.

Simone, suis-tu un programme particulier au niveau vocal quand arrive le moment d'enregistrer un nouvel album ?

Simone : Je m'exerce déjà beaucoup au moment d'enregistrer les versions démo des chansons. Quand les chansons sont encore des "bébés", on se contente de suivre les lignes mélodiques en chantant des paroles farfelues dessus, le temps que les paroles définitives soient écrites, puis on réenregistre le chant avec les vraies paroles. C'est donc à la fois une façon d'entraîner sa voix mais aussi d'apprivoiser les chansons, de les maîtriser avant d'arriver en studio. Cela me permet de plutôt me concentrer sur la technique vocale que sur les paroles ou la mélodie. Après j'échauffe ma voix tous les jours, je fais des exercices et je me chante les chansons. Les chansons sont toutes différentes, il y en a où je chante tout le long, d'autres où je n'ai que quelques passages.

Et toi Mark ?

Mark : Je me suis bien échauffé au niveau des grunts tout au long de la tournée qui a précédé l'enregistrement. Le résultat est toujours meilleur quand tu peux pratiquer au moins un peu tous les jours. Si tu restes un mois sans chanter, le résultat ne sera pas très bon (rires). J'ai enregistré toutes mes parties vocales directement après notre tournée en Australie, j'avais un peu peur que le décalage horaire à rattraper pose problème, mais ça a été.

Comment avez-vous choisi l'orchestre qui vous accompagne sur le disque ?

Mark : C'est notre producteur, qui travaille très souvent avec des orchestres et qui travaille même pour le Roi des Pays-Bas, qui s'en est chargé. Il connait donc beaucoup de monde et il connait surtout les bonnes personnes pour ce type de boulot ! Car ce n'est pas évident, la plupart des musiciens classiques ne sont pas habitués à jouer au clic, ils ont l'habitude de jouer des concertos, des opéras, de façon libre. Il était donc très important d'avoir des musiciens chevronnés dans cet exercice. Il connait de tels musiciens, donc on l'a laissé réunir toutes les personnes qu'il estimait compétente pour cette tâche.

Dancing in a Hurricane contient des mélodies orientales, d'où vous-est venue l'idée ?

Simone : C'est notre claviériste Coen qui l'a composée. Quand on a organisé les premières séquences d'écoute auprès de journalistes, beaucoup nous ont dit que cette chanson leur faisait penser à Star Wars (rires). Les paroles parlent des réfugiés de par le monde et en particulier des enfants qui sont obligés de quitter avec leur famille des zones de guerre, qui se retrouvent déracinés de leurs origines, de leurs cultures. En tant que mère, cela me touche encore plus. On se repartit toujours les chansons avec Mark pour l'écriture des paroles et avec celle-là, j'ai tout de suite senti une connexion, comme si j'avais déjà les paroles en moi. Après pour le coté oriental, tu peux le retrouver sur nos premiers albums, mais c'est quelque chose qu'on avait un peu mis de côté par la suite.

En parlant de ça, j'ai vu que vous aviez invité Myrath pour l'Epic Metal Festival.

Mark : Oui c'est un groupe qu'on apprécie beaucoup, d'autant plus quand on sait les difficultés qu'ils rencontrent en Tunisie pour continuer à jouer et à sortir d'aussi bons albums, j'ai beaucoup de respect pour eux. On a beaucoup de chance pour ça en France ou aux Pays-Bas. Donc ils méritaient vraiment d'être à l'affiche du festival.

Vous devriez jeter une oreille à Acyl, qui sont des amis à eux. C'est un groupe algérien basé à Paris qui mélange groove metal et instruments traditionnels. Ils ont tourné avec Dark Tranquillity il y a 2 ans et vont jouer avec Ihsahn en fin d'année.

Mark : Ça m'a l'air très intéressant ! Il va falloir que j'écoute ça. J'aime beaucoup les musiques traditionnelles, enfin, pas toutes ! Celles d'où je suis originaire sont assez horribles (rires).

L'Epic Metal Fest marquera aussi la release party de The Holographic Principle, avez-vous prévu un set spécial, avec des musiciens additionnels ?

Mark : Ah, c'est un festival, il y a déjà beaucoup trop de chose à gérer pour penser à ça ! Mais j'espère qu'on pourra prochainement refaire un concert avec un orchestre symphonique à nos côtés. Avec les nouvelles chansons, ça serait génial !

Comment se passe la sélection des groupes à l'affiche de l'Epic Metal Fest ?

Mark : C'est nous qui choisissons avec l'aide de notre manager. On discute des groupes qu'on aimerait avoir, on cherche les groupes disponibles et on essaie de trouver un line-up qui plaise à tout le monde. C'est notre festival, c'est normal qu'il n'y ait que des groupes qu'on apprécie, sinon ça n'aurait aucun sens.

Comment êtes-vous organisés pour l'édition brésilienne de l'Epic Metal Fest ?

Mark : Ils ne travaillent pas de la même façon que nous au Brésil, on a donc un promoteur sur place, quelqu'un que je connais depuis dix ans et en qui j'ai une totale confiance, il s'occupe de tout.

Votre tournée européenne se terminera à Paris avec le concert prévu au Zénith le 4 février 2017. Est-ce que l'on peut s'attendre à quelques surprises du coup ?

Mark : Pour cette tournée, on travaille sur une très grosse mise en scène, on aura un camion de matos en plus, car on aura des jeux de lumières spéciaux cette fois. C'est un lourd investissement, très coûteux, mais ça vaudra le coup ! Dans notre première vidéo vous aurez une idée de ce à quoi vous pourrez vous attendre, il y a des indices, mais il y aura aussi plein de nouveautés par rapport à tout ce qu'on a pu faire avant. Ces lights sont encore au stade de prototypes, tu ne les trouves pas dans le commerce, donc ça devrait vraiment être exceptionnel.

En parlant de concerts, c'est un peu la polémique du moment : Que pensez-vous des spectateurs qui passent le temps à photographier et/ou filmer pendant les concerts ?

Mark : Chacun choisit de vivre comme il le souhaite le concert auquel il assiste. Les gens ont payé leur ticket et doivent pouvoir faire ce qu'ils veulent. Je trouve ça triste de mon point de vue, même si, plus jeune, j'ai moi aussi pris en photos les groupes que j'allais voir en concert. C'est l'instant présent qu'il faut vivre. C'est comme pour les vacances, il y a des gens qui passe leur temps à tout prendre en photo et ce n'est qu'une fois rentrés chez eux qu'ils apprécient leur voyage, en voyant leurs photos. C'est bien de se créer des souvenirs, mais il ne faut pas oublier de vivre et de profiter !
Simone : Il y a des pays où les gens ont vraiment un comportement extrême et tu te retrouves sur scène face à un océan de flashes, où tu ne distingues plus aucun visage. C'est sympa quand les gens font ça sur des ballades pour remplacer les briquets, mais parfois ça va si loin que c'est presque un manque de respect envers les groupes. Tu es dans une salle, au milieu d'un concert, il faut ressentir l'énergie qui circule et ne pas rester le nez collé sur un écran ! Il n'y a pas longtemps, un mec a filmé tout notre concert avec son ipad, il cachait la vue à tout un tas de gens derrière lui. Après c'est vrai qu'il y a beaucoup de personnes qui cherchent sur internet des photos ou des vidéos des groupes, qui pourraient devenir fan de ton groupe après l'avoir découvert comme ça. Et puis il y a aussi des gens qui n'ont pas les moyens matériels ou financiers pour se  rendre aux concerts, ça leur permet d'en profiter. Il y a donc vraiment deux visions de la chose, soit interagir avec son smartphone, soit interagir avec le groupe et le public.
Mark : Le mec avec son ipad, c'était un vrai sketch ! On lui a dit à un moment "tu ne veux pas profiter du concert ?" Il a arrêté de filmer pendant quoi, 30 secondes (rires). Après si tu ne gènes personnes en faisant ça, je n'y vois pas d'inconvénients.

Pour finir, qu'en est-il de votre implication au sein de Mayan ?

Mark : Je crois bien que plus personne d'Epica n'en fait partie. On a tous progressivement quitté Mayan afin que le groupe stabilise son line-up sans avoir à se soucier d'Epica. Epica est notre priorité et du coup Mayan en pâtissait et c'était d'autant plus dommage que le dernier album avait vraiment reçu un très bon accueil. Là au moins, le groupe peut partir en tournée sans devoir attendre qu'on soit disponibles.

Grum (Septembre 2016)


Merci à Valérie et Nuclear Blast pour nous avoir organisé cet entretien.
Merci à Zbrlah pour l'aide apportée dans la préparation des questions.

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Commentaires

ZbrlahLe Jeudi 15 septembre 2016 à 12H45

Mais de rien ! :-)