Phil Rind (Sacred Reich) MetalDays, Tolmin (Slovénie), le 25 juillet 2016

Il y a le Big Four composé de Metallica, Slayer, Megadeth et Anthrax. S'il avait fallu désigner un second cercle de quatre groupes, aucun doute, Sacred Reich aurait trôné aux côtés d'Exodus, Testament et Death Angel. Certainement sous-estimé, ce groupe originaire de Phoenix n'a pas rencontré tout le succès qu'il aurait mérité, mais a réussi à atteindre un statut de groupe culte et rare au fil des années. Après une reformation en 2006, le groupe est apparu à deux reprises à l'affiche du Hellfest, mais il aura fallu aller jusqu'en Slovénie au Metaldays pour réussir à s'entretenir avec Phil Rind, fondateur, chanteur/bassiste et compositeur du groupe, afin qu'il nous éclaire sur le passé du groupe et son parcours.

Depuis que vous vous êtes réformés, combien de fois vous a-t-on demandé si vous aviez un nouvel album en préparation ?

À chaque fois ! (rires)

Bon ok, je ne te poserai pas cette question alors... En fait, si ! Pourquoi alors n'y a-t-il toujours pas de nouvel album ?

Pour la plus simple des raisons : Nous n'avons pas de nouvelles chansons !

Pourtant, vu comment le monde part en couille, il y a matière à écrire de nouvelles chansons ?

Oui mais non ! Tu sais, ça fait vingt qu'on a sorti notre dernier album, alors peut-être qu'il y a des gens qui se disent qu'après tout ce temps, on devrait avoir de nouvelles idées mais je te le répète : On n'a pas de chansons ! Si on en avait, peut-être qu'on les travaillerait pour en faire quelque chose. Je ne te cache pas que c'est quelque chose qui nous est passé par la tête, mais je ne pense pas que les fans souhaitent entendre de nouvelles chansons de Sacred Reich, et si certains le pensent, ils ne doivent pas réellement le penser ! Si on en venait à faire un nouvel album, je ne pense pas qu'il réussirait à combler les attentes des fans. Et puis sortir un nouvel album signifierait repartir en tournée, ce que l'on ne fait plus. Ça ferait énormément de choses sur lesquelles il faudrait qu'on bosse ! Mais oui, si on avait de nouvelles chansons on se dirait très certainement "eh merde, enregistrons les !". Mais on n'en a pas...

Donc on peut garder encore un faible espoir que l'inspiration revienne ?

On ne sait jamais, mais après vingt ans tu sais, ça m'étonnerait ! Je pense qu'on a dit tout ce qu'on avait à dire à l'époque, point. Si un jour on arrivait avec une nouvelle chanson, il faudrait qu'elle soit suffisamment bonne.

Donc maintenant tu ne joues avec Sacred Reich que pour le plaisir ?

Exactement, c'est la fête ! C'est comme une passion.

C'est votre première fois ici, au Metaldays ?

Oui ! On était déjà venu en Slovénie, on avait joué à Ljubljana en 1990. On était aussi passé par Zagreb en Croatie et par, merde le nom de la capitale de la Serbie m'échappe... Ah oui, Belgrade !

Depuis votre reformation, j'imagine que vous avez joué dans des pays où vous n'étiez jamais passé, dans des lieux de ouf, un peu comme ici ?

Bah on avait joué en ex-Yougoslavie, c'est déjà pas mal (rires). Après c'est sûr qu'il y a 20 ans, il n'existait pas tous ces festivals, le Ozzfest, le Wacken Open Air, le Grasspop, c'est vraiment génial maintenant d'avoir l'opportunité de jouer aussi facilement devant tant de monde ! Mais c'est aussi cool de continuer à jouer en salle, car là on sait que les gens ne sont venus que pour nous. C'est toujours aussi amusant de faire des concerts, c'est pourquoi on continue (rires).


Sacred Reich live @ MetalDays 2016, vu depuis la plateforme VIP

Qu'est ce qui a changé entre l'époque ou vous aviez splitté et maintenant ?

Tout, nous avons grandi, changé, mais principalement je trouve qu'on joue mieux qu'avant, et on a un bien meilleur son !

Vous jouez donc sans pression maintenant ?

Hmmm (il cherche ses mots), sans pression, peut-être, mais avec responsabilité ! Je pense que c'est le maitre-mot, on a toujours eu un sens du devoir envers les personnes qui viennent nous voir jouer, de donner le maximum pour elles, car après tout, la seule raison pour laquelle nous sommes là, c'est bien nos fans ! On en a rien à branler de savoir si on se trouve cools ou quoi, si c'était que pour flamber, on serait à la maison, car les fans ne se déplaceraient pas pour nous (rires). Donc voilà, c'est une question de responsabilité, et ça nous permet de prendre encore plus de plaisir. Par contre à l'époque, on était très sérieux, peut-être un peu trop même (rires).

Ça doit être sympa de recroiser les vieux potes d'autres groupes à ces occasions ?

Oui, ça nous arrive souvent, mais le mieux c'est de pouvoir rester au contact des vrais amis et des fans, quand on joue en salle, on est toujours au stand de merch pour faire des dédicaces ou des photos avec tous ceux qui le souhaitent. C'est vraiment chouette.

Avec quels groupes aviez-vous sympathisés durant la grande époque ?

À peu près avec tous ceux avec lesquels on est parti en tournée ! On a commencé avec Flotsam And Jetsam, qui sont de Phoenix également, et Dark Angel qui a été le premier groupe avec lequel nous avons joué en dehors de l'Arizona ! On était pote avec Kerry King et on le connaissait avant même qu'il auditionne et rejoigne Slayer, même chose avec Jason Newsted, qui était un fan à l'époque où il a commencé à jouer avec Metallica, on se connaissait tous et on était fans des groupes des uns des autres. Après, on a emmené Obituary avec nous pour leur première tournée, on a tourné avec Atrophy, Forbidden, Sepultura, Napalm Death, Heathen, Sick Of It All... Avec Danzig, c'était incroyable, avec Pantera on s'était trop marré... Souls At Zero, Crowbar, on était aussi très souvent fourrés avec les mecs de Testament.

Il y a un revival de la scene Thrash et Crossover à travers le monde depuis les années 2000, avec une flopée de nouveaux groupes, est-ce que tu en apprécies certains ?

Je connais Municipal Waste (rires - il pointe du doigt mon tshirt "Dump Trump"), mais en fait je n'y prête pas du tout attention. J'écoute Stevie Wonder et Earth Wind and Fire maintenant !

Quand tu es dans un festival comme ici au MetalDays, tu ne cherches pas à faire de découvertes musicales ?

Non, je n'écoute plus de Metal, je m'en fiche ! On joue du Metal depuis 1987 et en y repensant je crois que je n'aurais jamais écouté nos chansons si je n'y avais pas été obligé par la force des choses (rires). Après oui, au Graspop, quand on y a joué le mois dernier, je suis allé voir le concert de Rival Sons, que j'aime beaucoup. Ils passaient en même temps que Slayer, donc le choix a été vite fait (rires). J'ai déjà vu Slayer un paquet de fois... On a joué aussi à un festival en Italie il y a quelques jours et je suis tombé par hasard sur Fleshgod Apocalypse et j'ai trouvé ça excellent ! Mais voilà, je n'aime rien (rires).


Sacred Reich live @ MetalDays 2016, vu depuis le pit

Une des particularités de votre musique, ce sont ces rythmiques très syncopées...

Vraiment ? Je ne vois absolument pas ce que ça veut dire ! Je ne sais pas comment ça s'appelle, je me contente de le jouer.

Dans ce cas, je reformule : Est-ce que jouer du Sacred Reich, c'est difficile ?

Pour nous, ça ne l'est pas, heureusement ! (rires) Ça fait tellement longtemps qu'on joue ces chansons depuis qu'elles ont été écrites, qu'on pourrait le faire les yeux fermés !

J'ai lu que tu ne jouais jamais de basse en dehors des répétitions ou des concerts avec le groupe ?

Tout à fait ! C'est sûrement la raison pour laquelle nous n'avons pas de nouvelles chansons (rires). En fait j'ai une conception, une sorte de hiérarchie. Dans la musique, il existe trois genre de personnes : Il y a les musiciens, qui aiment leur instrument et qui jouent et s'exercent sans relâche ; il y a les artistes, qui ont leur propre vision des choses, leur univers, qui sont différents des gens ordinaires, qui ont une petite part de folie en eux qui les rend unique ; et pour finir, il y a le mec qui joue dans un groupe. Ça, c'est moi ! (rires) Je ne suis pas un musicien et encore moins un artiste.

Est-ce que vous avez déjà surfé au Nicaragua ?

(rires) Sérieusement, tu m'as vu ? (il dessine sa silhouette avec les mains) Je ne surfe pas, je ne fais même pas de skateboard d'ailleurs !

Vous y avez peut-être déjà joué par contre ?

Où ça ?

Au Nicaragua !

Non, non, non ! On n'y a jamais mis les pieds !

Pourquoi avoir appelé votre album Surf Nicaragua alors ?

Je n'en ai aucune idée ! Je ne me rappelle plus d'où on a pu sortir ça.

Pour finir, est-ce que tu peux me donner tes impressions sur les prochaines élections présidentielles aux États-Unis ?

C'est très, comment dire, divertissant pour l'instant ! Mais mon sentiment qui prédomine est "est-ce vraiment le mieux que l'on puisse faire ?" Apparemment, c'est le cas... On verra bien ce que ça donnera, le plus important est qu'il ne faut pas que les gens paniquent. Ça m'est arrivé à un moment, tout ça me rendait dingue puis j'ai décidé de prendre un peu de recul, afin de rester zen. Ce sera de toute façon un choix merdique à faire, le candidat qui sera élu fera ce qu'il voudra, peu importe les promesses qui auront été faites, c'est comme ça à chaque fois. Rien ne changera à moins que l'on s'y mette vraiment. À côté de ça, j'ai des potes qui sont pourtant plus ou moins du même bord que moi, ça les a rendu dingues quand ils ont su que je supportais Bernie Sanders, alors qu'on est tous démocrates. Bon, ok, en théorie on est du même bord mais il y a quand même des approches différentes entre Hillary et Bernie. Mais leur réaction, ça m'a fait réfléchir. Du coup maintenant je ne me prends plus la tête, le jour de l'élection, j'irai mettre mon bulletin dans l'urne et le destin de mon pays ne sera plus entre mes mains ! Et tant pis si le résultat n'est pas ce que j'attends, ça ne me fera pas détester mes concitoyens qui n'auront pas voté comme moi pour autant, car ce n'est pas une attitude constructive, ça n'aide en rien. Nous avons une décision à prendre et nous verrons bien qui le pays choisira !

Grum (Août 2016)


Merci à Fiona de CMM et à toute l'équipe du MetalDays.

En bonus, un fanboy comblé, merci Phil Rind !!!

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