Tim Millar (Protest The Hero) Toulouse, Connexion-Live, le 03/07/2016

Quelques heures avant le début de leur concert à Toulouse le dimanche 3 juillet 2016, nous avons eu la chance de rencontrer Tim Millar, l'un des deux guitaristes de Protest The Hero. L'occasion de lui poser quelques questions sur leur tournée avec Between The Buried And Me, qui nous avait déjà été teasée par Paul Waggoner lors de leur dernier passage en France, mais aussi de s'attarder sur leur dernier EP, sorti via une méthode originale.



La dernière fois que vous aviez joué à Toulouse, en janvier 2014, vous étiez en tête d'affiche et TesseractIntervals, et The Safety Fire ouvraient pour vous. Comment cette tournée avec Between The Buried And Me se passe-t-elle, en comparaison ?

Tim Millar (guitare) : C'est très différent. On aime tourner avec de plus gros groupes que nous. Bien sûr, on aime être en tête d'affiche, mais on l'a déjà pas mal fait, et cette position de co-tête d'affiche avec Between The Buried And Me nous permet de proposer quelque chose de vraiment fort. D'autant plus que je pense que c'est une bonne combinaison avec Protest The Hero, c'est progressif dans les deux cas mais dans des genres complémentaires. Chaque groupe touche un public qui peut être différent mais qui peut aussi apprécier l'autre groupe. Je trouve ça vraiment intéressant. D'ailleurs on avait déjà tourné avec Between The Buried And Me, mais il y a longtemps, en 2009. Mais t'imagine, j'écoutais BTBAM quand j'étais gamin, c'est tellement génial de jouer avec eux !
Je me rappelle d'un truc sur notre dernier concert à Toulouse... C'est qu'il faisait super chaud dans la salle ! On était tous en sueur, Rody s'est écroulé par terre, je m'en souviens. Du coup j'avais peur qu'on joue à nouveau dans la même salle, mais ç'en est une autre ce soir ! (rires)

Rody raconte des blagues à chaque concert, mais pourtant les paroles qu'il chante sont souvent profondes et graves... Est-ce vous voulez dédramatiser les thèmes de vos chansons quand vous êtes sur scène ?

Je pense que Rody veut montrer qu'on ne prend pas notre boulot trop au sérieux. Enfin, si, on prend ça au sérieux, on bosse dur sur tous les aspects du groupe, mais on ne veut pas que les gens nous voient comme des geeks du prog, qui passons notre temps à nous entraîner... Et on aime aussi que les concerts soient du divertissement, que ce soit pendant les chansons mais aussi entre. Des fois, des gens crient "ferme-la et jouez !" mais ça aussi ça fait partie du spectacle et du côté fun. En plus, ça rend chaque concert unique, on n'a jamais préparé quoi dire ou quoi faire entre les chansons, alors que d'autres groupes font les mêmes trucs chaque soir, les mêmes blagues aux mêmes moments, et on trouve ça dommage. Ça sonne faux, artificiel. On veut que chaque show soit différent. Tu nous as déjà vu jouer ? Je suis sûr que tu te rappelle au moins d'une connerie de Rody.

Je me souviens qu'au Hellfest 2014, il a dit qu'il détestait sa nouvelle coupe de cheveux,  qu'il trouvait qu'il ressemblait au méchant dans Le Cinquième Élément !

Tu vois ?! (rires) Y a même des soirs où on rigole tellement, où Rody est inspiré pour faire son showman, qu'on en oublie parfois la partie "on a un nouveau CD, le merch est là-bas, venez acheter nos trucs" !

Pendant la tournée de 2014, vous élisiez le plus beau gosse de la salle et vous lui offriez une bière sur scène pendant que le groupe jouait une sorte de jingle pour annoncer le chanceux de la soirée. C'était beaucoup trop drôle ! Vous faites encore ça ? (Note : voir la photo de notre interview de Rody Walker en 2014)

Non, c'était un truc propre à cette tournée. Pour le set de cette tournée on fait autre chose, on a choisi de se baser sur le film The Mask. On a préparé des samples issus du film qui servent d'intro à certains morceaux, c'est assez drôle à associer avec nos chansons !

Parlons de votre nouvel EP, Pacific Myth. C'est la première fois que vous enregistrez avec ce nouveau line-up, qui inclut Mike Ieradi à la batterie et votre producteur Cameron McLean à la basse. Est-ce que ça a influencé sur votre façon d'écrire les chansons, sur la façon d'enregistrer ?

Cam avait coécrit quelques titres sur Volition, et il a produit l'album c'est vrai, donc on était déjà un peu habitués à travailler avec lui. Quant à Mike, c'est génial de jouer nos anciens titres avec lui mais on ne savait pas si on trouverait une bonne dynamique d'écriture. C'est pour ça qu'on s'est dit qu'on pouvait faire un EP, on ne voulait pas s'engager sur un album entier sans savoir comment ça se passerait sur ce point. Au final, ça a nécessité pas mal d'ajustements, parce que chacun a sa propre méthode de travail. Mais dans l'ensemble c'est une expérience très positive. Mike écrivait une grosse partie de la musique de son ancien groupe (note : il s'agit de Today I Caught The Plague), et pour cet EP il a écrit quatre titres, je crois. Des titres entiers, avec non seulement sa partie de batterie, mais aussi les lignes de basses et les parties de guitares. C'était assez nouveau pour moi, j'avais toujours écrit ce que je jouais. Mais ce mec écrit tellement de musique, et il est tellement ouvert sur ça ! On a pas arrêté de déconstruire ses morceaux pour broder autour de certains riffs, modifier des passages où en supprimer... Au fond cet EP nous a vraiment servi à apprendre à bosser avec ce nouveau line-up. 

Pacific Myth n'a été que diffusé online. Avez prévu une sortie physique ?

Oui ! Mais avant, on veut que tout soit remixé et remasterisé. On a sorti une chanson par mois pendant six mois, donc chaque titre est un nouveau mix et les morceaux sonnent légèrement différemment. On va donc tout remasteriser d'un seul bloc. Et justement, on attend les masters finaux, là. On fera ensuite une sortie physique exclusive pour ceux qui ont payé la version online, et après ça, on fera une sortie standard pour tout le monde, en CD, vinyle, et dématérialisé. On vise le mois d'octobre, parce qu'on a sorti l'EP numérique en 2016, et on voudrait le sortir aussi en 2016 en version physique, ce serait plus logique.

Si je comprend bien, vous n'avez pas enregistré toutes les chansons d'un seul coup, puisqu'elles sont mixées différemment... Vous les avez enregistrées une par une, juste à temps pour en sortir une par mois ?

On avait écrit quatre instrumentaux avant de se décider à faire l'EP. On se disait "si on a déjà au moins quatre titres, ça va marcher, on sera dans les temps". Donc Mike a enregistré les quatre parties de batterie, puis on a fait les guitares titre par titre pour ces quatre-là. Puis on est ensuite revenu au studio pour faire tout le cinquième morceau, la batterie, puis la basse, puis les guitares ; et on y est encore retourné pour refaire la même chose sur la sixième piste. Au final c'était ultra challenging. Il fallait à chaque fois remonter la batterie, repositionner les micros, refaire les sons... C'est aussi pour ça que c'est intéressant de tout remasteriser. Mais d'un autre côté ça a été un défi assez cool, on avait 6 deadlines à tenir, il fallait s'y mettre et être productif. On ne voulait pas décevoir les gens.


Tim Millar en pleine action, quelques heures après l'interview. Photo par Chazo. Toute sa galerie ici !

On vient d'évoquer le fonctionnement de cet EP, il fallait souscrire une sorte d'abonnement pour recevoir un titre par mois pendant six mois. Mais avant ça, vous avez fait crowdfundé l'album précédent, Volition. Est-ce que vous avez envie de continuer à explorer de nouveaux modèles économiques ?

Pourquoi pas ? On n'en a pas encore parlé. Je suppose qu'on va d'abord écrire des nouveaux morceaux avant de se demander comment on va les financer ! Mais en tout cas, grâce à ces deux campagnes de financement dont tu parles, notre situation est vraiment plus confortable qu'au moment où on préparait Volition. Du coup, je pense que ça ne nous gênerait pas d'utiliser ces fonds. Si on a eu une maison de disque, c'est parce qu'on avait pas de fric, à l'époque. Il a fallu leur reverser pas mal de nos revenus sur les disques qu'on vendait, mais ils avaient investi pour qu'on créé ces disques, au fond ça nous a aidé. Mais maintenant on essaye d'être indépendants. Attention, on n'est pas anti-labels, comme je te disais, on est conscient que ce système nous a carrément aidé. Mais si on est capable de faire les choses nous-mêmes, on ne veut pas demander d'aide, en fait. De toutes manières, ce n'est pas équitable, c'est une grosse part des revenus qui est sacrifiée par le groupe.
Je n'en ai pas encore parlé avec le groupe, mais y a un truc qui m'intéresserait. C'est une sorte de crowdfunding mais uniquement basé sur la finance. En gros les gens te prêteraient des sous, et ensuite tu rembourses l'emprunt. Ça se fait beaucoup dans le monde des affaires, les labels marchent un peu comme ça. "Je donne dix briques à ce groupe pour faire leur album, et après, avec les ventes, ils me remboursent dix briques plus quelques intérêts." En faisant un crowdfunding, les gens aident vraiment, du coup on se sent responsables. Avec cette méthode, au lieu que tu nous donnes 15 dollars et que tu reçoives en échange un CD que tu pourrais ne pas apprécier, à la place tu donnes 15 dollars et tu reçois 15 dollars après coup. Tu peux pas être déçu. Et si tu veux, tu peux te servir de ce retour de fric pour acheter l'album !
Après, c'est juste des idées comme ça, en l'air. On a encore du boulot sur Pacific Myth, on repensera à tout ça un peu plus tard.

Pourquoi Jadea Kelly n'apparaît-elle pas dans l'EP ?

On avait des contraintes de temps, et en plus elle a déménagé à Nashville. Du coup, on n’a pas voulu compliquer la situation. Mais on a quand même un guest, on a le chanteur de Mandroid Echostar sur Cataract. En plus il a une voix assez aiguë, du coup c’est un peu le Jadea Kelly de Pacific Myth (rires).
On adore travailler avec elle, mais elle n’est pas une constante du groupe, elle ne sera pas forcément sur tous nos albums. Même si personnellement, j'espère que si ! En fait c’est le contexte qui décide en partie.

J’ai toujours trouvé les paroles de Protest The Hero profondes et pleines de sens. Mais j’ai été déçu par celles des cinq premiers titres de Pacific Myth, où je n’ai vu que des métaphores sur le thème aquatique sans trop de véritable sens. En revanche, les paroles du dernier titre, Caravan, sont une critique des gens qui se contentent d’un art creux, ça parle aussi d’oeuvres qui cachent leur manque d’originalité derrière des paroles à concept mais sans réel message aux auditeurs. Du coup, les autres titres reprennent du sens, ils mettent Caravan en avant, toute une logique se créé… Un coup de génie, selon moi ! Tu peux nous en dire plus sur cette idée ?

Je crois que t’as complètement cerné l’idée ! Après, pour être franc, je n’ai pas encore retenu toutes les paroles, je ne suis même pas sûr de les avoir toutes lues ! (rires) Mais c'était l'idée de départ de Rody, en effet : tous les concept-albums sont les mêmes. Ils se conforment tous à la même façon de raconter une histoire, les rebondissements se font aux mêmes moments, avec les mêmes déclencheurs…
Tiens, par exemple, notre album Kezia, c'était un concept. Et au final, on nous a posé des tonnes de questions liées à ça auxquelles on avait jamais pensé. Du genre, “qui est vraiment Kezia, vous parlez d’une vraie personne que vous connaissez ?”, ou alors “quand est-ce que ça se passe ?”, ou “à quoi ressemble Kezia ?”... Même Arif, notre ancien bassiste qui a écrit les paroles, il n’avait jamais pensé à tout ça ! Il voulait raconter une situation, voire une histoire peut-être, mais pas créer tout un background. Quand tu fais un concept-album, il y a des gens qui s'arrêtent à ça, ils se disent que l’histoire que tu racontes est essentielle pour comprendre le truc, et au final certaines personnes oublient de juger ta musique, ta façon de chanter, tout ce qui fait réellement ton art. 
Je pense qu’on a été lassés par les gens qui ont voulu geeker trop loin dans le concept, et qu’on a voulu les prendre à contre-pied cette fois-ci, et faire une sorte d’anti-concept. Rody… (il hésite) Rody aime bien emmerder les gens, en fait. (rires)

Puisqu’on parle de Caravan, je trouve qu’il y a beaucoup d'éléments inhabituels dans ce titre. Déjà, c’est le plus long que vous ayez écrit, mais on trouve aussi des choeurs, des instruments à cordes, des parties down-tempo sans shred… Est-ce que tout ça s’est produit spontanément lors de l'écriture, où vous étiez-vous fixé l’objectif à l’avance de faire un titre très particulier ?

On avait un peu cette idée, oui, on voulait vraiment faire un long titre. On voulait que la dernière chanson vaille vraiment le coup, pour les contributeurs, on voulait leur donner quelque chose qui les satisfasse. Vu le format habituel de nos titres, avec un morceau de huit minutes c’est comme si on leur avait donné deux pistes ! (rires). Et il y a aussi une dimension épique, on voulait marquer le coup, puisque c'était le dernier titre. Donc voilà, on avait déjà tout ça en tête avant de commencer à écrire. Sans compter qu’on avait pas mal d’idées de côté, issues des sessions d'écriture des précédents titres.
Ensuite, après coup, il y a aussi le fait que Rody nous ait dit “c’est la révélation finale de cet anti-concept, écrivez-moi un truc dans lequel j’ai plein de place pour raconter plein de choses” !

J’ai une dernière question… Un collègue de Metalorgie qui a interviewé Rody il y a quelques années (coucou Grum !) m’a dit de te parler de Céline Dion ! (Tim éclate de rire.) Il m’a dit que Rody avait été très étonné qu’on connaisse le Canada et le Québec (et Céline Dion) ! Du coup, ma vraie question, ce serait à propos de groupes canadiens qu’on pourrait avoir raté depuis la France. Est-ce que tu pourrais nous en conseiller quelques-uns ?

C’est une bonne question ! Ce qui est intéressant, c’est qu’au Québec, il y a des groupes de tous les styles musicaux qui marchent bien, et qui ne deviennent jamais connus dans les régions anglophones du Canada. Je pense que ces groupes là pourraient marcher en France parce que c’est la même langue. Enfin, presque, je crois, non ? En tout cas, je crois que j’ai entendu parler d’un groupe de Metal québécois qui chante en français… Je me souviens plus du nom… En ce qui concerne le Canada anglophone, vous devez écouter Mandroid Echostar, et aussi Intervals.

Un dernier mot ?

Le sud de la France est superbe ! J’aime beaucoup, mais on n’a pas trop le temps de visiter. Par exemple demain soir on joue à Marseille, et on voulait aller visiter Monaco et on aura sûrement pas le temps. Du coup j’ai envie de revenir en vacances, sans pression ! J’aime la culture française, les gens, et j’aimerai apprendre le français…
En tout cas, (en français) Merci beaucoup, bonsoir ! (Retour à l’anglais) Comment tu dis “nice to meet you” ?

Je suis heureux de te rencontrer !

Jé souis heuweux de te wencontrer !

Zbrlah (Juillet 2016)


Merci à Fred Moocher de SPM, ainsi qu'à Tim Millar pour sa gentillesse et sa disponibilité !

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