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David Ellefson (Megadeth) Download Festival Paris, le 12 juin 2016 - Paris, le 12 juin 2016

Au moment d'aborder une interview avec un musicien dont on avait le poster dans sa chambre en 1992, difficile de ne pas faire le fan-boy. Vous voila prévenus et maintenant place à cette discussion qui permettra d'en savoir un peu plus sur ce quinzième album de Megadeth, Dystopia, et sur ce dixième line-up pour le groupe (dixième et demi pourrait-on dire...)



Ça fait maintenant trois semaines que Dirk Verbeuren (Soilwork, Scarve) tourne avec vous en remplacement de Chris Adler, comment ça se passe ?

Excellemment bien ! Comme tu le sais, Chris a participé à l'enregistrement du nouvel album et il est, officiellement, le batteur de Megadeth. Mais là il avait d'autres engagements avec Lamb Of God et c'est lui-même qui nous a proposé Dirk, nous disant que s'il avait eu besoin de se faire remplacer dans Lamb Of God, il aurait fait appel à lui. On lui a fait confiance et on a eu raison : En plus d'être quelqu'un d'adorable, c'est un batteur monstrueux ! Et puis aujourd'hui à Paris, c'est un peu le local de l'étape, il se sent presque comme à la maison. (rires)

Comment s'est passé votre concert hier au Download UK ?

C'était génial, on apprécie toujours autant d'y retourner ! Dans le temps ça s'appelait le Monsters Of Rock et je crois que c'est le tout premier festival auquel nous ayons participé avec Megadeth, en 1988. Ça fait toujours plaisir d'y être régulièrement invités et également d'être ici à Paris, pour cette première édition française.

Je ne vais pas mâcher mes mots, Dystopia déchire et est sans conteste votre meilleur album depuis des années. Vous avez fait une cure de jouvence avant d'entrer en studio ?

(rires) C'est vrai qu'on est très content du résultat. Après oui, il y a eu cette tentative de réunion du line-up de l'époque Rust In Peace, chose dont beaucoup de fans rêvaient. Nous avons passé beaucoup de temps et vraiment essayé de concrétiser ça mais finalement nous n'avons pas réussi. Il a fallu attendre un peu que nous fassions le deuil de ces retrouvailles avant de se lancer dans le nouvel album. Quand nous nous sommes rendus compte que ça n'arriverait pas, ça nous a en quelque sorte libérés, surtout après avoir annoncé aux fans cette nouvelle, et permis d'aller de l'avant. Et j'ai l'impression que toute la frustration accumulée s'est transformée en énergie, voire en colère, positive sur l'album.

Dystopia rappelle beaucoup cette période de Megadeth, on y retrouve le coté mélodique de Youthanasia, les riffs assassins de Countdown to Extinction, la dimension épique de Rust In Peace...

Je suis d'accord avec toi, mais avec en plus un son moderne, c'est le plus gros changement je pense. Je sais me mettre à la place des fans, car j'en suis un aussi, de Kiss, de Cheap Trick, d'AC/DC... Et j'adore me replonger dans leurs anciens albums. Mais il faut avancer dans la vie, la technologie permet d'améliorer la qualité d'enregistrement, on change la façon de produire nos albums... Donc le son Megadeth s'est développé avec le temps, en même temps que notre habileté à écrire et composer des chansons. On s'est amélioré avec le temps et c'est ce que tu peux entendre sur Dystopia.

Tu as un son de basse immédiatement reconnaissable. Quel est ton secret ?

Pour cet album, on est allé enregistrer à Nashville. C'est une ville réputée pour le son très propre, très clair, des albums qui y sont enregistrés et ça a très bien fonctionné pour Dystopia. Ça m'a rappelé les sessions de Cryptic Writings, mon album préféré de Megadeth, qui a un son similaire, un gros son très propre. On a utilisé une méthode très simple pour l'enregistrement, en passant par différents amplis, en utilisant plusieurs micros, tout ça en prise direct afin de construire un panel de sons pour l'album et au moment du mixage, il suffisait de choisir le son qui correspondait le mieux à chaque chanson. Josh Wilbur a mixé l'album et il a fait un boulot de dingue ! Il a vraiment capté ce qu'on cherchait et a réussi à restituer ce son si particulier, très chaud, très rond, très profond que l'on retrouve du début jusqu'à la fin de l'album. Il est également bassiste, ça a sûrement joué (rires).



Ta partie de basse sur l'intro de Fatal Illusion est énorme !

C'est génial que la basse puisse avoir autant d'importance sur l'album, c'est quelque chose qu'on n'avait plus trop fait dans le groupe depuis l'époque Rust In Peace, ou Bad Omen et My Last Words sur Peace Sells... But Who's Buying. Même si Dave, en tant que compositeur, a toujours été très attentif sur ce sujet, il vérifie toujours si à tel endroit il faut plutôt mettre les guitares en avant, à tel endroit si c'est pas plutôt la basse, s'il faut mettre plus de mélodie ici ou là. J'ai joué dans un ensemble symphonique quand j'étais gamin et je suis donc habitué au fait de superposer plusieurs parties musicales les unes sur les autres, comme dans un orchestre quoi, et certains instruments se trouvent toujours au sommet, comme la flute ou le saxophone qui sont parfaits pour interpréter les mélodies, ou comme la guitare et le chant ! Je pense qu'avec cet album, on a réussi à utiliser au mieux le talent et les capacités de chaque membre du groupe, en travaillant ainsi, dans la même optique qu'un orchestre symphonique, composé cependant de deux guitares, d'une basse, d'une batterie et d'un chant.

Pour rester sur Fatal Illusion, est-ce qu'il y a dans les paroles un message contre la peine de mort, ou est-ce qu'elle raconte simplement une histoire ?

Non, non, c'est qu'une histoire. Et je te rassure, ce n'est pas une histoire vraie (rires).

Une histoire de film d'horreur quoi...

Oui, un peu comme on avait fait avec Black Friday, ce n'est que de la fiction !

Du coup ça me fait penser au film Shocker de Wes Craven, avec ce criminel qui passe sur la chaise électrique...

Et qui ne meurt pas ! Oui !!! C'est marrant que tu parles de ce film, car on y avait participé à l'époque, on avait joué No More Mr Nice Guy dessus !

Mais oui, c'est vrai ! J'ai vu ce film il y a tellement longtemps que je ne m'en souviens même plus !

Pareil, il va falloir que je me le refasse maintenant que tu m'en as parlé ! (rires)

Poisonous Shadows est un des morceaux phares de Dystopia, vous l'avez déjà joué en live ?

Oui, à quelques reprises ! Il rend vraiment bien.

Comment faites-vous pour sa partie symphonique ?

On utilise une bande, chose qu'on ne fait jamais d'habitude. Là, ça s'imposait sinon la chanson ne sonnait plus du tout pareil. Et puis forcément on a fait ce choix car ce sera insensé de partir en tournée avec un orchestre symphonique pour jouer une seule chanson (rires).

Une des choses que j'aime le plus dans Dystopia, c'est que la plupart des chansons sont construites comme sur vos premiers albums et, surtout, il y a des solos de guitare partout ! Comment s'est passée la collaboration entre Dave et Kiko sur ce point précis ?

Ils ont formé une vraie équipe ! Dave m'a confié que ça faisait des années qu'il n'avait pas eu cette impression de vraiment jouer avec un partenaire. Dave a composé toutes les parties de guitare mais Kiko était cependant vraiment impliqué, pouvait donner son avis, exprimer ses impressions. Il est devenu un élément vraiment complémentaire de Dave.

La voix de Dave est devenue plus grave avec le temps, est-ce que du coup vous vous accordez plus bas pour jouer ?

Oui, ça fait déjà deux ans je crois qu'on fait ça ! Et si au départ on l'a fait pour l'aider vocalement, on s'est rendu compte que ça servait également les chansons, qui sonnent du coup plus heavy maintenant. Mais on n'a pas fait ça pour entrer en compétition avec d'autres groupes qu'on peut voir ici aujourd'hui, comme Trivium ou Children of Bodom (NDLR : ces derniers jouaient pile au moment de l'interview), tous ces groupes modernes qui jouent vraiment très bas, et tous ceux qui se sont inspirés de Korn. Ce n'est pas du tout ce qu'on recherchait et de toute façon on ne s'est pas autant désaccordés que ça (rires).

Est-ce que Dave est satisfait de la façon dont sa voix a évolué ?

C'était une de ses plus grosses inquiétudes lorsqu'on a commencé à travailler sur Dystopia, on en a beaucoup parlé tous les deux. Il était très satisfait au niveau de la musique mais il voulait que le chant soit également à la hauteur, pas seulement au niveau des paroles, mais surtout de la performance ! Chris Rakestraw, qui est maintenant son partenaire au niveau de la production, est un ingé-son hors pair. Il a déjà à son palmarès l'enregistrement de plusieurs albums avec différents groupes, et là, il a sorti le meilleur de Dave. Les vocaux sont puissants et percutants, c'était clairement leur souhait et c'est une totale réussite.

J'ai découvert Megadeth quand j'avais 14 ans, à la sortie de Countdown To Extinction. Pour toi, quel serait le meilleur album pour débuter avec Megadeth ?

Eh bien... (il soupire en réfléchissant) Je suggèrerais de commencer avec Dystopia, car c'est le présent et cet album représente ce qu'est actuellement Megadeth. Puis faire un saut dans le passé et reprendre vers le début du catalogue, à Peace Sells... But Who's Buying et continuer chronologiquement : Rust In Peace, Countdown To Extinction... Ce sont les albums les plus connus, ceux qui ont eu le plus gros succès commercial. Mais c'est marrant, chaque fan a un regard différent sur ce qu'on a fait. Tout à l'heure, un mec m'a demandé de lui dédicacer Killing Is My Business... And Business Is Good et Risk. Plutôt étrange comme choix ! (rires) Mais généralement, leur album préféré reste celui avec lequel ils ont découvert le groupe.



Il y a quand-même un truc avec Countdown To Extinction, il a un son très particulier, vraiment énorme et en avance sur son temps. Te souviens-tu s'il y avait eu des avancées techniques au niveau de l'enregistrement ou du matos à l'époque, en 1992 ?

Non, pour cet album le changement majeur est venu de l'enregistrement sur un magnéto à pistes digitales. C'était le tout début de Pro-Tools mais on ne l'utilisait pas encore, Max (Norman, co-producteur de l'album) avait un ordinateur Atari et un super logiciel pour faire de l'édition audio numérique. Ce mec était incroyable, il savait tout faire ! On avait enregistré sur un 48-pistes digital Sony, le son de l'album est donc digital et non pas analogique, il a un son plus clair, plus précis. En comparaison, Rust In Peace, qui avait été enregistré sur un multipiste analogique 2 pouces, a un son plus doux, plus brillant. Après la deuxième grosse différence pour Countdown To Extinction, c'est qu'on l'a enregistré comme un groupe et non pas piste par piste. Le résultat s'en ressent également.

Tu as écrit un livre Making Music Your Business, sur comment réussir dans l'industrie musicale...

Oui, je l'avais écrit à l'époque à l'attention des musiciens, et peut-être aussi un peu pour les fans, pour leur expliquer le chemin à respecter en partant des répétitions dans le garage des parents avant d'arriver sur scène avec son groupe, et surtout pour leur faire garder les pieds sur terre et ne pas leur laisser croire que Sony va venir frapper à leur porte avec un contrat juteux dans la main. C'était un résumé complet de toutes les étapes à suivre dans sa carrière pour un artiste. Ce qui est marrant, c'est qu'il y a toujours de jeunes musiciens qui lisent ce bouquin et y découvrent des choses (rires). Il y a même des universités qui l'ont dans leurs bibliothèques (rires). Je l'ai même enregistré en livre-audio il y a deux ans, forcément j'ai dû le réécrire, faire des ajouts et des mises à jours, avec l'évolution de l'industrie musicale ces dernières années.

Il est deux fois plus gros maintenant ?

Presque (rires). J'ai quasiment de quoi faire un volume 2 !

Maintenant, une question piège : Si un jour en tournée Dave se retrouvait dans l'incapacité de chanter, est-ce que vous annuleriez les dates restantes ou vous engageriez Axl Rose ?

(rires) Il y aura bien un moment où il faudra qu'on raccroche ! (rires) Je touche du bois. Nous avons dû faire face à pas mal de changements de line-up avec Megadeth, mais nous ne sommes pas des monstres. Là Chris Adler n'est pas disponible, on a pu le remplacer. Cependant la voix est très souvent la composante majeure d'un groupe, avec son propre son, et c'est ce qui fait que le public le reconnait. Autant les musiciens derrière leurs instruments peuvent changer assez facilement, il n'en est pas de même avec le chant, qui est constitue l'âme du groupe, son authenticité et auquel le public s'attache beaucoup, arrivé à un certain point... Le chant de Dave est un élément essentiel de la musique de Megadeth, ce n'est pas négociable !

Des chances de vous voir bientôt en concert en tête d'affiche en France ? Votre dernier concert à Paris en juin 2013 avait été annulé...

Aucune idée ! Je pense qu'on est parti pour un cycle de deux ans avec cet album, donc oui il y a sûrement des chances qu'on repasse ! Après c'est vrai que les festivals se sont tellement développés ces dernières années qu'on touche un très large public à chaque fois. Cette année on a choisi de faire tous les festivals de juin, l'an prochain on fera très certainement les festivals de juillet/août. Donc on repassera peut être en tournée d'ici là. En plus on a toujours été super bien accueillis chez vous, la France est un des tout premiers pays étrangers où nous ayons joué, pour la tournée Peace Sells en 1987.

Des news de ton côté avec Metal Allegiance ?

Ils sont actuellement en concerts dans plusieurs festivals de leur côté et forcément je n'ai pas pu les rejoindre en raison de la tournée avec Megadeth. Mais c'est quelque chose qu'on avait anticipé. Je fais partie des principaux membres de ce groupe, mais nous sommes tous interchangeables assez facilement et Mark Menghi, qui est à l'origine de ce projet, est bassiste et peut me remplacer à tout moment (rires). C'est vraiment pratique. Et donc oui, il y aura du nouveau pour Metal Allegiance prochainement, mais je ne peux pas t'en parler pour l'instant !

Bacteries (Juin 2016)


Merci à Florian Denis pour les clichés pris pendant l'interview.
Merci à Virginie et au service presse du Download Festival d'avoir rendu possible cette rencontre.

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