Pitbulls in The Nursery, La Péniche, Douai, Avril 2016.

Revenus de nulle part l’an dernier, les Pitbulls in The Nursery ont surpris tout le monde. Aussi bien par ce come-back que par le contenu du disque qui l’accompagne. Leurs venues pour les 10 ans de W.I.L.D. à Douai, début avril (notre live report), était l’occasion parfaite pour leur poser quelques questions. Malgré des conditions peu évidentes, l’interview a été un grand moment, Tersim (chant), Saim (guitare) et Francesco (basse) sont des hommes prolixes, ils répondent à tout, avec franchise et recul. 


Salut les Pitbulls in The Nursery, comment ça va ? Chauds pour le concert de ce soir ? 

Tersim : Super et chaud. 

Saim : Pareil, super content d’être là. 

Francesco : Pas mieux. 

Quel bilan dressez-vous un an après la sortie de votre deuxième album, Equanimity

Tersim : Ça ne fait pas tout à fait un an, 10 mois pour être exact. 

Saim : Premier bilan après 10 mois ? On aurait aimé faire plus de concerts ! En ce qui concerne les retombées médiatiques, l’accueil a été bon. Malgré tout, certains ont été déçus par rapport à l’esprit de Lunatic, notre premier album, qui était plus violent. Après, on est dans le domaine artistique, difficile de plaire à tout le monde et de faire l’unanimité. Nous-nous sommes orientés dans une voie plus progressive, du moins c’est là qu’on nous classe souvent, dans le Death Metal Prog. Je te dirais qu’on est quand même satisfaits des chroniques et critiques que nous avons eues, cependant, nous pensons qu’ils nous restent beaucoup à prouver sur scène. 

Francesco : Effectivement, comme dit Saim, on est parti sur un truc plus progressif. Dans mon esprit de musicien, je trouve qu’on s’inscrit clairement dans ce que nous avions proposé sur la fin du premier album, Lunatic. La grande nouveauté vient aussi de l’apport du chant de Tersim, qui nous a permis de développer des parties plus ambiantes que nous ne pouvions pas faire avant. On est dans la progression. 

Tersim : Globalement, comme l’a dit Saim, l’accueil a été bon, même si certains attendaient un truc plus « patate », plus bourrin au niveau de la voice. Il n’est reste pas moins que l’album est homogène. Sur scène on envoie tout ce qu’on a, on le fait vraiment avec le cœur. On comprend que des gens ne puissent pas aimer, c’est logique, normal. Mais nous, on s’éclate bien dans ce qu’on fait. 

J’ai récemment lu une interview dans laquelle vous disiez avoir été assaillis par les doutes entre les deux albums, de quels doutes parliez-vous ? 

Saim : Les doutes sont venus en priorité par les bouleversements dans le line-up, nous avons eu du mal à retrouver un chanteur. Ensuite, il y a eu des problèmes de motivations, dans le sens où quand t’es sur une bonne dynamique avec des projets live, ça roule, ça motive, l’inverse est catastrophique, c’est proportionnellement inverse. Les répétitions sont plus molles, tu composes moins, tu ne sais pas pourquoi tu composes d’ailleurs, tout manque de sens. On a mis énormément de temps à retrouver tout ce qui fait qu’un groupe fonctionne bien, Lunatic est sorti en 2006, Equanimity en 2015, tu vois un peu comment ça a été galère, on a beaucoup lutté durant cette période. L’air de rien, le départ de Panda (le chanteur originel du groupe), a mis un gros coup dans l’aile du projet Pitbulls in The Nursery, ça aurait même pu sonner la fin du groupe. Cependant, on a persévéré, on a rien lâché et on est là aujourd’hui.  

Vous avez pensé à un moment stopper l’aventure ? 

Francesco : Écoute, on s’est toujours fait plaisir. Sans parler du changement de chanteur, depuis 2001 on a toujours été content de jouer ensemble. On a besoin de faire de la musique, c’est notre manière de nous exprimer, même si le projet a été clairement ralentit. Aujourd’hui on est super contents, on a retrouvé une nouvelle dynamique depuis l’arrivé de Tersim, ça l’a rapidement fait, dès qu’il a posé les lyrics sur notre musique d’ailleurs. On est vraiment heureux de retrouver la scène, enfin ! J’espère que ça va continuer dans cette voie. 

Pardon d’insister. Mais jamais vous ne vous êtes dit que c’était devenu trop compliqué pour continuer ?

Francesco : Trop compliqué ? Ouais, je ne sais pas trop. Je vais parler pour moi et te dire que faire de la musique, du Metal d’autant plus, c’est un exutoire et j’en aurais toujours besoin. 

Saim : Techniquement, il n’a jamais été question d’arrêter le groupe. La motivation déclinant, c’est naturel de se dire « j’ai pas envie d’aller en répét ». Après, je ne dis pas que la question ne nous a pas traversé l’esprit inconsciemment. On a eu des moments où on avait pas forcément envie de répéter, de créer, mais se voir, prendre l’apéro, jouer des musiques qu’on connaissait, ça, on adorait ! 

Francesco : T’as bien saisi le sens dans lequel il l’a dit ? D’abord prendre l’apéro et ensuite faire de la musique. (Éclat de rire général).

Saim : Ouais c’est vrai (rire). On a pensé un temps à faire un groupe instrumental, nous avons même fait un concert dans cette configuration. L’arrivée de Tersim a vraiment débloqué la situation, ça nous a relancé, on a finalisé le deuxième album et on est remonté sur scène. 

Belle transition, en parlant d’Equanimity, quels sont les thèmes développés ? Sur quoi sont basés les lyrics ? 

Francesco : C’est pour toi Tersim. 

Tersim : Cela tourne autour de l’équanimité qui est basée sur la stabilité de l’âme. Comment on perçoit et on accepte les choses positives et négatives. Nous avons tendance à mal réagir face aux mauvaises choses, un peu comme si le monde s’écroulait, on se sent perdus. L’idée de l’équanimité, c’est d’accepter ces choses, non pas dans la fatalité genre voilà c’est comme ça, mais dans le sens où, celles-ci ne nous empêchent pas d’avancer, de rester positif, de stabiliser son âme. Cela a pour but d’être en paix avec soi-même et de fait, de ne pas polluer son entourage avec des choses négatives. L’équanimité ne fait partie de nous à l’origine, personnellement je travaille beaucoup sur ça, j’essaie d’être stable, pour moi, pour les autres. Je mets tout en œuvre pour ne pas m’écrouler et toujours donner le meilleur de moi-même, avoir les épaules solides et les pieds bien sur terre. C’est ça l’idée. 

C’est très contrasté avec la violence dégagée par la musique.

Tersim : Ouais mais tu sais, certains sentiments sont forts, comme l’amour et l’amitié par exemple. C’est probablement plus fort que la haine même. Au final que cela soit crié, hurlé, braillé, screamé, ou ce que tu veux, ces sentiments viennent du cœur, ils ont une énergie positive. Il ne faut pas relier nécessairement le Metal à quelque chose de négatif. Les mecs de Pitbulls in The Nursery sont des gens positifs, stables, cools, ce thème de l’équanimité est venu presque naturellement dans la fond. 

Il vient d’où le nom du groupe tiens ? 

Francesco : Oh bah ça, c’est pour toi, Saim !

Saim : On va rendre à César ce qu’il lui appartient, c’est Panda qui l’a trouvé. Nous sommes des anciens potes de collège, déjà en 4ème il voulait monter un groupe de Death Metal, et ça lui est venu comme ça, tout simplement. On a pensé à une période en changer pour un nom qui résumerait peut-être mieux notre musique, puis non, en faite celui-ci colle plutôt bien dans le fond. Puis il se retient facilement. 

Tersim : Ça fait un peu chiens enragés lâchés sur scène quand même, ce qui est un peu ça, il est cool ce nom. 

Saim : Par contre les anglo-saxons ne comprennent absolument pas le nom du groupe. C’est un nom vachement adapté aux francophones qui font une traduction littérale. Après en anglais, « Nursery » ce n’est pas comme on l’entend nous, il se traduit plus par infirmerie. Sans compter que beaucoup de gens montent au créneau en défendant le Pitbull, en disant que c’est un chiant adorable, et que c’est hallucinant de créer une « mauvaise image » de cet animal (Francesco est mort de rire, ndlr). Les quelques chroniques que nous avons eues sur des webzines américains se focalisées plus sur le nom du groupe, que sur notre musique ! Pour en revenir à la base de ta question, c’est le délire d’amis de collège et c’est resté.

Dès qu’un groupe sort de l’ordinaire, on le compare tout de suite à Gojira et Meshuggah. D’après ce que j’ai pu lire sur vous, ça arrive souvent, ce n’est pas gonflant à force ? 

Saim : Dans le Metal, c’est obligatoire d’être comparé à tel ou tel groupe. Là, ça reste quand même des références ultra flatteuses. Malgré tout, on n’a aucunement la prétention de jouer dans la cours de Meshuggah. Ils sont dans un registre inégalable, même si t’essayes de faire un peu dans le genre, ça restera de la merde. Maintenant quand un mec entend un riff en 4x4 un peu chamboulé s’il pense tout de suite à Meshuggah, faut qu’il affine son écoute. Toujours est-il que si pour la presse on est assimilés à ces deux-là, c’est cool. Mais pour nous, sans être dans l’originalité pure, on ne trouve pas qu’on leur ressemble. 

Tersim : Dans les esprits collectifs, quand on n’arrive pas à mettre une image sur quelque chose, ça peut être angoissant. On nous rattache donc à certains trucs qui n’ont pas forcément de sens, mais ça parle aux gens, ça leur permet de mettre cette fameuse image de ce qu’on fait. Même si c’est pas du tout ce qu’on fait. Pour être super original aujourd’hui, c’est chaud, presque tout a été fait. 

Saim : Au même titre, dans différents arts, comme le cinéma par exemple, on attache un style ou un réalisateur à un autre. Dans le journalisme, tu prends des références pour que ce que tu écris parle aux lecteurs, que ça est un sens pour eux. Elles sont flatteuses, mais je n’ai ni envie de faire du Gojira, ni du Meshuggah

Les neuf années qui séparent vos deux albums n’ont pas été simples. Vous venez de le souligner. Pourrait-on dire que malgré tout, tous ces aléas ont participé à rendre Equanimity aussi bon qu’il l’est ? 

Saim : C’est une super bonne question. Déjà, il a été composé sur un lapse de temps très élevé. Ensuite, lorsque l’on compose, on ne se presse pas, on reste très longtemps dessus, cela permet d’y glisser pas mal de subtilités. C’est dit sans prétention. C’est très rare que l’on balance un riff et qu’on se dise : « vendu, on l’enregistre comme ça ». À mon sens, c’est un album qui vieillit bien, puisque à chaque écoute, on peut découvrir quelque chose de nouveau. Ces choses n’ont rien à voir avec le travail, mais plutôt à cause du temps de production. Après, vous chez Metalorgie vous l’avez trouvé bon, peut-être pour les raisons évoquées à l’instant, mais il faut que tu saches qu'Equanimity, n’a pas fait non plus l’unanimité. Certains critiques l’on classés dans la catégorie « déception de l’année ». Ils attendaient surement un album dans la lignée de Lunatic, d’où leur déception. Il faut également assimiler que si l’album change si souvent d’ambiance, c’est parce que les titres ont été créés entre 2003 et 2014, mais ça contribue à sa richesse. 

Tersim : Equanimity doit s’écouter plusieurs fois. Il ne peut pas être appréhendé sur une ou deux écoutes. Il y a beaucoup de travail d’ambiances qui se dévoilent au fil du temps, pas seulement musicalement, sur les paroles aussi. 

Saim : Je rajouterais que nous sommes extrêmement lents dans le processus de composition. Si le riff n’est pas unanime à 100%, il ne passe pas, on le laisse sur le côté. 

Tersim : Du reste, si l’album plait moins aux aficionados du Death pur et dur, on se dit que c’est aussi une chance d’aller vers un nouveau public. On vit dans le présent, on est plus dans le passé et pas encore dans le futur, on est là, maintenant. 

Francesco : Moi, je suis globalement satisfait des retours. C’est anecdotique que certains ne l’aiment pas, je n’y porte pas une réelle attention. L’histoire de Pitbulls in The Nursery a été mouvementée, c’est vrai, on a perdu un chanteur, on en récupéré un pendant deux ans, Cédric, qui est un putain de chanteur, il officie aujourd’hui dans Supertanker et Tsar Bomba. Malgré ses qualités, artistiquement, on ne s’est pas retrouvé dans son style. Comme l’a dit Saim, on est super méticuleux, chaque riff est retourné dans tous les sens, les enchaînements sont analysés au détails près, on travail ça jusqu’à l’unanimité. Ça n’aide franchement pas pour avancer vite. On est ensuite arrivé dans une période ou l’euphorie du premier album est retombée, le line-up a pas mal bougé, et quand on a décidé de se lancer dans le deuxième album, on a tout donné. Comment veux-tu savoir comment il serait accueilli ? On s'est dit, avant tout, tachons de nous satisfaire, on verra ensuite pour le public. Tu parles si en 9 ans on a eu le temps de retourner la question ! Nous, on est super satisfait du résultat. 

Que la presse soit contente de vous revoir, c’est cool, mais quand vous voyez que le public est aussi content, j’imagine que ça, ça fait vraiment plaisir ? 

Saim : Complétement. C’est le plus important même, la relation on la vit surtout avec le public, au travers des concerts. Ce n’est pas trop m’avancer de dire que sans les concerts, le groupe ne serait plus là. Chaque personne qui vient te voir à la fin d’une performance pour te dire qu’il a aimé, ça refait ta soirée. À la fin d’un concert tu n’as que des retours positifs de toute façon, le mec qui n’a pas aimé s’est déjà cassé (rires). Notre style peut être parfois perçu comme indigeste, on ne sait pas toujours ce que le public en pense, ce qu’il ressent, et c’est très déstabilisant. Certains nous observent bras croisés, c’est difficile de savoir s’il est en pleine découverte, ou s’il se fait chier. 

Francesco : Créer de la musique sur CD, c’est bien, mais là où je prends vraiment du plaisir, c’est quand je la partage avec le public. Le plaisir ultime de la création musicale, c’est de la retranscrire live, et plus souvent on sera sur scène, plus souvent je serais content. 

Tersim : C’est clair. La scène c’est un peu la finalité de ton travail. Ça demande beaucoup de temps de faire un album, mais ça en demande énormément aussi de se préparer pour le live. Il y a le travail en groupe mais aussi le travail seul, tu te dois de t’entretenir, tu y passes beaucoup de temps. On fait du Metal, on ne vit pas de notre art, la richesse qu’on en ressort c’est les sourires, les discussions d’après concert, la rencontre avec le public au stand de merch. Ces personnes claquent du fric pour te voir et ensuite achete un CD, un tee-shirt, ça nous touche, et ça récompense le travail fourni en amont. 

Pourquoi avoir dealé avec Klonosphère pour la sortie d'Equanimity ? 

Saim : Lorsque l’album a été terminé, nous avons démarché plusieurs labels. Entre 2006 et 2015, l’industrie du disque a pas mal changé, le CD est de moins en moins en vogue, aujourd’hui c’est surtout une histoire de numérique. Nous avons eu quelques réponses, dont celle de Klono, dont le fonctionnement est assez « démerdiste ». Avec eux, on reste propriétaire de notre son, de notre stock de disques, ils font surtout de la promotion, ils n’interviennent pas pour « prendre des parts » et ça nous a plu. Nous avons déjà travaillé avec un label qui a malheureusement fait faillite, et on s’est retrouvé un peu dans la panade et on n’avait pas envie de revivre cette expérience. Quoi qu’on puisse dire sur Klonosphère, nous, on aime bien leur fonctionnement, on a nos CDs, ils sont à nous, personne ne vient nous embêter, c’est un vrai plus. On a des amis aussi qui sont chez eux, les gars de Trepalium, pour ne pas les citer, qui ne nous en ont dit que du bien. Puis pour être franc, on n’a pas eu tant de réponse que ça, le choix était restreint. Ce qui est un peu normal dans le fond, on revient de nulle part, dix ans après avec un album sous le bras, nos mails de démarchage ont dû finir dans les spams plus d’une fois. 

Très peu de temps après la sortie d'Equanimity, vous avez balancé l’album en écoute libre sur YouTube (Lunatic a très vite suivi), en Haute Qualité audio d’ailleurs. Pourquoi l’avoir fait si vite ? 

Francesco : On a fait ça ? En Haute Qualité je veux dire ? (Rire général)

Saim : Ouais il me semble, enfin en HQ je ne sais pas mais on a mis la meilleure qualité qu’on pouvait. Si on l’a fait c’est parce que l’album s’est retrouvé très vite sur YouTube, mais le mec qui a fait ça, a stretché l’album. Au lieu de durer 57 minutes, il n’en durait plus que 54, tous les tempi étaient modifiés, les tonalités plus hautes, bref ça ne rendait pas hommage à notre travail. Donc, quitte à ce qu’il soit sur YouTube, on s’est dit qu’on allait mettre notre version. Ça rejoint un peu la question précédente, on est en 2015, en plein air du numérique, plutôt que d’attendre que ton album soit sur le net, et en mauvaise qualité, autant le balancer toi même en t’assurant que la qualité soit là. 

Tersim : C’est clair, si ce n’est pas toi qui le fais, un autre le fera. Là, ça avait été salement fait, on a réagi tout suite, en faisant un boulot propre. En rendant ton album accessible à tout le monde, ça permet au public de l’écouter, de se faire une idée et par la suite de venir te voir un concert. Puis s’il l’aime vraiment, il l’achètera. Mais dans le fond cette démarche est adaptée à notre époque. 

Saim : Aujourd’hui, c’est clairement un non sens de lutter contre le piratage, notre objectif c’est que les gens aient accès à Pitbulls in The Nursery et dans la meilleure qualité. 

Tersim : Ouais, puis on voulait pas passer pour des « crevards », genre les mecs ils bloquent l’accès à leur musique, faut acheter pour écouter, tu vois quoi. On pourrait le faire dans l’absolu, et se donner bonne conscience en se disant qu’on a passé tant d’années à bosser comme des chiens dessus. Mais bon, on s’est vite dit qu’il fallait faire tourner le son, le nom, et si les gens kiffent, ils viendront nous voir en concert. 

Saim : On s’est adapté à ce que font les autres, pas plus, pas moins. La logique aujourd’hui c’est que ton son va tourner, autant qu’il tourne par nous et dans des conditions impeccables. 

Francesco : À l’air du tout numérique, tu peux essayer de protéger, mais bon, pourquoi ? De toute façon, on fait du Metal, c’est pas une musique ultra lucrative, hormis pour quelques groupes. Nous si on fait de la musique, c’est pour l’amour de l’art. Pourquoi lutter contre le piratage, autan faire avec, notre but c’est de partager avec le plus grand nombre possible. Si les gens aiment, c’est un premier pas, s’ils viennent en concert par la suite c’est encore mieux. 

Vous diriez que le téléchargement illégal est une sorte d’outil de promotion ? Certains groupes et labels le pensent du reste. 

Francesco : À partir du moment où tu joues une musique qui n’est pas ultra populaire, pas lucrative donc, qui n’est pas diffusée par les grands médias, on peut penser que quelque part, oui, c’est un outil de promotion. De nos jours ta notoriété est fixée par les réseaux sociaux, elle n’est pas palpable, elle s’exprime essentiellement par des « pouces en l’air ». Le jeu est comme ça, après ce serait naïf de croire que c’est seulement la qualité de ton art qui fera le nombre de vues et du coup de visibilité. Un artiste n’est pas un promoteur, il n’est pas branché com’ à la base, sans être des vieux cons, nous par exemple, nous ne sommes pas des pros du Facebook et Twitter, on utilise l’outil internet comme on peut. On bosse plus sur la qualité de notre musique que sur notre promotion. 

Tersim : Faudrait peut-être voir à proposer un modèle économique différent. Mettre ton album en écoute libre et en téléchargement à prix libre, comme sur Bandcamp, ce n’est pas une mauvaise idée. Il faudrait essayer d’étendre ce principe, une personne qui n’a pas beaucoup d’argent, elle filerait 1€ seulement, ça récompenserait un peu ton travail déjà. On comprend tout à fait que des gens n’ont pas 10€ à claquer dans un skeud, ils ont d’autres priorités, celles de bases. Tu mets ton son en ligne et tu fonctionnes à la donation, si c’est un label qui vend tes albums, tu vas récupérer combien ? 50 centimes par disques vendus ? Voire souvent rien. Le modèle « parfait » serait d’être propriétaire de ton son et de le vendre à prix libre, mais tout de même mettre un prix plancher de 1€, histoire que ton travail ne vaut pas rien. Tout travail mérite salaire, faire un album, c’est du boulot, cet argent servirait à faire du merch, à presser des CDs, à payer certains frais de studio, on est pas cupides, on veut rien se mettre dans les poches. 1 000 téléchargements à 1€, c’est 1 000€ d’injectés dans les dépenses du groupe, et ça soulagerait. 

Francesco : C’est pour ça que nous avons eu recourt au financement participatif pour le pressage d'Equanimity. Nous avons fait appel aux soutiens des gens, du public, pas à celui d’un label. 

Saim : On doit vivre avec notre temps. Il faut savoir que plus tu laisses ton son en visibilité, plus il est écouté, et au plus tu vends des disques. Le bloquer, c’est se tirer une balle dans le pied. Les artistes les plus téléchargés illégalement, sont proportionnellement ceux qui vendent le plus, il y a un rapport de cause à effet. C’est un outil obligatoire le DL illégal, avec tous les sons balancés chaque jour sur la Toile, si le mec t’accorde déjà 10 secondes c’est beau, alors s’il doit payer, il te zappe tout de suite. 

Vous écoutez quoi comme musique les gars ? Non, on va pousser le truc plus loin. Qu’est-ce que vous trouvez d’intéressant dans la scène française en ce moment ? 

Saim : J’aime beaucoup Gorod, Trepalium, Klone aussi que j’ai découvert en signant avec Klonosphère, je ne connaissais pas trop leur nouveau style qui n’a rien à voir avec leurs débuts. Ce sont des groupes que j’aime écouter, alors que j’écoute peu de Metal chez moi, je les trouve plein de ressources. 

Tersim : Sans moi (rires).

Francesco : J’aime beaucoup la scène Stoner. Mars Red SkyTsar Bomba, que j’ai cité tout à l’heure, ces groupes ont une belle atmosphère. Hypno5e également, Trepalium qui a une patte extra, que ce soit en live ou sur disque. J’aime bien aussi Gorod, les poètes Benighted, Kronos, qui sont des mecs adorables et dégagent une sacrée énergie live.  

Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter dans un avenir proche ? 

Francesco : Putain, pas plus que plein de bons live et des rencontres avec le public présent lors des concerts. 

Tersim : Ouais, faire de la scène, rencontrer des gens sympas, être encore et toujours plus visibles pour partager au maximum. 

Saim : Pas mieux. 

Un dernier mot pour les lecteurs de Metalorgie et la rédaction qui fête ses 15 ans ? 

Pitbulls in The Nursery : Merci aux lecteurs pour l’intérêt qu’ils nous portent, on se donne rendez-vous sur les routes ! 

Saim : Sinon, chez Metalorgie la rédaction est sympa ! (Rire général).  

Francesco : Est-ce que ta fille a apprécié le poster qu’on lui a envoyé ? 

Elle l’adore, elle croit qu’on est potes ! 

Francesco : (Éclat de rire) Mortel ! C’est génial.

Shades of God (Avril 2016)
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