Mercyless, Chaulnes Metal Fest, mars 2016.

Nous avons profité de la venue de Mercyless au Chaulnes Metal Fest en mars dernier pour rencontrer son leader, Max Otero. Durant cette entrevue, Max a été comme il l’est d’habitude : franc, franc et encore franc. Nous avons abordé ensemble le présent du groupe, son avenir proche avec la sortie d’un nouvel album à l’automne et deux autres sujets où il a été particulièrement prolixe : la religion chrétienne et l’une des légendes du Death / Thrash français, Massacra



Salut Max, comment ça va ? 

Max : Ça va super et toi ? Écoute, j’ai pas à me plaindre ! 

Bah ça va super aussi, merci ! Comment juges-tu votre prestation de ce soir ? Tout s’est déroulé comme vous le souhaitiez ? 

Elle a été impeccable. Ça a été un bon show, on a donné ce qu’on avait à donner ! À partir du moment où les morceaux sortent comme on a envie de les faire sortir ça se passe bien. On a joué quelques nouveaux titres, ils sont bien rodés, c’est nickel. 

D’ailleurs ce soir vous avez partagé l’affiche avec vos potes de Putrid Offal et Supuration, j’imagine que ça fait super plaisir ? 

Complètement ! Cela fait des années qu’on se connaît, se revoir comme ça, comme à l’époque des 90’s c’est génial ! On avait déjà joué avec eux durant ces années, que ce soit les gars de Putrid Offal et SUP / Supuration, ainsi qu’avec une bonne partie de la scène du Nord ! (Rires). C’est un vrai plaisir de pouvoir se retrouver 20 ans après et de voir que rien n’a vraiment changé entre nous. L’ambiance est bonne, l’organisation du festival est très sympa, c’est cool. 

La grosse actualité de Mercyless c’est votre signature chez Kaotoxin Records, comment vous en êtes venus à dealer ensemble, tu nous racontes ça ? 

Ça s’est fait naturellement j’ai envie de te dire. Nico (le boss de Kaotoxin) et moi sommes en contact depuis quelques temps déjà, il connaît bien le groupe et moi je suis le travail de son label. Au départ, nous n’avions pas planifié vraiment de collaborer ensemble. Quand on est bien revenu dans le circuit en 2013 avec Unholy Black Splendor, nous avions signé avec le label Trenkill, les choses ne se sont pas passées de façon idyllique, on a donc vite arrêté de bosser avec eux. Malgré tout, on s’est concertés avec le groupe et on s’est dit qu’on allait continuer de travailler, notamment sur des nouveaux morceaux, sans se prendre la tête, et le moment venu, on verra ce qu’on fait. Nico a eu vent de l’affaire et nous a contacté, il était très emballé, il nous a directement parlé de la manière dont il voyait les choses pour Mercyless, des formats dans lesquels l’album sortirait si on venait à dealer ensemble. Puis de fil en aiguille ça a fait son chemin. On s’est aperçu que sa proposition et son enthousiasme correspondaient vraiment à l’esprit Mercyless, surtout que nous souhaitons faire quelque chose d’un peu spécial pour nos 30 ans. Maintenant, je ne vais pas te mentir, nous avons eu des propositions de labels plus important que le sien, mais j’ai laissé tomber. D’expérience, je sais à quoi m’attendre avec ce genre de structure et dans le fond ces mecs en ont un peu rien à foutre. On est un groupe de Death Old School, je ne sais pas vraiment où on se situe par rapport à un tel ou un tel, mais l’important c’est la confiance. C’est de pouvoir appeler directement le label avec qui tu bosses et d’avoir des réponses vite ! Je fais confiance à Nico, lui me fait confiance, c’est la base de tout pour bien avancer et réaliser un projet propre. De plus, Kaotoxin est un label qui a de la gueule, son roster est diversifié et composé de bons groupes (on peut citer 6:33, The Lumberjack Feedback, Ad Patres, Dehuman, Otargos…). Tu vois, t’as envie de t’intéresser à ce qu’il édite, et j’espère qu’avec la signature de Mercyless ça renforcera et étoffera encore plus le travail qu’il fait. 

Il y a quelques semaines, Metalorgie a été invité au Psykron Studio où s’est déroulé le mixage de votre prochain album. Trois morceaux nous ont été dévoilés et ce qui frappe directement, c’est que le côté Old School est ultra présent. Vous l’aviez décidé dès le départ ou s’est venu en court d’écriture ? 

Non non non … Écoute, Mercyless a eu entre 1996 et 2000, une période un peu bizarre, on n’était plus vraiment le même groupe. Notre truc c’est le Death Metal, et surtout celui qui sonne 90’s. Je suis un peu l’âme de Mercyless, je compose les titres avec l’aide de notre batteur, Laurent. On compose une musique qui nous fait tripper, celui qui vient du Old School. Je ne vais pas commencer à faire du moderne alors qu’on est pas une formation comme ça, c’est pas nous. On a déjà tenté beaucoup de choses avec Mercyless mais notre truc, c’est le vieux Death ! C’était super important de faire quelque chose qui nous ressemble et par dessus tout, de se faire plaisir ! La musique, c’est comme la vie, tu dois faire les choses qui te font plaisir. En faisant du Death Old School, on se fait plaisir et on fait plaisir aux gens qui aiment ce style, et si je passe pour un vieux bah j’en ai rien à branler ! On est en 2016 et j’écoute toujours la même musique, et alors ? C’est con à dire, mais pourquoi je changerais du tout au tout ? Pourquoi ? Attention, j’aime des choses plus modernes également, mais la musique qui me parle, c’est celle-là ! Bizarrement, c’est celle-là, et c’est bien comme ça.  



Tu as confié le mixage de votre prochain opus à Phil du groupe Putrid Offal, tu souhaitais travailler avec un ami pour mieux communiquer ou c’est uniquement son regard sur votre musique qui t’a motivé ?

Les deux. Phil est effectivement un vieil ami, mais c’est aussi un mec qui « comprend » le Metal Extreme. Il n’y a pas pire frustration que de ne pas se comprendre avec le mec qui mixe ou masterise ton album. J’ai besoin d’être en relation avec un mec qui comprend l’essence de cette musique. Comme toi, comme vous, je trippe en face de certaines musiques, discuter de groupes en se disant « tiens tu te souviens de ce son de guitare, de la basse, de ce groupe » et là mon interlocuteur me répond « ouais putain je me souviens, et ça, et ce truc », tu vois j’ai besoin de ça ! Je n’ai pas de temps à perdre avec des mecs qui n’ont pas les mêmes références ou la même vision que moi. En plus de ça, Phil a une oreille incroyable, il sait bosser, je me suis dis, ok on lui confie le mixage, on tente. Et si nous on peut lui amener de la visibilité grâce à notre nom, pour donner envie à d’autres groupes d’aller vers lui, c’est super. J’espère vraiment que suite à notre collaboration ça lui amènera de nouvelles opportunités, il le mérite en plus ! C’est un super gars, très à l’écoute et il se donne du mal. On a passé des dizaines d’heures au téléphone, pour parfois des détails, mais c’est eux qui font la différence ! Aujourd’hui je peux le dire, cet album ne serait pas comme il est sans Phil. J’ai réfléchis, encore et encore mais non. Il y a des montages que personne ne pouvait comprendre à par lui, c’est pas forcément des trucs compliqués, mais il comprenait exactement où je voulais en venir. On avait pas envie d’aller chez un mec soi-disant réputé pour qu’il nous fasse un son pourri avec des batteries en plastiques, des compresseurs à ras-du-sol que quand tu places un coup de grosse caisse tu perds la moitié de tes poils ! Ça, bah je m’en fous ! Pour Mercyless, il faut que ça dégouline, que ça bave, pas besoin d’un truc précis, rien à branler de ça. Quand un mec écoute le disque, au bout de 4 secondes il doit se dire « wow ! ça envoie ! » le reste rien à foutre. Le mec doit rentrer dans l’album tout de suite, c’est ma façon de voir les choses. Comme tout le monde j’ai écouté de la musique, quand je mettais mon vinyle étant jeune, il fallait que ça claque tout de suite, qu’après 3 morceaux j’avais cerné l’album et que je savais que le reste allait me plaire de la même façon. 

Qui s’est occupé du mastering ? 

Frédéric Motte du Conkrete Studio. Un mec super qui a récemment bossé avec Loudblast, Gorod et Fleshdoll, il connaît très bien le Death Metal. Il est totalement dans l’esprit des mecs avec qui on aime travailler, à l’écoute et réactif, en peu de temps il cerne exactement ce que tu veux. Pour être franc, des masterings comme il fait, je n’en connais pas beaucoup en France capables de les faire, dans le Metal, j’entends. Il correspond en tout point à ce qu’on cherchait. Rien d’autre à ajouter. 

Le thème récurant chez Mercyless, aussi bien dans les visuels, titres d’albums et paroles, c’est la religion chrétienne. En quelques mots, tu peux nous dire quel est ce rapport conflictuel que le groupe entretien avec le christianisme ? 

J’aborde un thème que je connais bien, tout simplement. Je ne suis pas du genre à m’aventurer sur un terrain dans lequel je n’ai pas assez de connaissances. Je suis capable de parler des Livres Saints parce que je les ai étudiés. La religion chrétienne m’a entouré, je suis d’origine espagnole et dans ma famille, elle était très présente, je dirais même qu’elle prenait beaucoup de place. Je ne critique pas la religion au sens strict, pour dire les choses comme je les pense, ce n’est pas Dieu qui m’insupporte, c’est son fan club. Aujourd’hui encore, quoi qu’on en dise, la politique et la religion sont amies, elles entretiennent des liens étroits, et vu les temps actuels, les choses ne vont pas s’arranger. Le problème majeur vient de ce que l’Homme a fait de la religion, il l’utilise à des fins malsaines. Selon ma perception des choses, nous sommes en train de revenir en arrière, on est presque au moyen-âge, aussi bien dans la religion, que dans la politique ou socialement, on régresse ! On croit tous que l’Homme est une source de création, d’évolution, numérique notamment, mais pas du tout, il utilise encore certains préceptes pour manipuler : la croyance religieuse, le dogme. Mais putain sérieux, tu crois qu’on a besoin de ça pour bien vivre ? Pour être à l’écoute des autres ? Il suffit de faire des choses simples, parler au mec qui se trouve à côté de toi, lui serrer la main, t’ouvrir quoi ! Le prendre en considération en tant qu’homme, qu’il soit juif, musulman, chrétien. S’il est dans la merde, tu l’aides, point barre ! Mais non … on continue de créer le fossé entre les hommes avec ces conneries. On est en 2016 et on n’a pas l’intelligence nécessaire pour s’ouvrir, c’est affligeant. Même nos vies on les laissent être dirigées par les ordinateurs et par les réseaux sociaux, c’est incroyable. Pour écrire les paroles des chansons je prends appuie sur tout ça, elles sont naïves dans le fond, j’utilise des termes simples pour représenter cette société totalement bête, elle est aussi bête qu’une statut, d’où le titre du prochain album : Pathetic Divinity. On idolâtre des choses fictives, alors qu’on n’est même plus capables de faire les choses les plus simples, on ne se rend plus compte que des mômes crèvent tous les jours de faim, de soif, parfois à quelques kilomètres de chez nous, c’est consternant. En somme, la religion, et surtout le christianisme, sont les thèmes que je maitrise le mieux et qui collent à notre Death Metal. D’ailleurs, je crois que nous sommes l’un des seuls groupes, hormis ceux de Black Metal, à structurer notre musique autour de ce sujet en France. On nous l’a souvent reproché, souviens toi la pochette de notre premier album, Abject Offerings, on y voit une représentation du Christ par Salvador Dali, qui est un artiste très important pour moi du fait de mes racines espagnoles, pour moi c’est l’un des plus beaux symboles qui existent, et pour plein de raisons. Toujours vénérer des icones religieuses en 2016, c’est fou … il suffirait simplement de diffuser le savoir, de discuter, de s’ouvrir, pour que cela aille mieux. 



Les lines-up de Mercyless ont toujours été composés de musiciens talentueux, notamment derrière la batterie. Lors de la sortie de Abject Offerings, en 1992, le poste était occupé par Gérald Guenzi, qui soyons francs, était l’un des premiers batteurs français de Death Metal à faire un blast de qualité. Tu les trouves où ces mecs ? 

Où je les trouve ? Ils viennent à moi ! (Rires). Laurent, notre batteur actuel, qui est là depuis 10 ans l’air de rien, est totalement dans l’esprit et les paramètres de Gérald. Je me dois de lui tirer mon chapeau, il n’est pas de cette école à la base, mais c’est un bosseur et un passionné de musique. On a pas les mêmes références, puisqu’il est un peu plus jeunes que moi, mais quand je lui dis « tiens tu devrais écouter tel groupe, tel album », il le fait et s’imprègne vite de ce qu’il a écouté. Il assimile les choses à une vitesse hallucinante, il me rappel vraiment Gérald, ils ont un peu la même morphologie en plus : petit et super nerveux. 

Quand doit sortir Pathetic Divinity ? Tu sais déjà sous quels formats il sera édité ? 

Il doit sortir début octobre 2016. Il y aura un coffret collector, une version Digisleeve, et probablement d’autres formats très prisés en ce moment. On voulait vraiment faire un bel objet pour fêter plus ou moins les 30 ans du groupe. Kaotoxin à tout suite était d’accord, ils préparent quelques choses de beau.        

De la première vague Death / Thrash française il reste encore quelques groupes en activités : Mercyless, Agressor, Loudblast, Crusher est revenu dans le circuit aussi. Il en manque un, Massacra. Je sais que tu connais l’un des membres, Jean-Marc Tristani. Selon toi, on peut espérer qu’un jour Massacra se reforme ? 

Honnêtement ? Non. Massacra était, et restera une énigme pour toujours. Elle est drôle ta question, figures-toi qu’on m’en a parlé il n’y a pas longtemps. Massacra fait partie de l’histoire du Metal français à jamais, ils avaient un truc que personne n’avait à l’époque. Je n’arrive toujours pas à savoir si c’était une présence physique, une certaine forme de puissance… je ne sais pas. Après, c’est vrai qu'humainement, ils avaient un véritable problème, surtout dans la relation avec les autres, ça c’est clair, net et précis (rires). Un groupe se comporterait aujourd’hui comme Massacra le faisait à l’époque, ça ne passerait pas du tout ! À un moment donné, et on sait pas trop pourquoi, ils en ont eu marre de tout, ils ne se reconnaissaient plus dans la scène. Puis n’oublions pas qu’ils ont vécu un coup très dur avec la mort de Fred (Fred « Death » Duval, l’un des créateurs du groupe est mort brutalement en 1997, il avait 29 ans. Ndlr), ça a bouleversé Jean-Marc profondément, ce qui se comprend, et ça a été pour lui le point de non-retour. On peut aussi tenter d’expliquer leur ras-le-bol par l’orientation qu’ils ont pris sur leurs deux derniers albums (Sick en 1994 et Humanize Human en 1995) et qui n’a pas plu au public. L’accueil n’a pas été bon, ils se sont sentis incompris et ça leur a fait mal. Au-delà de ça, quand on y réfléchit, aucun groupe n’a su reprendre le flambeau ou marquer le Metal Extreme en France comme ils l’ont fait, et c’est vraiment dommage. Ils ont écrit l’histoire du Metal en France, ils lui ont donné du lustre. Jean-Marc a fait en sorte que Massacra reste dans la légende, preuve en est, la réédition de leurs trois premiers albums chez Century Media en 2014. Ils étaient particuliers mais c’était des bons gars, ils se sont fermés aux autres, sont entrés dans un délire, ils voulaient évoluer dans un certain sens et les gens n’ont pas adhéré, c’est compliqué la musique tu sais. C’est eux qui se sont le mieux exportés parmi les groupes français pendant les années 90, pourtant qu’est-ce qu’ils ont eu comme emmerdes avec des labels à la con comme Shark Records… les revoir sur scène aujourd’hui, je n’y crois pas. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne parlera plus d’eux. 

Max, ce fut un grand plaisir, merci pour ta disponibilité. As-tu un dernier mot pour les lecteurs de Metalorgie ? 

J’espère que notre prochain album vous plaira, ainsi qu’à tous les fans de Death Metal. Pathetic Divinity a vraiment une signification particulière pour nous, on a tout mis dedans. Il a était enregistré en novembre 2015, pendant cette période trouble en France, et nous avons eu la douleur de perdre deux ex-Mercyless dans la même semaine. Aujourd’hui je me rends compte qu’il y a quelques choses de particulier dans cet album, je n’ai jamais réécouté nos disques après les enregistrements et celui-là, je l’ai beaucoup écouté. J’essaie de me remémorer certaines choses vécues avec les ex-membres disparus, il s’en est suivi une période extrêmement bizarre, nous avions une colère que jamais nous n’avions eue avant. J’ai fait écouter quelques titres à des proches pour avoir leur ressenti, je voulais savoir ce qu’ils en pensaient. Quelques part, dans Pathetic Divinity on retrouve ce grain particulier qu’on avait sur nos deux premiers albums et ce n’était pas voulu, vraiment. C’est un peu un mélange de Abject Offerings et Coloured Funeral, j’ai du mal à te l’expliquer… on retrouve vraiment cette colère qui était présente à nos débuts, et sans me la raconter, sur les dix dernières années, je n’ai pas entendu beaucoup de disques qui en possède autant. On s’est tous impliqués comme jamais, on y a mis du sang et des larmes. Tout ce qu’il nous reste à espérer c’est que les gens l’apprécieront, je remercie ceux qui sont encore là, qui nous écoutent et viennent nous voir en concert, c’est le plus important pour nous, le reste, c’est du détail !

Shades of God (Avril 2016)


Crédit photos : Metallic Photography

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment