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When Reasons Collapse par Skype, février 2016.

Le Deathcore et le Metalcore continuent d’avancer malgré les nombreux clichés qui circulent sur eux. Histoire d’en savoir un peu plus sur ces styles et l’environnement dans lequel ils évoluent, nous avons contacté Cristina, la chanteuse de When Reasons Collapse. Elle s’est prêtée au jeu de l’interview comme elle le fait sur scène : avec franchise et énergie. Au programme de cette entrevue, la vie du groupe, les tournées, leur fonctionnement, mais également le regard de Cristina sur la place des femmes dans le Metal.

Salut Cristina, merci d’accorder cette interview pour Metalorgie. Comment ça va en ce premier tiers d’année pour toi et When Reasons Collapse


Cristina : Salut Shades, ça va bien. On bosse actuellement sur de nos nouvelles compositions et on a repris les concerts, ça se profile donc plutôt pas mal. 

De quoi parle votre premier album, Dark Passengers ? Quel sont les sujets abordés, est-il basé sur un concept ? 

Dark Passengers se situe dans la lignée de nos premiers EPs (Tale of Crime en 2010 et Full of Lies en 2011), il traite essentiellement des déviances et des souffrances que ressent l’être humain. Le format LP étant plus long, ça nous a permis de nous étendre sur plusieurs sujets comme la perte d’un proche, le suicide ou la pédophilie. 

Comment s’est déroulée sa conception ? When Reasons Collapse compose en groupe ou vous avez un préposé à cet exercice ? 

Nous sommes un groupe un peu atypique sur la composition. Un seul membre s’y colle, Thierry, qui est également le leader. Il compose dans son coin, et envoie les musiques pour qu’elles soient travaillées par les autres membres. Pour ce qui est des paroles c’est moi qui m’en charge. Si certaines choses ne nous plaisent pas dans ce que Thierry a composé, on en discute, mais au final, le dernier mot lui revient. Depuis nos débuts cela se passe comme ça. Nous avons été confrontés à pas mal de changements dans le line-up au départ de l’aventure, du coup, on s’est dit que ce serait bien de garder une constante dans WRC, et Thierry et naturellement devenu ce fil conducteur. Si l’un des membres, hormis lui, vient à partir, le groupe gardera son âme et son identité. 

Thierry et toi êtes les deux seuls rescapés des débuts de WRC

Tout à fait. 

Une certaine complicité est donc née entre vous ? 

Exactement. Thierry est un peu mon « âme sœur musicale ». J’aime tout ce qu’il compose, je me retrouve bien dans sa musique. Dés qu’on s’est rencontrés j’ai adhéré tout de suite à son style, à ses influences qui sont à peu près les mêmes que les miennes. C’est aussi une des raisons qui font que je suis restée avec le groupe. On se prend la tête parfois évidemment, on passe beaucoup de temps ensemble, que ce soit sur les routes ou en répétitions, donc c’est normal qu’il y ait des tensions par moments, mais il existe une vraie complicité qui permet d’avoir un groupe soudé. 

Où a été enregistré Dark Passengers ? 

Thierry possède un home studio, l’album y a donc été enregistré. Ce qui nous a permis d’avancer à notre rythme sans les contraintes liées à un studio classique. On peut se permettre de travailler le son autant de fois que nécessaire jusqu’au résultat voulu. Dans le passé nous avons bossé avec des gens extérieurs qui ne comprenaient pas forcément ce qu’on voulait, là c’est différent, le rendu est exactement celui qu’on attend, il porte notre signature et évidemment c’est Thierry qui gère tout. 

Je prends un raccourci, mais dans le fond, le son et la musique chez When Reasons Collapse, c’est Thierry ?

Totalement, nous sommes un groupe, donc si une chose ne plait pas à un membre on en discute, on essaie de trouver un compromis, mais en cas de « conflit », c’est Thierry qui aura le dernier mot. Sur l’aspect musical j’entends. Mais on sait ce qu’il fait, on a confiance en lui, avec le recul on saura qu’il avait raison. 

Quelles sont vos influences majeures ? D’ailleurs tu classerais plus WRC dans la branche Deathcore ou Metalcore ? 

C’est très compliqué de répondre précisément ! Nous-mêmes on ne sait pas quelle étiquette se coller. Nos influences partent tellement dans tous les sens. Quand je suis arrivée, Thierry cherchait un chanteur orienté dans la vaine Death Mélodique, avec quelques touches de Core. Au départ les groupes référents étaient Dark Tranquillity et Heaven Shall Burn, en gros, tu vois un peu l’écart. Puis avec le temps on s’est inspirés aussi de The Black Dahlia Murder, Whitechapel et même certains plans Black Metal. Ça part vraiment dans tous les sens, pour le prochain album nous avons encore élargi le spectre influent qui cette fois-ci touche au Post-Hardcore. Mais dans le fond ça nous ressemble bien. 

Si tu veux bien nous allons parler de toi Cristina. Quand as-tu débuté le chant ? 

J’ai débuté le chant vers mes 18 ans. Mon cercle d’amis de cette époque était composé essentiellement de musiciens. Ils étaient branchés assez Néo Metal, moi je penchais plus sur le Hardcore. À la suite d’une répétition d’un groupe de potes, on a jammé et j’ai hurlé dans le mirco, voilà un peu comment c’est venu. De plus, mon petit copain avait un groupe, et j’avoue que j’en étais un peu jalouse. Jalouse dans le sens où moi aussi je voulais partager les choses que font les musiciens entre eux, faire des répétitions, des concerts etc.…

Est-ce plus difficile de s’imposer dans le Metal quand on est une femme ? Le milieu n’est pas reconnu machiste, mais il n’est pas non plus ultra gentleman, ça ne doit pas être toujours évident ? 

Sans te mentir, ça a été très très dur par moment. Je ne sais pas si c’est le cas pour toutes les filles, mais j’ai connu des moments vraiment difficiles. J’ai longtemps été « la nana du mec de, la nana croisée en concert, la nana qui chante », être reconnue et même appelée par mon prénom a été compliqué. Personne ne me prenait au sérieux, les gens trouvaient ça presque mignon de voir un groupe avec une fille. On entend ce qu’ils disent tu sais, des trucs du genre « une nana ne peut pas avoir la même technique qu’un mec, la même puissance vocale, elle va jouer sur physique pour faire oublier le reste ». J’ai contourné tout ça, je suis passé au dessus pour avancer. Ça a été aussi compliqué parce que j’ai une grande gueule, je ne suis pas du genre à m’écraser, à me laisser faire. Quand j’étais plus jeune c’était pire même, je m’insurgeais contre tout, je l’ouvrais tout le temps, et ça forcément, ça ne plaisait pas ! Les metalleux sont un peu misogynes, sans l’être à l’extrême, mais ils le sont quand même. Pour beaucoup une nana, ça doit être jolie, bien foutue, et surtout être dans le public, pas sur scène. Lorsqu’il y a un conflit ça ne se passe pas de la même façon avec moi que ça se passerait avec un mec, ça prend tout de suite d’autres proportions. Je dirais d’ailleurs aux filles qui sont dans ce cas de ne rien lâcher. Oui c’est difficile, oui l’ego en prend un coup, mais il ne faut surtout pas renoncer. Les choses on les fait pour nous, pas pour les autres.


Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à votre groupe, j’ai tout de suite remarqué que vous ne basiez pas votre communication autour de toi. D’autres formations n’hésitent pas à justement profiter de ça pour se promouvoir, mais pas vous. C’est une décision commune de ne pas le faire ? À ta demande, ou alors vous ne vous êtes même pas posés la question ? 

Honnêtement, on ne s’est jamais posés la question. Je pense même que si je venais à quitter le groupe, ils ne chercheraient pas forcément à me remplacer par une autre femme. Thierry est surtout axé sur la technique vocale, c’est ce qu’il regardera en premier. On est pas un groupe qui mise sur une femme pour y arriver, ma plastique est secondaire, on différencie bien le côté chant du côté femme. Ça m’ennuie même quand par exemple le groupe est invité à jouer dans des plateaux ou festivals réservés aux groupes à chanteuse. Ok, ça offre de belles opportunités ce genre de concerts, mais moi ça m’ennuie, ça ne nous correspond pas du tout l’étiquette « groupe à chanteuse ». Ce n’est pas l’image que nous essayons de donner. 

De par ton expérience, tu donnerais quoi comme conseilles aux femmes qui désirent se lancer dans le Metal ? Aussi bien au chant que derrière un instrument d’ailleurs ? 

Je n’ai pas vraiment de conseilles à donner. De manière générale, que ce soit une femme ou homme, je dirais qu’il faut foncer, ne pas regarder en arrière. Ce qu’il faut absolument savoir c’est qu’une telle aventure demande beaucoup de temps, d’argent et de courage. Entre la vie professionnelle et la vie du groupe, il ne reste pas grand chose pour sa vie personnelle. Ça demande énormément de sacrifices, mais c’est une aventure qu’on ne vit qu’une fois, raconter plus tard à ses enfants et petits enfants qu’on a traversé l’Europe, vu la Bosnie, la Lettonie, c’est une expérience incroyable ! Il est important d’écouter juste ses envies et pas les autres. Après les filles doivent savoir que parfois elles vont entendre des critiques dures, ou se faire draguer lourdement par des mecs chiants, mais avec le temps tu sais comment réagir et tu n’y prêtes même plus attention. Il faut foncer pour ne rien regretter. 

Revenons au groupe. Il s’est écoulé 4 ans entre votre dernier EP et l’album, pourquoi ? Vous souhaitiez vous concentrer sur la scène ? Vous manquiez de liquidités pour l’achat de matériel ? 

Pour tout t’avouer le groupe n’a pas de problème financier. Il n’en a pas parce que nous travaillons tous très durs pour l’autofinancer. Encore des sacrifices. Le problème de base a été le line-up, il n’était pas stable, donc difficile d’enregistrer quelque chose de solide. À la sortie du dernier EP, Full of Lies, en 2011, nous avions des problèmes avec le batteur. Au bout de quelques dates nous-nous sommes aperçus que ça ne le faisait pas. On a trouvé un batteur motivé, mais l’ennuyant c’est qu’il débutait. Nous avons donc été patients, nous avons attendu qu’il ait le niveau et qu’il nous rejoigne en Région-Parisienne puisqu’il vivait à Toulouse. Pendant ce temps, on a avancé sur l’album, la composition était terminée et nous apprenions les titres de notre côté. Ensuite nous avons bossé tous ensemble, beaucoup répété, on s’est rodé sur scène en y devenant vite accros. Puis, il a fallu peaufiner Dark Passengers, Thierry l’a façonné, lui a donné un son, une identité. Sans oublier nos vies professionnelles. Tout ça explique pourquoi il s’est écoulé plusieurs années. 

When Reasons Collapse tourne énormément, c’est devenu une passion plus qu’un besoin ? 

Tout à fait, nous sommes des boulimiques de la scène. Nous avons aussi besoin de faire des concerts pour nous défouler des semaines de travail stressantes que nous vivons. Rester le week-end à la maison sans rien faire nous déprime plus que tout. C’est une nécessité pour nous d’être sur la route, de multiplier les dates, de faire des rencontres de voir des gens. On est des sortes de petits globetrotters, on adore voyager, découvrir de nouvelles villes, s’immerger dans d’autres cultures. C’est pour ça qu’on tourne autant. 

En toute sincérité, ces tournées, elles ne sont pas à pertes parfois ? 

Oui, elles le sont. Depuis les débuts de WRC on a perdu une somme assez conséquente. Si on continue, c’est parce que c’est une passion tout simplement. Récemment on comble un peu ces pertes grâce à la vente de merch, on les limite du moins. Nous avons réussi à nous constituer un public, qu’on essaie toujours d’agrandir en allant dans de nouvelles villes ou pays. On s’en fiche si le voyage est à perte, on se dit qu’en allant là-bas on peut éventuellement conquérir de nouveaux fans. On continuera de faire ça jusqu’à ce qu’on en est marre, puis tant pis si on perd du fric, on se dit qu’on s’offre des vacances avec ces voyages.  

À titre personnel, quels sont les chanteurs et chanteuses qui t’ont le plus influencé ?

En tout honnêteté, je ne suis pas influencée par les chanteuses, j’écoute même très peu, voire pas du tout de groupe avec une femme au chant. Certains sont intéressants, mais de là à m’influencer, non. Avant de trouver mon style, j’ai surtout été influencée par les chanteurs de Heaven Shall Burn et celui de Whitechapel qui a une vraie voix de porc ! D’ailleurs pas mal de chanteurs pompent sur lui, il est une vraie référence. J’aime également celui de The Black Dahlia Murder, il est vraiment très bon. La grosse base de mon chant vient surtout du Harcdcore, c’est large, difficile de vraiment cibler un tel, plus qu’un tel.

Comment tu vois l’avenir proche de When Reasons Collapse ? 

Alors pour l’avenir, déjà en exclu je peux te dire que nous avons 3 tournées de prévues. Une en mars, en Espagne, en avril on enchaine sur d’autres dates en Europe, puis en septembre, on repart. Avec pour but de taper dans des scènes plus grosses. On a pas mal d’expérience, on commence à se faire un nom, il est temps de viser un peu plus haut. Ensuite on espère continuer de bosser sur le nouvel album, le faire bien avancer, apprendre les titres et pourquoi pas l’enregistrer. Je suis assez pressée d’avancer dessus, on est sur des trucs intéressants, dont un titre assez inédit pour notre style, nous avons hâte de le faire découvrir au public et de voir sa réaction. Sans compter que nous sommes montés d’un cran dans la technique, Thierry a encore composé des choses difficiles à jouer, ça nous fait bosser, ça nous tire vers le haut, c’est génial. C’est le but pour les années à venir de toute façon, s’aguerrir, franchir des paliers, monter en intensité et en brutalité. Toujours garder un côté mélodique, mais augmenter la violence. 

Est-ce que selon toi, dans le Metal il y a beaucoup de copinage ? Voire carrément du piston ? 

(Gros éclat de rire). Alors, je me suis longtemps insurgée face à ça avant de laisser tomber. Dans le Metal c’est un fait, tu as des amis, ou tu n’en as pas. Avec de bons amis tu réussis à jouer plus souvent dans des endroits qui offrent une bonne visibilité, sans, c’est une autre histoire. Au départ j’étais jalouse de ces groupes, puis je me suis fait une raison. Dans un sens, ça nous a motivé à faire les choses par nous mêmes. Dans la région parisienne il y a énormément de formations et d’orgas, on aurait pu copiner, mais nous avons préféré rester authentique. Je m’occupe de trouver des dates, et s’il faut payer un booker, je le fais, voilà, tu vois, ça nous a évité d’être en contact avec les mauvaises personnes, de se démarquer de cette masse qui cherche à tout prix la popularité. Nous, on veut juste jouer, diffuser, partager, se faire plaisir, on s’est vite rendu compte que la course au succès, ça ne nous ressemble pas. Ceci dit, ça vaut également pour le Rock et d’autres milieux, pas seulement dans la musique, c’est comme ça, à nous de faire autrement. Il y aura toujours des gens dans une meilleure situation et inversement, l’important c’est de tracer sa route en faisant ce qu’on aime sans se préoccuper des autres. 

Ce phénomène, il est exclusif à la France ou tu penses qu’il se retrouve également ailleurs ?

Sans trop m’avancer, je pense pouvoir dire qu’il est mondial. J’ai quelques contacts au Etats-Unis, et c’est pareil. Tout est question de copinage et d’argent, les grosses scènes, elles se payent ! Pour jouer en première partie de certains groupes c’est très cher, on reçoit des mails nous indiquant que c’est possible de partager l’affiche avec tel ou tel groupe et on nous donne un prix, ou on nous dit, voilà les enchères commencent à tant. 

Un dernier mot pour nos lecteurs Cristina ? 

N’hésitez surtout pas à venir nous voir sur scène, on a pas mal de dates qui se profilent. Vous verrez que même si l’album est pas mal, on est surtout un groupe qui s’exprime live ! Ce sera sympa de partager quelques mots et une bière avec vous.

Shades of God (Mars 2016)

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