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Psykup Nouveau Casino - novembre 2014

Nous avons discuté très longuement avec Ju' de Psykup autour d'un verre, quelques minutes avant le début de leur concert au Nouveau Casino, le 21 novembre 2014. Retour sur cette interview fleuve captée par nos soins il y a plus d’un an ! Bordel ça passe vite…

Grum, LeLag et Ben, en parfaits groupies, se retrouvent avec un Ju' détendu, évoquant les galères du jour (crash d'un ampli) et se rappelant au passage quelques tronches bien familières. On a toujours suivi l'actualité des autruches, qu'elles soient en solo ou en compagnie d'autres projets connexes, et mine de rien ça crée des liens. On aurait simplement pu passer une heure à boire des coups et discuter de la pluie et du beau temps, mais de toute façon, on en serait forcément venu à évoquer un groupe hors normes qui a marqué nos jeunesses...

LeLag : Et si on revenait un peu sur ce qui s'est passé il y a quelques années : qu'est-ce qui a provoqué la séparation selon toi ?

Ju' : Bah en fait c'est Mathieu (Milka) qui... Deux choses à prendre en compte : il a été papa, et il avait MOPA (My Own Private Alaska) qui lui prenaient pas mal de temps, et je pense qu'il ne s'y retrouvait plus artistiquement parlant, en tout cas à ce moment là. Et il a dit, bon attention, ça s'est pas du tout mal passé hein, "j'préférerais arrêter pour le moment, et me concentrer sur MOPA". Voilà, il a préféré faire un choix, et avec le reste du groupe, finalement on a jamais dit qu'on arrêtait là, on s'est dit qu'on ferait une pause et qu'on verrait plus tard comment tout ça évolue. Moi à l'époque j'avais Manimal et Simone Choule, y'avait pas encore Rufus Bellefleur, mais bon on avait tous des groupes et des projets à côté. Pour lui c'était assez clair, c'était un arrêt définitif, on a terminé la dernière tournée. Continuer sans lui ça nous branchait pas trop, mais comme on faisait à l'époque un album tous les deux ou trois ans, ça nous laissait le temps de réfléchir. Et récemment, on...

Grum : on a pris le temps de la réflexion ?

Ju : (rires) voilà, exactement. Mais on est tous des potes, on se voit encore très souvent, et l'année dernière, vers Noël, il m'a dit "est-ce que ça te dirait de refaire Psykup ensemble, pour les 10 ans de Jerkov ? "(le label de Milka, et celui de Psykup aussi). J'ai répondu oui, à fond, faut juste s'enlever les doigts cul pour se remettre dedans, moi j'avais quasiment pas joué de guitare depuis plusieurs années, fallait que je m'y remette. On devait faire qu'une seule date, c'était exceptionnel... Et là les gens ont tellement pété les plombs...

Lelag : A ce point là ?

Ju : Ouais grave, moi je m'y attendais pas. Je savais que le groupe avait eu son heure de gloire à une époque, mais tu te dis que ça fait six ans qu'on s'est arrêté et que tout le monde peut être s'en branle aujourd'hui. Mais c'est pas le cas, les gens ont pété les plombs, moi j'me suis fait littéralement harcelé sur les réseaux sociaux, j'ai reçu une tonne de messages et de mails disant "venez chez moi, venez jouer dans ma région", etc... De notre côté, on s'est vraiment bien éclatés à Toulouse pour cette date, et on s'était dit qu'on réfléchirait qu'on verrait verra comment ça se passe si on prenait plaisir. Bien entendu ç'a été le cas, le public a été incroyable et on a vécu des choses tellement folles qu'on s'est dit bon bah, allez pourquoi pas faire une date à Paris, et quelques temps après nous est venue l'idée de lancer cette ligue des autruches, de mettre des villes en compétition, parce qu'on voulait se marrer et faire une dizaine de dates. Mais on a fait ça au fur et à mesure, pas de réflexion globale...

Lelag : Justement au niveau de la ligue des autruches, vous êtes content du résultat ?

Ju : Ouais !

Grum : même Dunkerque ?

Ju' : justement, particulièrement Dunkerque, parce qu'on a une histoire avec cette salle (les 4 écluses), c'est des potes, et c'était évident que si on allait jouer à Dunkerque on irait forcément jouer dans cette salle. Dès le départ, Caro et Thomas (des 4 écluses) étaient très motivés pour le projet, ils se sont beaucoup investis et beaucoup bougés pour nous aider.

Ben : Donc c'est pour ça que vous avez choisi Dunkerque plutôt que Lille ?

Ju' : Non, Lille c'est pour une autre raison, on nous avait déjà proposé quelque chose bien avant tout ça, et on avait dit peut être, puis finalement on a délibérément pas mis Lille là dedans pour pas que ça se mange. Mais on ira peut être, hors ligue des autruches, jouer là bas, on sait pas encore. Mais de toute façon, pour revenir à cette mini tournée, c'est des villes qu'on aime bien qu'on a ajouté, que ce soit au niveau des salles ou du public.

Grum : Vous avez prévu de jouer avec les maillots des équipes de foot locales ?

Ju' : (rires) nan. Le problème avec Psykup c'est qu'on a plus de blé, on a plus de trésorerie pour ce groupe et on est obligé de demander des services à plein de gens parce qu'on a vraiment plus une thune. Donc oui si on avait un peu d'argent on ferait sûrement des maillots pour chaque ville ! En tout cas on a été vraiment très contents de l'accueil de la ligue, les gens sont super enthousiastes, et c'est un truc auquel on s'attendait vraiment pas. J'me rends compte que le groupe est devenu super culte après toutes ces années, encore plus qu'à l'époque où on s'est arrêté.

Grum : c'est comme pour les peintres !

Ju' : oui c'est ça ! Mais tous les groupes qui se reforment, c'est un carton à chaque fois, on l'a vu avec Refused, on l'a vu avec d'autres. Nous on s'est dit, on va voir, tu sais jamais à quoi t'attendre parce que forcément on est pas un groupe international hyper connu, c'est pas tout à fait la même chose. Mais il y a vraiment un rapport sympa qui s'est instauré avec les gens, ça fait super plaisir.


Ben : Vous avez déjà entamé les démarches pour trouver les salles dans les villes gagnantes ?

Ju' : Ouais c'est commencé, Jerkov est sur le coup, les dates vont être annoncées courant janvier, on a vraiment hâte d'y aller, c'est marrant, cette ligue a créé quelque chose en plus au dessus de tout cet engouement nostalgique tu sais ? C'est rigolo. Les gens aiment bien le côté ludique, et Psykup ça n'a jamais été un groupe normal, pendant les concerts il s'est toujours passé des trucs marrants, donc cette mini tournée il fallait surtout pas qu'on fasse ça normalement, il fallait absolument qu'on fasse autrement (rires).

Lelag : Justement j'ai lu qu'avant d'organiser la ligue des autruches, vous cherchiez des façons originales de vous produire, c'est quoi l'idée la plus folle à laquelle vous aviez pensée ?

Ju' : Pffff ! On a réfléchi à plein de trucs. On a pensé à des happenings débiles, ça se fait beaucoup en ce moment, tu te produis sous un faux nom par exemple. Mais on s'est dit après les gens vont râler parce qu'ils vont nous rater, et tu risques de jouer devant trois pelés c'est un peu con. On aurait pu organiser une tournée de façon classique, mais on voulait vraiment que ça reste événementiel, c'est pas la même logique d'organisation, et c'est beaucoup plus marquant qu'une tournée classique. Là les gens se disent "faut aller là pour les voir en concert", quitte à se bouger un peu, tu vois à Dunkerque des gens de Lille ou de Belgique par exemple. Quand on a joué à Toulouse pour les 10 ans de Jerkov, y'a des gens qui sont venus d'Angleterre, de Bretagne, de Lille aussi, c'est vraiment impressionnant ! On est les premiers à débloquer ! Moi y'a des groupes que j'adore, mais je ferais pas autant de bornes pour aller les voir. J'ai fait autant de kilomètres une fois pour aller voir Devin Townsend, parce que c'est une idole, alors si c'est à ce point là pour Psykup, bah... cool ! C'est génial !

Grum : vous nous avez laissé un double album ultra dense en 2008, pratiquement épitaphe, 6 ans après We Love You All, est-ce que vous êtes toujours résignés ?

Ju' : Haha ! 

Lelag : ça m'a marqué ce "il faut se résigner".

Ju' : ça c'était sur L'ombre et la Proie, mais sur We Love You All il y avait des trucs du même genre, sur Birdy notamment... On est un peu entre les deux. Si on était résignés on ne ferait pas ça, clairement, on serait pas là parce qu'on se dirait "ça sert à rien". Après, on est à l'âge aussi, à part Vidda qui a 200 ans (rires), on est tous à un âge où on est entre l'adolescence et l'âge adulte sur certains plans. On a gardé notre fougue d'adolescents débiles, parce que Psykup c'est quand même la récré, c'est la colo tu vois ? On est complètement cons faut bien l'avouer...

LeLag : les gens qui viennent sont complètement cons aussi !


Ju' : (rires) Ouais voilà, les gens sont aussi débiles que nous, on se rend compte qu'on a accompagné l'adolescence des gens, beaucoup nous disent j'écoutais ça dans la bagnole avec mes potes, ou au lycée, etc. Donc au final on a grandi ensemble, on a tous pris des claques dans la gueule, que ce soit professionnellement, sentimentalement, ou dans la vie de tous les jours, on a traversé des époques tous ensemble, et au final c'est rigolo, on a cette résignation de se dire "ouais de toute façon la musique aujourd'hui, en vivre à 100% c'est baisé pour plein de raisons", et au final on est encore là, on a envie de le faire ! On est pile entre ces deux âges "on n'est plus des ados, si on se cuite la gueule on se remet moins vite qu'avant", mais à côté on est toujours aussi débiles, et on a quelque part pas perdu totalement cet état d'esprit. Si vous voyiez les répétitions... C'est pas fin ! 
Après on est quand même obligés d'avoir une certaine dose de cérébralité avec ce groupe, y'a deux trois passages où je suis obligé de réfléchir un minimum à ce que je suis en train de faire tu vois ? C'est un équilibre, mais de toute façon je peux pas envisager que les gens viennent et disent "ouais c'était bien, mais putain c'est scolaire", c'est pas du tout l'esprit, je préfère qu'il y ait des pains et des conneries sur scène, et que les gens s'amusent.

Guylaine : scolaire ça risque pas de toute façon...

Ju'
: (rires) ouais c'est sûr ça risque pas d'être scolaire. La musique en elle même n'est pas scolaire.

LeLag : on t'apprend pas du Psykup à l'école de musique !

Ju' : nan c'est clair. Mais ça nous met dans un état très particulier Psykup, ça nous rend un peu dingues, un peu débiles. Sur la route c'est très vite n'importe quoi, on devient vitre très très cons. On en parlait hier justement, on est tous un peu déviants, et chacun à sa particularité, mais au final on est quand même très carrés, très sains (rires).

Ben : y'en a un dans la bande, il faut quand même qu'il évite de slammer.


Ju' : Vidda ? Ah bah oui t'étais là toi ? À Rouen ? On a failli le perdre ! Il a voulu slammer sur Gojira et tout le monde a fait "pfffouuuuu" et il est tombé sur le dos d'une hauteur approximative de 2 mètres 50. Pas sympa ! Ça devait être des gosses ! Et moi j'étais en haut j'ai vu ça, les mecs de Gojira aussi, c'est des vieux potes, ils ont eu très peur pour lui et ont même failli arrêter de jouer. Il s'est relevé le père Vidda, tout blanc, et on a du l'emmener aux urgences. D'ailleurs c'était rigolo parce qu'aux urgences, un mec du même concert s'était ouvert la tête en sautant, il pissait le sang, et il nous a reconnu, on a signé des autographes sur sa feuille de sortie d'hôpital. C'était vraiment énorme. Sur la dernière date de Manimal, ça doit exister en vidéo, je lui a fait un p'tit kiff, j'ai annoncé qu'il allait slammer, j'ai fait venir toute la fosse, en mode "tu fais un décompte allez". Je lui ai mis la grosse honte, on s'est bien marré.

Ben : Pas trop dur de retrouver certains morceaux ?

Ju' : bah pour moi, individuellement la guitare ça va, le chant aussi, mais c'est les deux en même temps ! Sur certains morceaux avec du recul je me dis "ouah j’ai vraiment écrit ça ? J’suis vraiment con !" C’est à dire que moi, je suis le riffeur du groupe, et j’ai écrit la moitié des textes. Sur certains morceaux que j’ai écrits, j’ai réfléchi comme un chanteur, en me disant "qu’est-ce que je vais mettre comme texte là dessus", sans me demander si j’arriverais à faire les deux en même temps. Donc à l’époque j’avais dû beaucoup bosser ces passages, et ce travail d’il y a quelques années j’ai dû le reprendre il y a quelques mois. Donc voilà, je me remets dans le bain. C’est pas évident mais…

Grum : on te mettra une note à la fin comme à l’école des fans...


Ju’ : (rires) putain ouais… En plus le son sur scène c’est très particulier, on a du mal à comprendre ce qui se passe même après toutes ces années... Psykup le problème c’est que c’est le chaos assez vite, c’est des impulsions, des intensités prrrrr / rien / beaucoup / prrrrr / rien. C’est très binaire, mais bon avec le public ça devrait aller...

Ben : du coup d’un point de vue perso, le fait de reprendre la gratte, est-ce que pour Rufus ça peut te donner envie de...

Ju’ : Nan. Nan (rires). Nan. J’ai un rapport très particulier avec la guitare moi. C’est à dire... j’m'en branle un peu en fait (rires). Enfin nan j’exagère, j’m’en branle pas, mais je me considère pas comme un guitariste. Un mec comme Vidda c’est un guitariste, il adore ça, il se fait chier comme un dingue, il a la guitare dans la peau tu vois ? Alors que moi j’ai plus le chant dans la peau. Autant le chant je le travaille énormément que la guitare c’est uniquement quand il le faut, pour écrire des riffs. Pour moi c’est plus un instrument de composition. J’adore la prendre pour écrire, mais jamais pour faire des gammes, ça j’en ai rien à foutre. Et pour Rufus Bellefleur c’est vrai que j’avais dit au groupe...

(Vidda passe par là)

Ju’ : ah bah tiens le voilà. ça va ?

Vidda : j’ai envie de mourir, mais ça va. (à lire avec l’accent du sud-ouest / NDLR : il essayait de trouver une solution pour remplacer sa tête d'ampli en rade)

Ju’ : Bon. J’ai envie de mourir mais ça va. D’accord.
Qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui, j’avais dit que je pouvais donner un coup de main à la gratte sur Rufus, et c’est Yuz qui m’a dit "nan j’te vois pas avec une gratte dans Rufus, ça fait pas trop partie du personnage". Donc voilà c’était plié, et si je joue quelque chose de toute façon ce sera quelque chose d’ultra facile.

Grum : de la guimbarde ?

Ju’ : ouais même pas, c’est trop compliqué, même un tambourin ça m’fait chier ! (rires) La coordination ça m’emmerde t’as même pas idée. Psykup c’est tellement prise de tête là-dessus que je suis devenu un peu flemmard. Si je peux ne rien jouer je suis content ! Après dans Psykup je m’applique hein, et ça m’fait délirer, j’peux faire le débile avec, j’peux m’amuser, c’est plus un outil pour faire le con en définitive. Donc voilà, c’est un outil pour moi, je m’applique quand il faut, mais j’ai pas et j’aurai jamais l’âme d’un guitar hero... J’ai une très bonne main droite mais j’ai une très mauvaise main gauche... Les sweepings tout ça c’est mort, mais je peux faire pas mal de trucs avec la main droite...

Grum : Houla, on ne veut pas savoir ce que tu fais avec la main droite hein !

(rires)

LeLag : Je t’ai entendu dire assez récemment dans une interview que les magazines papiers servent plus à rien aujourd'hui...


Ju’ : ouais j’ai dit ça, mais pas dans le sens où c’est nul hein, moi j’adore les magazines papiers, mais dans le sens où plus personne ne les achète. Les gens se tournent plutôt vers le dématérialisé aujourd’hui.

LeLag : et du coup les webzines t’en penses quoi ?

Ju’ : ah bah c’est la vie ! Même si moi dans ma tête j’ai besoin de concret, c’est à dire que j’achète des magazines, des cds, des films, des livres etc, il se trouve qu’à une époque ça servait vraiment à quelque chose, c’était très utile aux groupes. Aujourd’hui beaucoup ont fermé boutique, ça m’fait chier, je trouve ça dommage mais il faut se faire à cette idée de dématérialisation. C’est la même chose côté musique, déjà à l’époque ça servait beaucoup, mais aujourd’hui, ça et les réseaux sociaux, c’est devenu la seule façon de toucher les gens. Les live-reports, les chroniques, tout passe par les blogs et les réseaux sociaux, c’est devenu notre unique relai. Encore Psykup c’est déjà un peu plus connu, mais sans les blogs et les réseaux sociaux, y’a énormément de projets qui n’auraient jamais vu le jour, parce que les petits groupes et les side-projects, les magazines en ont plus rien à foutre, ils ciblent avant tout ce que les gens vont acheter, et préfèrent mettre Motörhead en avant que le petit groupe du coin, c’est normal. Donc on est tous à peu près d’accord là dessus, on déplore la mort du magazine papier parce qu’on adorait ça, mais on est hyper redevables aux webzines et blogs.

LeLag : t’en lis un peu ?

Ju’ : ouais je lis pas mal de webzines et de blogs, je suis abonné à mille trucs d’actualités, ça va très vite mais j’essaie de suivre ça au mieux. Après il y a des trucs que j’achète aussi, je suis abonné à Mad Movies, et... (il hésite, on sent qu’une révélation de ouf arrive) et, cerise sur le gâteau... je suis même abonné à Télé Câble Satellite ! C’est à dire que j’ai un programme télé papier, que je reçois chez moi... comme un vieux ! (rires)

Grum : Celui où il y a les jaquettes ?

Ju’ : Et ben ouais, avant y’avait les jaquettes, je collectionnais les vidéos, maintenant j’entoure les films que j’ai envie de voir... comme les vieux.

Lelag
: Mais t’es pas abonné à Télé Z ?

Ju’ : Nan (rires). Nan, pas Télé Z. Pourtant y’a des blagues hein. Mais voilà j’fais toujours marrer avec ça, quand les gens viennent chez moi, et qu’ils voient un programme télé papier sur ma table ils hallucinent. 

Ben : tout est dématérialisé, sauf le programme télé !

Ju’ : mais ouais !

Grum : Bon. ça va être dur d’enchaîner après une telle révélation ! Est-ce qu'avec du recul il y a des choses que vous feriez différemment ? Notamment niveau critique d’albums, j’avais lu que Le Temps de la Réflexion, c’était pas un album que tu portais dans ton cœur.


Ju’ : Haha. Personne du groupe n’aime cet album. Enfin si Vidda l’aime bien, mais il était pas dans le groupe à l’époque. C’est le même problème du premier album, pour tous les groupes tu sais ? Gojira déteste son Terra Incognita par exemple, alors que moi j’adore cet album, plein de gens adorent cet album. ça s’est mal passé avec le mec qui enregistrait, ils étaient pas prêts, etc… et nous c’était pareil.

(Milka arrive)

Milka : Qu’est-ce que j’ai raté ?

Ju’ : On parlait du premier album.

Milka : Qu’est-ce que ça boit ? Je prendrais bien une bière. T’es à l’eau Ju ?

Ju’ : Et ouais t’as vu ça ?

Grum : Ju’ nous racontait qu’il était abonné à Télé Câble Satellite.

Lelag : Toi t’es plutôt Télé Z ?

Milka : là comme ça à froid, pas d’avis sur la question. (rires)

Ju' : Trouve-toi une chaise ! 

Milka : Ouais, et une bière aussi. Là ça fait une heure que c’est ultra speed, on a réglé plein de merdes... je reviens.

Ju’ : Qu’est ce que je racontais. Ah oui, nous à l’époque je pense qu’on était pas assez préparés, le mec avec qui on a enregistré était pas non plus préparé à notre style, et ça s’est pas très bien passé, plein d’échecs de jeu, de son, de mix, on adore les morceaux, enfin pas tous, mais on est pas content du tout du résultat global. Cet album, on ne l’écoute pas, sauf pour réviser les morceaux, mais à chaque fois j’ai envie de dégueuler au bout de 5 secondes. Moi j’aime pas mon chant, j’aime pas comment Brice joue de la batterie, c’est pas du tout lui, c’est viscéral, y'a plein de chant faux, de trucs moches, bref c’est dégueu. Je préfère écouter les versions live. Voilà. C’est mon avis, c’est notre avis, je sais que pour la plupart des gens c’est l’album qu’ils préfèrent. Mais c’est toujours comme ça avec les premiers albums d’un groupe ou le premier film d’un réalisateur. C’est comme ça. C’est quelque chose d’hyper sentimental.

Lelag : Mais c’est juste la réalisation qui vous déplaît ? Pas les chansons ?


Ju’ : Ah bah oui, d’ailleurs ce soir y’a un max de chansons du premier album, c’est pas pour rien. Il doit y avoir six morceaux de cet album là, quatre du deuxième et le dernier album il y en aura que deux. Après ils sont très longs les morceaux du troisième album, ça compense. Quand tu regardes la setlist, tu te dis "ah ouais mais ils jouent rien en fait", et dix morceaux ça fait presque deux heures, ça plus les conneries entre les morceaux, plus les conneries entre les conneries, ça va vite.

Grum : Est-ce que vous pensez que le côté culte que le groupe a acquis provient du manque que vous avez créé chez les fans ?

Ju’ : Ah oui c’est sûr. On peut pas enlever ce facteur de la réflexion, je pense qu’il y a plus de gens qui viennent nous voir aujourd’hui qu’à l’époque de la fin de Psykup. Donc oui il y a une attente qui s’est créée, y’a aussi le côté événementiel de la chose. Y’aura pas beaucoup de dates, et en plus y’a pas de nouvel album. Quand tu fais un nouvel album et que tu démarres une nouvelle tournée, les gens en ont rien à foutre des nouveaux morceaux, ils préfèrent entendre les "tubes" du groupe, et là ils savent d’avance qu’ils vont entendre nos vieux morceaux, tout ça ça joue énormément. Y’a une nostalgie, y’a les gens qui nous ont loupé à l’époque, et puis c’est con mais aujourd’hui on est tellement harcelés de concerts, de trucs à droite à gauche, que si y’a pas un truc hyper événementiel les gens viennent pas.

Guillaume (de klonosphere) : J'ai deux jeunes filles après pour toi éventuellement

Ju' : Ah bah amène les jeunes filles ! Avec grand plaisir.

Guillaume : Elles sont gentilles mais elles connaissent rien à rien...

Ju' : Ah ? Bah envoies les vers Milka alors. Il sera super content !

Guillaume : Ok.

(rires)

Ju' : T'as vu ça un peu ? Professionnel le mec. J'ai même pas demandé sil elles étaient bonnes, rien du tout... Bref, on en était où ?

Ben : Est-ce que tu arrives à vivre de la musique ?

Ju'
: Ouais, je suis intermittent, mais je fais plein de trucs. C'est le cumul de pas mal de projets : Psykup, Rufus Bellefleur, tous mes groupes de soul/funk/jazz à côté. D'autres groupes juste pour le fun, comme Simone Choule par exemple.

Lelag : Sur le DVD sorti en même temps que We Love You All, on se rendait compte d'un gros paradoxe, c'est qu'un groupe aussi cool, qui rencontre un petit succès tout de même, galère à ce point niveau financièrement. On sentait bien que vous étiez en galère à cette époque.


Ju' : Ah mais grave, c'était la merde. Déjà à l'époque c'était galère, aujourd'hui c'est encore pire. Tu dépends énormément des radios, ou de la télé, c'est ce genre de médias qui fait la loi, donc si tu passes sur aucun de ces médias à grosse influence, les gens ne savent pas que tu existes. Il y a évidemment toujours les réseaux sociaux, mais ça limite vachement. Donc tu vas chercher les gens, ta musique est en dehors des normes, si c'est du Metal c'est encore une autre histoire donc c'est super compliqué. A l'époque on arrivait à trouver pas mal de dates, mais tu les vends pas la peau du cul, tu peux pas payer tout le monde, nous on était intermittents et auto-produits, y'a que sur la fin que Season of Mist nous a aidé, pour le pressage notamment. On a payé les prises, le mix, la promo, etc. À l'époque, il n'y avait pas de crowdfunding ou autre, donc oui c'était la merde. J'ai développé aussi des trucs à côté histoire de gagner ma croûte, des masterclass de chants par exemple, bref tout ce que tu peux trouver pour gagner un peu de thunes et absorber les coûts engendrés par ce genre de concerts. Je ne connais pas beaucoup d'intermittents qui gagnent leur vie sans avoir au moins cinq ou six groupes. C'est pas possible. Un seul groupe en tant qu'intermittent, il faut être une star.

Ben : En plus Le Mouv' passe du Black M maintenant... C'est mort !

Ju' : Le Mouv' ils veulent même pas de Rufus Bellefleur !

Lelag : On aurait pu penser que Rufus pouvait toucher ce genre de radios...

Ju' : Eh beh nan, on dirait que c'est encore plus tranché depuis quelques temps. C'est à dire qu'ils passent des trucs un peu plus mainstream qu'avant, ils sont un peu obligés parce qu'ils se pètent la gueule (NDLR : Le Mouv' a encore plus changé depuis cette interview), ça c'est le jeu, et ensuite, nous on a un deuxième album de Rufus qui est plus pop et qui est encore plus entre plein de grosses références, donc le côté rock'n'roll qui pouvait leur plaire avant, ils l'ont même plus. Donc à partir de là, c'est "on sait plus où vous mettre". Tant pis. Tu te fait doublement baiser ! Y'a Néo qui nous pousse, ils ont cru au projet, et au final je préfère que ce soit ce genre de radio qui nous diffuse, bon attention c'est pas France Inter hein, mais c'est une belle radio, qui pousse les artistes, et c'est exactement ce que devrait faire les radios aujourd'hui. Pour moi c'est ça le but de ce genre de radio alternative, c'est ne pas entendre toujours les dix même groupes que les grosses radios font tourner en boucle toute la journée. Au bout d'un moment tout le monde est gavé.

Lelag : En terme de business qu'est-ce qui a changé aujourd'hui ? Est-ce que vous arrivez à projeter votre histoire quinze ans plus tard ?

Ju'
: Si on démarrait aujourd'hui ? Nan je ne pense pas. J'en suis quasi certain. Si on faisait du Djent, peut-être (rires). Mais même ! Les années 90 ça a été une période qui était géniale en termes de mixité et de diversité musicale. On a débuté en 95, on s'est assez vite orienté vers quelque chose de plus dur, mais à partir du moment où on s'est enlevés les doigts du cul, on est devenus nationaux assez rapidement, sans trop comprendre. C'était le truc à écouter, parce qu'il y avait une grosse envie de mixité de la part du public. Et puis il y a eu le Néo Metal qui a beaucoup aidé, il y a plein de gens qui chient sur le Néo Metal, mais mine de rien ça a permis de mélanger et de déboucher sur énormément de choses. Et comme n'importe quel truc qui marche, tout le monde s'est tourné vers ça, pour retomber très vite quelques années après. Y'a eu la fusion, y'a eu Korn, Rage Against The Machine, c'était génial, Meshuggah, grosse claque, et tu regardes aujourd'hui le nombre de groupes qui essaient de faire pareil, c'est devenu chiant. C'est chiant? Enfin pas Meshuggah, Meshuggah c'est bien, les autres groupes de Djent c'est de la merde, tu vois ? Au bout d'un moment tu te dis, "mais nan, arrêtez, c'est plus possible" (rires). Nous dans Psykup, on s'est dit, on va faire plein de trucs différents, pour éviter de se répéter entre autres, et si on démarrait aujourd'hui, qu'on signait un label, vu la conjoncture actuelle, je pense sincèrement que ce serait différent. Je me souviens y'a pas très longtemps avec Manimal, on était en pourparler avec des labels américains,  il y avait Roadrunner World notamment qui s'intéressait au groupe, qui voulait nous signer, ils étaient super chaud, le mec est même venu nous voir au Nouveau Casino, ils étaient prêts à signer et au dernier moment les financiers ont dit "nan, c'est quand même un peu trop barré, on va perdre de la thune là dessus c'est trop risqué". Projet trop risqué. Point barre... Ma voix déjà tranche vachement avec le style, j'avais même vu un D.A. (directeur artistique) à l'époque pour essayer de modifier quelques trucs qui seraient allés dans leur sens, mais même lui m'avait dit, si j'enlève trop d'éléments ce sera plus vous, et j'ai pas envie de vous imposer ça. Donc voilà, au bout d'un moment t'es baisé, d'un côté comme de l'autre (rires). Voilà, c'est une des raisons qui ont fait que Vidda a laissé tombé Manimal à l'époque, c'est qu'on en avait plein le cul, on se faisait des nœuds au cerveau à force d'essayer de rentrer dans des cases. Si tu commences à accepter de faire des compromis et de changer ton identité musicale, ce n'est plus du tout intéressant, je connais tellement de groupes qui ont splitté à cause de ça...
Donc voilà, aujourd'hui c'est très dur de démarrer un projet, moi j'ai la chance dans mes projets de pas être, entre guillemets, "n'importe qui" dans ce milieu, sans prétention aucune, j'arrive pas de nulle part tu vois ? J'ai déjà du passif, donc les mecs vont écouter, vont creuser un peu. Mais si tu déboules de rien... Putain... C'est super dur ! Ou alors faut faire un truc hallucinant. Et encore y aurait de très grandes chances que ça tombe comme une goutte d'eau à la mer. Je sais plus qui disait récemment à propos de 2001 l'Odyssée de l'Espace, Kassovitz je crois, que si ça sortait aujourd'hui, les gens ne le verraient pas, ça resterait une semaine à l'affiche et puis basta. C'est pareil en musique. Faut que ça cartonne direct sinon c'est tout, tu dégages.

Ben : Je rebondis sur ce que tu disais au début, à propos du Néo Metal. Vous avez toujours plus ou moins été étiqueté Néo Métal, même sur Metalorgie, alors que vous en faites pas du tout. Ou très peu au final...

Ju' : Ça a toujours été un truc hybride pour nous. Si tu prends l'étymologie du terme, Néo-Metal, ça veut dire nouveau Metal, donc dans ce sens là, oui effectivement on faisait du nouveau Metal. Mais, si on affine un peu, on se reconnaissait pas du tout dans certaines vagues du Néo Metal, toute cette frenchcore ou ce genre de truc, ça c'était juste insultant (rires). Donc c'est pour ça qu'on était toujours à dire "non, on fait pas de Néo-Metal dans le sens où vous l'entendez, mais oui, quelque part c'en est". Nous même on savait pas comment se définir, on disait Autruche-Core pour déconner, parce qu'on en avait rien à foutre, on a déjà mis "Metal ?", ça nous faisait rire aussi... Au final on disait aux gens, "bah écoute et fais toi ta propre opinion, et si tu n'écoutes que du Cannibal Corpse, alors oui, tu vas être déçu". (rires)

Guylaine : Ouais on peut pas faire de chorégraphie sur du Psykup, alors que ça s'y prête tellement bien sur du Cannibal Corpse !

Ju' : (rires) Ouais c'est clair. Et c'est ça qui est marrant, c'est là que tu vois les gens qui connaissent très bien, les gens qui connaissent et ceux qui ne connaissent pas du tout. Certains connaissent tout par cœur, à la seconde près, même pour un morceau comme l'Autruche, d'autres vont vouloir slammer sur un truc, et les mecs à côté sont là "pfff, nul... Y'a un son clair dans deux secondes. Nul..." (rires).

Ju' : combien de fois un mec se pointe sur scène pour slammer, et puis "prrr" ça s'arrête. Tout le monde se marre, sur scène comme dans la fosse, ça c'est génial. Mais c'est vrai qu'on en demande beaucoup au public, faut écouter avant pour comprendre un minimum, faut être open et assez second degré sinon j'imagine que ça passe pas super bien. (rires). Le nombre de gens qui ont voulu nous tuer sur des forums ou dans des festoches, même Manimal, on s'est fait insulter tellement de fois : "nan mais c'est pas du Death, pourquoi vous dites que vous jouez du Death"... "Nan mais t'as vu ta voix ? c'est pas du Death ça...".
D'ailleurs on a fait une vague de T-Shirts débiles à ce sujet, on voulait même en faire un "Be open and listen to Cannibal Corpse AND Napalm Death". C'est le genre de trucs qui nous fait marrer, on rencontre souvent des gens qui nous disent "ouais j'écoute de tout, du Core, du Death, du Black...". (rires). On l'a pas fait mais on le garde de côté, ça nous fait tellement rire tu sais "moi j'écoute, ET Morbid, ET Cannibal. J'écoute de tout". Ah d'accord... (rires).
Enfin bon, l'essentiel pour moi c'est que les gens aient un minimum d'humour, si t'en as pas, forcément ça marche pas...

LeLag : A force de chroniquer et d'écouter des trucs à droite à gauche, il y a quelque chose de spécial dans votre musique que j'ai du mal à expliquer et surtout du mal à retrouver dans d'autres formations. Grosso modo : on s'en branle des modes, on fait se qu'on veut avec le cœur et les tripes. Est-ce qu'il vous est déjà venu à l'idée de déposer un genre d'AOC Psykup, et, c'est ça la vraie question, est-ce que vous retrouvez votre façon de faire, de penser dans d'autres formations musicales ?

Ju' : (rires)

Lelag : j'en connais au moins une.

Ju' : vas-y !

Lelag : Toumaï.

Ju' : ah oui, carrément, c'est des gros fans. Je me permets de le dire parce que je sais qu'ils sont fans. Ils se revendiquent du truc. Certains groupes le font.

(deux mecs pas bien rassurés se rapprochent de la table)

Jean Jacques, de XXX magazine : Bonjour Monsieur, 

Ju' : Oui, bonjour !

Jean Jacques, de XXX magazine : On vient pour l'interview en fait.

Ju' : Euh oui, c'est pour quoi ?

Jean Jacques, de XXX magazine : Pour vous interviewer.

Ju' : Nan mais c'est pour quel magazine ?

Jean Jacques, de XXX magazine : XXX magazine.

Ju' : C'était pas avec Matthieu que vous deviez le faire ? Milka ?

Jean Jacques, de XXX magazine : Matthieu Milka ?

Ju' : L'autre chanteur de Psykup ?

Jean Jacques, de XXX magazine : Nous on nous a juste dit que c'était bon pour une interview, on a pas plus d'infos.

Ju' : D'acord... Y'a pas un mec un peu rouquin avec une barbe près du bar ? Allez voir par là...
Euh... Qu'est-ce que je disais déjà ? Ouais, des fois j'entends des trucs et je me dis que c'est carrément inspiré, mais bon t'es jamais sûr, ça se trouve pas du tout, et pis je m'en fous un peu en fait. Par contre j'aime bien me dire qu'on a ouvert une brèche, et plein de gens nous l'ont dit, à leur manière, "grâce à vous je me suis décomplexé", "je me suis permis de mélanger plein de styles, j'aurais jamais osé avant", etc. Donc ouais si on peut être fiers d'un truc c'est bien ça, se dire qu'on a un peu montré que c'était possible. Mais c'est plus difficile aujourd'hui les ressemblances, on est des vieux maintenant, à l'époque c'était peut être plus flagrant, je sais pas. Mais j'essaie de trouver un autre groupe...

Ben : Shaka Ponk ?

Ju' : Shaka Ponk. (rires). J'ai déjà joué avec eux en plus, ils ont ouvert pour Psykup y'a très très longtemps. T'imagines ? Avant que ce soit des stars.... Mais ouais, c'est rigolo de se dire que t'as pu influencer des gens... De là à déposer un brevet... (rires)
Déjà ce serait compliqué à déposer, il y a tellement de trucs dedans, ce serait technique à expliquer : jamais plus de 30 secondes pareilles, pas de couplets pas de refrains, ça sert à rien, beaucoup de chant dans le tempo, beaucoup de riffs, et... un très gros cachet d'aspirine avant de monter sur scène.

Lelag : Musicalement vous êtes toujours là où on vous attend le moins : autruche core, tube de 15 minutes, des remixes acoustiques, une ballade sur le deuxième album, du hip-hop sur le dernier, un double album dont vous êtes le héros - j'ai tellement kiffé ça ...

Ju' : Ah ça me fait plaisir ça, j'étais super fan quand j'étais gamin...

Lelag : Globalement qu'est-ce qui manque à votre palmarès musical ? Une grosse envie, un truc un peu fou que vous avez jamais tenté par exemple.

Ju'
: Qu'est-ce qui nous manque là ? Je rêverais de faire un album avec un orchestre symphonique, ou plein de musiciens qui n'ont strictement rien à voir. J'ai déjà eu plein d'idées à ce sujet, mais à chaque fois t'abandonnes en te disant que tu peux de toutes façons pas les matérialiser. Et puis le problème quand t'es musicien c'est que t'as toujours envie de reproduire ta musique sur scène, si c'est pour ramener à chaque fois 45 personnes, c'est un peu tendu...

Vidda revient...

Ju' : Ça va ?

Vidda
: Ouais je viens de trouver une tête d'ampli, c'est bon.

Ju' : Avec Facebook ?

Vidda
: Ouais, le mec m'a dit "je suis en métro, je vais galérer mais je te la ramène".

Ju' : Sérieux ? Mais t'es sûr ?

Vidda : Ouais il arrive là... 

Ju' : Mais vous avez loué la tête pour rien alors ?

Vidda : Ouais

Ju'
: Mais ça va alors ?

Vidda
: Oui ça va.

Ju'
: Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh... ça fait plaisir, chéri. La balance sans toi je t'avoue que c'était... très chiant. J'étais obligé de jouer deux fois mieux de la gratte, et ça c'était chiant.

Vidda
: Heureusement que tu as de la réserve hein ?

Ju' : J'ai réalisé que je jouais très très mal d'ailleurs. C'est nul Psykup sans toi.

Vidda
: Allez, double Ricard direct. A la vôtre, messieurs dames.

Ju' : Qu'est-ce qu'on disait ? Ah oui, mettre des instruments qui n'ont rien à voir, quelque chose de vraiment con, ça ça me botterait bien. Quelque part avec Rufus c'est un peu le cas, on a des instruments traditionnels, et des trucs samplés qui n'ont rien à voir, ça donne un petit côté musique de film vraiment sympa, c'est ce qui me manquait parfois sur Psykup, c'est ça, c'est créer de la musique de film. J'envie vachement les zikos qui se sont mis à ce genre de délire, l'écriture de musique de film notamment, Reznor par exemple, où les groupes qui font des ciné-concerts, c'est des bons délires tout ça.

Lelag : Dernière question, celle qu'on a déjà du te poser un certain nombre de fois : à quand le prochain album ?


Ju' : Honnêtement, j'en sais rien. Aux dernières discussions, attention Psykup c'est con hein, on peut en parler tout à l'heure dans la loge, ou dans le camion par exemple, mais aux dernières nouvelles, on a dit qu'on voulait p'tet faire un nouveau morceau pour délirer. Alors en définitive faut voir, parce que moi je vais devoir réécrire, faut voir si ça colle avec ce que je suis aujourd'hui. Le risque pour moi c'est soit de tomber dans la redite, soit d'essayer de faire comme avant et de pas y arriver, ou de faire quelque chose qui n'a rien à voir, mais je sais pas si c'est pertinent. Donc c'est assez compliqué. J'ai des idées, des trucs en tête, mais si je fais un morceau là, faut vraiment que ce soit monstrueux, que tout le monde soit d'accord. C'est obligé qu'on revienne avec un morceau et que tout le monde dise "c'est génial". Donc, du coup, ça te met une certaine olive. Donc pour un album j'en sais rien. Et puis je suis quasi certain de plus écrire comme avant, si je fais un morceau là, je pense que ça va être très bourrin, "très direct dans la tronche", avec deux trois trucs barges, en anglais je pense. ça va ressembler à We Love You All, mais ça va plus trancher dans le vif, aller à l'essentiel, je trouve qu'il y a plein de trucs inutiles dans We Love You All, avec le recul j'aurais pas fait pareil.

Guillaume de Klonosphère
: y'a deux mecs qui attendent pour XXX Magazine là, si tu pouvais t'en charger...

Ju' : Ouais ça marche.

Grum : finalement tu vas pas y couper. T'aurais dû prendre les deux nanas en fait !

(rires)

Ju' : Nan mais y'a pas de soucis, mais faut se dépêcher en fait, j'ai encore plein de trucs à faire... notamment mes tresses !

Ben : ouais je me demandais justement...

Ju' : boah c'est devenu un peu de la superstition, les tresses, la chemise, j'ai fait ça pour déconner à une époque, et en fait c'est resté. Les tresses c'est parce qu'à l'époque je bouffais mes cheveux, et je pouvais pas les enlever en jouant, donc j'me suis dit, attaché c'est bof, donc au début j'ai fait une tresse, puis deux parce que j'avais l'air encore plus con, et la chemise c'est parce qu'avec les tresses, on me disait que je ressemblais à un chinois. J'ai dit ok, d'accord, on y va à fond. J'vais le faire !
Donc voilà, pour résumer sur le futur de Psykup, un nouveau morceau pour l'année prochaine, sous réserve qu'on trouve ça bien...

Grum : De toute façon, personne n'osera dire que c'est à chier !

Guylaine : et puis, que ce soit Psykup ou un autre nom, comme tu l'as dit, les gens suivront...

Ju'
: ouais, mais là c'est quand même Psykup...

Guylaine : justement, c'est comme si Devin Townsend refaisait un Strapping Young Lad...

Ju' : oui voilà, d'ailleurs j'aimerais pas être à sa place... Mais lui, la grosse différence c'est qu'il fait des trucs sous un autre nom, et c'est ce que j'ai toujours bien aimé chez lui. Il change de projet à chaque fois, bon, ok c'est Devin Townsend, et il a tendance à se répéter ces temps-ci, même moi je commence à décrocher, et j'aimerais bien qu'il fasse quelque chose de radicalement différent. Mais c'est un génie, il a ce besoin de produire en permanence, moi j'ai ce besoin là aussi, mais pas comme lui. 
Récemment aussi, avec Rufus, j'ai découvert le bonheur de se mettre au service d'un projet, d'arriver en studio où tout est déjà fait, j'ai écrit quelques textes, mais Yuz a composé une grosse partie, c'est quelqu'un que je respecte énormément, qui a des idées incroyables, et c'est complètement jouissif d'arriver et de bosser sur un truc qui tue, qui est déjà ultra bien fait, ultra rodé. Dans Manimal c'était pareil, j'écrivais les lignes de chants et les textes, et c'est Vidda qui m'amenait des riffs qui tuent sur un plateau. ça butte ! Mais Psykup c'est une somme de boulot en amont assez astronomique pour moi.

Lelag : ouais tu es au centre au final.

Ju'
: ah bah t'es obligé, pendant un mois, chez toi, de te creuser la cervelle. Et je sais le travail que ça va me demander, je sais la pression que je vais me mettre, et surtout j'ai tellement peur de décevoir mes potes. "Alors, j'ai un riff, il est bien ?" Si tout le monde fait pas "ah ouais ouais c'est cool", ça va pas du tout, t'es vachement dépendant du regard de tes potes en premier lieu, si les mecs sont là "ah ouais c'est cool" à la Metallica tu sais, puis dans son dos disent "il est pourri son riff non ? On va pas lui dire hein, sinon il va tout péter" du coup "ah ouais c'est pas terribl... euh ouais c'est pas mal", "c'est pas mal", "on pourrait pas voir un peu autrement ?". Bon je caricature, mais qu'est-ce qu'il est bien ce docu là, Some Kind Of Monster sur Metallica, qu'est-ce que je me marre à chaque fois. Ils sont vraiment tarés, quand l'autre se pointe en répet avec son riff de merde, un truc vraiment mauvais, qu'il se barre en boudant, revient un an après avec un truc bien mieux selon lui et que tu t'aperçois que c'est quasiment le même riff de merde, c'est juste poilant. Et voilà c'est l'angoisse, c'est "ah putain j'aimais vraiment bien ses riffs avant, putain comment on va faire". 
Voilà. Compliqué. Faut d'abord que ça me plaise, ensuite que ça plaise à mes potes, et après éventuellement faut que ça plaise à des gens, donc c'est très compliqué ! Mais c'est vrai que Metallica pour moi c'est l'exemple type du groupe qui n'a aucun recul, ils sont tellement riches et tellement fous, qu'au bout d'un moment personne n'ose plus rien leur dire, même entre eux, c'est chaud... Le psy ! Oui, ça me revient, parlons en du psy ultra bien payé, j'adore ce passage quand ils lui disent "bon on va ptet arrêter là", lui, "ah non non non, j'pense vous avez encore des problèmes", sous entendu "là, j'ai pas fini de payer ma maison". Les mecs sont cramés par le pognon et sont devenus tellement cinglés, tellement cons. Et en répet, mais c'est nul, tellement nul, mais voilà c'est James Hettfield, tu peux rien lui dire, il va tout péter sinon.
Donc voilà nous on en est au stade où on s'insulte gentiment, personne va dire, "nan putain c'est James Hettfeld, on peut pas lui dire que c'est nul". On a encore du recul, et puis si c'est vraiment nul, on est durs entre nous, on va pas hésiter à le dire. Tout ça pour dire que si on sort un morceau, ce sera forcément fabuleux, on aura tellement réfléchi en amont. (rires)

Ben : Donc si on voit rien dans un an ça voudra dire que tu te seras pris des vents ?

Ju' : Voilà c'est ça (rires).

Lelag : Et bien grand merci à toi.

Ju' : Merci à vous, c'était cool.

lelag (Février 2016)

Un grand merci aux Psykup, pour leur disponibilité, leur bonne humeur, et plus particulièrement à Ju' avec qui nous avons passé un excellent moment.
Merci à Guillaume de 
Klonosphere pour l'interview.


Interview réalisée par Lelag, Grum et Ben, retranscrite par Lelag.

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