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Philly Byrne (Gama Bomb) Fall Of Summer, Torcy, le 04/09/2015

Gama Bomb fait partie de ces jeunes groupes qui ont su dépoussiérer le Thrash Metal et lui redonner ses lettres de noblesse après la vague Metalcore qui a déferlé dans les années 2000. Aussi les voir à l'affiche du Fall Of Summer n'avait rien de choquant, au contraire même ! À quelques semaines de la sortie d'Untouchable Glory (qui sort aujourd'hui), et à peine quelques heures après leur prestation sur la Blackwaters Stage, Philly Byrne, chanteur du groupe, nous a raconté, entre dérision et grand sérieux, comment était né cet album, mais aussi quelle était sa vision de l'industrie du disque.

Est-ce est important pour vous de jouer dans un festival tel que le Fall Of Summer, qui se caractérise par une programmation très pointue ?

Je ne dirais pas que c’est important en soi mais c’est une conséquence naturelle, on a tendance à jouer dans des festivals qui programment des groupes cultes car nous sommes également un groupe culte (rires). En fait, nous sommes assez égoïstes aussi dans nos choix : on préfère jouer dans des endroits que l’on a envie également de visiter. La France est un pays dans lequel nous n’avons pas encore beaucoup joué, même si on sait qu’on a pas mal de fans ici et qu’à chaque fois on a été super bien reçu par le public. Donc dès qu’on a l’opportunité de venir jouer à un festival en France, on ne réfléchit pas longtemps avant de dire « putain oui ! », d’autant plus que le temps est bien meilleur ici que chez nous en Irlande (rires). Le plus important pour nous en festival, c’est de pouvoir jouer devant des personnes qui n’ont encore jamais entendu parler de Gama Bomb.

C’est vrai que vous n’avez encore jamais joué à Paris !

Non jamais, alors que le groupe existe depuis 13 ans maintenant. C’est très étonnant ! On a joué au Hellfest, à Bordeaux, à Nantes, à Marseille, à Aix en Provence... Plein de grandes villes, mais jamais à Paris. La France est une de nos destinations préférées avec les Pays-Bas, l’Espagne et l’Italie. Le Hellfest est mon festival préféré en Europe. Je trouve que le Fall of Summer y ressemble beaucoup, dans l’esprit ! Certes c’est un petit festival mais l’organisation met le paquet pour que tout se passe bien. J’ai jamais vu un festival Metal avec une ambiance aussi décontractée. Le cadre aussi est génial !

C’était sympa de jouer sur une plage ?


Oh oui, c’est la première fois que ça nous arrive, c’était excellent ! Juste avant le concert, je suis passé au milieu du public, façon maître-nageur, c’était super calme. Et cinq minutes après je gueulais sur scène en jouant du Speed Metal (rires).

Tu as remarqué les quelques personnes dans le pit qui se sont amusées à lancer du sable en l’air ?

Oui, c’était excellent ! Ça m’a rappelé le Hellfest avec les gens qui soulevaient d'énormes nuages de poussière pendant les circles-pits. Mais du sable, c’est encore plus cool (rires).

Tu aurais aimé le Hellfest 2007, il avait énormément plu et le dernier jour, des festivaliers ont fait une bataille de torchis !

Oh j’aurai adoré voir ça ! Je suis un vrai gosse, dès qu’on peut foutre le bordel, je ne suis jamais le dernier.



Vous faites partie de la première vague du revival Thrash. C’était comment de créer un groupe de Thrash Metal vingt ans après Slayer ou Metallica ?

Ce n’était pas si étrange que ça finalement, si tu vois ce que je veux dire. On savait que ce n’était pas un style populaire, voire même ringard à cette époque, mais ça n’avait pas d’importance pour nous, car nous non plus, nous n’écoutions pas de musique vraiment populaire. Mon grand frère m’avait fait découvrir les Pogues, les Sex Pistols, The Sisters Of Mercy, The Cult, Cure... quand j’étais adolescent, et ce n’était pas vraiment très populaire, pas autant que maintenant quoi. Bref, avec Joe et Luke (NDLR : guitariste qui a quitté le groupe en 2012), le thrash était vraiment le style de musique qu’on aimait le plus. Gamins, on était de vrais metalleux et une fois qu’on s’est mis à en jouer, on s’est vite rendu compte qu’on ne voudrait plus jouer autre chose que ça ! On a démarré Gama Bomb pour s’amuser, en jouant une musique dont personne ou presque n’avait rien à foutre, on s’est entrainé et on s’est amélioré au fil du temps, on a joué pas mal de concerts, et tout ça, on ne le faisait que pour nous, ce qui est, je pense, la meilleure chose à faire quand tu es jeune et que tu te lances dans un groupe. Il ne faut pas être dans un groupe pour essayer de copier ce qui est à la mode, car peut-être que quelques personnes seront intéressées et paieront pour vous voir jouer, mais ça ne durera pas car ton groupe mourra une fois que ce style sera passé de mode. Ça a été le cas avec la Dance Music, avec le Nu Metal aussi. Il est préférable de jouer une musique qui te ressemble et que tu aimes, car les gens entendront alors la sincérité qui se dégage de ta musique et ça te permettra de survivre plus longtemps.

Quand vous avez démarré de Gama Bomb, est-ce que ça a été une évidence pour vous d’intégrer une grosse part d’humour dans votre musique ?

Non, bien au contraire même ! Nos toutes premières chansons n’étaient pas du tout drôles. On s’est cherché pendant pas mal de temps en fait alors qu’on apprenait encore comment jouer du thrash. Notamment on a répété pendant 2 ou 3 mois d’affilée dans un garage, une éternité quoi. On n’essayait pas d’être marrant, on essayait de sonner comme Megadeth ou Nuclear Assault ! (rires) Mais au fil du temps, à force de vraiment s’amuser à jouer ensemble, je commençais de plus en plus à faire le con au micro et ça faisait rire les autres et on a commencé à évoluer. Avec Joe, on est potes d’enfance, on se connait depuis qu’on a 11 ans. On a commencé le groupe alors qu’on avait 19 ans mais avant ça, quand on avait 16/17 ans, on passait pas mal de temps à fumer des joints et à écrire en secret des sketches ensemble : j’en écrivais un bout, je lui passais ce que j’avais fait, il continuait ce que j’avais fait et ainsi de suite. Tout ça parce qu’on était défoncés (rires). Donc oui, l’humour a toujours fait partie de ce que nous sommes et progressivement, naturellement, c’est devenu une composante essentielle du groupe. Maintenant ça nous rend triste de voir tous ces groupes qui manquent d’humour justement, qui ne parlent que de guerres dans leurs chansons et qui développent un univers sombre...

Comme Kreator ?

Je n’ai aucun problème avec Kreator ! (rires) Ils arrivent à faire de bonnes chansons en parlant de trucs chiants. Les thèmes abordés dans People Of The Lie ou Violent Revolution par exemple sont ennuyeux, mais les chansons défoncent !

Justement, vous sortez votre nouvel album, Untouchable Glory, pour Halloween. Vous abordez quels thèmes dedans ? Ce sera en rapport avec l’artwork ?

Oui, en quelque sorte. L’idée derrière cet artwork, c’était de penser, de voir, de ressentir, de sonner "gros". Je veux dire gros à la façon d’un groupe qui remplit des stades, car oui nous sommes ce genre de trous du cul qui trouvent ça cool ! On arrive au cap du cinquième album et la dernière chose qu’on voulait, c’était de refaire la même chose qu’avec les précédents albums. On a pris comme référence des groupes comme Kiss ou les Rolling Stones, des groupes qui à un moment de leur carrière, après avoir sorti plusieurs albums, ont été dépassés par ce qu’ils étaient devenus. Tu prends des albums comme Their Satanic Majesties Request ou Destroyer, ce sont devenus des monuments. On a l’ambition d’avoir tenté la même chose avec Untouchable Glory, le nom a été choisi à dessein pour signifier qu’on est bien au dessus du lot et il y a ce côté artistique oublié par nombre de groupes de Heavy. Là on s’est inspiré de l’art cinématographique des années 70, aucun groupe de Thrash Metal n’a jamais fait ça auparavant. L’artwork est très coloré, les chansons sont très accrocheuses. Pendant ces treize années dans le groupe, on a traversé de bons moments, de moins bons, de mauvais, mais maintenant, on est devenu le genre de groupe dont on se souviendra ! Voila l’idée.

Comment s’est passé l’enregistrement de Untouchable Glory ? Vous avez encore travaillé avec Scott Atkins à la production ?


Oui il nous a encore épaulé sur cet album et à vrai dire, tout s’est passé comme sur des roulettes. Pour The Terror Tapes, je crois qu’on a pu avoir toutes les couilles possibles : j’ai dû subir une opération, Domo s’est blessé, Luke a quitté le groupe, on était en guerre avec Earache, notre ancienne maison de disque... Ce fut vraiment la période la plus difficile qu’on ait traversée avec le groupe. Réussir à sortir cet album dans ces conditions a été une vraie victoire pour nous. Du coup pour Untouchable Glory, on a eu l’impression que c’était une balade de santé ! On enregistré les versions démo des chansons, discuté entre nous des choses à changer, à modifier, à enlever, on a refait des prises... tout était facile, comme si les chansons s’étaient écrites toutes seules. Scott nous connaît très bien maintenant, travailler avec lui en studio était donc très simple et naturel. En amont de l’enregistrement, j’ai suivi un entrainement vocal de plusieurs mois avec un chanteur d’opéra, ce qui m’a permis de dépasser la puissance vocale que j’avais jusque-là. Le plus impressionnant a été Paul à la batterie, il a atteint sur ce disque un niveau vraiment incroyable, je dirais même plus : savoureux ! (rires) Il a rajouté une énorme dose de folie à son jeu et par moment il a même réussi à simplifier ses parties tout en gardant la puissance, ce qui n’est pas simple avec un tempo de 220 bpm. Cet album a donc été facile à faire, sûrement parce que nous étions tous confiants dès le départ et à l’aise avec ce que nous souhaitions réaliser. C’était vraiment agréable.

Y-aura-t-il des guests sur Untouchable Glory ?

Non, aucun ! Ce qui est surprenant car sur tous nos précédents albums, nous avons toujours fait venir des potes pour faire les cons avec nous. Après on n’a jamais cherché à avoir des guests à tout prix sur nos albums, ça s'est toujours fait avec des amis et souvent ce n’était même pas prémédité. Mais en fait ce nouvel album est tellement massif qu’on n’avait vraiment besoin de personnes en renfort cette fois ! (rires)

Il y a quand même des artistes avec qui tu adorerais collaborer ?

Oui, il y a Bobby Blitz d'Overkill. Et Dio aussi ! Mais il est mort. Ça serait cool d’avoir une version zombie de Dio avec nous ! Ou sinon, faire appel à des musiciens issus de groupes underground cultes, comme Brain Implosion, un groupe néerlandais qui a sorti genre un seul EP dans sa carrière, j’aimerai bien les avoir pour qu’ils nous fassent un riff sur un album, ça causera je pense (rires).

Vous aviez sorti en téléchargement gratuit l’album Tales For The Grave In Space dans son intégralité et plus tard, Terrorscope, le premier single issu de l’album The Terror Tapes. Avez-vous envie de faire quelque chose de similaire pour Untouchable Glory ?

Nous n’avons rien prévu pour le moment, nous ferons très certainement quelque chose mais il faut qu’on y réfléchisse. Je pense que la musique gratuite, ou libre, ce n’est plus ce que c’était. La plupart des gens passent par du streaming dorénavant. Notre politique a toujours été de considérer que télécharger de la musique gratuitement était une véritable révolution, mais maintenant tout cela passe au second plan : les gens passent par YouTube, par BandCamp, par SoundCloud... Je crois que les gens écoutent même plus de musique qu’avant, et ils se sont simplement rendus compte qu’accumuler des mp3 sur un disque dur ne représentait que du vent. Le matin en prenant ma douche, je lance Youtube et je laisse s’enchainer les chansons aléatoirement. Tout ça pour te dire que oui, à l’avenir nous continuerons à rendre disponible des chansons gratuitement, pour assurer la promo de nos albums, mais nous ne savons pas encore quelle forme ça prendra. Il faudra également qu’on voit ça avec notre nouveau label, AFM, histoire de faire ça bien. Mais ce n’est pas notre priorité pour le moment, notre priorité c’est de vendre des albums. Ça fait bizarre de dire ça d’ailleurs (rires). En 1999, j’étais le premier à dire que la musique n’avait plus aucune valeur. Maintenant on a réalisé que les gens souhaitaient encore posséder leur musique, de façon physique, c’est vraiment étrange. Internet a en quelque sorte permis la renaissance du vinyle pour les collectionneurs. On ne peut que respecter ça et d’ailleurs l’artwork de Untouchable Glory a été spécialement réalisé pour le format 33 tours. Son enregistrement aussi d’ailleurs.

Il y a beaucoup de groupes qui s’énervent de ne pas être payés pour leur musique, Anthrax ou Portishead récemment.


Gene Simmons ne parle que de ça aussi ! Je comprend leur point de vue, j’imagine leur parcours, je sais d’où ils viennent, ce qu’ils ont traversé. Faire de la musique, c’est certainement le métier le plus difficile et intense émotionnellement, un de ceux qui demande le plus d’investissement à tous les niveaux, et notamment en temps. Je ne trouve donc pas anormal que des personnes espèrent et estiment devoir être rétribuées en conséquence. Ces mecs attendent leur chèque de royalties chaque mois, mais aussi sur les ventes de merchandising. La musique de nos jours, ce n’est plus seulement du son, des chansons, cela va bien au delà. Je comprend donc leur point de vue, mais en tant que musicien, et à mon niveau, pas à celui de Scott Ian, je considère être déjà très chanceux d’avoir la possibilité de pouvoir enregistrer des albums, d’avoir un label pour nous soutenir et nous promouvoir et de faire plaisir à nos fans. C’est tout ce qui compte pour nous et c’est pourquoi on considère que ça vaut la peine de continuer de faire de la musique.



Ça m’a fait marrer quand j’ai entendu parler de votre campagne Stamp Out Inferior Metal que vous avez menée en 2008, tu peux m’en dire plus ? Comment ça s’était passé à l’époque ?

Oh oui, c’était il y a un bail ! C’était peu après que l’on ait été signé et j’ai l’impression que 2008 avait marqué un tournant pour plein de personnes autour de moi, qui avaient rejeté pas mal de trucs qu’ils écoutaient jusque là - Nu-Metal, Screamo, Grindcore... - pour passer à autre chose et découvrir des groupes old-school par exemple. C’était marrant à observer, pas mal de personnes venaient me voir "hé mec, je me suis mis au Thrash Metal, ça défonce !" Donc on a eu cette idée stupide de demander aux personnes qui viendraient à nos concerts de fouler du pied les disques auxquels ils avaient maintenant renoncés. Et ça a bien fonctionné.

J’ai vu qu’à l’époque Eerache avait fourni 5000 disques d’Adema, le seul groupe de Nu-Metal qu’ils aient jamais signer, pour soutenir votre campagne.

Ah oui, je n’étais même pas au courant (rires).

En as-tu profité pour détruire certains albums dont tu avais honte ?

Ah non, je n’ai jamais jeté un seul album de toute ma vie !

Donnerez-vous un jour une suite à cette campagne, du genre Stamp Out Your Ipod ?

Oh non, c’est vraiment le genre de truc qui est marrant sur l’instant seulement. On l’a fait à la bonne période je pense, c’était vraiment une blague pour nous et il faut pas que ça aille plus loin. Ça n’aurait aucun sens de le refaire.

Vous venez de signer avec un nouveau label là, mais seriez-vous d’accord pour signer sur un label qui aurait également déjà signé des groupes pouvant être classés dans la catégorie inferior metal ?

Oh oui, sans problème ! Les labels sont vraiment importants, ils permettent aux groupes de vraiment concrétiser leur musique. En tant que musicien dans ton coin, tu peux faire pas mal de choses seuls mais au bout d’un moment, il faut de l’argent. Si tu en as, tu pourras y arriver. Les groupes qui arrivent à percer sans être signés, généralement ils ont mis un paquet de fric de leur poche sur le tapis pour y arriver. Ce n’est pas le cas de tout le monde, ce n’est pas notre cas, donc nous avons vraiment besoin d’un label derrière nous ! Donc oui, nous serions prêt à signer avec n’importe quel label tant qu’il montrera un minimum d'égards pour ce que nous faisons. On ne cherche pas à gagner un maximum de thunes avec notre musique, la seule chose que nous souhaitons c’est de pouvoir garder le contrôle sur le processus créatif et justement c’est le genre de chose sur laquelle AFM est le plus souple ! Tant qu’on arrive à faire un album qui se vendra bien derrière, ça me semble être un deal honnête pour les deux parties (rires).

Grum (Octobre 2015)


Merci à Philly pour sa dérision et son accent si sympathique,
Merci à Steffie et au Fall Of Summer de nous avoir organisé cette rencontre.

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