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Julian Gretz (Dwail) Le Nouveau Casino, Paris, le 21/11/2014

Deux EP, en deux ans, pour ne former à la fin qu'un seul album, The Human Concern. Concept intriguant et concept album au passage. Nous avons ainsi pu poser quelques questions à Julian Gretz, guitariste de Dwail, pour en savoir plus sur l'élaboration de ce disque, et aussi sur leur amour pour les vieux bus.

C’est assez original de composer et enregistrer en deux temps un album, comment avez-vous fait pour garder la même énergie, la même inspiration, et obtenir un résultat aussi homogène ?

C’est un défi qu’on s’était lancé. On avait fini Helter Skelter, notre premier album, et on était satisfait du résultat, mais on savait que le groupe était encore "jeune" et qu’on avait beaucoup de route à parcourir. On s’est demandé comment se forcer à apprendre vite et bien et c’est là que nous est venu le concept de l’album en deux volets, et de suivre deux années d’affilée le cycle "composer / enregistrer / tourner". Du coup, on est resté dans la même dynamique pendant ces deux ans, on a vite pris nos marques et on a ressenti qu’on cogitait moins et qu’il y avait un côté plus droit au but en faisant comme ça. C’est comme ça qu’on a réussi à insuffler la même énergie aux deux parties de l’album, même si en raison du concept, on a voulu leur donner une couleur différente.

Qu’est ce qui a changé entre les deux enregistrements : avez-vous fait appel à la même équipe technique ? Au même studio ? Et pour votre façon de composer ?

Alors déjà, le plus gros changement, c’est que l’EP The Human Concern Part I, qui correspond maintenant à la deuxième partie de l’album, a été composé à cinq musiciens et pour cinq musiciens. Suite à un changement de line-up, on a décidé de continuer à quatre et donc les nouveaux titres, les six premiers de l’album, on été composés à quatre. Pour le reste, on voulait aussi faire les choses différemment, afin de voir le plus de choses possibles, rencontrer le plus de gens possibles. On a donc fait appel à des potes. Pour l’EP, on l’a enregistré avec Yannick Tournier, ancien membre de Psykup, maintenant dans Zebda, et qui a son propre studio. Pour les nouveaux morceaux, on les a enregistré avec Vida de Psykup. Du coup, on a pu voir ce que ça donnait avec deux façons de faire complètement différentes. Ce sont tous les deux de gros techniciens, ils nous en ont mis plein la gueule (rires). Ils n’ont rien laissé passer et c’est ce qu’on recherchait, afin de sortir tout ce qu’on avait en nous.

Au niveau de la composition, vous fonctionnez comment ?


C’est moi qui arrive avec des riffs et des morceaux déjà pré-enregistrés sur PC, on le "boeuf" en répétition tous ensemble, on le met en place, on voit si ça plait à tout le monde, s’il faut changer des choses ou en rajouter. Notamment Léa a beaucoup de liberté à la batterie car je viens avec des "poum-tchak" de base, parfois elle en fout partout et parfois elle simplifie des placements. Sur l’EP, comme on était encore cinq, on avait beaucoup travaillé sur les arrangements au niveau des guitares, alors que sur les nouveaux morceaux, comme il n’y a plus qu’une guitare, on a plutôt cherché le gros riff qui marche, il nous fallait une base brute qui fonctionne.

L’ordre des chansons sur The Human Concern a son importance j’imagine ?


On a mis les six nouveaux morceaux au début de l’album et les six morceaux de l’EP The Human Concern Part I à la fin, rien d’extraordinaire. L’histoire se déroule en parallèle, racontée du point de vue des envahisseurs puis des humains qui sont sous le feu des ennemis. Il y a un effet miroir car l’histoire s’enchaîne pareil et il y a toujours un interlude un peu atmosphérique placé en cinquième position pour chaque partie (NDLR : les pistes 5 et 11 de l’album) et un morceau un peu plus bourrin qui vient derrière en conclusion. On a essayé de composer dans cette optique et comme je t’ai dit, il y a deux couleurs différentes selon les parties, pour mettre en image, ou plutôt en son, le concept. L’EP est vraiment en mode abrasif, très chargé, très dense, quand tu l’écoutes tu es un peu plus en apnée, tandis que les nouveaux morceaux sont plus aérés, plus rock’n'roll et du coup plus maitrisés, car on a aussi évolué et acquis de la maturité entre temps, ce qui correspond mieux à la force de l’envahisseur, tout puissant. On a pu s’amuser là-dessus.

Tu peux nous dévoiler un peu l’histoire racontée dans The Human Concern ?

Pour faire simple, c’est la Terre qui subit une attaque extra-terrestre, avec le point de vue humain, comment ils subissent les choses alors qu’ils n’ont aucun recours et la même chose du point de vue des envahisseurs. La Terre joue son rôle dans l’histoire, car on voulait faire passer le message que les humains se croient un peu au dessus de tout et ne font plus attention à ce qui les entoure. Le titre Gang Rape, le nom est violent à dessein, est là pour raconter comment la Terre se fait exploiter. Les envahisseurs sont en quelque sorte les anticorps de la planète, et ils font le boulot. Les humains n’ont plus qu’une alternative et leur conscience leur dicte de se suicider pour ne plus subir ça. On a réussi à faire un truc très direct mais un minimum réfléchi, on aime les concept-albums mais il faut que ça reflète la musique et pas que ce soit non plus trop torturé.

Ce penchant pour les concept-albums vous vient d’où d’ailleurs ?


Simplement du fait qu’il est difficile d’écrire des choses intéressantes. Il y a des tonnes de sujets qui ont été abordés des milliers de fois et on n’avait pas la prétention de vouloir révolutionner les choses. Donc on s’est dit que ça serait sûrement plus simple de partir d’histoires qui nous bottent et qui nous dirigeraient musicalement. C’est très pratique d’avoir un cadre, ça permet déjà de réfléchir aux sonorités, aux ambiances. Ça nous aide sur les deux tableaux, pour la musique et pour les paroles, et ça nous semble plus intéressant que si on parlait des problèmes de drogue ou de politique. On a même déjà le concept du prochain album, mais je ne préfère pas trop en parler pour l’instant, on a encore trop de choses à voir dessus, et puis The Human Concern vient à peine de sortir. Il y a aussi le fait d’être maintenant quatre dans le groupe, on va chercher à mettre encore plus de sincérité dans notre musique, pour que le résultat nous ressemble le plus possible. Du coup pour les paroles, ça sera du "lifestyle" axé autour d’un concept, peut-être autour de nos virées en bus. L’esprit Dwail est en train de bien prendre, le côté Core’n'Roll aussi, la recette semble presque au point.

Avec ce gros côté rock’n’roll, la réponse semble évidente : Every Time I Die fait partie de vos influences ?

Oui, nous sommes de gros fans d’Every Time I Die et à la base, de très gros fans de Pantera. Surtout pour moi, avec le côté bluesy de leurs riffs. J’ai découvert Every Time I Die sur le tard, ça m’a tout de suite plu au niveau des structures et de l’énergie, avec ce petit côté Southern Rock, et les mecs ont l’air complètement allumés.

J’ai vu que vous aviez fait la première partie d’Amon Amarth et Septic Flesh en 2011. C’est pas du tout le même délire musical, ça s’était bien passé ?

C’était super bizarre oui (rires). Et ce fut dur car c’était pas du tout le même univers ! Le public était en mode "mais qu’est-ce qu’ils nous ont foutu en première partie". Je me souviens que c’est As I Lay Dying qui devait ouvrir pour eux, mais il y a eu un souci pour la date de Toulouse et le groupe n’était pas là. Par contre, je ne sais pas pourquoi on nous a choisi ! (rires) J’étais en voiture en train de quitter Toulouse le jour même du concert, il était 13h quand un mec de l’organisation m’appelle pour me demander si Dwail était disponible et pouvait être là dès 16h. Je lui ai répondu "laisse moi le temps de me garer et d’appeler les autres". Par chance tout le monde a répondu présent et on était super contents car la Bascala est une très grande salle, plus de mille cinq cents places. Par contre quand on a vu les styles des groupes pour lesquels on allait ouvrir, on s’est de suite dit qu’on aurait du boulot pour réussir à faire bouger le public. Mais malgré tout on a plutôt réussi. On était content d’avoir réussi le challenge d’être opérationnel en si peu de temps : on répète ensemble toutes les semaines, même quand on n’a rien de prévu, ce qui permet de garder les automatismes et d’être au taquet quand une opportunité pareille nous tombe dessus. Après c’est sûr que c’est préférable quand tu as du temps pour bien te préparer avant un concert, surtout pour une grosse date comme celle-là. J’avais déjà joué avec de grands groupes, mais là Amon Amarth et Septic Flesh ça verrouille beaucoup, le timing est super serré, on est arrivé à l’arrache, on n’a pas eu le temps de finir les balances, le public rentrait dans la salle qu’on était encore en train de faire le line-check, on a commencé à jouer alors que le son de la deuxième gratte n’était pas fait (rires). C’est le jeu, Il faut savoir jouer dans n’importe quelles conditions.

C’était pas une super rencontre humaine du coup ?

Ah non, c’était super froid, on n’a rencontré personne. On est venu, on a fait notre set de 30 minutes et on est parti. Ça se prend vraiment au sérieux, le chanteur quand il arrive, c’est Thor quoi ! Après ils se la donnent vraiment pour le public, ils ont joué un set de près de deux heures, ce qui est vraiment rare aujourd’hui.


Votre concept de Partybus est excellent, vous avez eu l’idée comment ?

Tout est parti du tremplin Hellfest qu’on a fait à Paris à la Flèche d’Or. Il y avait deux groupes parisiens et c’était un vote à main levée, donc on partait perdant d’avance ou presque à moins de trouver un moyen d’emmener du monde en masse. Un de nos potes nous a dit qu’il connaissait quelqu’un qui mettait un bus à disposition pour des associations et ça nous a donné l’idée. En deux semaines on a mis le truc sur pied. C’était tendu car le tremplin était un jeudi, donc les gens qui venaient devaient poser des congés et on a quand même réussi à réunir trente deux personnes pour nous accompagner. Le bus date des années 70-80, du coup pour venir à Paris depuis Toulouse, on ne met pas 7 ou 8 heures ! On est parti à minuit pour arriver vers 11h à la Flèche d’Or, tout s’est bien passé et on fait le concert. On a fini deuxième à rien derrière The Butcher’s Rodeo, et tout le monde a vraiment kiffé, nous y compris. Ça a été un vrai moment de partage et c’est là que l’esprit Dwail a commencé à prendre. On s’est dit qu’il faudrait remettre ça et quand on a fait la campagne Kiss Kiss Bank Bank pour The Human Concern, on a mis une prime avec le bus inclus ! Un trip de deux jours à Bayonne avec concert, camping et plage le lendemain, avec une petite action pour la nature au passage, avant de rentrer. Ça s’est super bien passé et depuis on n’arrête pas de recevoir des messages pour savoir quand aura lieu le prochain. On a remis le couvert pour un tremplin au Pays basque avec Trepalium et cette fois c’est quarante cinq personnes qui sont venues. Ça grossit et on en a même fait un clip. Maintenant on essaie de le faire à chaque fois que c’est possible, suivant les salles où on joue et quand c’est pas trop loin, car l’aller-retour à Paris avait été rude ! Celui qu’on a fait pour Halloween a été excellent, le thème était de venir déguisé mais pas façon Halloween justement et beaucoup ont joué le jeu. On voit même des non-metalleux qui viennent et reviennent, pour le côté festif surtout et qui finissent par apprécier la vibe metal en soirée. Ça permet de faire tomber beaucoup de barrières. D’ailleurs pour l’anecdote, le propriétaire du bus a accepté de nous le prêter car il avait vu des sujets du Petit Journal sur les metalleux et leur bonne humeur. Le kif ultime serait de pouvoir mettre en place un partybus pour aller jouer à un festival, il y aurait une ambiance de fou. Ça permettrait peut-être à des Toulousains de se rendre dans un festival où ils n’auraient pas les moyens d’aller seul, et ça réduirait aussi les frais de déplacement pour le groupe, c’est du gagnant-gagnant. Vu comment la vie est dure en ce moment, ce côté participatif et co-voiturage sera peut-être l’avenir pour la musique live (rires).

Grum (Octobre 2015)


Interview préparée et menée par Grum et Sugarbread, retranscrite par Grum.

Merci à Julien pour sa disponibilité et à Klonosphere pour nous avoir organisé cette rencontre.

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