Albums du moment
Pochette Street Heat
Pochette Necroceros Pochette Vivre Encore
Chroniques
Pochette Ultrapop
Pochette Tonic Immobility
Pochette animus
Pochette W Śnialni
Pochette I
Pochette Silent Running Pochette Stillness

Laurent (Finisterian Dead End) Black Dog, le 2 avril 2015

La passion et la détermination peuvent parfois soulever des montagnes. Elles peuvent aussi permettre de se lancer avec succès, par exemple, dans l'entreprise folle de monter un label musical dans le contexte morose actuel. Rencontre avec Laurent, manager de Finisterian Dead End, qui va nous en dire plus sur son beau bébé.

La création de Finisterian Dead End remonte 2011, alors que l’industrie du disque était déjà sinistrée. Quelles ont été les plus grosses difficultés que tu as pu rencontrer au lancement du label ?

En fait, je n’ai pas eu de difficulté pour la bonne raison que le label a été lancé sur une idée virtuelle, sans connaissance particulière du marché, auquel on s'est adapté. Je pense que si le label avait été créé il y a dix ans, cela aurait été différent, on aurait pu se casser la gueule avec l’ère du digital. Je suis arrivé après ce changement de mode de consommation, ce qui m’a permis d’appréhender les choses différemment, d’autant plus que le concept du label était de faire connaître des groupes pas ou peu connus, ou issus de scènes avec une visibilité moindre. Avec les autres petits labels, nous sommes en train de recréer une industrie qui s’est cassée la gueule il y a dix ans, même si les majors sont toujours là, avec leurs gros sous et leur grosse artillerie. Il y a dix ans, un groupe de Nantes pouvait être connus localement voire régionalement, mais il lui était impossible d’être distribué au niveau national et encore moins à l’étranger. Maintenant on a la possibilité d’inverser la machine : les gens ont goûté au digital et beaucoup en sont revenus, en raison d’un son souvent médiocre. Ce retour en arrière se matérialise avec le retour en force du vinyle. Il y a donc une petit créneau dans lequel se développer.

Quel est ta position sur le téléchargement ? Car Matthias du label Throatruiner nous avait dit que les albums qu’il mettait en téléchargement libre étaient ceux qui s’écoulaient le mieux en format physique.


À vrai dire, je n’ai aucun avis sur le téléchargement, car j’ai trente-sept ans et cette "révolution" m’est complètement passée au dessus de la tête. Le seul avantage que je vois avec le digital, c’est la facilité de diffusion et de partage. Cela permet aux groupes de se faire entendre ici et ailleurs, et ça fonctionne. J’ai des commandes régulières du Canada, de Suède et même des Émirats Arabes Unis ! Après dans le monde du metal, les fans sont assez fétichistes, que soit pour les CDs, les tshirts de groupes et le vinyle. Donc même si je n’ai pas d’avis sur le sujet, je peux quand même dire que le digital ne me fait pas peur, car nous avons appris à faire avec depuis le temps.

Les groupes signés chez Finisterian Dead End sont distribués maintenant par Season Of Mist, comment en es-tu arrivé à collaborer avec eux ?

Je pense que l’effet Hellfest y est pour beaucoup, il ne faut pas se leurrer. Cette année, ça va être la troisième fois que nous avons des groupes du label programmés sur les scènes découvertes, hormis cette année où Breakdust est prévu sur la Mainstage 2. Cela a permis au label d’être présent au niveau du carré VIP et d’être vu différemment par les gens au fur et à mesure que les années passent, et qu’on grossit. On a multiplié les contacts et finalement le partenariat avec Season Of Mist s’est mis en place assez naturellement. Le label commence à bénéficier d’une petite aura, notre organisation commence à être bien en place, tout ça est cohérent.



Niveau concerts, tu travailles avec quelles structures ?


C’est notre grand défi pour 2015 ! Nous n’avons pas travaillé sur ce point depuis le départ, car il fallait monter les marches une par une, on ne pouvait pas se contenter d’avoir des groupes locaux distribués à l’espace culturel du bout de la rue pour prétendre contacter des tourneurs bien installés du genre Base Prod ou Rage Tour. Maintenant que la distribution est en place, depuis le début 2015 je me balade sur toute la France à la rencontre de diverses personnes, pour montrer ma gueule, prêcher la bonne parole du label. Pour le moment je n’ai aucunes prétentions, si on arrive à trouver un partenariat, ça sera parfait, sinon on le fera par un autre biais ! Mais pour le moment, il n’y a encore rien à part des relations de pure sympathie et humaine.

Finisterian Dead End avait-il pour but premier de promouvoir des groupes bretons ?

En fait, je ne me suis jamais posé cette question ! Je suis parti du principe qu’en Bretagne, et Loire-Atlantique, on a un vivier très fourni au niveau musical, on a toujours été un territoire de revendication. Il faut voir le nom du label aussi, il est en anglais ! J’aurais pu le choisir en breizh si on avait voulu se la jouer bagad. Sinon "Dead End" signifie voie sans issue, pour la simple et bonne raison qu’après le Finistère, il n’y a que la mer. Mais c’est également la mer pour un Parisien ou pour toute autre personne, puisque c’est la fin de l’Europe. Donc c’est un nom universel malgré la connotation locale assez claire, et au niveau des groupes signés, il n’y a jamais eu de volonté de ne faire que du local. Pictured, Le premier groupe signé, est bien local, mais les 3 groupes suivant sont québécois, slovaque et suisse ! Il n’y a donc jamais eu de barrière géographique. Les groupes et le public n’ont jamais trop fait l’amalgame, et je continue de recevoir des demandes des quatre coins du monde ! Une des dernières en date provient d'un groupe d’Azerbahidjan !

Comment procèdes-tu pour la découverte de groupes, le live avant tout ?

On bosse à un niveau humain, même avec douze groupes à gérer. Je ne suis pas en recherche de nouveau talent, le label n’est pas prêt pour ça, mais au contraire on souhaite travailler avec des groupes qui ont déjà une certaine structure, qu’ils aient ou pas déjà sorti une démo ou un premier disque, et après ça se fait au son et sur l’émotion. Je ne me verrais pas faire la promotion de quelque chose que je n’aime pas, c’est trop compliqué. Peut-être qu’un jour je passerai à côté d’un groupe qui cartonnera à cause de ça (rires).

Tu penses avoir encore de la place pour signer d’autres groupes en plus des douze dont tu t’occupes déjà ?

Je ne me suis pas fixé de limite sur ce point. On est en moyenne sur deux à trois nouvelles signatures par ans, ce qui permet d’avoir une émulation et une actualité permanente, ainsi qu'une rotation dans la mise en avant des groupes, entre ceux qui sortent un album et ceux qui repassent en phase de composition. Donc avec une quinzaine de groupes, je pense qu’on s’en sortirait pas mal.

J’imagine que pour les groupes avec lesquels tu travailles depuis déjà quelques temps, vos relations sont rodées et qu’ils sont en quelque sorte autonome ?

Exactement, avec eux les choses se passent naturellement et ça me libère du temps que je peux consacrer à d’autres actions plus ciblées, ce qui n’était pas possible il y a encore quelques mois.



Tu n’as pas l’air de te poser de barrière niveau style vu les différents groupes signés chez Finisterian Dead End, cependant quels sont tes styles de metal préférés ?

Le problème c’est que j’aime et j’ai aimé pléthore de styles tout simplement parce que j’ai 37 ans et que ça fait 25 ans que j’écoute du metal. L’âge avançant, j’écoute plus de prog, Marillion notamment, alors que je n’en écoutais pas il y a dix ans. J’écoute aussi pas mal de groupes issus de la scène cold wave / dark wave de la fin des années 80, du doom, je suis un gros fan de Ahab, Triptykon, Celtic Frost... Et je reviens également à mes premiers amours, Pantera, Machine Head, Korn, Metallica, After Forever, Satyricon. Comme beaucoup j’ai eu ma période « black accessible » avec Dimmu Borgir et Cradle Of Filth. Puis en mai tous les ans, c’est ma période death.

Aurais-tu envie de signer des groupes dans des styles particuliers, pour étoffer au maximum ton catalogue ?

Je suis ouvert à tout, ça dépendra du groupe, ça dépendra du moment, je ne recherche rien en particulier, mais j’adorerai c’est vrai avoir un putain de groupe de doom. J’ai été contacté par quelques groupes étrangers, mais je n’ai pas eu le déclic. A côté de ça j’ai pu signer The Ersatz, un groupe indus, genre qui est très peu représenté en France, ou encore The Veil qui donne dans le dark wave metal.  Ce sont des styles pour lesquels il faut adopter une promotion atypique, ce sont des styles auxquels il est plus difficile de faire adhérer. C’est aussi pourquoi je mets un point d’orgue à la distribution internationale, pour augmenter la visibilité de ces groupes.

Quel est spécifiquement le rôle du label, ton rôle, auprès des groupes ?

J’ai de multiples casquettes et tous les groupes n’ont pas les mêmes besoin. Quand j’ai créé le label, à la base, je ne voulais m’occuper que de la distribution. Mais je me suis rapidement que ce n’était pas forcément ce dont les groupes avaient forcément besoin. Donc je me suis retrouvé naturellement à assurer également la promo des groupes, à chercher des chroniques, à travailler sur le pressage, le merch, les artworks, à faire du management pur... Après comme les groupes m’ont choisi, et que je les ai choisis aussi, on travaille en bonne intelligence. Pour certains groupes c’est plus compliqué qu’avec d’autres, pas parce qu’on se tape dessus hein (rires). Darchaic par exemple voulait simplement être distribué en France sans qu’il ait été question de les faire venir jouer en France. A côté de ça, Obscurcis Romancia, le groupe Québecois, existe depuis dix ans, ils ont tourné au Canada avec Ensiferum ou encore Anaal Nathrakh, et sont donc déjà bien installé. Ils voulaient eux aussi bénéficier d’une distribution française, mais ils ont aussi la volonté de venir tourner en Europe en 2016. Ça fait trois ans qu’on bosse avec eux, on a passé la phase "confiance", et maintenant je suis en contact avec leur booker et j’essaie de leur trouver des dates.

As-tu ton mot à dire pour tout ce qui est question artwork, enregistrement, production ?

Je bosse avec les groupes principalement sur l’ordre des chansons sur les albums. Je suis resté très old-school, quand je vais dans un magasin et que j’écoute un album pour découvrir, j’écoute les 2-3 premiers titres, rarement plus. Donc si le départ d’un album n’accroche pas tout de suite, il faut revoir ça pour éviter que les gens ne zappent. Après il m’arrive parfois de déceler de micro-couacs dans des chansons, des choses qui ne fonctionnent pas, mais mon rôle ne va pas plus loin. Côté artwork, on a un graphiste qui bosse pour le label et avec certains des groupes du rooster. Après je n’ai pas mon mot à dire, sauf si éventuellement c’était très vilain, mais je regarde surtout les petits détails, si c’est bien centré, bien équilibré, s’il n’y a pas un gros vide... Pour ce qui concerne le studio, je ne suis pas musicien, j’ai juste une oreille mais pas de don particulier, je les trouve donc tous talentueux car je ne saurais pas faire le quart de ce qu’ils font, je ne me permettrais donc pas de critiquer sur la technique pure, mais seulement sur le feeling. Je me suis construit sur de l’écoute, pas sur de la création, et parfois il y a vraiment des choses qui m’agressent. Il arrive que des groupes qui ont passé quinze jours en studio n’aient plus le recul nécessaire pour juger ce qu’ils ont fait. Mais 95% du temps, tout le monde est d’accord ! Je fais donc surtout dans le fignolage.

Ce travail demande une sacrée rigueur, est-ce que tu réussis à trouver du temps pour toi, en plus de ton vrai taf ?


(Rires) En fait cette question arrive trois mois trop tard. Je suis auto-entrepreneur depuis mars 2012 et j’ai créé le label alors que j’avais un vrai travail à côté. J’ai continué de bosser jusqu’au 1er janvier 2015 et depuis je me consacre au label à 100%. C’est un choix et une opportunité que j’ai eu et je pense que maintenant le label est assez mature pour pouvoir travailler sur plusieurs domaines, avec la signature avec Season Of Mist, Breakdust et Malkavian au Hellfest, les nouveaux albums qui vont arriver au cours de l’année... Il y a un palier à franchir et j’ai donc pris cette année là pour avancer un maximum, quitte à me dire en janvier 2016 qu’il faut que je reprenne un taf alimentaire. Sinon avant, j’avais ma journée de boulot et après, chaque jour, entre cinq à six heures de travail pour le label, week-end compris ! J’ai une femme et ma fille de 8 ans, ça prenait beaucoup de temps sur ma vie familiale et ça demandait beaucoup d’organisation. J’ai un pote qui joue au foot en CFA 2 et avec tous les entraînements et les déplacements chaque week-ends, j’avais démontré à mon épouse qu’elle m’aurait encore moins vu si j’avais plutôt choisi de faire du sport. Maintenant, le problème ne se pose plus et j’ai du coup plus de temps libre qu’avant ! C’est la phase de lancement du label a demandé beaucoup de temps et d’investissement, car quand on n’a pas de moyens, c’est le temps passé qui fait la différence. Aujourd’hui, je donne toujours autant de temps, mais différemment, et sur des sujets différents d’il y a deux ou trois ans !

On en a déjà parlé mais deux groupes signés chez Finisterian Dead End seront au Hellfest cette année : Breakdust jouera sur la MainStage 2 et Malkavian au MetalCorner, tu y es pour quelque chose ?

Cette question est marrante, elle revient régulièrement et elle est un peu à double sens, donc je vais y répondre très franchement : il n’y a aucun copinage ! Je tiens à le préciser car on est dans une société où tout va très vite maintenant avec Internet et je ne voudrais pas que circulent des rumeurs du genre "c’est le cousin du beau-frère de...". Sinon ça a été un gros boulot, initié dès le début du label, vis-à-vis des équipes des différents festivals, beaucoup de mails, d’échanges, de discussions, de présentations, qui j’étais, ce que je faisais... Certains festivals ont entendu ce message et l’ont reçu avec bienveillance et je les en remercie, notamment le Hellfest donc, qui a un moment a eu les couilles de se dire "on va parier sur ce petit label là". C’est ce qui s’est passé pour Pictured pour le Metalcorner en 2013. Après si des groupes en arrivent là, c’est également parce qu’ils ont le talent pour ça. Pour Breakdust l’an dernier, ils avaient gagné un tremplin, enfin plutôt ils ont gagné le droit de jouer au Metalcorner et ils ont remporté le tremplin. C’est comme ça qu’ils ont obtenu le privilège de jouer sur la Mainstage 2 cette année. Pour Malkavian, c’est un peu une ligne directrice, ils ont sorti leur album en mars ou avril 2014, le groupe a beaucoup tourné, leur disque aussi, ils sont distribués par Season Of Mist, donc voila les choses arrivent à une certaine maturité, et puis le groupe déchire surtout ! J’espère que cette confiance que nous a accordée le Hellfest nous sera également accordé dans le futur par d’autres structures. Sans jouer les branleurs et avoir les chevilles qui enflent, je me mets à la place d’une orga et je me dis "tiens, ça fait 3 ans que ce label aligne des groupes au Hellfest, il doit y avoir une bonne raison !" Donc j’espère voir rapidement mes groupes sur d’autres scènes, qu’ils puissent s’expatrier et jouer sur des trucs sympas.

Tu viens de signer Ellipse, tu les avais découvert lors de leur passage au Metalcorner en 2013 ?

Exactement !  C’est une longue histoire avec eux, la rencontre est liée à de toutes petites choses. En 2013 c’était la première fois que j’allais au Hellfest avec un groupe, donc j’étais en mode euphorique. Après les avoir vus jouer, on est resté en contact régulier, je surveillais leur actualité, ils avaient également une autre esthétique que les groupes déjà présents sur le label. Je les ai revus plusieurs fois en live après, ils ont notamment joué avec Malkavian, et j’aime beaucoup ce qu’ils font et ils ont le potentiel pour.



Quelles sont les prochaines dates importantes pour Finisterian Dead End, hormis le Hellfest ?

Il y en a un peu tout le temps en fait, l’histoire du label s’écrit presque au jour le jour : on a eu la release party du nouvel album de Dysilencia en mars à la Carène à Brest, avec Breakdust qui avait fait le déplacement de Bordeaux exprès pour soutenir les copains, le 19 avril Malkavian est en première partie de Klone au Ferrailleur, puis ça va être le tour d’Ellipse d’ouvrir pour Klone à Bressuire, The Ersatz va jouer au Divan du Monde en octobre... Et je ne désespère par avoir d’autres dates sur des festivals estivaux. Ellipse et The Ersatz devraient sortir leurs nouveaux albums vers la rentrée, Red Dawn va rentrer en studio vers cette période également, Pictured qui est en phase de composition. Et pour la fin d’année, une distribution à l’internationale. Bref avec le nombre de groupes, il y a toujours une actualité permanente. 2016 devrait être un très grand cap pour le label, car il va y avoir car il y aura les premières sorties des nouveaux leaguers, et aussi ce sera l’étape du deuxième album pour plusieurs d’entre-eux. On devrait bien s’amuser, on est mieux armé et avec l’expérience on ne commettra pas les mêmes erreurs.

Y aura-t-il une troisième édition du Dead End Fest ?

Oui, elle aura lieu, mais on ne sais pas encore où ni quand ! On se pose la question déjà depuis un bout de temps, le label grossissant et le nombre de groupes locaux étant plus important, on pense passer à un événement sur deux soirées, pour laisser à tous les groupes la possibilité de jouer. L’an dernier on a fait ça avec cinq groupes, Pictured n’était pas disponible à cause de leur batteur, et il y avait deux groupes tout fraîchement signés, je pense que ça n’aurait pas été très cohérent de les programmer immédiatement. On cherche la salle aussi, peut-être quelque chose d’un peu plus petit que le Jardin Moderne. À suivre donc...

Grum (Mai 2015)


Merci à Laurent pour sa disponibilité,
Et merci à Roger et Replica Promotion pour l'organisation de cette rencontre.

Partager :
Kindle

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment