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Revok par mail, 2015

Nous avons discuté un peu par mail avec Revok, avant et après la sortie de Bunt Auf Grau, leur nouvel album.

On s’était quittés à la sortie de Grief Is My New Moniker, rétrospectivement quel regard portez-vous sur cet album ?

Eric : Je ne l’écoute pas vraiment mais tout comme le reste de nos enregistrements, peut être à l’exception d’un morceau ou deux, j’aime ce que l’on écrit et compose, sans renier quoique ce soit. Au contraire.
MicHell : C’était une continuité discographique tout comme Bunt Auf Grau aujourd’hui. Un album où l’on commençait à s’approcher du son que l’on recherchait.  Il comporte des morceaux phare de Revok, toujours joués en live, comme Tunnel ou Mile End

Quatre ans séparent ces deux albums, quand et comment avez-vous décidé de rempiler pour faire Bunt Auf Grau ?

Eric : En soit ça fait un paquet de temps qu’on y songe… mais on a fait des enfants, Cyril s’est bien cassé la main… donc difficile de faire plus vite en fait. Disons qu’on a dû parler d’un nouvel album immédiatement après la sortie de Grief Is My New Moniker. On se pose toujours la question de la composition dès qu’on a le temps de s’y atteler.
Michel : Lorsque Grief Is My New Moniker est sorti, nous avions déjà commencé la composition de Bunt Auf Grau et depuis un an nous jouions en concert certains morceaux de Bunt Auf Grau. D’ailleurs on change notre set de concert assez souvent pour proposer des morceaux différents en live. Quand ça sonne en live, on sélectionne le titre pour le futur album, toujours.


 
Quel était votre état d’esprit à ce moment ? Est-ce que vous aviez réfléchi à une ligne directrice ou bien au contraire vous vous êtes laissés aller ?

Eric : La ligne directrice est la même et elle ne tient pas à un genre à proprement parler mais d’un état d’esprit : sombre et sans espoir. Simplement avec le temps on jette beaucoup de riffs, voire de bribes de morceaux. Mais pour te donner une idée, « Cranex 350 » qui est sortie sur notre premier EP fait toujours partie des morceaux que l’on peut jouer sur scène.

Dans notre dernière interview vous nous disiez que vous aviez enregistré le précédent album live dans une maison, j’ai cru comprendre que vous étiez allés en studio cette fois ?

Eric : Non, on a fait sensiblement la même chose. On avait effectivement enregistré « Grief » dans une grande maison près de Niort avec de grandes pièces pour jouer live. Là on a aussi enregistré live (à l’exception de la voix) mais à la nouvelle Gare XP à Paris, toujours avec Sylvain Biguet qui se fait une spécialité de cet exercice. Seules les voix de Fab ont été enregistrées dans le studio de Sylvain, là où on a aussi fait le mix. Ce qui nous importe c’est de préserver une forme de cohésion, un côté organique. L’exercice n’est pas facile mais il vaut le coup. Ca nécessite une bonne préparation au préalable. Et on fait très peu d’overdub.
Fab : Le point commun, c’est la grande salle et les micros room. On a toujours aimé ces sons de pièces très larges à la Albini...

Dans quels domaines pensez-vous avoir pris de la bouteille entre ces deux albums ?

Michel : On en prend surtout lorsqu’on tourne, en découvrant de nouvelles scènes à l’étranger.
Fab : Dans mon cas, au-delà de l’aspect technique, je peux dire que l’expérience de vie, l’âge, l’affect, ma position en vieillissant dans ce monde fait qu’évidemment je n’aborde plus la scène de la même manière qu’il y’a 10 ans... je fais de plus en plus les choses pour moi-même. Revok est toujours ce prolongement de ma vie qui me permet d'extérioriser mes démons, et lorsque j'évolue aujourd’hui sur scène, j’arrive à vraiment faire abstraction de tout. En cela, je me sens maître de moi-même, des lieux, de l’espace et du temps. Je n’ai plus aucune réflexion ou même pensée, et ça me fait grand bien !!!

En effet, sur  votre bandcamp votre première sortie est datée de 2005, vous allez donc passer le cap des dix ans cette année. A part votre manière d’aborder la scène, êtes-vous conscients d’autres évolutions au cours de ces années ?


Michel :
Pas vraiment conscients, cette façon d’évoluer est plutôt intuitive.
Eric : En fait pour être parfaitement franc je n’ai pas envie de me poser trop la question de notre évolution dans le temps.  Je pense que la spontanéité reste quand même le nerf de cette musique. L’évolution existe peut-être, probablement, mais l’état des lieux n’est pas encore prévu.



Est-ce qu’on sera en terrain connu avec Bunt Auf Grau ? Les deux morceaux dévoilés laissent présager que oui.

Eric : Terrain connu c’est évident, on ne va pas devenir un autre groupe, changer notre fusil d’épaule pour je ne sais quelle raison. Le leitmotiv reste le même, une musique sombre, sans  espoir, on continue de creuser. Sur Bunt Auf Grau certains passages n’existaient pas avant. Après tu seras meilleur juge que moi !  Pourtant on jette un paquet de riffs, ou des bribes de morceaux qui nous semblent trop justes.
Michel : On n’a jamais cherché à révolutionner le hardcore ou le rock. Par contre il nous a toujours semblé important de persister dans notre propre style, une espèce de rock préhistorique et métallique taillé à la hache, avec cette sensation de pouvoir décapsuler des têtes à distance.
Fab : Revok n’évoluera jamais vers quelque chose de lumineux. Nous serons toujours dans cette poisse épaisse avec cette sensation de nager indéfiniment, creuser, suffoquer dans ce brouillard épais personnifié par nos guitares. En cela, le terrain sera toujours connu. Aucune surprise à l’horizon. Parfois, juste quelques éclaircies afin d’obtenir un semblant d’oxygène, mais c’est pour mieux plonger.

J'ai l’impression que l’anxiété est le sentiment qui émane le plus de votre musique, plus que le désespoir ou la haine. Je tombe juste ?

Eric : Anxiété ? Ouais ça me plait bien. Je n’ai jamais perçu la musique de Revok comme haineuse de toute façon, ni complètement désespérée, même si la sérénité reste très éloignée de nous. L’anxiété, le sentiment d’oppression ça colle bien ouais.

Pourquoi avez-vous titré cet album en allemand ? (si c’est bien de l’allemand)

Eric : Ah. Je suis allé voir l’expo Gerhart Richter à Beaubourg y’a 2/3 ans (?) et y’avait une petite toile abstraite qui portait ce nom « Bunt Auf Grau » qui veut dire gris coloré, en allemand. Ça sonne bien… C’est devenu le titre d’une chanson, qui clôture le disque et par la suite celui du disque. Il est assez représentatif du contenu des paroles.
Michel : Non, ce n’est pas par pure nostalgie d’une autre époque...

Dear Worker tranche avec le reste de l’album, qu’est-ce qui vous a amené à accélérer le tempo sur ce titre en particulier ? On dirait que le titre est là pour bousculer l’auditeur en milieu d’album.

Eric : Bah, si on reprend le fil de la discussion, on ne se refuse pas de bousculer nos propres habitudes en premier lieu. Donc ce côté hardcore bas du front participe à tout ça. Husker Dü nous a toujours beaucoup plu par exemple. Thomas de Comity chante, enfin racle méchamment le fond de sa gorge sur ce titre.
Michel : C’est un titre à part mais il affirme l’origine de notre son. J’ai grandi en écoutant du hardcore et j’aime l’esprit des trois accords speedés. Le texte est en adéquation avec l’origine de la mouvance hardcore d’ailleurs, c’est le discours d’un ouvrier qui déverse sa triste condition sans fioritures, rien de plus. Un morceau basique, animal, qui nous ressemble aussi.

Globalement de quoi parle l’album ? Y a-t-il un fil conducteur ?

Eric : Ouais on peut dire ça… disons que l’essentiel des textes traitent, enfin parlent - ce ne sont pas des essais non plus -  de la médiocrité quotidienne. Des merdes auxquelles on se rattache pour s’inventer une existence meilleure que celle de son voisin, alors qu’au la final tout se ressemble et converge vers la même futilité. Rien de sanguinolent ou d’abject et pas d’engagement politique à deux balles ou de bannière consensuelle. Et ça s’applique aussi pour nous.



C’est-à-dire ? C’est plutôt l’aspect introspectif de la musique qui prime pour vous?

Eric : Dans le cas des paroles, et de manière générale d’ailleurs, Revok n’est pas là pour traiter d’un grand sujet de société, ni n’a très envie de brandir un étendard. Les sujets qu’on aborde sont plus terre à terre, proche de l’individu isolé. Pas de la masse, juste du pauvre type perdu dans le tas. Sinon, ça vire à la leçon et s’est rarement pertinent. Revok n’a pas « vocation de » ni « n’encourage à ». Revok c’est de la mauvaise sueur, plusieurs remords, quelques angoisses tenaces et on en fait des chansons.

Vous avez fait un chouette teaser video pour l’album, est-ce qu’il y aura un clip ?


Michel : Tu veux dire un clip où on jouerait dans un entrepôt avec une lumière claire-obscure qui se balancerait entre les membres du groupe ? Non. Je pense que si on nous proposait une vraie idée, ça pourrait se faire mais pour le moment il n’y a pas ce côté visuel, cela devrait venir naturellement et avoir un sens.

Comment s’est passée la tournée avec Celeste et Comity ? Vous devez commencer à bien vous connaitre.

Eric : Celeste a proposé à Comity et Revok de tourner en Espagne et Portugal, d’une part parce qu’ils n’avaient jamais joué là-bas et surtout parce que y’avait moyen de bien rigoler… ce qui s’est largement vérifié. On a joué dans de grosses salles, notamment au Portugal. Et bien qu’ils soient assez opposés, Comity et Celeste sont vraiment d’énormes groupes.

Ça commence à faire un moment que vous travaillez avec Music Fear Satan, que pouvez-vous nous dire sur cette collaboration ?


Eric : Nico est un vrai pote. Ça pourrait se résumer à ça. Il connait Revok depuis les débuts, il nous a accompagné sur plusieurs dates, c’est un mec sincère et passionné.

Si vous voulez ajouter quelque chose pour conclure c’est le moment !


Merci

Jeanvaljean (Mars 2015)

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