Zapruder par mail (Janvier 2015)

Après un premier EP datant de 2012, Zapruder a sorti fin 2014 son premier album, Fall In Line, duquel on retenait un Hardcore/Post-Hardcore plutôt barré et ingénieux. Quelques explications s'imposaient; interview à quatre mains d'un crew de "Hardcaure de bonhomme" (sic).


Bonjour
Zapruder, comment allez-vous ?

Isaac: Qu'entends-tu par là ? Veux-tu nous demander comment nous allons dans le sens d'aller marcher ? Autrement dit, comment nous nous habillons pour sortir peut-être ? Ou bien est-ce une façon de demander comment nous marchons ? Ou bien est-ce encore une demande pour savoir l'état d'esprit dans lequel nous sommes lorsque nous allons quelque part? Ou alors l'usage moderne, comment nous nous sentons ? Soyons clairs bon sang !

Quentin: Je crois qu'à la base ça veut dire "comment allez vous à la selle". Je n'ai pas trop envie de m'exprimer à ce sujet...

Romain: Mon papy Lucien (<3) te dirait "Qu'est-ce ça peut te foutre ? T'es mon docteur ?". Bah moi aussi.

Quentin: Il en est mort, Romain.

Comment décririez-vous Zapruder pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

I: La question est délicate. Un type qui nous a découvert lors d'un live est venu nous voir en nous disant: "J'ai eu l'impression d'entendre The Dillinger Escape Plan copuler avec Cult of Luna avec Refused pas loin du threesome". J'ai aimé cette définition.

Etienne: Zapruder c'est du pur hardcaure de bonhomme, tavu ! 100% street cred, 0% fdp.

Q: ce message vous a été délivré par l'association putophobe PATRIARKA.

R: Je me fie à ce que m'a dit ma Mozer qui ne nous avais jamais vu en concert. "C'ÉTAIT TROP BIEN MON FILS, J'AI RIEN COMPRIS MAIS C'ÉTAIT TROP BIEN" tout en prenant une photo avec son appareil presque jetable. Faites confiance à ma Mozer.

Q: Je tiens à demander pardon pour la plaisanterie de mauvais goût sur ton grand père Romain, en fait ta famille est très gentille.

Comment avez-vous perçu l’accueil de ce premier album ? (Fans, live, zines, etc…)

E: Plutôt positif dans l'ensemble, et personnellement je suis assez fier de ça. La principale difficulté de l'album c'est qu'on brasse pas mal de styles, et ça se reflète dans ce qu'on a pu lire : certains aiment tel aspect et pas tel autre, ou trouvent que ça part trop dans tous les sens et que c'est difficile à digérer. C'est le risque. On a eu davantage de retours nuancés que pour notre premier EP, et je trouve que c'est bon signe : les personnes qui l'ont écouté se sont plus appliqués, on cherché la petite bête. Et finalement, tout le monde préfère ça : que le chroniqueur traque le moindre truc et écoute le disque avec attention, avec la volonté de comprendre ce que tu as voulu transmettre, plutôt que juste jeter une vague oreille et se dire "c'est sympa".

I: Totalement d'accord avec Etienne, et je rajouterai qu'avec le support d'Apathia Records, couplé à Hipsterminator on a touché davantage de médias, étrangers et français. La promo a été efficace et les retours plutôt cools, même si on se souvient de cette chronique finlandaise où le gars nous chiait dessus et avouait à la fin qu'il écoutait pas ce style et adorait Helloween. Excellent.

R: On a pas trop mal d'oseille grâce au merch, c'est que ça doit être pas trop dégeu' finalement. (Mais ça empêche pas que ceux qui aiment pas peuvent collectionner nos bidules, hein)



Sentez-vous une évolution depuis Straight From The Horse Mouth ? Dans la composition, l’affirmation de votre style, le public en concert, etc… ?

E: D'un point de vue composition, l'évolution est surtout une volonté d'aller jusqu'au bout de la démarche, de pousser plus loin les parti-pris, de ne pas reculer en se disant "c'est too much". Mais stylistiquement on a encore un cap à franchir, c'est évident.

I: On a eu pas mal de retours concernant une approche plus brutale dans la musique et le son. Sans tendre vers les aspects brutaux de certains groupes de la scène on a clairement rendu les compositions plus intenses et agressives. Mais comme le dit Etienne l'essentiel a été d'assumer cette approche hétérogène de notre musique et assumer les côtés plus risqués. On a essayé aussi de proposer un album plus cohérent et réfléchi dans sa structure et ses thèmes. Pour la suite, l'intégration définitive de Clément le Mad Guy au saxophone va clairement nous engager dans une optique plus jusqu'au boutiste.

R: Dans la composition, c'est sûre. On se comprend de manière presque immediate dans les idées, les intentions tout ça. Nous sommes plus à l'aise ensemble (#nohomo). Ya que François, ce fdp, qui ose poser des vétos 3 mois après avoir bouclé un morceau. Je pense que nos bases sont devenues assez solides pour explorer de nouveaux milieux, styles ... et oser de nouvelles choses.
Nous testerons

Q: Ce message vous a été délivré par l'association putophobe et homophobe, PATRIARKA.

Musicalement, on est un peu dérouté lorsqu’on écoute Zapruder pour la première fois, particulièrement sur Fall In Line. Est-ce une volonté du groupe de malmener l’auditeur, de brouiller les pistes ?

I: Une volonté je ne sais pas, on est surtout dans l'idée qu'il faut jouer une musique qu'on aime et cela signifie une musique variée, complexe et surprenante oui. Personnellement j'adore les albums surprenants qui nécessitent plusieurs écoutes pour être digérés, et j'espère que nous avons atteint ce but dans Fall In Line.

A ce sujet, le tas de genres musicaux que vous exploitez sur l’album (Post-Hardcore/Hardcore en général, agrémenté de passages funky, Rock, acoustiques, Jazzy) rendent la définition de vos influences assez difficiles. Certains groupes vous inspirent particulièrement ? Les membres de
Zapruder viennent-ils d’horizons musicaux variés ?

I: Les horizons variés possible oui. Je suis pas mal versé dans le Death Metal et le Black Metal à la source tandis que Quentin va avoir un amour particulier pour les genres expérimentaux. Romain écoute énormément de choses aussi, particulièrement des groupes techniques et Etienne peut aussi bien adorer Nine Inch Nails que Converge. Pour le reste François a des goûts de merde et Clément aime le Noise et le bon vieux Rock taré d'un Zappa. Voilà le tableau.

R: Technique, technique ... j'écoute régulièrement FKA Twigs, OK GO, Nujabes, Chunk! No Captain Chunk! ? Sérieusement je trouve ça cool pour se réveiller tranquille le matin. J'assume. (Je vous recommande chaudement Pascal Cattanéo ! Si vous voulez le trouver il faut aller à Samoens.)

E: On a suffisamment d'influences communes pour pas trop s'engueuler quand il faut choisir un CD pour l'autoradio. Après j'ai toujours un peu peur de ce que Q. va nous mettre (no pun intended).

Q: Moi aussi j'ai peur. Je tiens à défendre François qui est le seul à me défendre dans mon amour inconditionnel pour les comédies musicales et Alain Souchon.

J’ai trouvé le morceau Loquèle très intéressant pour le contraste musical qu’il apporte avant le dernier titre, mais la signification des paroles m’a paru assez obscure.  Comme c’est également sur cette piste que l’on trouve mentionné le titre de l’album, pouvez-vous approfondir sur les thèmes de cette chanson ?

Q : C'est la seule dont j'ai écrit les paroles et malheureusement je n'ai pas une approche très intellectuelle de l'écriture donc ma réponse risque de décevoir heh! J'aime la "musique/poésie" de certaines phrases ou expressions et je tente de les assembler pour qu'elles aillent bien avec la musique et ressemblent pas complètement à un patchwork sans fond ni comble. Mais Loquèle, avec le recul, ressemble plus à un flou d'images fuyantes qu'à une véritable histoire ou un argumentaire construit...Onirique si je veux lâcher un gros mot pompeux. Mais l'avantage c'est que ça en fait un morceau qu'on peut s'approprier un peu comme on veut, enfin si on veut. Voilà, j'espère que la réponse est moins frustrante pour toi que pour moi, ahah; A chaque fois que j'ai une "tribune" sur ce morceau j'ai l'impression de ne pas savoir en parler. Tout ce que je peux affirmer en fait, c'est qu'Alain Souchon ne m'a rien inspiré de ce morceau. Ma réponse précédente n'est qu'un malencontreux hasard.  

Toujours en rapport avec les paroles, j’ai beaucoup apprécié les passages en français que je trouve plus abrasifs, plus puissants que les autres. Pourquoi avoir choisi une écriture dans les deux langues ? Qu’apporte selon vous le français  dans vos textes ?

I: A la base je suis très sceptique concernant le français dans le Metal mais je voulais introduire des textes poétiques de mon cru, dans ma langue, pour pouvoir exprimer des choses différentes. Dans We Are Orphans je voulais quelque chose de plus agressif, à la limite du Spoken Word tandis que dans Je Ferai De Ma Peau Une Terre Où Ceuser j'ai vraiment voulu marquer la poésie et la puissance de ma voix, plus flagrante avec un texte français comme tu le dis. Pour la suite je ne sais pas si je vais maintenir cette idée, je pense que le français fonctionne quand les paroles sont espacées et demandent de la puissance.

Serait-il envisageable de composer un album entièrement dans la langue de Molière ?

I: Oui voilà, comme je le disais je ne suis pas sûr de vouloir faire ça, sauf si l'album est extrêmement narratif. Dans le Black Metal par exemple, cela ne me choque pas, mais dès lors que ça touche un autre style je suis gêné par la chose, c'est inexplicable.

Zapruder est signé chez Apathia Records, qui compte dans ses rangs  des formations bien barrées comme Hardcore Anal Hydrogen ou Pryapisme. Comment percevez-vous votre place dans le label ? Zapruder est-il un groupe « sérieux » ?


I: Question intéressante. Apathia est connu pour ses groupes bien tarés oui et c'est une fierté d'être reconnus dans cette idée. Si le label nous a signé c'est parce qu'il a vu en nous cette flamme surprenante qu'il aime je pense, mais indéniablement on est moins dans le délire foutraque que nos compères type Hardcore Anal Hydrogen et Pryapisme. Il faut noter que les récentes signatures d'Apathia tendent vers des groupes plus "sérieux" (dans les thèmes si je comprends bien) type Orakle ou Void Paradigm.

Vous avez notamment joué avec Barbarian Koala, un groupe qui me semble aussi jusqu’au boutiste que Zapruder, comment se sont déroulées ces dates ?

I: Les BK sont avec Korben Dallas un des groupes avec lesquels on s'est le plus éclaté sur la tournée de l'EP. Ils nous ont proposé cette tournée en commun et ça s'est passé à merveille parce que les délires sont les mêmes, l'énergie la même et on a pris plaisir à jouer tous les soirs, même devant 3 personnes. L'avantage de tourner à deux c'est que tu ne joues jamais devant une salle vide hé hé.

Q: Je les ai pas vu de la tournée moi en fait, je conduisais ma voiture, eux leur camion. Je sais pas vraiment à quoi ils ressemblent. Ah si euh, Petechuck est vraiment bon sur scène.  ( ndlr : C'est le seul qui n'a pas fait la tournée et qui a tout loupé. )

R: J'ai filmé tout ce bordel pendant la tournée, je vais vous faire un montage aux petits oignons grâce a mes compétences de monteur LVL over 9000.

Un groupe avec qui vous aimeriez partager une date en particulier ?

I: On va rejouer avec nos potes d'As We Draw en mars à Angers, et c'est un vrai plaisir. Sinon jouer avec Birds In Row, Calvaiire, Pryapisme à l'échelle nationale ce serait d'enfer. A l'échelle internationale ben Converge, Cult Of Luna, Neurosis, Gojira *rêve rêve rêve*

R: Bossk, Kehlvin, Between the Buried and Me, The Dillinger Escape Plan, Envy...
Mais si je devais faire un choix et que l'on ignore la cohérence des styles musicaux, je voudrais jouer avec Björk. Mon idole depuis le CM1.

Q: Tout ça, mais des groupes surprenants et différents j'aimerais bien aussi, pendant la tournée on a par exemple joué aux côtés de La Mosca Violenta ou Ogino. Des groupes qu'a priori on associerait pas à nous et Barbarian Koala mais qui ont donné à ces soirées des tournures agréablement surprenantes.

Quels sont vos projets pour 2015 ?

I: On a un projet pour un clip balèze à mener. On va refaire une tournée, cette fois en Europe de l'Est si j'arrive à booker ça. On va essayer de maintenir un rythme de dates corrects sur notre beau sol français aussi et on va composer la suite bien sûr.

On a publié il y a quelques temps notre Top 2014 sur Metalorgie, pour recenser les albums qui ont marqué l’année. Des coups de cœur au sein de
Zapruder ?

I: C'était une belle année oui. Pour moi dans le top il y a le Triptykon, lourd et spirituel, The Great Old Ones, terriblement bon dans ses atmosphères, As We Draw, très bien construit et profond, Trepalium, qui assume ses points forts dans son EP, Melanie de Biaisio, du Jazz délicat, Cannibal Corpse et leur album aux riffs découpeurs et Nightbringer, spirituel et sombre.

E: L'album de Robert Plant, "Lullaby and the ceaseless roar", est terrible. Plus grand-chose à foutre sur Metalorgie, cela dit.

Merci à vous pour cette interview, le mot de la fin ?

I: Crevettes pour moi, en case 5.

Q: Tu ne peux pas! Franck Dubosc est l'acteur fétiche de Wes Anderson! Sinon, merci de m'avoir donné l'occasion de me faire passer pour un incorrigible et guilleret bout-en-train.

Skaldmax (Mars 2015)

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