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Mem Von Stein (Exumer) Fall Of Summer, Torcy, le 6 septembre 2014

Exumer, recordman du monde du groupe qui s'est fait attendre le plus longtemps avant de venir jouer un concert en France, grosso modo : 29 ans ! On était donc plutôt impatient de pouvoir rencontrer le chanteur de ce groupe culte, Mem Von Stein, qui se révèlera très disert, et d'une humeur propice aux digressions... Retour sur une carrière mouvementée et un retour "tout feu tout flamme".

Content d’être là j’imagine ?

Trop, le site du festival est superbe, pour notre première fois en France, c’est mortel !

Quand vous avez été contacté par l’organisation du Fall Of Summer, avez-vous hésité avant de leur dire “oui on vient” ?

En fait nous avions deux concerts prévus le week-end précédent dans des festivals qui se tenaient en Allemagne et en Autriche, et nous sommes en train de travailler sur le nouvel album. Donc au départ nous devions seulement faire ces deux dates, répéter pendant toute une semaine comme on a l’habitude de faire, et ensuite rentrer chez nous ! Puis le Fall Of Summer nous a contacté pour nous proposer de venir jouer ici, et ça coïncidait parfaitement avec notre agenda : les deux festivals, la semaine de répétition puis le Fall Of Summer, avant de rentrer enfin chez nous. Donc nous leur avons immédiatement dit oui (rires).

Vous avez fait votre concert de reformation en 2001, mais il a fallu attendre quelques années avant votre vrai retour, pourquoi ?

Nous étions tous plus ou moins retenus par d’autres projets et en plus j’habite aux Etats-Unis depuis 1998. En 1999 je suis allé à la fac, j’ai joué avec quelques groupes à New-York. Ray faisait des trucs de son côté, nous étions tous occupés. Et quand le Wacken nous a appelé pour nous demander de venir faire un concert, on s’est dit "oui, un seul concert, ça ne pose pas de problème !", il suffisait de se retrouver pour répéter un peu et ça le ferait. On savait à ce moment là que tout le monde retournerait à ses propres occupations après ce concert. En 2008, Ray et moi ne faisions plus partie d’aucun groupe, et ça faisait un bail que nous ne nous étions pas vus et on trouvait ça dommage. Alors il nous est vite apparu que la meilleure solution pour nous de nous voir régulièrement, c’était de remettre sur pied Exumer ! On se connaît depuis 1983. C’est donc une histoire d’amitié vieille de 30 ans qui est à l’origine de notre retour (rires). Le groupe s’est formé en 1985. J’avais rencontré Ray à un concert de Slayer, j’ai découvert qu’il jouait de la guitare, je lui ai donc raconté que j’avais pour projet de monter un groupe, et il m’a tout de suite dit ok !

Pour ce concert au Wacken 2001, ça vous a demandé combien de temps pour vous y préparer ?

On a répété pendant un mois environ, ce concert a été vraiment quelque chose de spécial, je suis rentré en Europe chez mes parents, Ray jouait encore avec un autre groupe, donc il répétait également avec eux en parallèle. C’était une situation très étrange, mais c’était il y a plus de treize ça. Il s’est passé beaucoup plus de choses intéressantes depuis notre re-reformation, avec pas mal de concerts et surtout l’écriture et la sortie du nouvel album en 2012, et celui à venir.

Qu’as-tu fait pendant toutes ces années, entre la séparation et la reformation du groupe, tu me parlais de fac tout à l’heure ?

J’ai joué dans un groupe de thrash appelé Sons of the Saints à New York, Ray a joué dans un groupe de rock, September, basé en Allemagne. J’ai obtenu mon diplôme à l’université, j’ai bossé pour les services sociaux de New York, en gros j’ai fait plein de choses qui n’avaient rien à voir avec la musique, simplement pour découvrir et accumuler de l’expérience dans différents domaines.

Ça n’a pas été trop dur de vous remettre au thrash-metal après toutes ces années ? Ou bien c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas ?

C’est une très bonne analogie, car c’est vraiment le cas ! (rires) Le thrash c’est notre premier amour, c’est comme pour ta première petite amie, tu vas t’en rappeler toute ta vie. Et ce n’est pas de la nostalgie du tout. Quand j’étais jeune, le metal, le punk et le hardcore, c’était toute ma vie ! Il y a eu les premières démos de Metallica ou de Slayer qui ont commencé à tourner à l’époque, et ces groupes sont maintenant devenus hyper connus, avec plus d’une dizaine de disques à leur actif, mais à ce moment là, c’était aussi des gamins, à peine plus vieux que nous, mon pote Dan Lilker de Nuclear Assault et Brutal Truth a trois ans de plus que moi. Il jouait avec Anthrax au début et c’était une tuerie. En y repensant, ces trois premières années de l’explosion du thrash ont été très intenses et riches. Le thrash c’est quelque chose qui coule dans tes veines, on ne peut pas s’en défaire et même si j’essayais, je suis sûr que je n’y arriverai pas ! C’est quelque chose de très naturel aussi, très direct. Ça ne me viendrait pas à l’idée de faire du jazz par exemple : j’aime bien en écouter, mais je ne saurais absolument pas en jouer. Après le Exumer de 2014 est différent du Exumer des années 1980 : c’est le même esprit qui nous habite, mais nous avons grandi et surtout maintenant nous savons jouer (rires), ce qui n’était pas vraiment le cas à l’époque. Ça s’entend largement d’ailleurs.

Vous n’avez pas eu de regrets après coup d’avoir splitté peut-être trop tôt ?

Non ! Avec des si… À ce moment là, ça n’allait plus, c’est tout ! Notre batteur est aussi drum-tech pour Sodom et Kreator, qui sont de très bons amis. Ces deux groupes ont continué lorsque nous avons jeté l’éponge et ils ont réussi. Mais rien ne dit que nous aurions pu faire pareil. Ça ne sert à rien de se poser ce genre de question, il faut vivre dans le présent et profiter de l’instant, comme c’est le cas en ce moment-même, être en train de discuter avec toi. L’an prochain, je me rappellerai surement de ce bon moment passé ici à cette première édition du Fall Of Summer. C’est comme aux échecs, il n’y a pas de coups en arrière, il faut aller de l’avant. Je n’ai aucun regret pour ma part.

Comme tu m’as dit, beaucoup de choses ont change depuis 1987, sur la façon d’enregistrer un album, au niveau des technologies notamment ?

Quand on a eu l’envie de faire un nouvel album avec Exumer, on s’est rappelé de notre premier enregistrement : on avait entre 17 et 19 ans, on était des musiciens débutants, mais il y a la magie qui a fonctionné. Maintenant on a grandi, mais on ne voulait absolument pas perdre ce feeling, c’est ce qui est le plus important en musique ! J’écoute beaucoup de choses différentes, ça peut aller du grind dégueulasse à du rock psyche des 60’s. Peu importe pour moi, tant qu’il y a le feeling, tant que la musique est jouée de façon sincère. Même de la pop ! Si c’est bon, c’est bon, point. Bon j’en achète pas non plus (rires). Donc voila, on voulait garder ce feeling, cette fraicheur des années 80 tout en composant, jouant et enregistrant cet album comme des adultes que nous sommes devenus. Et on a réussi je trouve à insuffler à Fire&Damnation, notre premier album chez Metal Blade Records, ce feeling. Les gens ont aimé l’album car on n’a pas essayé de faire quelque chose de complètement nouveau, d’ailleurs on ne s’est jamais vanté d’avoir inventé quoi que ce soit, et on a fait un album qui sonne comme Exumer ! Sur toutes les chroniques faites de l’album qu’on a pu lire, il y en a seulement 5 % environ qui étaient négatives, ce qui nous donne l’impression que nous avons fait ce qu’il fallait. On aurait pu se lancer dans le prog, mais les gens n’auraient surement pas aimé. Et surtout on a fait un album qu’on aimerait écouter, dont on pouvait être fier, et qu’on s’imaginait pouvoir jouer pendant des années. Il ne faut pas se soucier que de ses fans, sinon ça ne marche pas, il faut aussi penser à soi (rires).

C’est vrai que Fire & Damnation sonne très old-school dans la composition, mais avec un son moderne. Vous n’avez donc pas cherché votre inspiration dans des groupes récents, mais au contraire vous êtes restés fidèles à vos racines ?

J’aime bien plein de nouveaux groupes, mais le but était de rester fidèle à Exumer oui. Bien sûr, si nous avions décidé de faire un nouveau groupe plutôt que de remettre sur pied Exumer, nous aurions dû nous casser le cul à nous faire un son à nous, reconnaissable, nous créer une identité. Mais là on s’est dit que ce qui avait fonctionné en 1986 et 1987 fonctionnerait surement à nouveau en 2012, car les gens aimaient ça. Pourquoi chercher plus loin. On a été inspiré par Metallica, Slayer, Exodus, Nasty Savage… Mais c’étaient des groupes qui étaient nos contemporains ! Possessed a été influencé par Exodus, mais ces groupes ont chacun leur identité, on a été influencé par Slayer, mais on ne sonne pas comme eux. C’était une scène, et tout le monde s’influençait réciproquement. Mais maintenant, je ne me verrais pas en train d’écouter un tas de trucs et de me dire tout d’un coup "tiens, il faudrait qu’on sonne comme Meshuggah". On est chanceux, car ça marche pour nous. 

Tu m’as dit que vous étiez en train de travailler sur le nouvel album, tu peux m’en dire plus ?

On a déjà quatre chansons prêtes à être enregistrées, qu’on aime beaucoup. Après notre dernier concert à Los Angeles à la fin du mois on va vraiment se remettre dessus. On va essayer de mettre entre neuf et onze chansons sur cet album, suivant notre ressenti sur les titres que nous produirons. On s’est fixé comme date butoir la fin de l’hiver pour achever la composition de l’album. On va essayer d’enregistrer au printemps et de livrer tout ça à Metal Blade pour le mois de mai 2015. On espère une sortie pour septembre 2015, il faut à peu près trois mois à un label pour mettre en place la sortie d’un album, et il faut qu’on ait fini son enregistrement avant la période estivale des festivals. Sinon, ça devrait beaucoup ressembler dans l’esprit à Fire & Damnation, avec un tempo très élevé. Ne vous attendez donc à rien de nouveau (rires).

Vous n’allez pas en jouer une aujourd’hui ?


Oh non, c’est beaucoup trop tôt ! On veut garder le secret (rires). On n’a pas assuré une véritable promotion en plus pour Fire & Damnation, on a certes fait pas mal de concerts mais ce n’était pas assez organisé et c’est un peu un regret. Donc pour 2014 en quelque sorte, on continue à promouvoir cet album là ! Mais l’année prochaine, ça sera une autre histoire.

Est-ce que vous avez déjà prévu de collaborer à nouveau avec Waldemar Sorychta ?


Oui ! On l’a vu samedi dernier quand nous avons joué à Essen, il est venu au concert, et nous a dit qu’il attendait notre appel pour lui demander de venir nous épauler. Il fait un travail exceptionnel ! Il y a des groupes qui font appel à lui pour les aider sur les arrangements, nous c’était pour son oreille. Il jouait littéralement avec nous, et nous disait "cette partie de guitare là, ce n’est pas assez heavy !", "chante ça avec plus de hargne", "joue ce riff plus vite", "ce passage n’est pas assez sombre" … ll est vraiment très fort, et il a réussi à me faire chanter dix prises différentes pour la même chanson, et je l'ai fait sans broncher, car j’avais une totale confiance dans son expertise. Je crois que le résultat qu’on a obtenu avec Fire & Damnation parle de lui-même.

Comment expliques-tu ce retour sur le devant de la scène du thrash depuis quelques années ?

C’est cyclique, comme il y a pu y avoir un revival black metal. Et en ce moment c’est le doom qui revient en force. Ce qui est bien dans ce revival thrash, c’est que ça permet de découvrir ou redécouvrir de vieux groupes : les nouveaux fans pourront entendre ces nouveaux groupes parler de leurs influences, et ils pourront voir cités les noms de Slayer ou Exodus, qu’ils connaîtront surement déjà, mais aussi Exumer, dont ils n’auront jamais entendu parler, et pourraient se dire "Ok, si je jetais une oreille à ce qu’ils font !". Ce revival est important. Une scène meurt s’il n’y a pas de nouveaux groupes qui émergent. Et ceux qui critiquent ces nouveaux groupes n’ont strictement rien compris à la musique, ce serait comme de se dire à soi-même d’aller se faire foutre ! (rires)

Quels groupes récents apprécies-tu ?

Il y a le groupe suédois Antichrist. Vampire aussi, ils jouent ce soir, ils ont une énergie folle.

Pour finir, pourrais-tu me dire si tu sais pourquoi l’Allemagne est si forte en matière de thrash-metal ?

A chaque fois qu’il y a du nouveau en matière musicale, il y a des coins où ça émerge naturellement. L’esprit allemand est facilement identifiable dans le thrash, la vitesse, l’agressivité, cette musique est plus rapide que le heavy-metal, qui était un peu notre marque de fabrique, et il a aussi le côté révolté de la classe ouvrière. Cela a fait que pas mal de monde s’est retrouvé là-dedans en Allemagne, et ça a pris. Comme le hardcore à New-York ! C’est difficile d’expliquer pourquoi, mais ça a explosé dans cette ville et beaucoup de gens essaient donc de sonner NYHC, tous n’y arrivent pas, mais une scène a émergé. Je suis pote avec les mecs de Madball, et pour l’anecdote, c’est grâce à Mitts, leur guitariste, que nous avons Tony comme bassiste dans Exumer. Il jouait avec Skarhead, je l’avais appelé quand on cherchait un nouveau bassiste mais il ne donnait pas de nouvelles. Quelques jours plus tard il recevait un coup de téléphone de Mitts qui lui ordonnait de nous dire oui (rires).

Grum (Janvier 2015)


Merci à Sarah et Christophe de Dooweet pour l'accueil presse
Merci à l'équipe du Fall Of Summer pour l'accueil.

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