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Hark Hellfest 2014

Nous avons pu poser quelques questions à Jimbob Isaac (Hark, Taint) lors de son passage au Hellfest 2014, entretien avec une personne vraiment très gentille, passionné par son métier.

Salut Jimbob, merci de nous accorder cette interview. Comment vas tu ?

Très bien, fatigué, très fatigué, mais comblé.

Comment s'est passé le concert ?

Super, on a joué très tôt le matin, mais je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de monde. Public réceptif, bonne ambiance, on est très contents.

Quelques groupes que tu aimerais aller voir aujourd'hui ou demain ?

Oh que oui, j'espère aller voir, si j'ai le temps, ClutchPhil (Anselmo), Subrosa, et Blast! peut être. Très belle affiche, mais c'est toujours un peu compliqué de se dégager un peu de temps pour faire le touriste (rires).

Il me semble que tu avais joué au Fury Fest en 2006 avec Taint, comment les choses ont évolué depuis cette époque ? En termes d'organisation, de public, etc. C'est toujours intéressant d'avoir le point de vue des artistes sur un festival.

Ce genre de festival est une aubaine pour les fans, l'organisation met les petits plats dans les grands, met tellement de temps et d'efforts à programmer le meilleur line up possible, c'est vraiment très agréable. Et d'un point de vue artiste, c'est le genre d'endroits où tout est mis en oeuvre pour que ta prestation soit la plus facile possible, je veux dire par là que les équipes techniques sont très compétentes, qu'il y a rarement de gros problèmes, et qu'on te facilite la vie de façon incroyable. Après en ce qui concerne les évolutions, je me rappelle seulement qu'à l'époque le festival était plutôt taillé à dimension humaine, aujourd'hui il y a tellement de monde. Je suis content que ça marche si bien. Je suis content d'y jouer aussi (rires) !

Le premier album d'Hark est sorti cette année, après un premier EP salué par la critique, comment s'est passé l'enregistrement ?

C'est allé très vite tu sais, je connaissais un peu Nikolai (bassiste) et Simon (batteur), ils ont ouvert plusieurs fois pour Taint avec Whyteleaf (leur ancien groupe), on s'est vu quelques fois, juste pour jammer, et puis j'ai petit à petit réalisé que je pouvais envisager d'écrire de nouvelles choses avec eux, ça collait bien. J'aurais pu aller chercher un batteur à Londres, un bassiste ailleurs, mais au final ça s'est tellement bien passé que je me suis dit que c'était le bon moment et les bonnes personnes. On a formé le groupe en 2010, enregistré un EP dans la foulée, et puis on a mis un peu plus de deux ans à écrire l'album, sans trop se mettre la pression, en prenant notre temps. Entre temps nous avons fait nos premiers concerts en 2012, et puis aujourd'hui l'album est sorti et on est de nouveau sur la route. On est très contents de la façon dont se passent les choses.

Après l'aventure Taint, comment tu vois les choses ? Est-ce que c'est difficile d'écrire pour un nouveau projet ?

Non, ça me pose pas vraiment de problèmes, tu sais ça s'est bien terminé, on fait tous partie de la même famille, et ce nouveau projet, je le prends comme un nouveau challenge. C'est toujours un peu grisant de terminer un projet musical, surtout quand ça te plaît énormément, mais c'est aussi très stimulant de reparti de zéro.

Justement, tu peux nous en dire un peu plus sur le split de Taint ?

C'est pas compliqué tu sais, on a joué 16 putains de longues années ensemble, et aujourd'hui on est toujours de super potes, mais à l'époque on commençait un peu à stagner musicalement, chacun avait besoin de se recentrer sur sa famille, de faire avancer les choses côté boulot, et la décision a été dure à prendre, mais je pense que cela nous a tous fait du bien, et au final le split a d'une certaine manière préservé notre amitié.

Beaucoup pensent que Hark est en quelques sorte la séquelle musicale de Taint. Qu'en penses tu ? Est-ce que c'est quelque chose qui te gêne ?

Les gens disent qu'Hark est la suite de Taint. Très bien, ça me va, je m'en fous en fait. Il y a pas mal de choses en commun c'est vrai, mais ce qui me plairait moins, c'est de faire fi des évolutions, de la progression musicale et artistique qu'il y a eu entre ces deux projets. Je trouve que c'est assez important pour en parler.

Taint était un trio, Hark aujourd'hui est aussi un trio, est-ce que c'est un format dans lequel tu es à l'aise, et que tu cherchais absolument à retrouver, ou alors ce n'est qu'une coïncidence ?

Ca n'a jamais vraiment été un prérogative pour Hark, mais j'avais tellement l'habitude avec Taint de gérer tout seul la guitare, que ça m'aurait probablement posé quelques problèmes d'avoir un second guitariste avec qui travailler, j'aurais sûrement perdu un peu de l'identité musicale et artistique qui me définit. J'ai essayé en fait, ça me fait penser qu'un peu avant Hark, j'ai essayé de travailler avec un autre guitariste, et ça n'avançait pas vraiment comme je voulais, donc j'ai rapidement laissé tombé. ça demande trop de boulot supplémentaire. C'est un peu moche de dire ça, mais c'est vraiment ce que je pense, c'est une question de liberté et de choix artistique. Je ne me considère pas comme un excellent guitariste, mais j'aime bien écrire et jouer ma musique.

Ton boulot principal tourne autour du graphisme, tu es illustrateur et sérigraphiste pour des projets divers, et je trouve que l'artwork que tu as crée pour votre premier album est fantastique, quel en est le sens ?

Pas facile à expliquer, c'est une série de sentiments, de symboles esthétiques audacieux qu'on retrouve parmi les artworks d'albums que j'adore, des années 90 ou plus récent, des choses comme Tool, Godflesh, Swans, Helmet, ce genre d'imagerie forte que je mélange avec des aspects plus organiques, qui reflètent les paroles des chansons, quelque chose d'animal, de dynamique et de dense. C'est compliqué à expliquer, mais c'est principalement un ensemble d'influences très diverses que j'ai essayé d'appliquer et de mélanger aux racines et à l'identité propre de Hark.

Tu as travaillé sur un nombre assez hallucinant de pochettes, de posters ou d'affiches de concert pour d'autres artistes, quel est ton meilleur souvenir de cette expérience artistique ?

Avec du recul c'est quelque chose dont je suis très content mais aussi très fier, j'ai adoré travailler avec des artistes comme The Melvins, Orange Goblin, Clutch ou Neurosis, mais j'aime aussi beaucoup les projets personnels d'illustration que j'ai entrepris, j'ai beaucoup de chance de travailler dans ce genre de milieu. C'est toujours extrêmement gratifiant de vendre des posters à travers le monde, en partie grâce à Internet, en partie grâce au bouche à oreille, c'est quelque chose qui n'arrêtera jamais de m'étonner. Je pense toujours à mes parents, qui me disent souvent "mon fils ne gagne pas beaucoup d'argent mais il fait ce qu'il aime et vend des posters un peu partout dans le monde, c'est pas donné à tout le monde". Ca me fait rire et en même temps ça me fait plaisir.

Est-ce que, dans un sens, tu es le John Baizley (chanteur, illustrateur de Baroness) britannique ? Vous avez finalement beaucoup de choses en commun : le chant, la guitare, le Sludge, les illustrations et sérigraphies... Est-ce que tu le connais personnellement ?

Oui, plutôt bien d'ailleurs, nous avons ouvert pour eux quelques fois avec Taint, c'est quelqu'un que j'apprécie énormément. Une fois l'artwork de Crystalline terminé, je l'ai posté sur le net, et John m'a répondu très rapidement "félicitations, c'est magnifique". J'étais très fier qu'il me dise ça. Premièrement parce qu'il est beaucoup plus talentueux que moi (rires), son approche artistique est exceptionnelle, et deuxièmement, parce que c'est toujours important d'avoir des retours positifs sur son travail, je fais ce travail depuis plus de 15 ans, et avoir un avis de ce genre de personne, ça n'a pas de prix.

De plus en plus d'artistes ont le même genre de démarche que toi ou John Baizley, c'est à dire écrire, jouer, illustrer, parfois même mettre en scène, est-ce que tu penses que c'est une évolution artistique moderne du métier ? Il y a quelques décennies la plupart des groupes de Metal se contentaient juste de faire la musique, et n'avaient pas forcément cette volonté de conceptualiser autant leurs projets. 

C'est intéressant comme question, c'est vrai que d'un point de vue artistique les choses sont un peu différentes. Je ne sais pas trop, j'ai comme l'impression qu'en ce moment il y a en quelque sorte un mouvement artistique, une volonté créative qu'on retrouve dans énormément de formations musicales. Il y a toujours eu des modes, des axes d'influences : le Psychédélisme, le Thrash, le Punk, le Hardcore, etc, peut être qu'on est au début d'un nouveau courant artistique, qui n'a pour le coup rien à voir avec les genres musicaux, une espèce de courant "Do It Yourself". Je pense que les gens se sont rendus compte qu'ils pouvaient tout contrôler de A à Z, qu'il y avait une sorte de bouillon artistique qui se mettait en place, avec les nouveaux outils à disposition, la libéralisation de la musique, etc... C'est d'ailleurs un paradoxe, on peut tout faire de A à Z : écrire, jouer, enregistrer, produire, mixer, illustrer, et j'en passe, tout seul chez soi, et proposer sa musique à l'autre bout du monde, mais ça n'a jamais été aussi dur d'avoir de la "vraie" visibilité, celle qui fidélise et qui te forge une renommée. Pour ça rien de mieux que le live au final, c'est bizarre. Mais pour en revenir à ce "Do It Yourself", tu sais, je n'ai jamais vraiment cru au destin, ça m'énerve quand les gens disent "je n'ai pas eu le choix", on a toujours le choix, les gens doivent croire en eux, cette façon de faire reflète peut être un tempérament, une adaptation au monde qui nous entoure. Pour moi, si tu veux survire, c'est une des meilleures attitudes à adopter, la plus réaliste en tout cas. Bref c'est génial de pourvoir faire ça ! (rires).

Merci beaucoup pour cette interview.

Merci à toi, et au plaisir !

lelag (Janvier 2015)

Le portfolio du bonhomme ici

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