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Blixa Bargeld Institut Goethe, Paris

C’est dans les locaux de l'institut Goethe que nous avons eu la chance de rencontrer Blixa Bargeld, alors en promotion à Paris le 9 octobre dernier. Leader du groupe mythique Einstürzende Neubauten et guitariste de Nick Cave pendant plus de 20 ans, Blixa Bargeld nous raconte, après plusieurs années d’absence, ce qui se cache derrière Lament. Performance autour de la première guerre mondiale, l’album sera joué dans sa globalité à Paris, au Trianon, le 17 novembre. 


Metalorgie : Lament est votre premier album avec Einstürzende Neubauten depuis Alles Wieder Offen en 2007, pourquoi une si longue absence ?

Ce n’est pas totalement vrai. Après Alles Wieder Offen, nous avons également sorti The Jewels pour lequel nous n’avons pas fait de promotion. D’autre part, ce n’est pas un album à proprement parler. C’est une performance pour laquelle nous avons été commissionnés par la région des Flandres pour la ville de Dixmude, un des premiers fronts de la première guerre mondiale qui a été particulièrement meurtrier. L’enregistrement sous le nom de Lament n’est que la trace de cette performance, donc je ne le mettrais dans la même catégorie d’albums comme Perpetuum MobileSilence is Sexy ou Alles Wieden Offen : ce n’est pas un « album » normal de Neubauten. 

Pour quelle raison la ville de Dixmude a-t-elle fait appel à vous ? 

Qui d’autre ? (Il sourit) Nous ne faisons que l’ouverture des célébrations. La ville organise toute une série d’évènements qui prendront place jusque mi-2015. Hier j’avais une réunion et une interview avec Stuart Staples du groupe Tindersticks, qui est aussi commissionné par la même organisation pour créer quelque chose. Il leur a été demandé de composer un album pour un musée en Flandres et il nous a été demandé de nous occuper de l’ouverture des célébrations. Je suis sûr qu’il y a une multitude de spectacles allant de la danse à beaucoup d’autres formes artistiques. Pour ça il faut aller sur leur site internet où vous pourrez trouver l’intégralité de la programmation. 

Comment s’est déroulée la conception de Lament ? Aviez-vous tous les documents entre vos mains en amont ? 

Oui, nous avions deux chercheurs, un historien et un littéraire qui ont travaillé pour me fournir des documents assez peu connus du grand public. Je savais pertinemment fin 2013 que l’année 2014 serait pleine de spectacles autour de la première guerre mondiale, aussi bien en France qu’en Allemagne. On vous bombarde avec des trucs sur la première guerre mondiale non-stop. Donc je savais que d’ici à ce que l’on joue Lament sur scène, il faudrait proposer quelque chose d’extraordinaire, au sens propre du terme. Nous sommes parvenus à trouver de nombreux éléments, par exemple nous avons trouvé un poète flamand très peu connu ; mais aussi l’histoire des Harlem HellFighters méconnue en Europe ; Clemens non Papa (compositeur du 16ème siècle ndlr) enterré à Dixmude ; ou encore les enregistrements originels des voix de prisonniers de guerre par l’intermédiaire de cylindres phonographiques. Nous sommes donc parvenus à mettre la main sur du matériel inédit. 


Par exemple, Paul Van den Broek, l’écrivain flamand que vous évoquiez, apparaît dans les crédits de deux très beaux morceaux, j’ai voulu en savoir plus sur lui mais cela s’est avéré impossible… 

Non il n’y a rien. Nous avons même eu un scientifique belge qui nous a contactés pour essayer de savoir où peuvent se trouver ces documents, c’est tellement obscur…  Je suis presque sûr qu’il sera davantage publié par la suite, pour le moment il n’y a rien à son sujet. 

Pour quelle(s) autre(s) raison(s) était-il important pour vous d’utiliser des documents authentiques ?  Etait-ce pour véritablement coller à la réalité de l’époque ? 

Je suis sûr qu’il y a différentes manières de travailler autour de ce sujet-là. Je suis persuadé que Stuart Staples de Tindersticks a eu une approche complètement différente de la mienne. Il est psychiquement difficile de travailler à propos de la guerre et de la mort pendant un long moment. Travailler autour de squelettes qui explosent et de cadavres n’est vraiment pas agréable donc d’une certaine manière j’essaie de garder de la distance sur les choses, jusqu’à ce que je me rende compte que si je ne m’investis pas totalement dans le travail, il sera inégal. Je me suis donc pleinement investi, ce qui m’a poussé à écrire How Did I Die. Je sais que si ce morceau n’était pas dans le projet, la distance entre moi et ce dernier aurait été trop grande.

Vous avez dit que Lament avait été conçu pour la scène, avez-vous eu à changer ou arranger beaucoup de choses pour sortir la version enregistrée ? 

Nous jouons exactement le même ordre que l’album, comme je l’ai dit tout ceci a été planifié et créé dans le cadre d’une performance, ce n’est pas un album. Si vous regardez la tracklist, les deux derniers morceaux sont des rappels. Il y a trois séquences qui seront jouées exactement comme sur l’enregistrement. 
Il n’y a rien sur l’album que nous ne pouvons pas jouer en concert. Tout ceci a été enregistré en pensant à la scène de manière à ce l’on puisse tout jouer. Il y a des morceaux qui ont nécessité beaucoup de prises comme Sag Mir Wo Die Blumen Sind. Nous étions tous dans la même salle et nous avons joué jusqu’à ce que l’on décide « ok c’est la bonne ! », celle que l’on va mettre dans l’enregistrement et que nous allons jouer tel quel en concert. 

À quoi doivent donc s’attendre les gens lors de votre passage à Paris ? 

C’est une bonne question. Si les gens s’attendent à ce que l’on joue nos classiques, ils seront déçus. Nous allons jouer uniquement Lament. Nous jouerons probablement trois autres morceaux qui peuvent s’inclure thématiquement dans la performance. On pourrait probablement jouer Let’s Do It a Dada parce qu’elle entre bien dans ce contexte, ou encore Armenia. Mais nous ne jouerons pas un « best of » de Neubauten, nous allons jouer Lament

La performance sera t-elle particulièrement théâtrale ? Avec des comédiens peut-être ? 

Non juste le groupe et un quartet de violonistes. 

Lament a donc été créé à partir de documents existants tels que des chansons ou des textes. Votre approche si caractéristique de la musique industrielle est pourtant fortement présente. Etait-il difficile pour vous de trouver un équilibre entre la commande et votre approche ?  

Le morceau sur les Harlem HellFighters est un territoire que l’on n’avait pas encore visité. C’est de la musique noire dont ne sommes pas coutumiers, c’est jazz, proto-jazz. C’était donc difficile de trouver un bon équilibre sur ce morceau. Dès le début j’ai fait tout ce que je pouvais pour éviter l’équation Neubauten – Noise – Guerre. C’était vraiment ce que je ne voulais pas faire. C’était difficile de s’y tenir, difficile aussi de traiter de scènes horribles et d’en faire quelque chose de beau. 

Justement à ce propos, après plus de trente ans de carrière, j’ai le sentiment que cet album englobe tous les genres que vous avez parcourus, des sons industriels âpres de vos débuts aux Bad Seeds, ou plus récemment avec Alva Noto. Qu’en pensez-vous ?

Oui ou encore plus récemment avec Teho Teardo. Tu connais cet album ? Tu devrais aller l’écouter. 

Comment vous dites ? 

(Ne reconnaissant pas le nom, que je connaissais pourtant, Blixa écrit en bas de mes questions la référence ndlr) 





C’est un album dont je suis très fier, c’est en allemand, italien et anglais. Il est composé entièrement de cordes, d’électronique et de voix. C’est un très bel album. Teho Teardo est un compositeur de musiques de film, il compose aujourd’hui pour HBO. Il est très connu pour ça, il a remporté deux prix aux biennales de Venise et de Berlin. Donc en tant que compositeur il est très connu mais c’est un album que j’ai fait avec lui. C’est sorti courant 2013. Il a sorti un autre album depuis. Tu le trouveras sur iTunes. 

Pour répondre à ta question, à chaque fois que je fais quelque chose, j’essaie d’apprendre. Donc si je travaille avec Alva Noto, je suis sûr que j’ai appris quelque chose de cette collaboration. Et j’ai appris des choses dans chaque autre projet où je me suis impliqué. C’est la même chose pour les autres musiciens du groupe, nous travaillons tous sur différentes choses et ils amènent tous leur propre expérience. Mais ce qui ressort vraiment de cet album est que nous n’avons pas vraiment essayé de trouver beaucoup de nouvelles choses ou de nouveaux instruments. Pour ce projet nous avons cherché dans notre catalogue et nous sommes basés sur des choses sur lesquelles nous avions déjà travaillé bien avant. On a travaillé sur du matériel que l’on connaît. 

Est-ce que cette manière de faire pourrait expliquer la longévité du groupe ? 35 ans, c’est long… 

C’est vrai, mais comme tu l’as dit au début, la dernière fois que nous avons enregistré quelque chose ensemble, c’était en 2009, il y a plus de cinq ans. Donc nous ne travaillons pas beaucoup en tant que groupe. 

Mais vous restez quand même actifs… 

On n’est pas actifs (rires). Entre 2009 et maintenant il ne s’est rien passé. On se réunit et on fait à nouveau quelque chose mais je ne sais pas si ou quand nous allons à nouveau travailler ensemble. Je pense que nous allons faire quelques festivals pendant l’été 2015 mais je ne sais pas si nous enregistrerons à nouveau, et si ça arrive, quand nous le ferons. 

Pas de nouvel album de Neubauten en route donc…? 

Pas de groupe, pas de label, rien du tout. 

Ca me rend triste ! (rires) 

Oh mais ça ne veut pas dire que nous n’enregistrerons plus rien, c’est simplement dans les étoiles… 

Pour revenir à Lament, dans vos récentes interviews, vous avez dit que les guerres ne s’arrêtent jamais vraiment, elles évoluent… 

Oui, j’ai toujours été un peu perturbé par les formulations des journalistes à la télévision ou à la radio. Ils disent très souvent « une guerre éclate » (« break out » en anglais avec la notion de soudaineté ndlr). J’ai toujours trouvé ça bizarre, une guerre ce n’est pas un prisonnier, ou la peste ou Ebola, ça « n’éclate » pas. La potentialité d’une guerre est toujours présente. A des moments plus qu’à d’autres, mais elle ne disparaît jamais. La guerre n’est pas enchainée quelque part, congelée et n’éclate pas soudainement sans crier gare (rires). Voilà ce que je voulais dire : la guerre ne dort jamais. 

Diriez-vous que malgré le fait que Lament ait été créé pour commémorer le début de la première guerre mondiale, son impact est toujours percutant aujourd’hui ? 

Bien sûr, ce n’est pas un album didactique. Ce n’est pas un documentaire. Ce n’est pas là pour donner de nouvelles idées sur la première guerre mondiale, c’est là pour être dans l’étrange catégorie du divertissement d’avant-garde. 

Après avoir autant travaillé par l’intermédiaire d’archives et avec des experts, est-ce que ce projet vous a donné une nouvelle vision de la première guerre mondiale ?

Je connais beaucoup plus de choses sur la première guerre mondiale maintenant qu’avant. Je ne suis pas un expert mais tout de même bien mieux renseigné maintenant qu’avant le début de tout ça. 

Une question un peu plus générale, y a t-il un groupe moderne que vous appréciez particulièrement ? 

Je n’y connais absolument rien. Les autres membres du groupe se moquent même de moi à cause de ça. Je sais que Lady Gaga existe, mais c’est à peu près tout…

Je m’attendais davantage à quelque chose que vous appréciez… 

D’accord donne moi un nom… 

(Après quelques secondes d’hésitations, un peu désemparé par la question ndlr) Avez-vous écoutez les derniers travaux de Swans récemment ? 

Evidemment ! Je suis ami avec Michael Gira ! Tu m’as demandé quelque chose de récent… Je connais Swans depuis leur tout début (rires). Je bois des bières avec Michael Gira ! Ce n’est pas une bonne proposition (rires) 

Mais je voulais parler des derniers albums… 

Oui oui je connais les derniers albums aussi bien sûr. Mais ce n’est pas une découverte. Enfin, ce n’est pas quelque chose de nouveau pour moi (rires)

D’accord donc qu’avez-vous écouté récemment ? Que ce soit nouveau ou pas… (rires) 

Il y avait bien cet album que j’ai beaucoup aimé il y a de ça deux ans environ… Anaïs Mitchell ! Tu connais Anaïs Mitchell ? L’album s’appelle Hadestown, Hadès comme la divinité Grecque. C’est un bon album.  

J’ai vu récemment qu’en 2015 vous serez au centre d’une nouvelle exposition ici, à l’institue Goethe, appelée Geniale Dilletanten… 

Oui mais je n’ai rien à voir avec ça, c’est une exposition organisée par le Goethe Institute et qui sera diffusée à tous les Goethe Institute du monde. On leur a simplement donné un peu de matériel, je n’ai rien d’autre à voir avec ça. 



Merci à Oliver Garnier de Replica Promotion ainsi qu’à l’institut Goethe pour l’accueil. 

Humtaba (Novembre 2014)

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Commentaires

HumtabaLe Lundi 17 novembre 2014 à 01H09

Merci à toi :)

ZephirisLe Dimanche 16 novembre 2014 à 12H30

C'est vraiment bien que vous alliez chercher des interviews comme ça. Merci Metalorgie pour ce boulot de qualité :)