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Godflesh par mail octobre 2014

Justin Broadrick, musicien hyperactif, tête pensante de Godflesh, Jesu et de nombreux autres projets a répondu à nos questions soulevées par la réformation, les tournées et la sortie récente de A World Lit Only by Fire de Godflesh groupe britannique culte, pionnier d'un metal industriel déshumanisé et plus lourd que l'acier.





Tu dis que ta rage a grandi avec l’age. Est-ce que A World Lit Only by Fire est une projection cette rage ?


Oui, je dirais que cet album capture la rage mais aussi les frustrations et les désenchantements de l’existence, au présent, au passé et au futur. Ces émotions négatives ne me quittent jamais et elles ont toujours été présentes dans mon travail.

A World Lit Only by Fire sonne vraiment comme du Godflesh « classique » et retourne encore d’avantage à vos sources qu’Hymns l’avait fait. Est-ce que vous avez senti qu’il fallait revenir à vos premières sonorités pour ce nouveau départ ?

On a ressenti que c’était nos 3-4 tout premiers albums qui représentaient ce qu’était Godflesh et ce à quoi Godflesh doit ressembler. C’est ce que nous voulions faire dans sa forme la plus pure lorsque nous nous sommes formés et nous souhaitons continuer dans cette direction originelle et unique. On trouve que les trois derniers albums que nous avons faits sont une espèce de compromis avec le son original de Godflesh.

Est-ce que ce choix a été influencé par le concert hommage à Streetcleaner que vous aviez fait au Roadburn ?


Pas vraiment. On nous a demandé de faire ce concert et on a trouvé que c’était une super idée. Ça a été plaisant de réapprendre des plans de Streercleaner car on n’avait pas joué certains de ces titres depuis presque 25 ans mais c’était plus pour le plaisir de jouer qu’une source principale d’inspiration.

Maintenant que tu vis à la campagne, comment parviens-tu à recréer l’ambiance très urbaine de Godflesh ?

J’ai passé toutes les années qui m’ont forgées, mon enfance, mon adolescence jusqu’à ma vingtaine dans l’une des villes les plus déprimantes d’Angleterre (NDLR: Birmingham). C’était dans les années 70 et 80 et je n’ai jamais réussi à me débarrasser de l’influence que cela a eu sur moi. Le fait que je me sois échappé de la ville et que je vive désormais isolé n’a toujours pas altéré la manière indélébile dont j’ai été marqué par la vie difficile que j’ai vécue en ville étant enfant. Maintenant je suis simplement heureux d’être loin d’une énorme masse d’êtres humains.

Quel regard porte-tu aujourd’hui sur des albums comme Us and Them ou Love and Hate in Dub qui sonnaient différemment du Godflesh classique mais qui furent acclamés pour leur côté expérimental ?

J’ai un regard très positif sur ces albums mais je pense qu'Us and Them aurait vraiment être un album de remix de lui-même. Un album self-remix ! On va faire A World Lit Only by Fire in Dub d’ailleurs, comme ça nous pourrons toujours montrer l’autre côté de Godflesh. En fin de compte nos albums préférés sont les plus directs et c'est ce que nous ressentons à propos de ce nouvel album.

Tu trouves plus simple de composer en tant que groupe ou projet solo ?

Je compose rarement, voire pas du tout de musique en tant que « groupe ». Pour Godflesh, c’est moi qui débute l’écriture et la composition. Comme j’écris l’essentiel des chansons, ce n’est jamais composé ou enregistré en tant que groupe. Il y a peu de projets auxquels je participe que je n’aie pas lancé moi-même. Je travaille de manière excessive et avec complaisance, je pense que c’est la meilleure manière pour m’exprimer et créer une vision sans compromis.

As-tu enregistré  A World Lit Only by Fire en même temps que Decline and Fall?

Oui, l’EP et l’album sont un gros ensemble de chansons. On a ensuite décidé d’un certain ordre pour l’album et d’un autre pour l’EP. Ces choix-là allaient d’eux-mêmes, on a voulu garder les titres les plus directs pour l’album. Les titres présents sur l’EP sont relativement plus variés.



Tu as fait beaucoup d’EP dans ta carrière. Est-ce un moyen pour toi de capturer spontanément certaines humeurs ou idées musicales ?

J’adore le format de l’EP et j’en ai toujours fait, depuis que je suis gamin. J’aime l’aspect "non figé" de ce format. Cet aspect nous est et m’est particulièrement cher. C’est un terrain très fertile pour explorer et expérimenter des idées ou des concepts sans devoir en faire tout un album.

Avez-vous pensé à avoir de nouveau un batteur dans Godflesh?

Non, jamais. A part pour des projets de remixes ou de dub comme pour A World Lit Only by Fire in Dub dont je t’ai parlé avant. Il y aura le génial Ted Parsons qui a joué pour Prong, Swans, Killing Joke et sur des précédents albums de Godflesh. Il va amener quelquechose de neuf et d’organique au côté dub de Godflesh.

Tu as utilisé une nouvelle guitare signature 8 cordes pour cet album, était-il important de jouer encore plus grave que d’habitude ? Que peux-tu nous dire de cet instrument ?

C’était primordial pour moi d’être plus grave que d’habitude. Ça a été l’une principale source des nouvelles textures sonore des nouveaux titres.
Quand nous avons fait Streetcleaner, notre premier album en 1988, très peu de groupes jouaient sous-accordés. Nous ressentions qu’il nous fallait sonner le plus lourd possible et de faire comme si nous ne jouions pas à la bonne vitesse ! Pour ce nouvel album j’ai voulu jouer plus grave que jamais et cette guitare 8 cordes est géniale pour pouvoir explorer d’avantage dissonance et accords discordants.

Est-ce que vous prévoyez de venir défendre A World Lit Only by Fire en France ?


Absolument, nous allons tourner en France en avril 2015 et nous avons vraiment hâte d’y être.

Tu as lancé Jesu pour aller de l’avant après le split de Godflesh, du coup est-ce que Jesu va continuer à exister suite à la reformation de Godflesh ?

Jesu existera tant que Godflesh existe, si ce n’est plus longtemps. Ces deux projets ont la même importance pour moi.

Tu déclarais dans une interview que tu as appris très vite à être ton propre manager. Penses-tu que dépenser de l’argent dans du management soit du gâchis pour un groupe qui existe depuis de nombreuses années ?

C’est ce que je pense mais cela dépend de l’argent dont le groupe dispose pour payer un manager ! J’ai besoin et il faut que je vive de la musique, c’est donc nécessaire pour moi de tout gérer et que d’autres parties ne prennent pas trop d’argent. Mais cela implique une très grosse charge de travail pour moi. Mais je sais ce que je fais alors pourquoi pas ? Un groupe devrait faire comme ça s’il en a le temps et si ça fait un bon moment qu’il est dans le circuit.

Plus tôt cette année je suis allé voir Terminal Cheesecake à Lyon sans trop savoir à quoi m’attendre et ça a été un de mes meilleurs concerts de l’année. En rentrant chez moi, j’ai voulu me renseigner sur eux et je suis tombé sur une page de godfesh.com qui leur était consacrée. Es-tu lié à eux d'une certaine manière?


Je connais Terminal Cheesecake depuis la fin des années 80, on a beaucoup joué avec eux et nous étions de vrais fans de nos groupes respectifs. Nous sommes toujours de très bons potes aujourd’hui et c’est un groupe génial.
 
Tu as répondu sur ta page facebook aux personnes qui critiquaient Godflesh pour avoir repoussé sa tournée américaine à cause de problèmes de visa. Est-ce que tu t’es senti blessé par ces réactions ?

Oui je suis assez susceptible quand des gens critiquent n’importe qui pour n’importe quoi juste pour se défouler. Dans ce cas-là, ces gens n’ont pas voulu croire que c’était tout sauf notre faute. Il leur fallait quelqu’un à pourrir comme la lie de l’humanité et c’est tout. Je hais ces formes d’attaques réactionnaires dont font preuve les gens sans prendre de recul. C’est leur ignorance que je méprise.

Est-ce que tu en veux à Earache pour la manière dont ils vous avaient envoyés en Amérique dans les années 90? (NDLR : Godflesh avait été interrogé puis renvoyé au Royaume-Uni dès leur arrivée aux USA en 1990, Justin explique qu'il s'agirait de la source de leurs problèmes de visas)

Non, on avait choisi d’y aller nous-mêmes, ils ne nous y ont jamais forcé. On nous avait proposé d'autres tournées qu'on avait refusées car nous n’avions pas le temps mais nous avions décidé de faire celle-ci.

Dans ces posts tu disais que Godflesh n’était pas de la musique de “gros durs”, est-ce que tu as souvent affaire à des gens qui ne comprennent pas ta musique ?

Oui, constamment. Il s’agit de faire de l’art et de la musique, les gens interprètent souvent d’une mauvaise manière ce que nous faisons ou ce que nous essayons d’accomplir. Au final on s’en fout, ce n’est pas très grave. Ça nous préoccupe surtout quand cela nous affecte directement.  

Ok, je crois que j’ai terminé, merci d’avoir répondu à nos questions et si tu veux rajouter quelque chose, je te laisse le mot de la fin.

Je ne suis pas très bon pour rajouter des choses! Je vais tout de même te remercier d’avoir pris du temps pour m’interviewer et d’apprécier un peu de ma musique. Aussi merci à ceux qui liront ceci et qui aiment aussi notre musique !

Jeanvaljean (Novembre 2014)


A World Lit Only by Fire
est sorti le 6 octobre sur Avalanche Recordings, le label de Justin.

Merci à Charles de HIM Media

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