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Helmet par téléphone le 24/09/2014

Deux ans après la tournée célébrant le vingtième anniversaire de Meantime, Helmet est de retour en Europe pour célébrer à son tour le non moins fringant Betty à coup de riffs assommants et de déferlement de décibels. L'occasion pour nous de passer quelques minutes au téléphone avec Page Hamilton, le cerveau sous le casque.


Meantime était un album aux sonorités très brutes et rentre dedans. Même si Betty est peut-être plus accessible au niveau du son, c’est aussi votre album qui est considéré comme le plus expérimental, peux-tu nous dire pourquoi ?

Page Hamilton (chant, guitare) : Je crois que ce n'est pas à moi de répondre sur la façon dont cet album est considéré. Je dirais que la “patte” Helmet est bien présente dans ces deux albums. En général, j’ai tendance à ne pas vouloir me répéter et à vouloir expérimenter. Après avoir fait Meantime, on n’avait pas besoin de faire Meantime, partie II. On s'est dit qu'il serait plus intéressant d’expérimenter, de faire quelque chose de différent. Ce n’était pas vraiment réfléchi mais naturel. Quand j’ai écrit ces chansons, j’ai dû penser qu'elles étaient assez cools et originales. Je les ai ensuite amenées aux autres, on les a travaillées ensemble et on a fini par les enregistrer.

Pourquoi as-tu choisi ce prénom féminin et cette image d’une fille tenant paisiblement un panier de fleurs pour cet album ?


Chez moi à New-York j’avais différentes images à ma disposition pour cette pochette et l’une d’elle était celle d’une femme dans un jardin avec des fleurs. C'est cette photo qui a attiré mon attention et c'était ce qui se rapprochait le plus de ce que je voulais pour cette pochette. Et pour  "Betty" , je ne me rappelle plus exactement pourquoi j’ai voulu appeler cet album  "Betty"… J’avais entendu plusieurs fois qu'une certaine "Betty" était une femme superbe, ça fait référence à cela. Aussi j’ai trouvé que ça faisait une belle coupure avec l’album précédent.


Tu fais référence à une fille plusieurs fois dans cet album mais elle n’est jamais le personnage principal de l’histoire que tu racontes, y a-t-il une raison à cela ?


Oh non pas vraiment. Je devrais chercher une meilleure réponse ceci dit.

Overrated, qui se termine dans un fracas lancinant de distorsion, aurait pu être un titre parfait pour conclure l’album. Pourtant c'est Sam Hell, un étrange titre bluesy avec du banjo qui s'en charge. As-tu voulu surprendre tes auditeurs ?


Pour être honnête, je ne pense pas avoir beaucoup réfléchi à ce que ressentiraient les personnes qui allaient écouter cet album. Je crois que ce titre vient plutôt de mon obsession pour le blues, j’en écoute énormément. A l’époque j’écoutais beaucoup Robert Johnson, un artiste de blues que j’admire. Je me souviens qu’avant de faire Betty , on était allés tourner au Brésil et que je n’avais qu’une cassette de Robert Johnson avec moi que j'avais écouté sans cesse pendant deux semaines. Henry, notre bassiste avait une guitare électrique avec un corps de banjo qui était vraiment cool. Je lui ai dit que je voulais l’utiliser pour écrire une chanson avec et ça a donné Sam Hell, car j’avais toujours ces influences de blues en tête. Ensuite j’y ai rajouté des pistes faites avec une vielle Gibson acoustique. D'ailleurs je trouve que c’est une chanson parfaite pour terminer les concerts de cette tournée Betty.

Du coup tu joues du banjo en tournée ?

Comme on n’a pas le budget pour expédier beaucoup de matos tout autour du monde, j’ai trouvé une autre solution. J’utilise une pédale, qui s’appelle « acoustic simulator » et qui me permet d’avoir un son qui s’en approche. Je la tiens d’un ami à moi qui est maintenant décédé, c’est un peu comme si j’avais son esprit avec moi sur scène, c’est cool.

Le lineup du groupe a beaucoup bougé durant les années 2000, crois-tu qu’avoir enregistré un album et avoir beaucoup tourné a eu un effet stabilisant ?

Oui je pense. Ce n’est pas simple de trouver des musiciens pour un groupe et de les garder...  Ça demande beaucoup de patience et de compréhension. Mais oui ces gars sont les mêmes depuis plusieurs années et c’est une situation qui me satisfait.

Bien que tu sois diplômé de musique jazz, Beautiful Love est le seul titre d’Helmet où l’on peut clairement entendre des sonorités jazzy. Est-ce un choix de laisser ces influences loin de la musique d’Helmet ?

Oui. Enfin oui et non. J’ai souvent répondu à cette question. Je pense que ces influences sont présentes dans la musique. Mais pas à la manière : « voilà je mets un peu de jazz, puis voilà un peu de reggae, un peu de pop… ». Helmet est influencé par tout ça mais ça se passe ailleurs. Dans l’harmonie, avec les accords que j’utilise qui ne sont pas courants, dans le feeling, le rythme… Tout ça est différent de ce que la plupart des groupes font si tu y fais attention. Ces influences sont bien là mais ce n’est pas comme si je voulais spécifiquement incorporer de la guitare jazz dans ma musique. C'est comme avoir deux personnalités différentes et disons que j’aime garder une certaine pureté dans la musique.
 
Parmi les trois albums “classiques” d’Helmet: Meantime, Betty et Aftertaste, quel fut le plus facile à faire ?

C’est difficile à dire. Je dirais Meantime parce qu’à l’époque personne ne nous connaissait, très peu de gens s’étaient fait un avis sur nous. On avait un nouveau label qui montrait beaucoup d’intérêt pour notre musique et c’était tout. On n’était pas disque d’or, on ne passait pas sur MTV, on était encore un groupe relativement underground… On a fait Meantime dans le même studio où nous avions fait Strap it On, notre premier album. Meantime était notre deuxième. A l’époque nous étions simplement un bon groupe qui avait trouvé les bonnes personnes avec qui travailler, ce qui est très important.

Justement, tu as aussi connu la grande époque MTV et gros labels indépendants, comment compares-tu cette période à l’âge de facebook, twitter, bandcamp etc. ?

Tout ce que je peux dire c’est qu’au final je suis resté un musicien. Je chante et je joue de la guitare, de la même manière que lorsque j’ai commencé et c’est tout ce qui m’intéresse. J’ai connu pas mal de changements : du vinyle à la cassette, du cd à itunes, puis Spotify et tout le reste… Oui il est certain que ces trucs nous prennent de l’argent, ce qui est frustrant parce qu'aujourd’hui c’est plus difficile pour les groupes d’exister comparé à avant. Maintenant il y a tellement de groupes... Et tout le monde a un site, un facebook… Mais je suis encore convaincu que le truc c’est de faire tes devoirs de musicien : répéter, s’entrainer, travailler. Essayer de faire quelque chose de différent. Quand je dis ça, ça ne veut pas forcément dire quelque chose de diffèrent de ce que je fais. Plutôt de faire évoluer la musique, c'est ce que m’évoque tout ce que j’ai pu découvrir en tant que chanteur et guitariste lors de ces trente dernières années.

Il y a une vidéo sur Youtube de Helmet jouant Pure à Nulle Part Ailleurs, une ancienne émission TV en prime time. As-tu des souvenirs de cet épisode ? C’est comment de jouer pour la télé ?

Oui je m’en souviens ! C’était marrant ! Notre tour manager avait une chemise rose qu’il m’avait refilé pour le show puis il a fini par me la donner (rires). C’est la première chose dont je me souviens. Puis que le présentateur me parlait sans que je n'en comprenne un mot mais que j’étais content parce que j’adore le son de votre langue. J’essayais de parler un peu français alors que je ne connaissais rien du tout. J'avais un grand sourire parce que j'étais simplement content d'être ici. Eux avaient compris que je le parlais ! A un moment j'ai entendu dire: « je crois qu’il parle français », j’ai dû leur répondre que ce n’était pas du tout le cas. Je me souviens de l’émission, on a joué la chanson plusieurs fois. On a tellement attendu les caméras et les types du son qu’ils ont loupé la meilleure version (rires). Celle qui est passée à la télé doit être la 4e ou 5e prise, ce n’était pas catastrophique mais je crois que les deux premières étaient mieux.

Est-ce que vous faites de plus gros concerts en Europe aujourd’hui qu’à l’époque où Betty est sorti ?

Je dirais que oui. Je ne peux pas trop m’avancer car pour le moment on a juste fait la Pologne, la République Tchèque, l’Allemagne, Copenhague et une petite ville en Norvège qui était très sympa. On n’avait pas joué en Norvège depuis un bon moment d’ailleurs. Pour le moment je suis très content, il y a du monde et oui j’ai l’impression que les concerts sont plus gros. On dirait que notre musique a tenu le coup et intéressé du monde en 20 ans, c’est plutôt encourageant.

Crois-tu que Helmet était peut-être trop avant-gardiste dans les années 90 ?


Oui. Peut-être un peu agressif pour le public « mainstream ». Si tu nous compares à des groupes comme Nirvana, Soundgarden ou Rage Against the Machine qui étaient plus mainstream. On n’était pas du tout dans le même monde mais on essayait tout de même de devenir populaire. Finalement, je crois que tout ça n’est pas accessible pour un groupe comme nous.

Est-ce que vous allez faire une tournée Aftertaste ?

J’en doute. Cet album est aujourd’hui épuisé et le label ne le rend plus disponible. Enfin on verra, c’est dans trois ans et je ne sais pas de quoi le futur sera fait. Pour le moment il n’y a pas de projets. 

Que peux-tu nous dire du split que tu as fait avec les Melvins l’année dernière ?

Un ami à New-York qui est notre tour-manager m’a demandé un jour : « que penserais-tu de faire un split avec les Melvins ? » Et j’ai trouvé que c’était une super idée. J’ai envoyé des messages à Buzz et à Dale et ils étaient partants eux aussi. C’est eux qui ont proposé de le faire sur Amphetamine Reptile Records, parce que nos deux groupes ont travaillé avec Tom Hazelmyer, le fondateur de ce label.



Tu travailles toujours sur des musiques de films ?

Oui, je viens de finir de travailler sur un film qui s’appelle Convergence, c’était juste avant notre tournée aux USA en juin. On a enregistré un orchestre dans une cathédrale, c’était génial. Sons of Liberty, le précédent film sur lequel j’ai travaillé vient de remporter le prix de la meilleur bande originale du festival Action on Film à Los Angeles, ce qui est plutôt cool. Ce ne sont que des films indépendants. D'ailleurs j’ai mis cette musique en ligne, il y a une quarantaine de pistes que j'ai mixées et qui proviennent des trois derniers films que j’ai fait. Tout ça devrait sortir réelement en février.

As-tu le même état d’esprit dans le milieu du cinéma que dans la musique ?


Pour moi oui car je l’approche de la même manière. La différence c’est que là tu as des images et des dialogues et que tu dois accompagner cela pour améliorer un ensemble. Quand tu écris une chanson, c’est plutôt une expérience personnelle basée sur tes propres réflexions. C’est la plus grosse différence. Puis je ne vais pas jouer cette musique en live, même s'il y a de gros compositeurs qui le font.

Est-ce que tu utilises le même matériel que celui que tu utilises quand tu écris des chanson pour Helmet ?

Globalement oui, j’utilise Logic sur un mac portable. Je fais cela dans mon home-studio comme pour Helmet. Je suis en mesure de tout mettre rapidement dans ma voiture et de travailler de n’importe où, c’est important pour moi.

Helmet est souvent considéré comme un précurseur du neo metal, crois-tu que c’est la raison pour laquelle Linkin Park t’ont invité à chanter sur un titre de leur dernier album ?


Je pense que c’est surtout parce qu’ils aiment ma musique et que Helmet a influencé la leur. Ils avaient cette chanson sur laquelle ils pensaient que ma voix irait bien et ils avaient envie que je vienne la faire. C’était sympa, on a passé un bon moment.

Lors de notre dernier album tu conseillais aux jeunes groupes de na pas trop éditer leur musique, aujourd’hui est-ce que tu aurais un autre conseil ?

Être honnête. Faire SON truc. Je vais produire un groupe français après cette tournée et c’est exactement ce que je leur ai dit. Ils m’avaient listé toutes leurs influences sur une feuille de papier et je leur ai répondu: "je n’ai pas envie d’entendre les Foo Fighters français, faites votre truc et soyez honnêtes !". Ils s’appellent Rescue Rangers, ils sont bons et je travaille avec eux pour qu'ils deviennent meilleurs.

Seeing Eye Dog, le dernier album d'Helmet est sorti il y a quatre ans, as-tu commencé à travailler sur son successeur ?


Oui. J’ai déjà quelques titres de prêts. Et j’ai d’autres idées à développer. Pour le moment le thème c’est des rapports humains qui se détruisent, j’ai de quoi écrire pour cet album.

Y a-t-il des groupes que tu trouves intéressants aujourd’hui dans le metal ou le rock ?


Je ne peux pas vraiment te répondre, je n’écoute pas beaucoup d’artistes contemporains de rock ou de metal. Des fois j’entends un groupe, je trouve que c’est pas mal mais je finis par l'oublier. Ce n’est pas sur ça que je m’attarde le plus. J’écoute d’avantage de jazz, ce sont mes habitudes musicales bizarres ! J’écoute toujours AC/DC, Killing Joke, des trucs comme ça. Tu sais je suis entouré de groupes de rock... J’entends du rock ou du metal à longueur de journée, quand je rentre chez moi j’ai envie d’autre chose.

C’est pour ça que Helmet avait repris Requiem ? Cette version est vraiment cool.

Oui et on avait repris Primitive avant aussi. J’aime beaucoup Killing Joke.

Ils t’ont influencé ?


Absolument.

Tu voudrais rajouter quelque chose avant que l'on termine?


Non, je vais aller manger un morceau. Merci à vous.

Jeanvaljean (Octobre 2014)


Courrez voir Helmet en live en novembre s'ils passent près de chez vous. D'ailleurs on vous fait gagner une place pour le concert à Flèche d'Or à Paris ici.

Merci à Élodie de HIM Media
Photos : Tom Hoppa

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