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DJ Ashba (Sixx AM) Gibson France, 29 août 2014

DJ Ashba, musicien, compositeur, producteur, homme d'affaire... Ce sont toutes ces facettes que nous avons pu aborder avec lui à l'occasion de la sortie du troisième album de Sixx AM intitulé Modern Vintage. Et le bonhomme, très accessible malgré son statut de superstar aux USA, n'a pas la langue dans sa poche...

Qu’est ce que ça fait de jouer dans un groupe aux côté d’une rock star qui est morte et a "ressuscitée" ?

(rires) C’est marrant, je n’avais jamais vu les choses sous cet angle là ! C’est un honneur et un réel plaisir de jouer aux côté de Nikki. Ce qui est bizarre, c’est que je ne le vois pas du tout comme une rock star, alors même que Mötley Crüe est le tout premier groupe que j’ai vu en concert, quand j’avais 16 ans. Je pourrais être dans le rôle du groupie, mais en fait non ! Nikki est un de mes meilleurs amis, il a même pu jouer un rôle de grand frère à mon égard. A côté de ses talents de musicien et de producteur, c’est aussi un excellent businessman. Il m’a appris plein de chose dans ce domaine.

Les bassistes sont rarement mis en avant dans les groupes et peu d’entre-eux deviennent vraiment connus. En réfléchissant à la question, dans le metal, ce sont Steve Harris et Nikki Sixx à qui on pense en premier ! Peux-tu me dire ce qu’il y a de si spécial avec lui ?

Ça doit s’expliquer par le fait que Nikki est un putain de bosseur, surement le plus gros bucheur que je connaisse dans le milieu musical. Il m’a pris sous son aile il y a 10 ou 12 ans environ, et nous avons fini par collaborer ensemble que ce soit pour la composition ou pour la production. C’est un peu comme ça que The Heroin Diaries Soundtrack a vu le jour ! Et peu après, j’ai produit l’album de Mötley Crüe, Saints Of Los Angeles. Il m’en a appris énormément sur le monde des affaires, comment s’en sortir intelligemment, que ce soit au niveau financier ou décisionnaire. Voila !

Le nom de votre nouvel album, Modern Vintage, convient parfaitement bien à son contenu, avec ce mélange de rock et d’électro. Quelle est l’idée principale derrière cet album ?


Pour cet album, nous n’avions pas de livre à suivre (NDLR : The Heroin Diaries Soundtrack et This Is Gonna Hurt sont inspirés des livres/biographies du même nom écrits par Nikki Sixx). Nous avions donc une page blanche à remplir. Quand nous nous sommes retrouvés pour écrire et composer l’album, nous nous sommes dit "essayons de créer le voyage le plus incroyable possible pour l’auditeur". Nous nous sommes interrogés sur les groupes qui nous faisaient vraiment vibrer, les groupes qui nous ont fait aimer la musique et donné envie d’être musiciens, et les albums qui nous avaient vraiment marqués. Au final, on a été un peu triste de constater qu’il s’agissait en très grande majorité de groupes, et d’albums, des années 60 et 70,  mais des groupes et des albums qui peuvent vraiment être qualifié de "rock". Car si tu regardes aujourd’hui tout ce qui peut être qualifié de "rock", les différences sont vraiment minimes, avec la multiplication des labels, la standardisation des titres pour passer en radio, et la volonté de chercher à faire de chaque chanson un tube… Tout finit par se ressembler en quelque sorte, malgré la multitude de styles existants. Avec Sixx AM cela n’a jamais été notre but, de passer à la radio ou autre, et ça s’entend sur des titres comme X-mas In Hell. Tu prends l’album Jazz de Queen, avec Bicycle Race notamment, ce truc te transporte ailleurs ! De nos jours, c’est plus difficile de trouver de tels disques. Nous en sommes arrivés à la conclusion que c’était ce côté aventureux qui faisait souvent défaut dans les productions actuelles, et nous nous sommes donc vraiment focalisés sur ce point pour la composition des chansons de l’album. On a pu nous dire "hého, ça sonne pas comme du Sixx AM !" mais pour nous au contraire, ça prenait tout son sens, ce n’était qu’une partie du puzzle qui compose le groupe... Putain, c’est une sacrée de longue réponse que je viens de vous faire (rires).

Comme tu viens de le dire, vous n’aviez pas de livre sur lequel vous baser pour l’écriture de Modern Vintage. D’où vous est venue l’inspiration pour les paroles du coup ?

En fait, on a eu le même parcours pour les paroles que pour la musique, tel que je viens de te le raconter. Après on a toujours écrit sur des thèmes un peu manichéens, la lumière contre l’obscurité, le bien contre le mal, et plus on écrivait des paroles sombres, plus il fallait que la musique qui aille avec soit joyeuse ! (rires) Ou vice-versa. Before It’s Over est une chanson ragtime qui est un genre de musique que l’on pensait oublié, alors que cela fait partie de l’histoire de la musique et qui nous a inspirés, alors que les jeunes d'aujourd'hui ne doivent surement jamais en avoir entendu. D'ailleurs, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de groupes qui ont écrit une chanson ragtime en 2014 (rires). Cette chanson me fait un peu penser à ce que Van Halen avait fait avec Ice Cream Man. C’était le but de cet album, que ce soit au niveau des paroles ou de la musique, et même de la production, de prendre des éléments anciens, vintage, et de les mélanger avec des touches modernes.

Comment ça s’est passé pour l’écriture de l’album, vous avez fait ça tous ensemble, ou chacun dans votre coin avant de mettre vos idées en commun ?

En fait, on a fait comme pour les autres : assis en tailleur à même le sol, tous les trois ensemble, à manger des pizzas, avec nos guitares acoustiques (rires). Parfois on faisait ça chez Nikki, chez James ou chez moi. Après quand il s’agit de bosser sur nos propres parties, il arrive que des problèmes d’agenda fassent qu’on ne se retrouve plus qu’à deux. Par contre James bosse toujours son chant seul, chez lui. (rires) D'ailleurs, je le suspecte de payer quelqu'un pour chanter à sa place (rires).

Miracle sonne très 80’s, James utilise sa voix de tête dessus. Est-ce qu’il s’est inspiré de Michael Jackson ?

Je ne sais pas, c’est vrai que cette chanson sonne très disco, avec un petit côté Bee Gees. Pour moi, ça ressemble beaucoup à du Michael Jackson effectivement, mais il y a plein d’influences qui se mélangent. J’ai dû pas mal bosser, écouter du funk et du disco, et cette chanson a un swing particulier, et je n’ai pas l’habitude d’écrire et jouer ce type de chanson.

Hyperventilate est rapide et oppressante, il y a beaucoup de gain sur la guitare et la basse, qui sont également doublées avec des sons synthétiques. Vous vous êtes débrouillés comment pour les arrangements ?

Hyperventilate est une chanson d’amour, c’est comme quand tu vois une fille sur laquelle tu flashes, alors qu’elle ne te calcule pas, et tu espères qu’elle finira par te remarquer, et tu commences à paniquer, puis tu te mets à la suivre et faire des trucs qui te conduiront probablement en prison (rires). C’est pourquoi la partie de guitare est si bizarre, pour créer ce sentiment inconfortable de panique, quand tu n’arrives pas à reprendre ton souffle.

Avec votre reprise de Drive de The Cars, vous avez réussi une version vraiment très personnelle. Comment êtes-vous arrivés à ce résultat ?

On a bien fait de la choisir ! Nikki m’a appelé une nuit alors qu’on avait plusieurs idées de reprise, et il m’a dit "pourquoi on ne ferait pas Drive de The Cars ?". Il m’a alors chanté les premières notes de la chanson au téléphone et je lui ai dit de ne plus jamais recommencer ! (rires) C’était vraiment affreux. C’était un choix parfait pour nous, cette chanson est très bien écrite, et on voulait vraiment lui rendre hommage mais en même temps on voulait qu’elle sonne comme une de nos propres chansons. C’était aussi l’occasion de faire découvrir ce groupe aux jeunes qui nous écoutent, comme pour le ragtime. Et on a voulu aussi mettre l’accent sur les paroles et le message derrière, car bizarrement je n’avais jamais vraiment fait attention aux paroles jusque là. Avec le fait de commencer la chanson uniquement au piano, on s’est rendu compte que ça forçait les auditeurs à faire attention aux paroles.

Ce qui est appréciable avec Sixx AM, c’est que tu ne cherches pas à tout prix à faire simplement la démonstration de tes talents techniques à la guitare. Tu veux simplement faire du rock’n roll quoi ?

(rires) Oui c’est clair ! Mais dans Sixx AM on est compositeurs et producteurs avant d’être musiciens, on a une approche avec ce groupe complètement différente de ce que je fais par exemple avec Guns N Roses, où là c’est vraiment et uniquement pour le côté rock ‘n roll, pour jouer de grosses parties de guitare avec plein de solos et c’est ce que je kiffe de faire dans ce groupe. Pour Sixx AM je me vois vraiment comme un compositeur avant tout, et l’aspect "guitare" est vraiment quelque chose de subalterne quand on écrit nos chansons, on cherche d’abord à écrire de bonnes chansons, et je suis le premier à dire quand il le faut "c’est bon, cette chanson n’a pas besoin de solo de guitare !". Tu connais beaucoup de guitaristes qui disent ça ? C’est simplement ma vision du truc, de réussir à faire la part des choses entre mon côté compositeur et mon côté musicien. Si je dois jouer un solo dans une chanson, alors il faut qu’il ait quelque chose à raconter, ou qu’il continue l’histoire racontée dans la chanson jusqu'à ce moment là, qu’il te fasse planer un moment avant de te ramener là où reprend le chant. Je pense que mes guitaristes préférés ont cette capacité de jugement là, ils s’en fichent de jouer les guitar-heroes à tout prix et de faire de la démonstration technique à longueur de chanson mais au contraire ils utilisent ce moment là pour mettre en valeur la chanson avec une belle mélodie qui te reste en tête ! J’ai toujours considéré que la mélodie devait passer en priorité avant la technique. Quand j’étais jeune quelqu'un m’a dit un jour "gamin, tu peux réussir à jouer 1000 notes à la minute que ça passera au dessus de la tête des gens, mais joues-en une seul qui sorte vraiment de ton cœur et tu leur retourneras la tête à tous". Bien sûr il y a des moments où il faut balancer la sauce, mais tout est une question de timing. Prends une chanson comme Sweet Child O’ Mine, les solos sont mémorables ! Les solos qu’il y a à la fin des refrains, avec juste quelques notes, ils sont purement magiques et se fondent parfaitement dans la chanson.

Niveau matos, tu as utilisé les mêmes amplis et effets que sur les précédents albums ? Tu as pu utiliser ta Gibson Signature ?

Maintenant qu’elle est disponible, je peux oui ! (rires) Je ne l’avais pas sur les 2 premiers albums bien évidemment, mais pour Modern Vintage je l’ai énormément utilisée. On a utilisé beaucoup de Gibson, la J55 en acoustique notamment. Sinon oui, j’ai utilisé à peu près le même matériel pour le reste.

Est-ce que tu considères la musique que tu composes comme une sorte de reflet de ce que tu fais à côté avec ta société de design AshbaMedia ?

Mon cerveau est vraiment divisé en deux ! J’ai toujours eu un penchant pour l’art graphique, quand j’étais jeune je dessinais des BD et faisais des journaux, je séchais les cours pour tagger des murs et je n’arrêtais pas de me faire remonter les bretelles par mes profs jusqu’à la fin du collège. Et à côté ma mère m’a mis au piano alors que j’avais 3 ans, à la guitare à 9 ans, puis j’ai commencé à lui casser les oreilles (rires). Il n’est pas question de reflet ou quoi que ce soit dans les différentes choses que je fais au niveau artistique, tout cela coexiste en quelque sorte. Je sais que je serais malheureux si je ne pouvais pas m’exprimer dans tous ces domaines. Après c’est vrai que pour le design de ma Gibson Signature, je me suis beaucoup inspiré de ce que j’avais faire pour la Dodge Challenger The Death Ride.

Et tu fais comment pour trouver assez de temps pour mener toutes ces activités ?

En fait, quand je me lance dans quelque chose, c’est que je sais que je saurais trouver le temps de pouvoir m’y investir à 100% et parvenir au résultat voulu. J’ai mon logo qui apparaît sur tout un tas de produits, et il n’est pas question que je puisse décevoir mes fans, donc je tiens à ce que ce soit toujours un gage de qualité. Car ton nom, c’est tout ce que tu as, au final !

Quel serait ton guitariste préféré, celui qui t’a le plus influencé ?

Difficile… Scotty Moore était impressionnant, Les Paul aussi, ce n’était pas seulement un luthier ! Eddie Van Halen, Steve Vai, Joe Satriani, Stevie Ray Vaughn, Randy Rhodes, Jimi Hendrix, Eric Clapton, Zakk Wylde

Ça en fait plus d’un ça !

Oh, tu voulais un seul nom ? Merde ! (rires) Bon, je dirais Eddie Van Halen alors, car quand j’ai commencé la guitare, il m’a vraiment intrigué avec sa façon unique de faire sonner une guitare, ce qui était complètement nouveau et limite incroyable à cette époque.

Quels disques écoutes-tu en ce moment ?

Modern Vintage, en boucle (rires). Je déconne bien sûr ! C’est vraiment quelque chose pour lequel je souhaiterais avoir plus de temps, de pouvoir découvrir des groupes. J’écris et compose déjà pour pas mal d’artistes, et quand je ne suis pas en tournée, je n’écoute pas vraiment du rock, mais des chansons de Noël et du Bing Crosby ! Je ne déconne pas là (rires). C’est quelque chose qui me fout la patate, je ne saurais pas l’expliquer. C’est un peu Disneyland chez moi quoi ! J’écoute aussi des musiques de film, Danny Elfman, John Williams, Tyler Bates. Et je suis aussi fan d’Elvis Prestley, de country, de salsa... Tout ce qui n’est pas du rock ! Je mange, je bois, je chie du rock à longueur de journée, donc dès que je peux faire un break, je ne me gêne pas.

Avec Guns N Roses, qu'elle chanson que préfères-tu jouer ?

Toutes ! (rires) C’est tellement la fête quand je suis avec eux, et Axl Rose est devenu un de mes meilleurs amis. C’est un mec tellement génial, il n’a pas la grosse tête malgré ce qu’on pourrait croire et justement il est du genre à faire redescendre sur terre ceux qui s’y croient trop.

Vous allez bientôt venir jouer avec Sixx AM en France ?

Je pense que ce serait une honte maintenant qu’on sort notre troisième album de ne pas venir faire une tournée en Europe. Mais il est trop tôt pour annoncer une date. Car on va avoir beaucoup de travail au niveau du show, car on veut préparer un spectacle original qui vienne vraiment en complément de la musique. Il va donc falloir être patient !

Grum (Octobre 2014)

Interview menée par Sugizo et Grum, retranscription par Grum et Anté-Chris.

Un grand merci à Olivier de Replica Promotion pour nous avoir organisé cette rencontre,
Et à Gibson France pour l'accueil qu'ils nous ont réservé dans leurs locaux.

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