Découverte
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Biographie

maudlin of the Well

Formation hors normes, maudlin of the Well voit le jour en 1996 du coté de Boston: Hors normes par la musique qu'elle pratique, unique sur la scène Metal, comme par son important lineup variant entre 7 et 10 membres selon les besoins,organisé autour d'un noyau dur composé de Jason Byron, Toby Driver et Greg Massi. Le groupe disparaitra en 2003 après avoir délivré trois albums pour mieux renaitre dans la foulée sous le nom de Kayo Dot, amputé de plusieurs membres d'origine. En 2008, Toby Driver évoque pourtant l'éventualité d'un nouvel album composé de titres existants mais encore jamais enregistrés. Cette éventualité se voit d'ailleurs confirmée début 2009 mais ne remet pas en question le staut du groupe qui reste pour l'heure bel et bien mort et enterré.

Chronique

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4 commentaires (9.63/20).
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Leaving Your Body Map ( 2001 )

Pourquoi préférer Leaving Your Body Map à Bath ou My Fruits Psychobells… A Seed Combustible ? A vrai dire je n’en sais strictement rien. A un point tel que c’en est agaçant. Tout différencie ce full length des deux autres chefs d’œuvres de la bande à Driver. Tout et… rien, encore une fois.

maudlin of the Well est souvent présenté comme la rampe de lancement de Kayo Dot : affirmation à demi fausse comme partiellement vraie. maudlin of the Well fut bien plus et Kayo Dot, au moins à ses débuts, en est le prolongement direct. Entité complètement à part née de l’imaginaire sans limite d’une bande d’étudiants, motW  est un omni (objet musical non identifié) de l’univers Metal. Leaving Your Body Map est peut être leur témoignage le moins reconnu, probablement quelque peu éclipsé sans raison objective apparente par un prédécesseur sorti de nulle part, et trop indissociable de son jumeau jaune. Mais peut on vraiment blâmer qui que ce soit d’en avoir trop peu parlé tant l’univers de maudlin of the Well touche à l’ineffable?
Les ingrédients sont pourtant les mêmes, entre divagations astrales et Metal atmosphérique expansionniste, l’unité (relative) et la légèreté (tout aussi relative) en plus. Ici encore, le moindre titre est potentiellement l’occasion de croiser en l’espace de quelques minutes rock, metal progressif, space rock, jazz, metal extrême, interludes folk, doom death… entre accès de fièvre, envolées tantôt vaporeuses ou délirantes et éboulements en cascade. Oui, rien que ça.
Chaque « composition » est profondément unique, dotée d’une personnalité propre, souvent à portée métaphysique, résultat d'expériences de décorporation que les membres du groupe seraient réputés avoir pratiqué. En ressortent de longues créations à tiroirs, à la cohésion indéniable mais inqualifiable, tirées d’une inspiration peu évidente à identifier car à mille lieues de tout ce que nous connaissons. Ecouter Leaving Your Body Map le bien nommé, c’est entrer dans un ailleurs loin de tout pragmatisme. Leaving Your Body Map est une œuvre éminemment spirituelle, un voyage halluciné, une expérience unique. Le mot est lâché.

Unique, comme chacune de leur sorties, comme chacun de leurs titres… tous uniques. Au point de ne plus former qu’un tout réparti entre trois œuvres à inscrire au panthéon de la musique moderne. De ce tout, il est pourtant encore possible de ressortir quelques instants de grâce. Leaving Your Body Map en intègre une partie. La très spatiale et éthérée Bizarre flowers / A violent mist, véritable deuxième naissance en musique, qui n’en finit plus de s’évader et d’exploser tout en douceur renvoyant à des années lumières presque n’importe quelle formation prog sans en avoir une seule seconde la prétention, en fait partie. A coté de cela, la doublette Doom Death tentaculaire de Riseth he, the numberless, part I et part II enchaîne un nombre incalculable de plans littéralement orchestrés selon une logique insaisissable. L’interminable Stones of october Sobing d’ouverture et ses juxtapositions de mélodies de guitare et de divagations de cuivres labyrinthiques et dissonantes se recoupant toujours à un moment amène un certain sentiment de malaise et la preuve de l'activité incessante de ce groupe en mouvement perpétuel. La très belle Gleam in ranks n’est elle pas sans rappeler la remarquable Pondering a wall présente sur le premier album de la formation protéiforme de Boston… Et ainsi de suite.
A vrai dire, toute tentative de description semble presque vaine tant chaque titre est un univers à part entière. Un espace aux limites hors de portée, à la fois contenant et contenu, que seuls rêveries et imaginaire débridés semblent être capables d’appréhender en reprenant le pas sur la réalité tangible et ses contraintes. C’en serait presque écœurant. Rarement une telle puissance évocatrice et une telle profondeur musicale auront été constatées chez une formation (grossièrement) affiliée au courant Metal. On pensera cependant peut être un tout petit peu à Tool, surement à raison, mais c'est pourtant tout un monde qui sépare ces deux formations.

Arrivés à ce stade de la lecture, maudlin of the Well vous aura, au pire, déjà filé la migraine ou, au mieux, intrigué voire alléché. L’état le plus probable se situe surement quelque part entre ces deux extrêmes et les premières écoutes pourraient bien confirmer ce sentiment. Tout dépend de ce que chacun attend de la musique dans le sens général du terme. Leaving Your Body Map est une expérience éminemment personnelle et il n’est pas impossible que les mots utilisés sur cette page vous paraissent d’une impuissance dramatique dans leur incapacité à retranscrire pleinement la profondeur et la variété de ce disque. Vous aurez probablement raison. Sauf que pour porter ce jugement vous aurez surement (ré)écouté, ne serait-ce que pour vous faire une idée. Et ça, ce n’est pas… rien. Vous verrez.

A écouter : Non. A vivre.