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Biographie

clipping.

Basé à Los Angeles clipping. trifouille les sons depuis 2009. D'abord composé en duo par Jonathan Snipes et William Hutson, le projet était surtout dédié au remix, mais rejoint un an plus tard par le MC Daveed Diggs afin de produire un doux mélange de rap, hip-hop et de noise, imprégné par le cinéma de genre ou de science-fiction. Le trio sort le premier album midcity sur son Bandcamp en 2013 et se fait remarquer par Sub Pop qui le signera sans tarder. S'ensuit CLPPNG en 2014, deuxième long qui installera clipping. dans le paysage, puis Splendor&Misery en 2016, concept-album à la thématique dystopique et afrofuturiste. Trois ans plus loin les californiens accouchent d'un troisième album, There Existed an Addiction to Blood, toujours abrité par Sub Pop. En 2020 le trio sort un deux titres en réaction aux récents meurtres policiers (Chapter 319), et propose surtout une suite directe au précédent long format avec Visions of Bodies Being Burned, dans lequel on retrouve les participations de Cam&ChinaMichael Esposito ou encore Ho99o9.

Visions Of Bodies Being Burned ( 2020 )

L’artwork ne fait aucun mystère, clipping. donne suite seulement un an après au fabuleux There Existed An Addiction To Blood, arborant cette fois une petite collection de crocs, suggérant un contre-pied conceptuel aux clous plus ou moins rouillés du précédent, et donc une approche plus « primitive », dépouillée, de son environnement sonore et narratif. Le flow de Daveed Diggs se fait légèrement plus varié, agressif et par là même un brin plus insidieux, tandis que l’aspect instrumental est toujours cinématographiquement élaboré, formidablement dérangé.

Les corps brûlent sous nos yeux, l’horreur a pris du galon et l’abrasion nous encercle dans les ombres, jouant avec l’effet de surprise. Say The Name nous installe sur le divan d’un velours dangereux, menacé par l’arrivée imminente de Cam&China en invitées de choix sur un ‘96 Neve Campbell martelant à la porte. Les cadavres carbonisés surgissent soudain de Something Underneath, encouragés par un flow épileptique, puis tout s’emballe et s’installe sereinement dans le lit d’une douleur vaporeuse (Make Them Dead, Pain Everyday aux airs d'Aphex Twin avec Michael Esposito), alors que She Bad tente d’exorciser un mal bien trop profond, grinçant derrière les mots aux airs d’incantations ritualistes. Plus tard on se délectera de Looking Like Meat, partagé avec Ho99o9, précisément autopsié aux lasers, percé de bruits chirurgicaux. On sera de fait préparé à se faire bouffer vivant, dans ce qui semble être le sous-sol d’un entrepôt industriel peuplé de mécaniques zombies (Eaten Alive avec Jeff Parker et Ted Byrnes) virant à la flippante cacophonie cannibale. "What you see in the static when your eyes adjust?" interpelle Diggs, comme pour nous coller face à une réalité crue, plus horrible et inconcevable que n’importe quelle fiction.

Bien sûr les classiques du cinéma d’horreur viennent toujours à l’esprit à l’écoute de Visions Of Bodies Being Burned, à commencer par Candyman, Suspiria ou même Scream. Jonathan Snipes et William Hudson s’évertuent à en retranscrire les ambiances, enlacées dans les mouvements Hip-Hop plus terre à terre ou la Noise. Ainsi agencés les sons posent un pertinent malaise, savamment distillé sur nos récepteurs fébriles, impliquant l’omniprésence de la thématique des violences policières en filigrane ou plus généralement d’une ségrégation historique et durable qui ne dit jamais son nom, imprimée dans les entrailles de la « première démocratie du monde ». Après le constat vient la tristesse d’un Enlacing poignant, qui relate la mort d’un être luttant contre l’acceptation de son sort funeste, pour enfin laisser place à une forme d’apaisement symbolisé par les chants assourdissants d’une nature éternelle (Secret Piece).

Avec Visions Of Bodies Being Burned clipping. complète à merveille son diptyque entamé via There Existed An Addiction To Blood, induisant une évolution subtile vers des sonorités plus organiques, conservant la base charnue d’un Hip-Hop horrifique industriel et bruitiste gorgé de sens et de sang, cette fois porté à ébullition.

Visions Of Bandcamp Being Burned.

A écouter : à la suite du précédent.

There Existed an Addiction to Blood ( 2019 )

En matière de Hip-Hop chelou on est pas mal gâté ses dernières années, de Death Grips à Ho99o9, en passant par Dälek, Kill The VulturesTHEESatisfaction ou Moor Mother, du sérieux matériel, qui n’hésite pas à flinguer nos perceptions par une gestion de bruits et d’ambiances hors catégories. On oublie pas non plus tout ce qu’ont pu apporter les productions du label Anticon, large contributeur de ce foisonnement d’artistes qu’il serait bien trop fastidieux à lister ici. Clipping., trio rapidement signé chez Sub Pop après un remarqué et remarquable premier album (Midcity), est de ceux-là.

Troisième long hébergé par l’estimé label de Seattle, There Existed An Addiction To Blood s’inscrit fort naturellement dans la continuité d’un Splendor&Misery afrofuturiste et narratif, concept-album particulièrement dément et captivant. L’idée a fait son tortueux chemin, les intentions de Jonathan Snipes, William Hutson (producteurs) et Daveed Diggs (MC) excellent désormais dans la construction d’atmosphères synthétiques, dérangées, vivantes, armées de featurings en béton. L’incroyable flow s’empare de nos êtres dès l’introduction et ne relâche notre attention que pour mieux nous attirer vers les machines et voix des invité.e.s, ou nous ensevelir sous des coups de latte Harsh Noise toujours prompts et mesurés. Glitchs, beats et basses occupent un environnement en mutation permanente, hostile mais serein, colonisé de samples échappés du cinéma de genre noir - ou « blaxploitation » des années 70 (Blood Of The Fang), ou de réinterprétations de l'œuvre d’un certain John Carpenter (Nothing Is Safe). Le dangereux He Dead quant à lui transforme les agents de police en loup-garous avec l'appui d’Ed Balloon, Diggs reprenant au passage et de manière littérale le Rigamortis de Kendrick Lamar.

Les featurings amènent leur juste dose de possession, comme The RitaElcamino et Benny The Butcher sur le terrifiant La Mala Ordina ; la reine de l’horreur La Chat qui vient hanter nos consciences sur Run For Your Life Counterfeit Madison et Robyn Hood tentent d’exorciser le merdier cérébral avec All in your Head ; ou encore Pedestrian Deposit nous éclate proprement les synapses sous la mécanique grinçante et organique d’Attunement. Tous apparaissent essentiels au milieu de cet amoncellement de signaux plus ou moins cauchemardesques orchestré par un trio californien en feu. D'ailleurs en parlant de feu on appréciera la dernière piste Piano Burning, où l’on entend véritablement un piano brûler et crépiter durant 18 putain de minutes. Conclusion idéale d’un objet fou et sans équivalent.

Oui, Clipping. est de ceux-là, de ceux qui osent déconstruire l’existant pour en produire une matière vibrante, écrite avec maestria et minimalisme opportun, gangrenée par le cinéma de genre ou la science-fiction, créant dans un même mouvement une nouvelle dimension au sein du hip-hop parallèle. There Existed An Addiction To Blood culmine confortablement au sommet de ce glorieux édifice.

There Existed an Addiction to Bandcamp.

A écouter : jusqu'au sang.