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Biographie

[bleu]

[bleu] est un duo franco-suisse composé d'Emmanuel Vion-Dury et Gilles Grimaître. Le groupe laisse filtrer peu d'informations sur son histoire, se contentant d'un énigmatique texte dévoilant son concept.

[bleu] comme une implosion. Sortant du néant pour y retourner.
Tas de déjections, arts bruts et foutoirs vite digérés et secoués avec un zeste de cervelle.
[bleu] est seul, veut créer, au prix du seul fruit de l’intelligence, de la connaissance et sans étalage ridicule. Donner à réfléchir plutôt que gaver oisivement. La conviction se base sur le factuel irréfutable. [bleu] partage et donne.

16 / 20
3 commentaires (18.17/20).
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clara altantsegtseg ( 2013 )

Clara Altantsegtseg, qui es-tu ?

Très chère Clara, si je prends mon clavier pour t'écrire ces quelques mots, c'est pour te signaler toute mon ivresse. J'ai attendu que [bleu] te fasse passer d'une simple étincelle à un ensemble de lumières qui projettent leur reflet sur mes carreaux pour pouvoir commencer à cerner tes contours.
Tu n'as pas été facile à capter, de part tes alternances d'humeurs incessantes. Parfois rêveuse, puis brusquement emportée, je n'ai pas su quelle posture adopter. M'emmènes-tu au plus profond de toi pour espérer m'enlacer ? Espères-tu que "maintenant l'horizon se meut en petites particules sémaphoriques" me permettra de découvrir ta personnalité complexe ? Car entre chaque note se dévoile ton héritage : l'expressionnisme musical ("et ma peau se détériore, éclatante de douleur"), les gênes d'un Philip Glass qui se recoupent avec Karlheinz Stockhausen, sans pour autant délaisser les expérimentations d'Art Zoyd. [bleu] a voulu te façonner à son image, et tes origines sont donc les leurs Clara. On reconnait tes atours Electroacoustiques qui recouvrent ta peau couleur PostRock ("l'apparition de courbes aurorales"). J'ai pourtant eu du mal à t'apprécier, parce que je n'ai jamais su comment t'appréhender : tes changements d'attitudes, tes tentatives d'expression qui me paraissaient maladroites, peu sauront les apprécier. Tu as d'ailleurs énormément voyagé, ce qui a forgé ta personnalité à partit de fragments captés ici et là.

Il m'aura fallu du temps pour le dire, mais je peux le clamer haut et fort : tu n'as peut être pas la beauté apparente d'un Marilyn Monroe, lisse et envoutante dès le premier regard, mais cela ne m'empêche pas de t'aimer pour ta personnalité et ton charme. Tu ne dévoileras sans doute pas tes charmes au premier venu, te déshabillant d'un regard, mais tu séduiras par quelques regards obscurs et un discret sourire ("qu'il aurait fallu étouffer au coït…"), comme dans les vieux films en noirs et blancs aux atmosphères enfumées.

C'est donc avec une très grande joie, Clara, que j'aimerais à nouveau t'entendre et parcourir les notes de ton corps. Laisse moi te revoir encore, s'il te plait et plonger dans les multiples teintes du [bleu] de tes yeux.

Vous l'aurez sans doute compris, Clara Altantsegtseg est un album qui n'est clairement pas à mettre entre toutes les oreilles. Certains y trouveront du bruit, d'autres de la musique, mais [bleu] semble avoir réussi son pari : aller plus loin dans l'exploration que Sincère Autopsie de la Finesse.

A écouter : ou à expérimenter.
15 / 20
3 commentaires (16.17/20).

Sincere Autopsie de la Finesse ( 2009 )

[bleu]. Un mot pour tellement d'images et de variations. L’idée d’un sentiment léger, d’un vaste espace où les notes planent jusqu'à nous comme dans un ciel sans nuage. Un artwork énigmatique et un titre qui laisse deviner ce qui sera abordé ici ; étudier la Finesse, la disséquer afin d’en extirper l’essence même. Le duo signe avec Sincère autopsie de la finesse un véritable hommage à ce qu'ils aiment : la Musique.

Electro ? Expérimental ? Les styles ne sont que barrières parfois trop contraignantes. [bleu] n'en a que faire ; chants grégoriens sur Didaskalia, électro noise sur Didascalus, inspiré par Philip Glass période Piano Works sur Temps Temps Temps Temps Temps et krautrock sur Brumeuse. Les compos voguent au gré des envies sans jamais se stabiliser, tout en gardant ce sentiment d'avoir été creusées, peaufinées jusqu'à la moindre note, à l’instar de RQTN ou Deschamps. De nombreux noms et courants musicaux viennent titiller l’esprit : Zombi, Apparat, Massive Attack, Dirge, … La liste pourrait être longue tant la musique est riche et, pourtant, sans fastes ; pas d’imagerie kitch ni de surenchère inutile, juste un sentiment de bien être. Le projet prend véritablement de l'ampleur sur Brumeuse : condensé de tous les éléments précédemment dévoilés par le duo, il prend un air de post-cequevousvoulez par sa manière de grandir et monter en puissance jusqu’à, tel Michel Ange, effleurer Dieu. Musique céleste par ses sonorités, les mots, au contraire, décrient le Religieux, le tournent en dérision sur Auto-Gerbés (« La vie se trouve ailleurs ou alors Dieu était trop bourré ce soir »), jusqu’à censurer le nom de Dieu par des notes sur Brumeuse. En cela, les Français restent fidèles à leur biographie si évasive (« La conviction se base sur le factuel irréfutable ») et poussent leur concept à l’extrême avec sincérité.

Malheureusement, le paysage sonore de [bleu] se voit empreint de quelques nuages. Les tintements d'Auto-Gerbés résonnent parfois un peu trop fort, cassant le son et la douceur du morceau. De même que les quelques paroles captées manquent peut-être de force pour créer le décalage tant désiré, le sens des mots entache légèrement le ressenti et l’apparence si sobre d’une musique pouvant être utilisée à double-tranchant. En effet, le sentiment d’exploration intérieure déployé par Sincère autopsie de la finesse pourra être plus difficile à approfondir avec cette sensation de rejet de toute dimension mystique tant le disque s’y prête (Didaskalia, Brumeuse) par moments.
Il est fort dommage que cette perception du disque viennent presque s’imposer. [bleu] ne manque pas de verve, preuve en est sur Brumeuse, mais veut peut être plus s’approcher de Dieu que véritablement le malmener. Sartre expliquait « Etre homme, c'est tendre à être Dieu ; ou, si l'on préfère, l'homme est fondamentalement désir d'être Dieu. ». Le duo, à l’écoute de cet album, tend plus dans cette direction en chuchotant, telle une voix céleste, que vers un véritable décalage.

A l’heure où l’on cherche à tout catégoriser, Sincère autopsie de la finesse se joue de nous. [bleu] n'est plus seulement une couleur, mais un son à capter. Ne vous reste plus qu’à faire le premier pas pour basculer…

Le disque est en téléchargement gratuit sur le myspace du groupe.

A écouter : Brumeuse