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Biographie

Zeal And Ardor

Zeal And Ardor est le projet d'un seul homme : Manuel Gagneux. Associant des éléments musicaux aussi variés que du Blues, du Spiritual et du Black Metal, ce projet a initialement vu le jour comme une blague sur le forum 4Chan. Un premier album éponyme voit le jour en 2014 suivi deux ans plus tard par Devil Is Fine, qui sort sur Reflections Records. Zeal And Ardor se fait connaitre un peu partout en deux ans, la réputation du projet dépassant le cadre de la sphère Metal puis le nouvel opus, Stranger Fruit, arrive en 2018.

14.5 / 20
8 commentaires (17.94/20).
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Stranger Fruit ( 2018 )

Vendredi 21 avril 2017, Tilburg, 23h00. La tension se lit sur le visage fermé de Manuel Gagneux. Il faut reconnaître qu’il y a de quoi. Dans quelques instants, il s’apprête à jouer ce qui n’est encore que son 4ème concert au Roadburn, devant un Het Patronaat comble. Ce temps-là est désormais révolu. En une grosse année, ce qui avait démarré comme une bravade est devenu quelque chose de sérieux et cela se sent. Un peu à l’image d’un projet d’étudiants d’école de cinéma devenu blockbuster, toute trace des débuts a été effacée (comme la version de Devil Is Fine précédant la signature chez MVKA).

Quoi qu’il en soit et quel que soit le compartiment considéré, avec Stranger Fruit, le bond en avant est indéniable. Manuel Gagneux maîtrise bien mieux ses techniques de chant et s’amuse à moduler les growls et les parties claires. Cette maîtrise est encore plus flagrante au niveau des compostions. Les structures sont plus riches et plus variées qu’elles ne l’étaient. Avec un peu de recul et passé l’emballement de la découverte de cet OVNI, force est de constater que Devil Is Fine versait parfois dans les clichés et les archétypes. Il est donc compréhensible que certains aient pu voir cela comme une forme de caricature de Black. 
La difficulté à laquelle se confronte Zeal & Ardor ne réside en réalité pas tant dans l’assemblage de styles musicaux assez éloignés mais plutôt dans une de ses conséquences : le groupe s’adresse à la fois à des metalleux qui le voient comme une occasion d’écouter des styles plus accessibles et à des personnes qui tentent une incursion dans le Metal. Toute la beauté de Stranger Fruit est ainsi de faire cohabiter (et même se suivre) le brutal Waste avec le bluesy You Ain’t Coming Back. Tel le plus prolifique filon aurifère, les pépites se succèdent : le frénétique Fire Of Motion, les groovy Row Row et We Can’t Be Found, pures incarnations de ce fameux Gospel Black Metal.
 
A ce point de la chronique, le lecteur attentif peut s’interroger sur le décalage entre la teneur des précédents paragraphes, largement élogieux, et la relative modestie de la note. La raison est simple : l’adhésion n’est pas totale. Pour être plus précis, c’est l’adhésion à l’album en tant qu’assemblage qui n’est pas totale. Revenons au début du disque. Premier titre : une intro qui joue son rôle et fait progressivement monter la sauce. Vient ensuite Gravedigger’s Chant, pas mauvais en soit, mais qui donne l’impression d’un double emploi en ce qu’il nous maintient dans une forme d’attente. Avec Servants, les choses commencent à prendre forme mais le tempo reste lent, sur la réserve. Finalement ce n’est qu’avec Don’t You Dare (soit le 4ème morceau) que les choses démarrent vraiment et qu’on est pris enfin aux tripes par les accélérations distordues et ce froid refrain « Don’t you dare look away boy ». 
Le même phénomène se reproduit à la fin de l’album avec l’enchaînement Stranger Fruit / Solve / Coagula / Built On Ashes. Ces quatre titres contiennent en eux un message subliminal nous annonçant la fin du disque qui génère une impression de faux rythme. La pertinence des interludes peut également être posée. Entre marque de fabrique et mimétisme (Solve / Sacrilegium III), ceux-ci montrent quand même les limites des principes de composition dont il aurait peut-être fallu ici s’affranchir.

Qu’on ne s’y trompe pas, Stranger Fruit est un bon album. Cependant, quelques choix et coupes auraient permis de le rendre encore meilleur. Un format plus compact aurait été plus percutant, la profusion (15 titres) ne jouant pas en faveur de l’ensemble. Là où Devil Is Fine possédait le supplément d’âme des premiers albums que l’on aime également pour leurs défauts, leur production un peu artisanale, Stranger Fruit s’impose par son professionnalisme. LP de l’approfondissement du concept fondateur du projet Zeal  &  ArdorStranger Fruit nous place dans un drôle de paradoxe où l’on est séduit par une majorité de morceaux mais pas totalement par le produit fini et assemblé.

Stranger Fruit s'écoute en intégralité sur Bancamp.

A écouter : Don't You Dare, Row Row, Waste, We Can't Be Found
16 / 20
15 commentaires (16.03/20).
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Devil Is Fine ( 2016 )

En chimie, l’autocatalyse désigne le phénomène qui se produit lorsqu’une réaction génère elle-même un produit qui l’accélère encore d’avantage et ce jusqu’à épuisement des réactifs. La scène Black semble, ces dernières années être entrée dans un phénomène hystérique d’autocatalyse, tant les sorties s’enchaînent à coup de tentatives d’hybridation les plus improbables. Et justement, en la matière, Zeal and Ardor pousse la chose loin, très loin même. Mélanger du Spiritual, du Blues et du Black, avouez quand même qu’il fallait oser !

Une blague ? A la lecture de la phrase précédente, c’est peut-être ce qu’une partie d’entre vous est en train de penser. Eh bien, vous ne croyez pas si bien dire ! Tout est en effet parti d’une blague lancée sur 4Chan. Dans le cadre de son autre projet Birdmask, Manuel Gagneux, l’homme derrière Zeal and Ardor, avait en effet pris l’habitude de se lancer des challenges en produisant, à la demande des utilisateurs du forum et en 30 minutes, un morceau associant de manière totalement improbable, deux styles radicalement opposés. Un jour, l’association « Niger Music » et Black Metal émerge. La suite est désormais connue…
 
Devil is Fine, résultat de cette fusion des extrêmes est d’une puissance surprenante. Sentir les blasts et la double pédale s’immiscer au milieu des passages Spirituals ou Blues est incroyablement jouissif. In Ashes est ainsi un modèle du genre, les éléments « Metal » passant progressivement de l’arrière au premier plan, le chant écorché n’apparaissant que dans la dernière partie du morceau. Que ce soit avec Come On Down ou le très mystique Children’s Summon, Manuel Gagneux  semble avoir trouvé le dosage exact permettant à l’alchimie de naître et de s’exprimer à point. Préférant l’imbrication à la juxtaposition basique, écueil magnifié par une grande majorité de la vague Metalcore, Devil is Fine ne verse ainsi jamais ni dans la caricature ni dans le systématisme, une bonne moitié des titres n’intégrant pas de Black (à l’image du très doux et poétique Sacrilegium III qui clôt l’album).

Froide tempête scandinave s’abattant sur les moites plaines de l’Alabama, Devil is Fine est à ce jour l’une des sorties les plus marquantes de 2016. A ce titre, au moins une écoute semble indispensable, ne serait-ce que pour être confronté à l’inédit. Mais au-delà de sa simple originalité, Zeal and Ardor fait preuve, en toute humilité, d’une impressionnante qualité de composition et de maîtrise des styles explorés et présente enfin le mérite d’ouvrir deux publics à des scènes aux antipodes l’une de l’autre.

A écouter : Pour découvrir la puissance de l’association du xylophone et de la double pédale !
Zeal And Ardor

Style : Black Metal / Spiritual / Blues
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Origine : USA
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