Biographie

Yaphet Kotto

Mag- Guitare, Chant 1996-2005
Casey- Guitare, Chant 1996-2005
Scott- Drums 1998-2002, 2003-2005
Pat- Basse, Chant 1996-2000
Luke -Batterie 1996
Paul- Batterie 1997-1998
Jose- Batterie 2002-2003
Keith- Basse 2000
Chris- Basse 2000-2002
Austine- Basse, Chant 2002-2005

Hommage à l’acteur du même nom ayant été un des premiers hommes de couleur à avoir su s’imposer dans le cinéma en obtenant des premiers rôles, le groupe prend naissance à Santa Cruz l’année 1997 suite au split de Staple dans lequel officiait Casey et Mag. Décidés à recomposer un projet dans lequel Casey prendrait une seconde guitare en plus de sa fonction de chanteur, les deux compères enrôlent un ami de longue date, Pat, pour s’occuper de la basse, et alternent les volontaires aux fûts. D’abord forgés par la loi de la scène, Yaphet Kotto enregistre ses premières compositions dans le salon de Casey avec comme ligne directrice l’engagement politique et la lutte contre toutes les formes de discrimination. Rassemblés, ces titres deviendront le premier 7" du groupe. Au printemps 1999, c’est un LP qui bourgeonne : The Killer Was In The Government Blankets. Une joie suivit d’une tristesse puisque Pat décide subitement la même année de quitter ses amis. Keith Miller le remplacera juste le temps d’un split avec Suicide Nation avant de partir à son tour.

En réalité, le line up ne cessera dès lors de changer, n’empêchant pas le groupe de bâtir peu à peu sa légende entre shows historiques, albums d’anthologie Syncopated Synthetic Laments For Love (2002), We Bury Our Dead Alive (2004)) et splits volcaniques (notamment celui avec Envy et ce titre The Fall dont l’intro reste pour tous les amateurs du genre un monument). Chacune des œuvres sortira via Ebulliton Records connu pour être un label underground Screamo de monstres sacrés comme Orchid, Ampere ou Reversal Of Man. Le succès du groupe est tel que la majorité des productions des californiens est aujourd'hui sold out.
Issu d’une lignée de Hardcore écorchée (His Hero Is Gone, Union Of Uranus), Yaphet Kotto, animé d’une fureur de vivre, y mêle ses émotions à fleur de peau, apportant un double chant qui sera amené à faire date. D’abord considéré comme la partie la plus brutale de la mouvance Emo (seconde vague), on parla un temps d'Emoviolence, avant de requalifier le style des années plus tard de Screamo. On ne compte plus aujourd'hui le nombre de formations se réclamant de l’école de Yaphet Kotto : The Death Of Anna Karina, Raein, Funeral Diner, Tristan Tzara à l’étranger ou The Flying Worker, Amanda Woodward, Aussitôt Mort, The Famous NTM en France pour ne citer qu’eux. Le groupe américain tire sa révérence en 2005, laissant à tout jamais son nom affilié au terme de Screamo.

Chronique

17 / 20
1 commentaire (17/20).

Syncopated Synthetic Laments For Love ( 2002 )

Il est de ces groupes pour lesquels la simple évocation révèle à elle seule, en un éclair, toute une époque, tout un style, toute une histoire. Yaphet Kotto jouit de cette aura et de ces phrases un peu solennelles qu’on ne peut s’empêcher de dire pour le présenter : il y a eu un avant et un après.

Ebouillanté, malade du monde, Yaphet Kotto entre dans le cortège, en s’arrachant la chemise, le buste offert aux baïonnettes. Le mot d’ordre est affiché : lutter. 2002. La situation est là, alarmante, critique. Bush est au pouvoir et lance sa guerre en Afghanistan suite aux attentats du 11 septembre. Yaphet réplique : "Picking my brain and I still can't find a reason for your war. […]I know your lies. War ". La conclusion du disque est sans équivoque avec la répétition samplée de la phrase : "Bush is a dickhead".
Proche de l’ébullition,  débordant et débordé (par l’urgence), Yaphet écrase le bitume sonore, raye les cartes et lève tous les boucliers. "Circumstancial Evidence" éventre les enceintes à grands coups de saturations, tandis que "Status Symbol" et "Inquire Whitin" tracent les contours de l’engagement. Sons et langages unis sous une même bannière. Les mots comme armes, la parole comme offensive.
Côté héritage artistique, Yaphet mêlent le tact de Shotmaker à la colère d’Ampere ou d’Union Of Uranus. Seulement, là où les formations de l’époque vomissaient principalement un râle noir et poisseux, Casey s’oriente vers un timbre plus haut perché, emprunté à la scène émo ("Highly Enlightened"). Sur ces hauteurs ou dans la fange, Syncopated Synthetic Laments For Love Lyrics couvre et découvre, pliant les instruments, cherchant la sonorité qui perce et disperse, avant de tout recentrer pour exploser. De l’école de Saetia pour la manière d’ériger des ponts aux quatre coins des morceaux, Yaphet Kotto donne sans cesse du relief à sa musique, se démarquant par ses enchevêtrements d’arpèges ou ses martèlements de pédale. L’opuscule nous plonge alors dans un univers où tout semble suffoquer, où l’absence d’air exhorte à crier avant qu’il ne soit trop tard. Entrecroisé, soutenu ou recouvert par la voix de Mag plus coreuse, les titres offrent une alternance qui sera la marque du combo. Au bord de la syncope, Yaphet Kotto recherche alors son salut dans des accalmies accablées de mélancolie ("The Weight Of Remorse").  Le double angle d’attaque vocale permet alors d’écouler la palette des émotions, fait naître les correspondances entre les sensations, laissant l’âme ravagée après l’avoir exhortée à résister. Ce qui était orage n’est dès lors plus que pluie ("Instrumental").

Syncopated Synthetic Laments For Love n’aura probablement jamais d’égal. Il faudra alors sans cesse revenir à lui. Pour entendre le cri de révolte avant qu’il ne se brise, pour entrevoir la beauté perdue au cœur des lamentations, pour retrouver la force de haïr et le pouvoir d’aimer.

A écouter : Pour entendre le cri de rvolte avant quil ne se brise