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Biographie

White Ward

White Ward voit le jour à Odessa, en Ukraine, en 2012. Entre 2012 et 2015 le groupe enregistre plusieurs démos et EP qui se retrouvent compilés en 2016 sous le titre Origins.Peu après l'enregistrement de Futility Report, White Ward signe en 2017 chez Debemur Morti Productions. Ce premier LP marque les esprits par l'introduction de nombreux passages au saxophone qui contribuent à commencer à faire sortir White Ward du lot des groupes de Black lambda.
A l'image de leur line-up en constante évolution (ne reste plus des membres d'origine que le guitariste Yuriy Kazaryan), Love Exchange Failure marque un nouveau tournant dans la discographie du groupe avec une dimension Dark-Jazz beaucoup plus prononcée et une intégration plus fine du saxophone.

Chronique

17 / 20
4 commentaires (17.38/20).
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Love Exchange Failure ( 2019 )

Love Exchange Failure s’ouvre sur le bruit lointain d’une sirène de police sur lequel viennent se poser quelques délicates notes de piano bientôt rejointes par un nonchalant saxophone. Le visuel de la pochette aidant, la projection est immédiate : un environnement urbain, la nuit. Même si elle n’est pas amenée à durer (il s’agit après tout d’un album de Black), cette quiétude des premiers instants permet d’assurer la transition entre le monde réel et les 1h10 proposés par White Ward.

Ce n’est qu’au bout de la 9ème minute (le « que » est très relatif) du titre d’ouverture que l’on commence à comprendre l’intention des ukrainiens. En effet, jusqu’alors on pouvait légitimement se dire, sans que cela ne soit d’ailleurs péjoratif, que l’on avait affaire à une base de Black moderne ultra dynamique augmentée de passages et intros au piano ou au saxo. Mais lors de cette fameuse neuvième minute donc, le saxophone vient se mêler et faire littéralement corps avec la guitare solo sans être ni au-dessus, ni en dessous, ni à côté. Cette absence de distinction entre instruments, qui bien entendu ne se limite pas à ce seul moment, ouvre alors de nombreuses possibilités et vient enrichir, par les variations qu’elle apporte, des titres aux structures déjà complexes. On navigue en effet en moyenne aux alentours de la dizaine de minute par morceau tout en évitant globalement la répétition d’une programmation trop schématique entre plages plus calmes et envolées conquérantes.
Le travail sur les voix, notamment dans la deuxième partie de Love Exchange Failure qui propose plusieurs featurings, apporte également un changement d’atmosphère, de rythme général et renouvelle l’intérêt de plusieurs compositions. C’est ainsi le cas pour No Cure For Pain qui, dans un premier temps, semble ainsi ne rien amener de nouveau avant de ne commencer, à la faveur de soli de guitare et de saxophone, à gagner en ampleur et en intérêt pour enfin finir magistralement sur des chœurs et une voix claire solennelle à la limite du sermon.

Certain pourront reprocher à White Ward de prendre son temps avec des transitions un peu trop nombreuses et un peu trop longues. Il est vrai que ces passages représentent environ 20 minutes au total, ce qui n’est pas négligeable, mais en contrepartie c’est ce qui donne à Love Exchange Failure sa texture, son identité. Shelter, en particulier lors des premières écoutes, peut paraître de trop mais, flirtant avec de l’impro, il peut être vu comme la volonté d’incorporer un esprit Jazz. Dans un autre style, Surfaces And Depths, porté par la voix claire de Renata Kazhan est une réussite totale et démontre la volonté du groupe de ne pas s’enfermer dans des carcans stylistiques.

Il s’agit certainement de la conséquence d’un biais de confirmation (qui consiste à ne prendre en considération que ce qui vient confirmer une croyance) mais White Ward vient une fois de plus démontrer la créativité des groupes de l’Europe de l’Est qui n’hésitent pas à proposer leur propre interprétation de ce que peut être le Black Metal. Devant ce qui s’apparente à un coup de cœur se pose forcément la question de la pérennité de l’intérêt pour une association de sons, si ce n’est inédite, au moins peu orthodoxe. Ces dernières années on a effectivement pu voir des emballements pour des formules iconoclastes retomber comme un soufflé (inutile de citer de groupes). A ce stade, Love Exchange Failure étant sorti il y a maintenant quasiment un an, ce que l’on peut dire c’est qu’au fil des écoutes on n’éprouve pas la lassitude que l’on peut ressentir quelques mois après avoir découvert une nouvelle « combinaison magique » et que, au contraire, leur formule et surtout l’interprétation qu’ils en font semblent tout à fait mature.

Love Exchange Failure s'écoute en intégralité sur bandcamp.

A écouter : En ayant un peu de temps devant soi