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Biographie

White Ward

White Ward voit le jour à Odessa, en Ukraine, en 2012. Entre 2012 et 2015 le groupe enregistre plusieurs démos et EP qui se retrouvent compilés en 2016 sous le titre Origins.Peu après l'enregistrement de Futility Report, White Ward signe en 2017 chez Debemur Morti Productions. Ce premier LP marque les esprits par l'introduction de nombreux passages au saxophone qui contribuent à commencer à faire sortir White Ward du lot des groupes de Black lambda.
A l'image de leur line-up en constante évolution (ne reste plus des membres d'origine que le guitariste Yuriy Kazaryan), Love Exchange Failure marque un nouveau tournant dans la discographie du groupe avec une dimension Dark-Jazz beaucoup plus prononcée et une intégration plus fine du saxophone.

16 / 20
2 commentaires (18.75/20).
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False Light ( 2022 )

La nuit a laissé place au jour, les immeubles à une ruine et le paysage urbain à un champ désert. L’opposition des artworks avec Love Exchange Failure ne saurait être plus totale. Impossible en revanche de ne pas dresser un parallèle entre ce bâtiment délabré et la situation actuelle en Ukraine mais False Light a en fait été composé avant l’invasion russe et n’évoque donc pas directement la guerre dans ses textes. Cependant, comme l’expliquaient récemment deux des membres de White Ward dans une interview à New Noise, ce nouvel album explore de nombreux problèmes liés à l’histoire récente de l’Ukraine et à sa culture qui « trouve ses racines dans les flammes et les destructions qui ont touché la nation ».

Les thèmes abordés dans les 8 morceaux n’en sont pas pour autant plus réjouissants. Notamment inspirés du roman Intermezzo de l’auteur ukrainien Mykhailo Kotsubinsky et des écrits de Jack Kerouac et Carl Jung, ils adoptent le point de vue d'un personnage souffrant de la vacuité de la vie citadine. Se rendant compte que le consumérisme n’est qu’une solution temporaire, celui-ci ressent le besoin de s’échapper dans un monde alternatif (Leviathan). Il est alors confronté à plusieurs histoires inspirées de faits réels : l’assassinat d’une militante écologique, aspergée d’acide sulfurique alors qu’elle dénonçait les entrepreneurs qui mirent le feu à la forêt de Kherson pour pouvoir être autorisés à en vendre le bois (Phoenix) ; les violences domestiques (Silence Circle) ; le décès d’un enfant de 5 ans tué d’une balle tirée par un policier alors qu’il jouait dans son jardin (Cronus). Le narrateur comprend alors que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs : tout endroit habité par l’homme finit par être invivable du fait de sa cupidité, de son insatiable appétit (False Light). Il réalise alors que la solution ne se situe pas dans l'ailleurs mais dans le changement des comportements, ce qui nécessite la préalable prise de conscience des responsabilités individuelles et collectives de chacun, l'homme ayant tendance à ne chercher que des causes exogènes.

Musicalement, la rupture constatée au niveau des artworks ne se retrouve pas, du moins en première approche. Le magistral Leviathan s'inscrit ainsi dans la continuité de Love Exchange Failure : un Black toujours aussi classieux, intégrant parfaitement des lignes de saxophone. Alternant passages au dynamisme frontal et accalmies instrumentales, ce premier titre est à l'image du reste de l'album. D'une qualité de composition remarquable, il donne l'impression, selon l'expression consacrée, de vivre plusieurs vies en une, les différents segments s’enchaînant de façon très naturelle.  Au milieu de cette richesse musicale, l'irruption du chant clair de Vitaly Havrilenko, que l'on pouvait déjà entendre sur le précédent LP et que l'on retrouve ici sur trois autres titres, constitue un passage clivant. L'utilisation du chant clair est d'ailleurs véritablement le fait marquant de False Light. Franchissant un pas, le groupe propose ainsi dès le second titre un morceau entièrement en chant clair (le micro étant alors tenu par Jay Gambit de Crowhurst) tandis qu'Adam Symonds (de Latitudes) intervient, lui, sur False Light. Surprenant sur certains morceaux, cette utilisation du chant clair confine parfois au magistral, comme sur Silence Circles.

Tout en maintenant la cohésion d'ensemble et la fluidité contribuant à la qualité de leurs albums, la récurrence des passages en chant clair, associée à l'utilisation du saxophone et d'autres instruments classiques (trompette, contrebasse, piano), en sublimant les contrastes, fait que White Ward joue plus que jamais l'alternance des extrêmes. Certains passages sont ainsi parmi les plus durs que le groupe n'ait jamais composés. Cronus en est la parfaite illustration. En l'espace de 3 minutes, on passe d'une entame quasiment pop à un déferlement de rage, un orage de double pédale, une tempêtes de riffs nerveux. Pour être tout à fait complet, le travail sur les voix ne se limite pas à l'intégration de chant clair. En effet, les growls plus gras du bassistes se font plus entendre que par le passé, ce qui contribue à donner à certains passage une énergie plus brute.

False Light confirme tout le bien qu'on avait pu penser à l'écoute de son grand frère. Sans nécessairement venir le dépasser, il en constitue une suite logique sans être facile. Si vous avez un peu plus d'une heure devant vous, vous savez ce qu'il vous reste à faire.

False Light s'écoute en intégralité sur bandcamp.

17 / 20
4 commentaires (17.5/20).
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Love Exchange Failure ( 2019 )

Love Exchange Failure s’ouvre sur le bruit lointain d’une sirène de police sur lequel viennent se poser quelques délicates notes de piano bientôt rejointes par un nonchalant saxophone. Le visuel de la pochette aidant, la projection est immédiate : un environnement urbain, la nuit. Même si elle n’est pas amenée à durer (il s’agit après tout d’un album de Black), cette quiétude des premiers instants permet d’assurer la transition entre le monde réel et les 1h10 proposés par White Ward.

Ce n’est qu’au bout de la 9ème minute (le « que » est très relatif) du titre d’ouverture que l’on commence à comprendre l’intention des ukrainiens. En effet, jusqu’alors on pouvait légitimement se dire, sans que cela ne soit d’ailleurs péjoratif, que l’on avait affaire à une base de Black moderne ultra dynamique augmentée de passages et intros au piano ou au saxo. Mais lors de cette fameuse neuvième minute donc, le saxophone vient se mêler et faire littéralement corps avec la guitare solo sans être ni au-dessus, ni en dessous, ni à côté. Cette absence de distinction entre instruments, qui bien entendu ne se limite pas à ce seul moment, ouvre alors de nombreuses possibilités et vient enrichir, par les variations qu’elle apporte, des titres aux structures déjà complexes. On navigue en effet en moyenne aux alentours de la dizaine de minute par morceau tout en évitant globalement la répétition d’une programmation trop schématique entre plages plus calmes et envolées conquérantes.
Le travail sur les voix, notamment dans la deuxième partie de Love Exchange Failure qui propose plusieurs featurings, apporte également un changement d’atmosphère, de rythme général et renouvelle l’intérêt de plusieurs compositions. C’est ainsi le cas pour No Cure For Pain qui, dans un premier temps, semble ainsi ne rien amener de nouveau avant de ne commencer, à la faveur de soli de guitare et de saxophone, à gagner en ampleur et en intérêt pour enfin finir magistralement sur des chœurs et une voix claire solennelle à la limite du sermon.

Certain pourront reprocher à White Ward de prendre son temps avec des transitions un peu trop nombreuses et un peu trop longues. Il est vrai que ces passages représentent environ 20 minutes au total, ce qui n’est pas négligeable, mais en contrepartie c’est ce qui donne à Love Exchange Failure sa texture, son identité. Shelter, en particulier lors des premières écoutes, peut paraître de trop mais, flirtant avec de l’impro, il peut être vu comme la volonté d’incorporer un esprit Jazz. Dans un autre style, Surfaces And Depths, porté par la voix claire de Renata Kazhan est une réussite totale et démontre la volonté du groupe de ne pas s’enfermer dans des carcans stylistiques.

Il s’agit certainement de la conséquence d’un biais de confirmation (qui consiste à ne prendre en considération que ce qui vient confirmer une croyance) mais White Ward vient une fois de plus démontrer la créativité des groupes de l’Europe de l’Est qui n’hésitent pas à proposer leur propre interprétation de ce que peut être le Black Metal. Devant ce qui s’apparente à un coup de cœur se pose forcément la question de la pérennité de l’intérêt pour une association de sons, si ce n’est inédite, au moins peu orthodoxe. Ces dernières années on a effectivement pu voir des emballements pour des formules iconoclastes retomber comme un soufflé (inutile de citer de groupes). A ce stade, Love Exchange Failure étant sorti il y a maintenant quasiment un an, ce que l’on peut dire c’est qu’au fil des écoutes on n’éprouve pas la lassitude que l’on peut ressentir quelques mois après avoir découvert une nouvelle « combinaison magique » et que, au contraire, leur formule et surtout l’interprétation qu’ils en font semblent tout à fait mature.

Love Exchange Failure s'écoute en intégralité sur bandcamp.

A écouter : En ayant un peu de temps devant soi