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Biographie

Vile Creature

La genèse de Vile Creature est assez inusuelle. Lorsque KM et Vic se rencontrent à Toronto en 2014, le premier n'a pas de joué de la guitare depuis des années tandis que la seconde n'a jamais touché à un instrument de musique et décide alors d'apprendre à jouer de la batterie. Six mois plus tard sort A Steady Descent Into The Soil qui se distingue dans la scène Doom Metal par les thèmes qu'il aborde : la violence et la haine subies par les queers et les transgenres. Après un ep, A Pessimistic Doomsayer sorti en 2016, le duo signe chez Halo Of Flies pour leur second album, intitulé A Cast Of Static And Smoke.

14 / 20
3 commentaires (16.67/20).
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Glory, Glory! Apathy Took Helm! ( 2020 )

Commençons par une évidence : la pochette est généralement le premier contact que l’on a avec un album (cela est naturellement d’autant plus vrai avec les supports physiques). Celle de Glory, Glory! Apathy Took Helm! détonne à la fois dans le genre et dans la discographie de Vile Creature. Sur un fond bleu pastel, on peut y voir, dans une parfaite dichotomie, une femme, la chevelure agrémentée de fleurs, régurgiter des vers de terre. Autant dire que, même parmi des dizaines de pochettes, le disque ne passe pas inaperçu et, cerise sur le gâteau, suscite une réaction, ce qui en soit est à la fois une réussite marketing et une petite victoire dans la lutte contre l’apathie dénoncée par le groupe.

Si « l’emballage » ou, de manière moins vulgaire l’Artwork diffère donc radicalement des productions passées de la formation, on ne peut en dire autant du contenu tant le successeur de Cast of Static and Smoke reprend les choses où celui-ci les avait laissées. La première demi-heure de Glory, Glory! Apathy Took Helm! mène ainsi invariablement, quelle que soit la longueur du chemin parcouru, vers de longues plages oppressantes pendant lesquelles l’auditeur est soumis à un matraquage méthodique. Ce n’est pas tant que l’on soit soumis à des passages particulièrement violents mais on ressort tout de même de cette première partie comme usé par ce systématisme développé par les canadiens, par cette multitude de boucles qui, subtilement, finissent par créer un climat de tension permanente. Vile Creature déroule, implacable. L’expression est galvaudée mais l’impression dominante reste celle de subir l’action d’un rouleau compresseur qui, quoi qu'il arrive, ne compte pas s’arrêter. Les dernières minutes de When The Path Is Unclear illustrent tout à fait cette sensation.
Pourtant, à bien y regarder de plus près, le triptyque introductif n’est pas aussi linéaire qu’il peut le paraître au premier abord, surtout pour un duo guitare / batterie, faut-il le rappeler. Mais là où la diversité s’exprimait par touche pastel, par exemple l’apparition d’une rythmique plus dynamique venant momentanément briser la lente cinématique jusqu’alors à l’œuvre (You Who Has Never Slept), avec Glory! Glory! elle surgit de façon aussi éclatante qu’étonnante.

« You’ve reached the conclusion of the A side of Glory, Glory! Apathy Took Helm! by Vile Creature please flip the record to the B side to continue. »

Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'apparition inattendue d’une chorale produit, par contraste, une sensation d'explosion aussi puissante que celle généralement créée par les passages les plus durs ou les plus rapides. L'effet généré par cet afflux soudain de solennel et de lumière est littéralement bluffant. Opposer la froideur apathique des premiers titres avec un chœur, qui constitue une des plus fortes manifestations d’humanité, relève d’un coup de maitre : fond et forme sont alors totalement en phase.  Apathy Took Helm! poursuit sur cette lancée (les deux titres n'en forment en réalité qu'un seul) avec la résurgence, à plusieurs moments et de façon très réussie, des chœurs sous la forme d’un sample. En abandonnant toute linéarité et en faisant s'exprimer la dimension Noise du Doom de Vile Creature, ce dernier morceau, de loin le meilleur de l'album, joue avec une forme de paradoxe entre son caractère très Heavy et la sensation de luminosité qui, malgré tout, reste dominante.

Cette ouverture musicale va de pair avec celle du groupe, les deux derniers titres étant marquées par des collaborations avec Laurel Minnes (vocaliste déjà entendue sur l’EP Pessimistic Doomsayer) et sa chorale Minuscule et avec Tanya Byrne de Bismuth qui vient jouer de l'orgue et du piano. Ces deux coopérations contribuent à donner, toutes proportions gardées, une dimension plus théâtrale, une touche de grandiose que l’on n’avait jusqu’alors jamais entendue chez Vile Creature. Au-delà de « sauver » l’album (lequel aurait sinon, de mon point de vue, été plus lambda), ces nouveautés suscitent la curiosité et ouvrent comme jamais les perspectives d'évolution musicales possibles.

Glory, Glory! Apathy Took Helm! s'écoute en intégralité ici.

Cast Of Static And Smoke ( 2017 )

En musique il n’est pas illégitime de ne considérer que le produit fini, la manière dont il sonne, l’énergie ou les sentiments qu’il insuffle. C’est d’ailleurs assez logiquement par-là que tout commence. Mais si l’on s’intéresse un tant soit peu aux êtres qui en sont les géniteurs, à leurs histoires et aux messages qu’ils portent, alors Vile Creature sort du lot et attire l’attention dans un milieu qui frôle parfois la surproduction. Même s’il ne faut pas être dupe et qu’il n’est pas à exclure que cela résulte d’une certaine forme de marketing, il n’en demeure pas moins remarquable qu’un label présente un groupe de Doom en les qualifiant de « weird queer kids ». La référence aux orientations sexuelles du duo peut, de prime abord, surprendre car elle est du ressort de la sphère intime mais elle s’explique par le relatif militantisme des deux protagonistes. Leur premier album A Steady Descent Into The Soil dénonçait ainsi les violences subies par les queers et les transgenres.

Les quatre morceaux qui composent Cast of Static and Smoke sont le support d’une histoire, une fable dystopique se situant dans un futur post-apocalypse nucléaire. Par un concours de circonstances, cinq machines se retrouvent libérées du bridage qui entravait leur libre arbitre. Commence alors une fuite marquée d’abord par une soif d’autonomie puis bientôt par les doutes et enfin la peur face à l’étendue de cette liberté si subitement acquise. Cet univers peuplé d’une nature animiste et revancharde après des siècles d’oppression humaine n’est pas sans rappeler les fresques dépeintes par Alex CF.

Si aucun des titres de Cast of Static and Smoke ne descend en dessous des 9 minutes, la combinaison guitare / batterie engendre une approche très brute, très directe. Doom oblige, Vile Creature produit un son lourd, massif et lent, aucune révélation ici. Plus marquée sur les deux premiers morceaux, se dégage du LP une certaine approche Noise / DIY peu courante dans le Doom. La présence de Larsen n’y est sans doute pas pour rien. Ne disposant que d’une guitare pour habiller la section rythmique, le duo réussit néanmoins à apporter du contraste dans ses productions, aidé en cela par deux featurings. Sur Water Tinted Gold and Tainted Copper, Chris Colohan (CursedBurning LoveSect) vient ainsi renforcer la diversité du chant - déjà partagé entre Vic la batteuse et KW le guitariste - et apporter un surcroît de dynamisme tandis que James Claypool (FalseDeathwish) donne, avec sa guitare, une dimension épique à l’exigent Forests Subsists as a Tomb.

La plupart du temps très séduisant, le Doom de Vile Creature semble parfois se retrouver confrontée aux limites de la combinaison guitare / batterie. La seconde partie de Cast of Static and Smoke donne ainsi par moment l’impression de s’enfermer dans des passages répétitifs un peu longs mais desquels les canadiens finissent heureusement toujours à s’extraire par le haut. Atypique et frais, ce second LP mérite que l’on se penche dessus.

A écouter : Water Tinted Gold and Tainted Copper