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Biographie

Verdun

Verdun est né en 2010 de la rencontre de cinq montpelliérains enthousiastes. Le quintet puise ses influences chez Pentagram, Saint VitusHawkwind ou encore Rwake, dans le but de produire un doom hardcore psychédélique profond et intense. Cette recherche musicale se concrétise avec la sortie d'un premier EP, The Cosmic Escape Of Admiral Masuka, début 2012 chez Head Records. Il faudra attendre quatre longues années avant de voir débarquer un premier long format, The Eternal Drift's Canticles, sorti conjointement sur Head Records, Throatruiner et Lost Pilgrims Records en avril 2016. Le chanteur David laisse alors sa place à Paulo Rui, bien qu'il reste l'auteur des textes et de la pochette. Trois ans plus loin l'ex-chanteur retourne au bercail après avoir co-formé Necrodancer, et le line-up originel sort le troisième volet des aventures de l'amiral Masuka, Astral Sabbath, distribué par Throatruiner (LP), Deadlight Entertainment (CD) et Breathe Plastic (cassette).

16.5 / 20
8 commentaires (16.56/20).
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Astral Sabbath ( 2019 )

En 2016 était pondu The Eternal Drift’s Canticles, bijou spatio-psychédélique qui avait mis un paquet de monde d’accord ici et ailleurs. Verdun dansait alors avec le sublime en apesanteur, flanqué d’un chanteur nouveau (Paulo Rui) qui n’avait rien à envier à l’original David (qui a monté Necrodancer entre temps). Mais voilà que ce dernier, bien qu’il ait toujours couché les textes, reprend position derrière le micro, sans que ça ne perturbe vraiment nos récepteurs rodés.

Troisième et sans doute dernier chapitre de la trilogie Masuka, Astral Sabbath narre la suite des pérégrinations de l’amiral japonais, pas tout à fait mort malgré les innombrables souffrances et tortures physiques ou psychiques endurées. Désormais notre martyre des temps suspendus erre parmi les astres à la recherche d’une vie nouvelle, ne serait-ce que pour soulager un instant son éternelle solitude abyssale (Return of the Space Martyr). La démarche demeure lourde, lancinante et le rendu apparaît d’emblée hyper travaillé, peaufiné à l’extrême, notamment sur les guitares, aussi fines que pachydermiques, bénéficiant d’une production maison, par Cyrille Gachet (The Great Old Ones, Fange). On redécouvre également la voix d’un esprit toujours irradié, bouffé par les hallucinations, perpétuellement attiré dans le gouffre d’une nuit sans fin. L’amiral aperçoit un satellite au loin, et sans trop savoir comment il est parvenu à sa hauteur, distingue l’inscription "interlude" en cyrillique russe. Plus il s’approche, plus l’objet, congelé partiellement et attaqué par l’usure, émet un grésillement sourd qui lui brûle quelques neurones. Masuka tente de se libérer de cette emprise surnaturelle mais s’aperçoit rapidement qu’il est comme infecté. Les cordes se muent en ondes destructrices qui projettent les masses vers le centre du système solaire, encouragées par les impulsions écrasantes et les lignes de basse incandescentes (Venom(s), The Second Sun).

Des radiations inédites pénètrent l’amiral – ou ce qu’il en reste – et le voici brillant de mille feux, tournoyant dans l’univers tel un corps céleste non identifié, qui termine sa course frénétique au ralenti sur la croûte d’une étrange lune. Masuka retrouve alors ses sens, ouvre les yeux fébrilement, tâtonne autour de lui et se met à baragouiner dans une langue qui lui est pourtant inconnue, du français semble-t-il. L’Enfant Nouveau est là, porté par une forme d’enthousiasme, néanmoins toujours habité par ses immuables et profondes blessures. Il faut réapprendre à se déplacer, car le chemin est encore long avant d’accéder au repos final, où le chant s’éclaircit à mesure que le temps s’écoule. Les derniers obstacles sont franchis avec hargne et persévérance, une mélodie persiste à travers les flux d’énergie, autant que le bruit d’une carcasse métallique visiblement abandonnée depuis des lustres. L’amiral Masuka semble avoir atteint son objectif, il peut maintenant s’effacer à l’ombre des ténèbres.

Ces trois dernières années Verdun a pu bosser son sujet à fond, et en famille, pour nous gratifier d’un troisième chapitre qui signe la fin (ouverte ?) des échappées cosmiques de l’amiral Masuka. L’immersion aux cotés du personnage reste intacte, quand bien même l’ambiance est moins torturée que sur les précédents, l’ensemble jouit d’une cohérence absolue et d’un souci du détail remarquable. Mine de rien le quartet montpelliérain a réalisé une œuvre en trois volets suffisamment démentielle pour qu’elle reste gravée dans nos âmes et nos chairs.

Astral Bandcamp.

A écouter : à la suite de ce qui précède.
17 / 20
6 commentaires (17/20).
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The Eternal Drift's Canticles ( 2016 )

On était sans nouvelles concrètes de Verdun depuis 2012 et son premier EP post-apocalyptique The Cosmic Escape of Admiral Masuka, un obus doom/sludge hardcore psyché qui narrait les pérégrinations nébuleuses d’un amiral Japonais cherchant à s’extirper du marasme nucléaire qu’était devenue la Terre. Il aura fallu quatre longues années aux Montpelliérains pour donner suite à cette histoire (couchée par l’ex-chanteur, aussi responsable des artworks), dont la bande son du chapitre précédent nous avait déjà convenablement refait le portrait, sans parler des concerts épiques idoines. Mais ça y est, il est là, il est palpable The Eternal Drift’s Canticles, le premier album véritable, la continuité, et peut-être même la concrétisation de sirupeuses intentions.

La transition entre JAXA, dernier morceau du EP, et Mankind Seppuku inaugurant l’objet à base d’orgue malade, transpire d’ailleurs l’évidence. Notre amiral nippon est désormais une âme errante au milieu d’un univers moins radioactif mais d’autant plus hostile par son abstraction, par ses contours infinis. Masuka lâche ponctuellement quelques phrases dans sa langue natale, se parle à lui-même et sombre dans une folie introspective magistralement mise en musique par Verdun. Le contexte n’est plus terrien, il ne s’agit plus d’échapper à une mort certaine, mais plutôt d’accepter l’inéluctable, dans l’expression d’une dérive éternelle et solitaire.

Alors que l’aspect narratif occupait déjà une place prépondérante sur l'EP, il franchit ici un palier, accentue l’immersion de l’auditeur au cœur du néant, jusqu’à nous introduire dans l’esprit de son unique personnage, gangréné par le passé, le désespoir et quelques hallucinations sournoises (Self-Inflicted Mutalitation). L’atmosphère générale est sensiblement moins torturée, se fait d’une certaine manière plus sereine, à travers une voix alternant éructations douloureuses et clarté quasi-mystique, comme pour signifier les instants de contemplation et/ou l’absolue détresse d’un Masuka en lutte perpétuelle contre ses propres démons, en plus de l’immense inconnue qui l’entoure et le traque même au fond de ses entrailles (Dark Matter Crisis, Glowing Shadows). Bien sûr, la lourdeur abyssale de la section rythmique et les circonvolutions de guitares monstrueusement massives sachant néanmoins tailler de la mélodie moribonde dans cette épaisse couche de gras, accompagnent la progression de l’amiral jusqu’aux tréfonds du système solaire (Jupiter’s Coven), laissant l’horizon ouvert pour un Masuka qui – espérons-le – n’a pas fini d’en chier.

Verdun précise et optimise sa musique autant que son récit, intrinsèquement liés (sans omettre un visuel somptueux encore une fois), et nous implique de fait totalement au sein d’un voyage sans retour, imprégné de solitude et de violence spirituelle. The Eternal Drift’s Canticles apparaît comme le début de l’accomplissement d’une quête sans fin. Le genre d’album qui ne peut s’apprécier qu’entièrement, et pourquoi pas y ajouter l’EP au préalable. Ne reste plus qu’à rouvrir nos plaies béantes en direct.

Disponible à l'infini sur Bandcamp.

A écouter : éternellement.
15 / 20
7 commentaires (16.64/20).
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The Cosmic Escape Of Admiral Masuka ( 2012 )

Eh ben mes aïeux ! En voilà un bon petit pavé doom hardcore psyché dans ta face comme tu aimes cher lecteur avide de musique grasse... Inspirés par Saint Vitus, Pentagram et Rwake entre autres, les montpelliérains de Verdun (amusant) livrent ici un premier EP au titre épique, constitué de trois pistes en guise de chapitres. A commencer par Sons Of Atom, une longue et douloureuse marche de presque treize minutes, les pieds traînant dans une sorte de vase radioactive, sur un tempo d’une lenteur écrasante soutenu par une voix vidée de toute espérance, détruite et déshumanisée. Ce premier chapitre installe une ambiance post-apocalyptique à laquelle viendront se greffer plus loin des éléments psyché/stoner.
Last Man Standing, sur un rythme qui s’emballe comme un sursaut de colère vaine et hallucinée face au chaos ambiant, vient poser de la reverb sur la voix un peu clarifiée. Batterie et basse se débattent pour ne pas finir broyées par la lourdeur de la six cordes, omniprésente et menaçante. Phénomène qui va s’intensifier au cours du dernier chapitre en majuscules, JAXA. Onze minutes et quelques synthétisant les deux aspects de cet EP, l’écrasement rythmique profond et les explosions de fureur viscérale accentuées par un vocaliste investi dans l’émotion qu’il veut transmettre. A noter que le chanteur David est aussi le graphiste qui a réalisé ce bel artwork tout à fait raccord avec la musique proposée. On peut d'ailleurs facilement imaginer une bande-dessinée en associant le son à l'image...

Ce premier jet nous enfonce auditivement six pieds sous terre pour notre plus grand plaisir malsain et hallucinogène. En partant sur des bases aussi solides, Verdun promet de belles suites aux aventures évasives de l’Amiral Masuka.

L'objet du malin s'écoute par là.

A écouter : aussi fort que possible.