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Biographie

Unkind

Tommi - guitare, chant
Toni - guitare
Marko - basse, chant
Saku - batterie
Pekka - programming

Formé à la fin des années 90 à Helsinki par des membres de Riistetyt, Speedapple, Unkind fait ses premières armes dès 1998 avec un ep éponyme. Son premier album paraît en 2002 sous le titre Mieliemme Tuhkasta. Dix ans après, le groupe est toujours en activité et vient de signer son quatrième album, Yhteiskunnan Pikkuvikoja, chez Alerta Antifascista.

Polku ( 2016 )

Les Finlandais d’Unkind ne sont pas du genre à faire beaucoup parler d’eux. Cultivant un certain mystère depuis 1998, les nordiques ne sortent de leur retraite que tous les deux ou trois ans, le temps de nous infliger de magistrales baffes avant de repartir aussi brusquement qu'ils avaient surgi. A l’écoute du cru 2016, préparez-vous à tendre l’autre joue car, s’il n’est composé que de deux titres, l’EP Polku ne déroge pas à la tradition.

Présenté dans un écrin de longues plages habitées par la présence fantomatique d’un clavier qui sublime la capacité d’Unkind à dépeindre l’opacité des interminables journées sans lumière, Polku vous immerge dans la froideur de l’hiver finnois. Plus frontal, Vaeltajat est quant à lui construit à la manière d’un morceau de post. Le titre développe ainsi une trame de base qui, après le break central, se métamorphose progressivement en un chaos absolu, maelstrom de saturations, de boucles samplées du chant de Tommi Mutkaet et de stridences électroniques.

La sensation éprouvée à l’écoute de Polku est assez similaire à celle ressentie lors de la récente tournée Blood Moon de Converge. Passé le moment de surprise, on réalise combien l’image que l’on se fait d’un groupe peut être étriquée et ne pas refléter toutes ses dimensions. Tout comme le Dr Jekyll est également M. Hyde, le Hardcore hargneux d'Unkind peut devenir Métal tourmenté. Leurs albums ont ainsi toujours comporté des respirations, comme Johtajat Ja Uhrit sur Harhakuvat ou Viallinen sur Pelon Juuret mais avec Polku un cap semble désormais franchi.

Impossible de savoir si cet EP est annonciateur d’un voyage sans retour mais en tout cas, difficile de ne pas voir dans son titre une revendication. Refusant l’immobilisme, Unkind poursuit son Chemin et nous démontre encore une fois sa capacité à se renouveler en préférant la mue à l’utopique révolution.

A écouter : Forcément
16 / 20
4 commentaires (15.75/20).
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Harhakuvat ( 2011 )

Dans un spectre crust qui s’essouffle malgré la profusion de formations, Unkind fait toujours figure de novateur. Yhteiskunnan Pikkuvikoja avait repoussé les limites d'un genre vers une optique ambient explorée jusque-là par Morne ou Agrimonia, pour rester dans la famille. Unkind avait conservé le socle punk, donnant à sa musique un profil abrasif typique des formations scandinaves, comme Skitsystem ou Disfear.

Avec Harhakuvat, le premier à sortir chez Relapse, le quatuor enfonce le clou, continue sur ce même chemin où domine toujours ce sentiment mitigé de colère et de mélancolie. Ici, on est dans le haut du panier esthétiquement parlant, ne serait-ce que la prod, à couper le souffle. Un son toujours aussi dense, épais et moelleux comme une couche d'humus des Wiclow Mountains, qui permet à toutes les composantes d'Unkind de se manifester dans un équilibre solide autorisant toutes les audaces. Autant que sur le précédent album, le synthé occupe une place à part entière donnant à Harhakuvat une atmosphère cérémoniale, sacralisante, sépulcrale, que le chant parfois vomitif de Tommi rapproche de l'esprit du BM ("Ylpeä Perhe"). Même la trompette finale de "Kaivannot" ne donne pas envie de rigoler.
En revanche Unkind n'est pas très heureux et navigue plutôt à vue lorsqu'il s'agit d'explorer les sphères efrafiennes ("Johtajat Ja Uhrit"). Certes les lieux communs sont évités de justesse mais le détour n'offre pas d'intérêt majeur non plus. La suite est plus efficace, une fresque indus/épique en guise d'interlude avant un final ra(va)geur et triomphal que ne renierait pas Prokovief.

Harhakuvat installe Unkind au faite du crust européen et pas uniquement. Toujours en évolution, toujours à la recherche de ce qui fera avancer la machine les finlandais possèdent désormais une bonne longueur d'avance sur leurs poursuivants.

En stream

A écouter : Au coeur des ténèbres
16 / 20
2 commentaires (15/20).
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Yhteiskunnan Pikkuvikoja ( 2010 )

L'expression "Ruttoa Rakkauden Sijasta" résume bien à elle seule le sentiment d'Unkind. Un monde abreuvé de pestilence plutôt que d'amour. Simpliste et catégorique si l'on veut mais on ne peut plus réel. Les Finlandais décrivent ce qu'ils ont sous leurs yeux. Et ça n'incite pas à l'optimisme. Rien d'étonnant donc à ce que ce Yhteiskunnan Pikkuvikoja soit vécu comme une véritable tourmente, un long fleuve de douleur, la descente d'un Styx en apparence paisible mais furieusement tourmenté sur les berges. 
Mélange de furia punk et de sonorités plus traditionnelles, cette dernière mouture d'Unkind présente un visage assez curieux par l'alliage de deux genres ne faisant pas toujours bon ménage. Loin de donner dans le folklorique de base, les finlandais assument leur ambition de s'écarter des chemins balisés par le sacro-saint d-beat. Les puristes hurleront certainement à la trahison le fait de malmener l'héritage de Kaaos de cette manière - ils se consoleront avec l'artwork, dans la plus pure tradition punk - mais il convient de reconnaître que les risques pris par le quintet ont porté leurs fruits et les résultats sont plus que probants. Tout en conservant un côté insurrectionnel confinant à l'état d'urgence ("Yhteiskunnan Pikkuvikoja"), Yhteiskunnan Pikkuvikoja brille par sa force et son inspiration, où la beauté sylvestre de "Tie Kottin", sublimée par le violoncelle (pas une innovation) et le banjo (plus rare dans le d-beat) côtoie la brutalité varègue ("Valheet", "Kantaja") quand la mandoline tente en vain de masquer les bruits de souffrance et l'esprit du tumulte ("Izmennik"), omniprésents du début à la fin grâce au travail du programmeur Pekka. 

Avec cet album Unkind réussit le tour de force de rester homogène, de conserver sa puissance et son caractère émeutier tout en se créant un autre secteur d'investigations. Innovation ne signifie pas toujours aliénation. 

Tracklist : 1. Taas Näita Päiviä, 2. Sukupuu, 3. Tie Kotiin, 4. Valheet*, 5. Vainaa, 6. Yhteiskunnan Pikkuvikoja, 7. Kantaja*, 8. Izmennik.

A écouter : Dans les bois par une nuit d't