Découverte
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Biographie

Unfold

  C’est en Suisse Romande (Yverdon très exactement) que se forme Unfold en 1995. Il ne faut attendre que deux ans avant la sortie d’un premier maxi, Five, support choisi pour démarcher les salles de concerts. Malgré la différence de style, Unfold et leurs amis de Shovel allient leurs forces afin de sortir conjointement un Split en 1998. Le groupe connaît un premier changement de line-up quelques temps plus tard, puis rejoint Uppsala (Suède) et le producteur Daniel Bergstrand (Meshuggah, In Flames…) afin de mettre en boîte Pure en 2000, premier album évoluant dans un style Métalcore cru et parsemé de Néo Métal. Il permet alors à Unfold d’écumer les scènes françaises, y rencontrant par ailleurs un franc succès. Mais le line-up est à nouveau chamboulé pour atteindre enfin sa forme définitive. Il s’articule autour de Danek (chant), Elie (guitare), Laurent (batterie), Alain (guitare), et enfin Vincent (basse, transfuge de Forceed).
  S’ensuit en 2001 une tournée avec leurs récents compagnons de Split que sont les suédois de Seethings. Danek fondera parallèlement le groupe de Rockin’ Hardcore Houston Swing Engine en compagnie de quelques rescapés de Shovel, puis rejoindra finalement les Unfold afin de mettre la main à leur deuxième et ultime opus. C’est avec le désir d’approfondir son côté oppressant qu’Unfold choisit la paire de producteurs suédoise Pelle Henricsson et Magnus Lindberg (membre de Cult Of Luna), responsable entre autres des brûlots de Refused et connue pour son amour du son brut et analogique. Le résultat, c’est Aeon Aony qui voit le jour durant le premier trimestre 2003. Mais la crise est profonde au sein du quintet, et les tournées rongent les motivations. Le point final de cette aventure est marqué par un dernier concert donné en décembre 2004 en compagnie des Impure Wilhelmina.
  Les ex-Unfold arrivent néanmoins à retomber sur leurs pattes de fort belle manière, puisque Danek se consacre à plein temps à Houston Swing Engine. De leur côté, Laurent, Elie et Alain fonderont Vancouver aux côtés de Michaël (Impure Wilhelmina) et Bastien (Iscariote). Ils sortiront d’ailleurs leur premier effet discographique sur le propre label de Laurent : Division Records.
En 2011, contre toute attente, Unfold revient sur le devant de la scène avec sa nouvelle pièce, Cosmogon, qui sort chez Division Records.


Chroniques

Cosmogon Aeon Aony
14 / 20
5 commentaires (15.4/20).
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Cosmogon ( 2011 )

Lorsque l'annonce d'un nouvel album d'Unfold a été dévoilée, beaucoup se sont réjouis, impatients de retrouver les compositeurs d'Aeon Aony et les fers de lance d'une scène Suisse qui a toujours su impressionner (Rorcal, Knut, Mumakil, Nostromo, Celtic Frost...) Cosmogon, ce nouvel opus tant attendu, disponible sur le net quelques semaines avant sa sortie, voit sur ses épaules se poser le poids de la renaissance. Est-elle nécessaire ? Unfold peut-il encore apporter quelque chose après 8 ans de silence ? 
Rappelez-vous Aeon Aony, le chaos sonore de Medusa.Euryale.Sthenyo, la furie non contenue de Baron Rouge ou simplement la noirceur de We Remember The King ! Difficile d'enchaîner avec tant d'attentes, surtout qu'à première vue Unfold semble avoir délaissé une partie du tourbillon déstructuré de son précédent album sur Cosmogon. Des titres comme Hexahedron (qui reste à mon sens la pièce maîtresse de l'album, bien loin devant le pavé de 13 minutes Ethera) ou Eschaton (aux riffs obscurs et hypnotiques) montrent que la capacité à écrire des morceaux assourdissants et savoureux n'a pas été oubliée en chemin et qu'un fort potentiel est toujours présent. Pour vous donner une idée de ce que représente Unfold 2011, une écoute d'Erebe, le morceau d'ouverture, permet d'entrevoir toutes les possibilités du combo : passages abrasifs, accalmies douloureuses et oppressantes ainsi qu'un chant toujours aussi éreinté à la Will Haven
Pourtant, Unfold, en laissant légèrement de côté cet aspect déconstruit et chaotique, a clairement manqué de cet ingrédient qui aurait pu parfaire l'album. Les titres se révèlent ainsi la plupart du temps classiques, presque convenus (Hemere, compo la plus faiblarde de l'album), alors que les explosions d'Aeon Aony (qui servira sans doute de point de comparaison pour tout le reste de la discographie d'Unfold) en faisaient la superbe. Il est fort dommage de se retrouver privé de cette sensation de surprise syncopée qui était une composante essentielle de la musique d'Unfold.

Il ne faut cependant pas rester sur ce sentiment de déception en apparence si dominant. Cachés derrière les plans abrupts et anguleux de Cosmogon se trouvent des passages dévoilant toute leur prestance lorsque l'on se concentre sur les instruments, comme sur le premier tiers de Ethera, avec quelques airs d'Amen Ra dans les effluves des cordes ou une nappe éthérée presque spatiale. Ce sont ces brefs instants qui permettent à cet album de s'en sortir dignement, avec peu de surprise mais beaucoup de plaisir.

Cosmogon manque de cette étincelle qui rendait Aeon Aony inoubliable. La faute peut-être à une trop grande attente pour un groupe qui revient se greffer à une scène qui a bien évolué ou simplement à une barre mise très haut sur les précédentes sorties. Néanmoins, qualifier Cosmogon de "raté" serait faire preuve d'un manque d'objectivité car il faut bien reconnaître que certains titres sont très réussis. Difficile de statuer, mais la mouture 2011 d'Unfold a su revenir avec un bon niveau.

A écouter : Erebe - Hexahedron
17 / 20
12 commentaires (17.38/20).
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Aeon Aony ( 2003 )

2003, déjà trois ans que Unfold a sorti ce dernier album, depuis réédité en l’hommage du split du groupe. Oui, Unfold n’est plus mais cet album est la preuve que le groupe a réellement été, et d’une belle manière. A l’heure où Overmars, Amen Ra, Cortez, Cult Of Luna et Isis sont les principales attractions d’un genre appelé postcore et où les groupes doivent faire preuve de beaucoup de jugeotte et d’esprit pour sortir du paysage, Unfold s’impose comme précurseur avant-gardiste.

Aeon Aony présente une durée fort correcte pour un cd de ce genre (une heure) et utilise cette heure à 200 pour cent. L’aspect total est un bloc purement homogène, d’où pas grand chose ne ressort à priori, sinon une grosse agression sonore. En effet, Unfold a choisi de soigner ses compositions et de jouer finement le viol sonore. Les chansons oscillent entre 5 et 8 minutes (mis à part une interlude: Enter Sinus). Une idée générale de l’organisation ressort du cd, c’est que Unfold cherche tous les moyens possibles pour créer une bulle autour de l’auditeur, bulle qui se renferme petit à petit pour nous happer sans aucune concession.

Premièrement, les chansons sont construites à base de riffs parfois "moshisants", d’une lourdeur implacable puis entrainée par des mélodies de guitares aigues jouées et rejouées dans différents tons jusqu’à ce qu’elles s’épuisent et ainsi revient le chaos (les exemples sont nombreux : Sabres Silas, Baron Rouge..). Mais ces moshs parts ne sont pas agaçantes ni putassière, elles participent à la lourdeur totale qu’est ce cd. Un peu comme Messhugah parfois triture les riffs pour décérébrer son auditeur, Unfold joue avec les nerfs pour le perdre.

Ensuite, la voix possède elle aussi un charme fou : un peu typée Will Haven dans l’aspect écorché de dernier souffle, toujours sur la corde sèche de la gorge, d’une violence aigue et effrayante, et d’une forme itérative et lancinante, sans pause lyrique.
Finalement, la base rythmique ajoute au fait que le cd déroute de par toutes ses influences et sa façon de les faire se rencontrer. La basse est d’une lourdeur typiquement noise sur tous les morceaux, crade et dégoulinante, avec un rôle prépondérant, comme chez Unsane. Si on ajoute une batterie violemment métronome, on peut penser à Godflesh pour l’aspect machinal degagé par la brutalité.

Ainsi, structures, sons et plans ne se rejoignent jamais pour créer un poncif du genre mais créent eux même leur son, d’une lourdeur implacable et oppressante, entrecoupées de parties aigues et mélodique sur fond machinal dévastatrice (un peu comme le faisait Impure Wilhelmina à l’époque I Can’t Believe I Was Born In July) qui crient au désespoir. Unfold est définitivement grand avec ce cd qui restera un des piliers du genre, de par sa capacité a innover, et à servir quelque chose de très lourd tout en étant d’une mélodicité et d’une violence stridente. A placer entre Breach (les structures de surdoués), Neurosis (les violons sur Phantom Structures) et Will Haven (la violence itérative et lancinante).

A écouter : Baron Rouge, Sabre Silas