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Biographie

Tyondai Braxton

Tyondai Braxton est le fils d’Anthony Braxton, fort connu dans les sphères du Jazz pour sa carrière prolixe et ses ambitions créatrices. Avec un génome et une éducation bien embrayée, Tyondai a évolué vers la guitare et le milieu du Rock, cherchant tout autant l’innovation et l’originalité. Il est essentiellement connu pour sa présence au sein de Battles, projet Math Rock signé chez Warp Records et fort remarqué avec la sortie de son premier disque Mirrored en 2007.

Tyondai Braxton avait déjà sorti plusieurs disques avant l'explosion de son groupe, aux concepts et idées bien fous et originaux avec notamment History That Has No Effect,  en 2002, sorte d'exploration des mondes Noise et du bouclage rythmique propre au personnage. En 2009, le guitariste s’octroie les services d’un orchestre symphonique pour son disque Central Market, et évolue dans des univers relativement proches de Battles, le côté orchestral en plus. En 2015 il revient avec Hive1 pour se diriger vers des éléments plus électroniques. Un ep, Oranged Out, sort également en 2016.

Chronique

Central Market ( 2009 )

Tyondai Braxton est de retour en solo, alors que bien du monde se languit de savoir comment va évoluer Battles, dont il mène fièrement l'étendard. Central Market, nouveau disque du bonhomme, forcément bien plus observé depuis le succès de sa formation, a, de par son concept, déjà tout pour faire patienter et se révèle même être un amuse-bouche de premier choix. Pour ce premier album, le guitariste touche-à-tout a logiquement exploité ses connaissances en composition classique, ses travaux de recherche en séquençage et son esprit délirant, en ne s'adjoignant ni plus ni moins que les services du Worldless Music Orchestra, entité proche d’un orchestre symphonique, et ouverte à bien des horizons.

Tyondai Braxton est, on le sait, pour une grande partie dans l’âme de Battles, celui qui rendait les agencements mathématiques tarabiscotés évidents et charnels, coulants et souriants. Cette faculté à rendre la complexité rythmique sautillante et guillerette s'était imposée d'entrée à la sortie de Mirrored comme un élément frais et unique dans l’histoire du Math Rock, genre jusqu'alors très sérieux. Sur Central Market, Tyondai Braxton s'est laissé aller, composant une œuvre libre et pleine de références, bénéficiant de par son line-up de possibilités bien plus nombreuses et inédites qu'avec Battles. Dès l'ouverture avec Opening Bell, les boucles se superposent sur un piano léger, électroniques et instrumentales, allant du bruissement synthétique aux cordes et cors massifs et puissants, en passant par le sympathique kazoo et la guitare du musicien. De fil en aiguille, les structures s'empilent, se dérobent, passant du coq à l'âne, enchaînant les références tant à Battles qu'aux compositeurs de musique moderne les plus narratifs, parcourant un panel d’ambiances et d’émotions relevant clairement de la symphonie, un rien psychédélique. D'orchestrations funèbres et martiales, douces et soyeuses gambadant dans l'imaginaire, en constructions épileptiques guindées mais euphoriques et déstructurées, Central Market est un plaisir à l'oreille, fantaisiste et délirant. Les instrumentations démonstratives et imagées, sortes d'illustrations cinématographiques semblent raconter des histoires, douces et captivantes, pleines de rebondissements, au pays des enfants, tel un Pierre Et Le Loup moderne, dont il ne manquerait que l'animation visuelle haute en couleur. La puissance du Wordless Music Orchestra donne au Math Rock et plus particulièrement, cela va de soi, à la vision de Tyondai Braxton, une dimension tout particulière, offrant par la même aux sonorités orchestrale une vision moins académique et savante des polyrythmies et de la déstructure, en mélangeant rigueur et spontanéité pour un résultat trépidant, dansant et foufou. La pièce centrale du disque, Platinum Rows en est l'illustration parfaite, avec ses dix minutes intenses pendant lesquelles il se passe tant de belles choses, et en terminent avec les orchestrations. Le disque se termine en effet, après un interlude bruitiste (Unfurling), sur un titre typiquement Math Rock, J. City, où la batterie reprend son droit, le chant perd son rôle d’instrument et retrouve des paroles, et où la magie est toute autre, presque banale après ces envolées lyriques au pays des merveilles, alors qu’en réalité dans l’esprit de ce qu’est capable de produire Tyondai Braxton de biscornu et charnel.

Central Market s'avère être une excellente surprise, bien que trop courte avec ses 34 minutes, d'autant plus avec sa dimension symphonique. Moins explosive que celle de Battles, la musique de Tyondai Braxton est sur son nouvel opus mature et maîtrisée, et l'énergumène assoit ici son statut d’homme à expérimentations, dépourvues d'œillères et sympathiques, bien qu'un peu vite usées. Mais quoi qu'il en soit, il ne fait pas l'ombre d’un doute qu'il refera parler de lui, seul ou non.