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Biographie

Throbbing Gristle

Throbbing Gristle est de ces quelques groupes qui ont changé la face de la musique contemporaine, tant d’un point de vue musical que d’un point de vue idéologique et politique. Et pourtant, à la vue de l’influence que le collectif de 4 énergumènes plein d’idées et de talents a apporté, difficile de croire que le nom de la formation n’ait pas plus de reconnaissance à l’heure actuelle. C’est l’essence même de la philosophie de leur style musical qu’ils théorisent et créent durant leur éphémère carrière qui explique cela.
D’un ras le bol d’une industrie du disque qui commence à prendre le contrôle sérieusement des tenants artistiques dans les années 70, Throbbing Gristle, né de la mort du groupe COUM Transmissions, exploite les affres que peut procurer la musique et ressent la nécessité de choquer par des créations qui se vivront live, plus qu’elle ne s’écouteront. La musique industrielle sera née, théorisée et mise en application par la formation, aux côtés de deux autres noms cultes, SPK et Cabaret Voltaire.

Le groupe se compose à ses débuts du chanteur Genesis P-Orridge, de la guitariste Cosey Fanni Tutti, du programmeur Peter « Sleazy » Christopherson et du claviériste Chris Carter, et restera sous ce line-up jusqu’à l’arrêt de ses activités. Après plusieurs enregistrements en 76, les quatre têtes pensantes de TG décident de monter leur propre label, qu’ils nomment Industrial Records, par pur dénigrement du côté industriel que prend la création musicale, mais également en raison du côté très agressif et électrique que prend leur musique. Cet évènement est l'acte de naissance officiel de la musique industrielle. Throbbing Gristle cherche l’agression sonore, la violence par les ondes en malmenant les malheureux qui jouent les curieux avec la réputation grandissante qui poursuit le combo. Les rares (mais tous cultes) concerts que donne le quatuor rivalisent d’inventions, introduisant l’esthétique militaire qui sera si liée à la scène indus par la suite, projetant des films pornographiques ou utilisant des fréquences sonores uniquement dans le but de déstabiliser l’auditoire.

Throbbing Gristle choque, bouleverse les codes du rock, et cela avant même la révolution punk imminente, dont on peut les considérer comme partie intégrante, tant l’idéologie développée se rapproche du fameux « No future ». Le groupe recherche l’anti-musique, directement inspirée de travaux agressifs de compositeurs contemporains de musique concrète comme Pierre Henry ou Pierre Schaeffer, et cherche à sortir les gens du confort dans lequel la société contre laquelle ils se dressent les amène. La transgression des codes habituels, la mise en avant de thématiques sociétales contemporaines (souvent liées aux progrès de la science), ne sont que partie de l’univers que se crée Throbbing Gristle. La spontanéité dans la musique, mort du culte de la technique venu avec le rock 70’s, devient la clé d’une philosophie révolutionnaire et à seulement quelques encablures d’exploser au grand jour.

C’est dans le courant de l’année 77 que sort le premier album de Throbbing Gristle, The Second Annual Report, du jamais vu en terme d’expérimentations rock, tant grâce aux instruments qui voient le jour en cette fin de décennie que par la folie des 4 membres du groupe. Les sonorités sont distordues et violentées, la voix méconnaissable et le tout prend une sorte de liberté musicale proche du free-jazz, chose relativement impensable pourtant.

Cependant, le disque le plus représentatif de ce qu’on pu être les concerts de la formation reste D.O.A the third and Final report (1978), qui va plus loin encore dans la définition de l’indus, toujours dans cette optique de bouleverser les acquis, en proposant des titres disparates, des expérimentations loufoques et toujours les plus déstabilisantes possible. Ce disque marque pourtant déjà la fin de la formation, qui voit terminée la collaboration entre les membres, faute d’entente franche au milieu de ce qui arrive à la formation. L’année suivante sort un dernier album, 20 Jazz Funk Years, lui aussi passé au rang d’objet culte, et la formation cesse toute activité officielle quelques années plus tard en 1981, sans rien avoir sorti de nouveau, et avec quelques concerts de plus à son compteur.

Dès lors, déchu au sommet de son art, l’apport artistique de Throbbing Gristle sera relayé et déifié, notamment par des dizaines de sorties posthumes, de lives et autres inédits de la courte période d’exercice du quatuor. Les membres quant à eux connaîtront des carrières plus que convaincantes, Christopherson fondant Coil et sa mythique discographie, P Orridge prenant les rennes de Psychic TV et de sa non moins impressionnante production musicale, et les deux autres prenant la tête du label CTI.

C’est finalement et de manière improbable plus de 25 ans après l’arrêt de leur activité officielle que les 4 personnages se retrouvent en 2004 pour essayer de relancer l’entité Throbbing Gristle en live. D’une expérience concluante découle en 2007 un nouvel enregistrement. Plus convenu de par le contexte dans lequel il se positionne, Part Two : The Endless Not déroute et vient brouiller les cartes, qui l’eut cru.

 

Chronique

Part Two : The Endless Not ( 2007 )

Pour nous autres contemporains du 21° siècle, de Throbbing Gristle ne restaient que des cendres. Des cendres sur lesquelles avaient irrémédiablement poussé de mauvaises herbes dangereuses et hostiles, engendrant ce qui constitue à ce jour l’un des plus complexes et inaccessibles fatras auditif. Throbbing Gristle était un nom, une légende dont il est un privilège qu’elle nous soit contée par l’un de ses observateurs directs, le père officiel et avoué de toute la scène industrielle et d’une révolution idéologique et perceptive du rock. Plus de 25 ans après sa chute mortelle irrémédiable, Throbbing Gristle renaît de ses cendres urbaines, accède à une seconde vie éphémère, après une reformation live parait-il des plus concluantes il y a de cela 3 ans, pour une nouvelle mise sur orbite qui, à défaut de pouvoir engendrer une nouvelle mutation, fait plaisir au cœur et aux plus jeunes désireux d’en connaître d’avantage, en plus de remettre sur le devant de la scène un nom dont il est absolument nécessaire qu’il ne tombe jamais dans l’oubli pour son apport à la scène rock.

Part Two : The Endless Not, le bien nommé, amène avec lui bien des interrogations, lâché dans le paysage musical 2007. Alors que chacun des membres du collectif a depuis son split vogué à des activités industrielles diverses et intéressantes (Christopherson à la tête de toute la carrière de Coil, P-Orridge de celle de Psychic TV, tandis que Carter et Tutti continuaient de travailler conjointement sur le label CTI), sans le moindre regret, pourquoi ressusciter l’entité Throbbing Gristle précisément maintenant ? Pourquoi, alors que son essence même allait à l’éphémère, à la liberté musicale totale et à la désacralisation de la technique, alors que les préceptes développés il y a maintenant 30 ans sont plus qu’entrés dans les mœurs, rouvrir un livre en apportant un nouvel épisode musicalement presque opposé d’un D.O.A, en jouant l’ambiguïté avec les chères valeurs d’intégrité commerciale chèrement défendues à l’époque ?

Part Two : The Endless Not, étonne par la difficulté d’y retrouver une ascendance directe avec ses pères. Il se perd à des longs tableaux construits et ambiancés, dans une stricte antithèse de la spontanéité improbable immortellement revendiquée par l'indentité Throbbing Gristle. Sans même parler de sa qualité intrinsèque, il s’affirme comme un disque de musiciens, un disque qui sent la culture musicale riche et parfaitement digérée, un opus travaillé et équilibré, ce qui en soit n’a rien de très original, mais qui dans le cas du collectif anglais pose de sacrés doutes sur le message délivré. Du Throbbing Gristle juvénile et provocateur ne restent que quelques références sonores, des timbres désagréable lâchés ça et là dans des ambiances dérangeantes. Mais d’ambiances terrifiantes, épileptiques ou violentes il n’est plus question, de provocations, qui pourraient paraître désuètes aujourd’hui, non plus. Throbbing Gristle n’a plus rien à prouver peut-être, plus rien à créer non plus, et démontre sur Part Two sa faculté à désormais n’être qu’une ramification des musiques industrielles, qui plus est intéressante. Les pièces de ce nouvel opus jouent la carte du minimalisme  à travers un indus ambiancé, non sans rappeler Coil, parcourues de sonorités d’instruments dans des configurations qui sonnent à chaque titre comme des appels vers des styles musicaux plus ou moins lointains, non sans évoquer dans la manière de faire d’un Neubauten période Silence is Sexy, tout en intégration subtile et pourtant sans équivoque. Le gros du disque sonnerait comme une sorte de post-indus, où les ambiances sont développées dans des titres longs et répétitifs, extrêmement lents et vicieux d’évolutions, sortes de nages entre deux eaux inquiétantes et chargées de détails sonores. Tantôt doux, à l’image d’Almost A Kiss et de son ambiguïté entre apaisement et tension, tantôt strident et poussif, comme sur le fantastique titre d’introduction de l’album Vow Of Silence, mais le plus clair du temps entre ces deux optiques, d’une ambiance à l’autre à travers des sonorités rondes, piquantes ou lisses. Rabbit Snare nous perd à des atmosphères très cool jazz, entre piano et trompettes coulées, chargées de bruits sourds et disgracieux, générant un flirt entre sensualité et froideur ; Endless not lui, se paie une intrusion vers des sonorités discrètement néoclassiques, électrisant l’ambiance globale. Le chant d’Orridge subsiste comme l’un des seuls alliés de l’auditeur, fort de sa maturité et du grain de voix granuleux qui en découle, il donne toute la personnalité à l’album, sorte de bride d’humanité mature crachant sa souffrance et jouant des ambiances pour parachever chaque titre en utilisant des tons appropriés, la plupart du temps emportés par le côté malsain des instrumentales. Il donne cet atout supplémentaire qui fait de Part Two : The Endless Not, un disque largement au dessus de la moyenne des sorties indus de ces dernières années.

Perdre une nouvelle fois ses observateurs, apposer cette filiation presque Nietzschéenne qui consiste à remettre constamment ses acquis en question, tel semblent être les buts inavoués du Throbbing Gristle cru 2007. Et à l’heure où la scène industrielle a peut-être le plus perdu de son idéologie originelle virulente (théorisée par Throbbing Gristle donc), au profit d’une quasi-exclusive obnubilation du côté musical de la chose, les savants fous en remettent juste une couche afin de se faire voir et pour brouiller les cartes. Sans la moindre prétention de révolutionner quoique ce soit cette fois-ci, puisqu’il ne s’agit pas de cela, les 4 anglais sortent un album intéressant et curieux au milieu du paysage actuel, dont on ne pourra pas être mauvaise langue en criant au scandale de la reformation. Clairement pas intéressée, ou alors seulement par l’aspect musical de l’aventure, elle se révèle être l’une des surprises de l’année, plutôt intéressante.
 

A écouter : Pas avant d'avoir pris connaissance des premiers albums du groupe.