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Biographie

Thom Yorke

  Thom Yorke est évidemment connu en tant que leader du mythique groupe anglais né dans les années 90 qu’est Radiohead. Alors que le groupe planche sur son septième album, le jeune homme annonce à la surprise générale qu’un projet solo a été mis en boîte, baptisé The Eraser, mixé, et entièrement finalisé. Il s’est entouré pour l’occasion de collaborateurs de longue date de Radiohead, que ce soit Nigel Godrich à la production, ou Stanley Donwood pour l’artwork. En ce qui concerne la sortie de The Eraser, le label XL Recordings la planifie pour le mois de juillet 2006.

Chronique

18 / 20
7 commentaires (18.14/20).
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The Eraser ( 2006 )

  Tel est pris qui croyait prendre. Alors que la perspective d’un nouvel album de Radiohead se dessinait agréablement au fil des mois pour ses nombreux adeptes, c’est au tour de Thom Yorke de s’essayer finalement à l’exercice de l’album solo après l’expérimental Bodysong confectionné par Jonny Greenwood en 2003. Le fruit de ce projet c’est The Eraser, disque décrit par son concepteur comme un simple recueil d’idées éparses emmagasinées depuis des années, et qui n’auraient pas réussi à se faire une place parmi les plans du quintet d’Oxford. Pourtant, à son écoute, on ne peut définitivement s’empêcher de penser que Thom Yorke fait preuve d’une très grande modestie à l’égard de son travail, révélateur authentique d’une pudeur/humilité que Radiohead a toujours su conserver jusqu’à présent.

  The Eraser est un album d’une intimité rare, véritable reflet d’un Thom Yorke au sommet de son art avec ces neuf titres électro dont la retenue et l’élégance ne sont pas sans rappeler le Vespertine de Björk. Peut-être est-ce le résultat de leur rencontre sur la BO de Dancer In The Dark (Selmasongs) ? Toujours est-il que les morceaux reprennent cet apparent côté ultra-épuré dans leur structure qui révèle dans un second temps des arrangements infiniment riches et travaillés. The Eraser fourmille de sons. Aux beats/tempos souvent appuyés, mais toujours entraînants, se superposent tantôt des boucles de piano aux harmonies génialement robotisées (The Eraser et son superbe break final), tantôt des boucles-riffs de guitares aussi introspectives qu’enivrantes (The Clock), ou encore un slap de basse au rythme syncopé et très sophistiqué (Harrowdown Hill). Une base qui a tout pour captiver, mais qui ensorcelle littéralement lorsque s’y greffent des nuées synthétiques et glaciales constituées par les nappes de claviers héritées de la féconde scène cold wave.
  Certains titres permettent par ailleurs de retracer temporellement ses idées, et de replonger par conséquent dans les ambiances des précédents opus de Radiohead sans tomber pour autant dans le piège de la redite. It Rained All Night évoque ainsi l’électro vaporeux de The Gloaming d’Hail To The Thief, tout comme le groove sec et entêtant de Black Swan, ou le titre de clôture Cymbal Rush remémorant les mélodies insaisissables et hallucinées d’un Like Spinning Plates (Amnesiac).

  Mais ce disque ne serait évidemment pas ce qu’il est sans le charisme et l’illustre virtuosité vocale de Thom Yorke. The Eraser est son avatar ; édifice fragile qui s’exprime aussi bien par une candeur poétique semblable au Petit Prince de Saint Exupéry,  personnage auquel il ressemble étrangement, que par une tristesse et une angoisse profonde liée à l’impact de la Politique sur l’individu/environnement. C’est notamment le cas sur le spleen Analyse, mais surtout le tourmenté Skip Divided où il débite avec gravité toute son inquiétude sur un fond sonore fantomatique et envoûtant. A cela s’ajoute enfin une maîtrise technique, et un talent pour façonner les mélodies dont la réputation n’est plus à faire, qui font à l’unisson de la voix de Thom Yorke un vecteur émotionnel des plus saisissant.

  Loin d’être un simple "Kid B", The Eraser démontre que si les années passent, elles n’altèrent décidément pas la créativité de son auteur. Les amateurs du versant électro de Radiohead seront indubitablement conquis par ce premier effort solo aussi savoureux qu’inattendu, tout comme les néophytes qui pourront peut-être explorer au mieux l’univers singulier de la formation britannique. Inutile de défier la vague, à l’instar du magnifique artwork signé Stanley Donwood…ce disque submerge.

A écouter : et dguster