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Biographie

Therion

Guitariste, chanteur durant une certaine période, compositeur quasi-unique et seul membre permanent, Therion est LE groupe de Christofer Johnsson. Celui a formé cette entité en 1987 du côté de Upplands Väsby en Suède et a adopté ce patronyme  en hommage à l’album To Mega Therion de Celtic Frost. Après des débuts purement Death-Metal avec Of Darkness... (1991) et Beyond Sanctorum (1992), Therion expérimente une voie plus symphonique sur Symphony Masses: Ho Drakon Ho Megas (1993) et Lepaca Kliffoth (1995). Avec Theli (1996), Therion affine son Metal Symphonique aux forts accents d’opéra et commence à rencontrer un certain succès ; un succès confirmé par Vovin (1998) sur lequel le groupe fait pour la première fois appel à un véritable ensemble de cordes. Sujet à de multiples changements de line up (plus de 15 chanteurs et musiciens se succèdent, dont le génial chanteur Mats Leven), Therion, sous la direction Christofer Johnsson, continue néanmoins de tracer sa route et sort avec le double album Lemuria/Sirius B (2004) son œuvre la plus ambitieuse. A partir de Gothic Kabbalah (encore un double album) en 2007 et plus encore sur Sitra Ahra en 2010, Therion, sans renier sa vision de l’opéra à la sauce metal, laisse poindre de plus en plus d’influences seventies dans sa musique, renouvelant ainsi le son qui a fait sa renommée.

17.5 / 20
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Beloved Antichrist ( 2018 )

Sept ans et demi. C'est le temps écoulé depuis le dernier "vrai" album de Therion. C'est le temps nécessaire pour mener à bien le projet colossal qu'est Beloved Antichrist. Alors certes, le maître d’œuvre Christofer Johnsson a su nous faire patienter avec Les Fleurs Du Mal un album de reprises pour le moins surprenantes (et un EP de chutes, Les Épaves) ainsi qu'avec un Luciferian Light Orchestra délicieusement rétro, mais les adeptes du groupe avaient de quoi trépigner d'impatience (oui, bon, d'accord : un peu moins de huit ans, j'entends ricaner les fans des Guns N' Roses, de même que ceux d'un autre groupe dont je tairai le nom). Tout comme ils avaient de quoi redouter l'effet pétard mouillé, mais concernant ce dernier point, si vous avez jeté un œil à la note, vous savez déjà ce que j'en pense. Les attentes n'ont pas seulement été comblées, mais surpassées. Beloved Antichrist est titanesque, et sa réussite est à sa (dé)mesure.

Trois heures, deux minutes, quarante-neuf secondes : voilà la durée du monstre. Mais plutôt que de se laisser décourager d'office, mettons les choses en perspective (d'autant que l'album est bien plus accessible qu'on pourrait le croire, nous y reviendrons) : trois heures, pour un opéra, c'est tout à fait raisonnable. Prenez Wagner et son Crépuscule des Dieux, on dépasse allégrement les cinq heures et ce n'est qu'une partie du cycle de L'Anneau du Nibelung, alors en comparaison, ça semble même plutôt léger. Mais parlant de comparaison, est-ce bien judicieux d'aller chercher dans le répertoire classique ? Après tout, quand on associe Metal et Opéra, les premiers noms qui viennent à l'esprit sont plutôt ceux d'Avantasia du côté Power/Sympho et d'Ayreon du côté Prog, or aucun des deux ne propose plus que des doubles-albums. La différence essentielle, c'est que là où ces deux projets s'ancrent avant tout dans leurs genres respectifs tout en proposant une "histoire musicale" impliquant de multiples vocalistes, Therion procède ici à l'inverse : le principe de base est de concevoir un opéra dans le sens classique du terme, avec toutes les voix, les orchestrations et les chœurs que cela implique, mais en y incorporant ses aspirations Metal.

Conceptuellement, les paroles s'inspirent librement du Court Récit sur l'Antéchrist de Vladimir Soloviev, une fiction rédigée en 1899 et narrant la venue, au XXe s. (ici transposée deux siècles plus tard), de l'Antéchrist sous les traits d'un homme exceptionnel, qui d'érudit prodige devient maître adulé du monde entier (dans les grandes lignes). Une quinzaine de participants, parmi lesquels Thomas Vikström et Lori Lewis (deux habitués du groupe), donnent ainsi vie aux personnages de ce drame lyrique, dont quelques uns directement tirés de l’œuvre d'origine, les autres créés pour l'occasion. Et comme dans tout opéra, la narration s'effectue dans le livret, dont la lecture est nécessaire afin de profiter de l'histoire dans son ensemble.

Musicalement, Therion se montre sous son meilleur jour, en conservant son identité sonore, que ce soit au niveau de la composition ou de la production, tout en l'adaptant à ce format particulier. Chacun des trois actes se divise en quatorze à dix-sept scènes, et bien que l'enchaînement de l'une à l'autre soit parfaitement fluide (l'idéal restant de l'écouter d'une seule traite), la plupart se tiennent pourtant sans problème en tant que chansons à part entière. Ceux que la durée refroidit pourront ainsi se contenter des quelques titres dévoilés en ligne, à commencer par Theme Of The Antichrist, ou pourquoi pas aborder la chose un acte à la fois, avant de l'appréhender dans son ensemble. Ce découpage en morceaux de deux à six minutes, à quelques exceptions près, n'est pas seul à favoriser l'accessibilité de Beloved Antichrist. Des repères s'instaurent dès la première écoute au travers d'une mélodie, d'un riff, d'une ligne de basse... Our Destiny, Bringing The Gospel, The Wasteland Of My Heart sont quelques exemples de passages facilement mémorisés, rendant d'autant plus attrayantes les écoutes suivantes, qui dévoilent une richesse certaine sans jamais se complaire dans la complexité. À mesure que défilent les minutent puis les heures, se côtoient liesse et désespoir, grandeur et tragédie, espoir et effroi, selon les besoins de l'histoire, toujours avec une justesse exemplaire. On remarque d'ailleurs que les compositions se font plus denses, plus urgentes à mesure que l'on progresse des scènes d'exposition jusqu'au dénouement, un aspect qui se reflète dans les durées des actes, allant de soixante-cinq minutes pour le premier à cinquante-cinq pour le dernier.

Le risque était grand et la gestation longue, mais Beloved Antichrist surpasse toutes les espérances qu'on a pu placer en lui. La discographie de Therion était déjà conséquente et bourrée de pépites, pourtant cette nouvelle sortie a tout l'air d'en représenter l'apogée, destinée à s'inscrire dans la durée. Resterait à mettre l'opéra en scène dans son intégralité, mais là il y a fort à craindre qu'il ne s'agisse que d'un doux rêve...

Le Court Récit sur l'Antéchrist de Vladimir Soloviev se situe en dernière partie du livre Trois Entretiens sur la Guerre, la Morale et la Religion ; il est aussi disponible à la lecture ici.

A écouter : Avec trois heures (et trois minutes) devant soi
16.5 / 20
1 commentaire (17/20).
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Sitra Ahra ( 2010 )

Après des changements de line up importants et trois ans après un disque qui avait marqué un tournant dans sa carrière, l’amenant à marier son metal symphonique à des influences prog des 70’s, Therion revient en 2010 avec un nouvel album fort attendu. Et si Sitra Ahra s’inscrit dans la droite lignée de son prédécesseur, le double album Gothic Kabbalah, il le surpasse assez nettement.

D’abord, là où Gothic Kabbalah aurait largement dû être synthétisé en un seul album pour plus de cohérence, Sitra Ahra se veut nettement plus compact : un seul disque, aucun remplissage, pas de moments pendant lesquels l’auditeur pourrait parfois être tenté de lâcher le cours de l’album.
Outre un contenu plus compact dans la forme, ce Sitra Ahra impressionne sur le fond par sa dextérité. Une dextérité qui le fait passer de titres concis de 3 minutes à de longs requiem de 10 minutes, une dextérité qui le fait également maîtriser des titres rock/metal relativement directs comme Sitra Ahra ou Unguentum Sabbati, du pur blast sur Din mais aussi des pièces plus originales à consonance orientales (The Shells Are Open), voire russe (!!!) sur Land Of Canaan ou sur les chœurs façon Armée Rouge de Cu Chulain.
Le travail d’écriture est d’ailleurs impressionnant. Chaque son, chaque intervention est finement pensée et donne au final une impression de maîtrise totale. Et à la limite, je peux tout à fait comprendre que cela puisse créer chez certains une impression d’absence de spontanéité. Sauf que Therion fait preuve d’un tel talent que même si le sentiment de virtuosité est total, il arrive toujours à aller là où on ne l’attend pas: les chœurs d’enfants (le magnifique After The Inquisition: Children Of The Stone), l’harmonica, les violons, le piano, l’accordéon, etc. Et tous ces instruments toujours au service de la mélodie. Parallèlement à la musique, le travail sur les voix (principalement celle de Thomas Vikström, Snowy Shaw  et Lori Lewis), en solo et sous forme de chœurs, est lui aussi toujours aussi considérable, même si l’aspect opéra des vocaux pourra (comme ça a toujours été le cas avec Therion) en rebuter certains.

Sitra Ahra est une œuvre fascinante : une des meilleurs de 2010 et une des meilleurs de la carrière de Therion (avec Lemuria/Sirius B et Vovin). Il prouve encore une fois l’énorme talent de Christofer Johnsson, le leader incontesté de Therion qui, malgré les changements de musiciens rencontrés par le groupe, continue de livrer une approche musicale tellement unique et si forte qu’elle impose le respect.  

A écouter : Land Of Canaan, Kings Of Edom ,Sitra Ahra