Biographie

The Proletariat

Peter Bevilacqua - Basse, coeurs
Richard Brown - Chant
Frank Michaels - Guitare
Tom McKnight - Batterie

The Proletariat voit le jour au début des années 80 à Fall River, dans le Massachusetts de Boston, patrie dévouée au Hardcore. Logiquement influencés par le climat musical et social ambiant, le quatuor dirige ses premiers pas vers le Punk Hardcore mais dénote rapidement dans le paysage local par l'intégration de sonorités et influences étrangères à leur scène natale. Des concerts avec Black Flag, Circle Jerks, Bad Brains, Minor ThreatDead Kennedys, Husker DuJerry's Kids ou encore Negative Approach témoignent autant de leur engagement dans cette dernière qu'ils s'avèreront être des leurres: The Proletariat joue du Punk Hardcore avec un son importé de Grande Bretagne. Déjà très présente dans le premier album du combo, Soma Holiday, cette caractéristique singulière se trouve encore renforcée pour le second et ultime disque du quatuor qui sort en 1985 à peine quelques semaines avant l'implosion de la formation.

Trois des membres originaux repartiront à l'aventure dix ans plus tard au sein de Churn, groupe éphémère qui ne durera que deux ans mais parviendra à sortir un Mini LP de 5 titres intitulé Heated Couplings In The Sun (qui est également le nom d'un titre de... Gang of Four).

Chronique

18 / 20
1 commentaire (16/20).
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Voodoo Economics and Other American Tragedies ( 1997 )

Tout sauf anodin, le nom choisit au tout début des années 80 par ces enfants de la région de Boston laisse peu de place au doute quant à leur positionnement tant musical qu'idéologique... et pourtant. Sans aucunement faire mentir ce patronyme, The Proletariat se révéla être un groupe quelque peu inattendu, pleinement ancré dans la scène locale quoiqu'en avance sur son temps; passionné, direct et viscéral mais néanmoins doté d'un propos construit marqué d'une identité politique forte (marxiste) et, pardessus tout, d'une empreinte sonore (discrètement mais) profondément atypique.

The Proletariat c'est une démo, deux albums, un EPs et une poignée de morceaux sur des compiles de l'époque. La discographie complète du groupe, réunie sur Voodoo Economics and Other American Tragedies, se résume en quarante cinq titres composés et enregistrés sur une période qui n'excède pas les quatre ans et, pourtant, l'évolution développée à partir d'un postulat de départ déjà singulier est tout aussi flagrante que fulgurante.

Early 80's.
Alors que le Punk britannique est à l'agonie depuis des lustres et file assurer sa survie en s'enfouissant toujours plus profond sous des tonnes de crasse, de furie et une merveilleuse collection d'attentats sonores (l'explosion Crust/Grind), que sa déclinaison US - le Hardcore - se dirige déjà vers son Revolution Summer et que le Post Punk voit les pires excès de la New Wave radiophonique gagner progressivement du terrain dans ses rangs, The Proletariat se dresse du coté de Boston brandissant un premier album braillard remarquable et un minimum remarqué: Soma Holiday.
Un disque Punk Hardcore étrange, pot pourri alimenté à l'Après-Punk aventureux et arty de la fin des 70's (WireGang of Four...) et à l'urgence de ses compatriotes (Minor Threat/Black Flag, notamment) qui scelle le destin du jeune groupe hors des sentiers battus, y compris ceux bientôt débroussaillés par les géniaux voisins de Mission of Burma. Leur Demo Tape (titres 1 à 8 du premier CD), urgente, déjà marquée de la signature vocale particulière et la diction saccadée de Richard Brown ainsi que par des rythmiques anormalement bondissantes envoie les premiers signaux. Soma Holiday, lui, éjecte d'office les bostonniens à la marge d'un style alors d'avantage concentré sur puissance cathartique et vitesse pour installer The Proletariat dans le costume du bâtard de génie de la scène locale. Punk Hardcore jusqu'à la moelle, il dévoile un groupe aux ambitions plus larges que la moyenne, infusant de l'esprit l'animant les fulgurances d'un Post Punk qui refuse de dire son nom, s'épanouissant ainsi dans un bouillon de culture musical pour partie importé de la Perfide Albion. Le son de The Proletariat est froid et syncopé, tantôt mélodique, puissant et véloce (Famine, Events/repeat, Pictures, Another banner raised), tantôt lent et dramatique, perclus de relents après Punk frigorifiques à l'image du frissonnant Embraced, d'Avoidance ou du formidable Decorations. Brown gagne en assurance et capte toutes les attentions pour s'imposer en véritable maitre de cérémonie, à la croisée des styles théâtraux de Jello Biaffra (Dead Kennedys) et de Jazz Coleman (Killing Joke). A cette époque The Proletariat est alors très probablement, avec Rifle Sport, un des rares groupes à avoir cette capacité à réunir à ce point les deux rives de l'Atlantique au sein d'un même album en se positionnant, ici, exactement entre deux des formations les plus mythiques de leurs scènes respectives.
Et pourtant, comme si cela ne suffisait pas, le quatuor trouvera encore le moyen de ne pas se laisser enfermer en accouchant l'air de rien en fin de face B du riff le plus célèbre de la scène alternative française (Deicide on change - totalement repompé par Berurier Noir sur son Vive le feu) et d'un No lesser of evils des plus burnés, Punk en diable, qui, sans ressembler à aucun des titres l'ayant précédé, démontre d'une part l'étendue du spectre musical embrassé par le combo de Boston et surtout l'importance prépondérante des choix artistiques délibérément effectués par les quatre étudiants dans le résultat offert à l'écoute. Le groupe fonctionne comme une entité complexe au service d'une musique aussi viscérale et directe qu'intelligente. Mais, probablement avant même qu'ils ne s'en aperçoivent, les jours de The Proletariat étaient déjà comptés.

Lorsque le quatuor se pose à nouveau dans les bacs en 1985, le lineup a connu quelques changements au cours de l'enregistrement: Steve Welch suppléé Tommy McKnight et, surtout, Laurel Bowman se retrouve en charge de combler la plaie béante laissée dans le lineup par le départ de Richard Brown. En 1985 Indifference (l'essentiel du second CD de la compilation) sera leur chant du cygne et aussi, en dépit des obstacles, leur œuvre la plus aboutie.
The Proletariat y réduit encore la voilure, comme toujours plus décidé à faire prendre sa greffe britannique en territoire Yankee. La troupe de Boston fait fondre ses riffs acérés - mais déjà rares -en un magma glacé, lointain, bruitiste qui ne se fissure que pour laisser échapper quelques banderilles à la force de percussion décuplée (No real hope, LE titre Punk Hardcore du quatuor avec Pictures), toujours mené par son gourou (Recollections), se construit autour des lignes de basse rondes et agressives de Peter Bevilacqua alors que Tom McKnight fait monter la transe, décomplexé 
 (Death of a HedonUneasy peace).Il y a quelque chose de différent, de quasi incantatoire chez The Proletariat. Sa musique, déjà aux frontières de la scène Hardcore sort de l'échelle d'appréciation classique alors associée au genre et joue sur le terrain du sensible, touche de façon plus diffuse. Si TP n'a jamais vraiment été un groupe explosif et virulent à l'image de ses voisins US, il est désormais pleinement devenu un groupe expansif, subtil. Probablement plus militants que musiciens à leurs premières heures, Brown, possédé comme jamais et pourtant (déjà) si loin, et ses acolytes laissent désormais exploser rage et créativité dans une grand messe Punk planquée derrière un mode d'expression hybride et débridé (Uneasy peace et ses notes pianotées par Roger Miller (Mission of Burma), la très noisy Instinct). C'est au milieu de ce tableau enfiévré, de cet intervalle de folie, qu'intervient pourtant la cassure: les ultimes titres qui viendront compléter Indifference seront enregistrés sans deux des membres d'origine. Horreur et damnation.
Et pourtant - encore une fois.
Plus complet, plus varié et aussi, par moments, plus androgyne dans ses prestations, Brown, dans les mois qui précèdent son départ, ouvre probablement sans le savoir une voie royale à celle qui sera sa suppléante des derniers instants. Fragile, touchante, Laurel Bowman reprend le flambeau avec la vigueur, l'incertitude, la fierté et l'obstination du porte drapeau partant au front pour offrir le temps de deux titres - les plus longs de leur discographie - quelques un de ses plus beaux moments au groupe à qui elle vient prêter main forte. The Guns are winning et Homeland sont de véritables hymnes scandés avec fièvre mais touchés par une grâce féminine que le groupe n'avait jusqu'alors (forcément?) jamais pu atteindre. Las, la mayonnaise ne prendra finalement pas. Pourtant cette invitée de dernière minute aurait toujours du faire partie de The Proletariat, se prend-t-on alors à penser avant de se reprendre: il n'en fut de toute façon rien et c'est très certainement mieux ainsi.

The Proletariat: une formation à part à la fois dans et hors de l'univers parfois étroit du Punk Hardcore US, débordant allègrement du cadre fixé. Les quatre (six) américains eurent été des sujets de couronne britannique, ils auraient très probablement enflammé quelques Peel Sessions légendaires. Mais voilà, The Proletariat venait de Boston et reste un groupe entre les âges et entre les styles, la tête et les pieds dans le Hardcore et le cœur de l'autre coté de l'Atlantique, autant acteur de sa scène que fasciné par ses contemporains. Un combo qui, s'il était apparu au bon endroit et au bon moment, aurait probablement eu une influence toute autre. Reste aujourd'hui un groupe de fac fougueux et intelligent à la trajectoire d'étoile filante dont la rareté fait aussi peut être une partie de l'intérêt. Mythique.

A écouter : Comme un incontournable
The Proletariat

Style : Punk / Punk Hardcore
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