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Biographie

The Paper Chase

Comme quoi il peut y avoir de très bonnes choses au Texas. The Paper Chase est en effet un groupe texan créé autour de John Congleton. Le jeune homme est à la base un ingénieur du son qui a pour habitude de produire divers groupes comme 90 Day Men, et a déjà croisé la route de The Roots à l’occasion de son travail. Ce n’est donc pas un novice…
Pour exprimer toutes les nombreuses idées sortant de son esprit tortueux, il s’entoure de Weaver à la basse, Dalton à la batterie, Kirkpatrick au piano ainsi que Kris Youmans pour leur donner un coup de main au violoncelle, et monte The Paper Chase, combo indie rock noisy bien barré. Après deux Ep confidentiels ("Essays" et "And the Machines are winning"), le groupe sort en 2001 leur premier album "Young Bodies Heal Quickly, You Know "sur le petit label indépendant américain Beatville records. Suit une tournée américaine leur apportant leur petit mais fidéle lot de connaisseurs. Après un nouvel Ep "Cntrl-Alt-Delete-U" sur Divot Records, ils attirent l’attention du label Southern Records qui s’associe avec Beatville pour sortir le second album "Hide The Kitchen Knives" jusqu’en Europe. Ils y viendront jouer par deux fois, la dernière tout récemment, à l’occasion de la sortie de leur dernier effort "God Bless your Black Heart".

Split avec Red Worms' Farm ( 2004 )

Le label qui s’est chargé de cette initiative est Radiorobot et est italien. Stefano Paternoster, l’homme à l’origine du label, s’est fixé comme cahier des charges de faire rencontrer un groupe italien et un groupe d’ailleurs autour du concept chansons inédites + remixes + vidéos, le tout regroupé à l’intérieur d’une pochette réalisée par un dessinateur. C’est qu’il est fan de tout ça notre ami Stefano. Et c’est ainsi que l’on retrouve cette recette pour ce split à l’artwork soigné et signé par Allessandro Baronciani.
Alors, quand d’un côté, un split nous attire l’œil par le fait qu’on y connaît un groupe, l’avantage est de souvent faire, de l’autre côté, une bonne découverte. C’est complétement le cas avec ce CD que partagent The Paper Chase et Redworms’ Farm.

Redworms’ Farm est un trio originaire de Padoue et n’ont pas l’air de débutants. En effet ils sont plutôt prêts. Prêts à d’avantage diffuser leur musique hors de leurs frontières. Les trois chansons originales, à l’instar de leur album "Halleynation-Troncomorto”, sont dynamiques et enjouées. Du indie post-rock de bonne facture, teinté de pop pour les mélodies simples (“Jelly Bean”). Une inventivité légère comme des Pixies en leur temps.
En ce qui concerne The Paper Chase, c’est encore du trés haut niveau, comme pour leurs albums. Le sample bizarre qui lance les hostilités, une dissonnance guitare/piano qui exprime parfaitement le mal-être, une rythmique puissante et barrée, et le chant de John Singleton toujours si expressif, tout ça pour un style unique (“I'm your doctor now”). Encore deux chansons qui confirment que, décidemment, la dépendance provoquée par l’univers tourmenté de ce groupe ne fait que s’accentuer.
J’avoue par contre être moins réceptif aux remixes dans le sens où, généralement, une chanson originale revisitée « électro » ne gagne rien de plus. Constat de rigueur pour Redworms’ Farm qui se contente de revisiter la chanson "Jelly Bean" en superposant le chant original à un beat et quelques effets; c’est mieux pour The Paper Chase qui choisit pour sa part de réarranger le morceau "Out come the knives" (extrait de l’album "Hide The Kitchen Knives") avec de la guitare séche et une pincée de clavier. L’expérience et le goût du groupe pour les boucles d’ambiance paient sur ce genre d’initiatives. Donc, même si ce ne sont pas sur ces deux pistes que l’on jugera les groupes, cela reste sans doute pour ces derniers un travail de commande intéressant sur lequel plancher.
Les clips quant à eux permettent surtout de découvrir le travail (et la sensibilité) d’un réalisateur. Pour ce split, c’est donc Nicola Fontana qui s’y colle en proposant un montage d’images live pour Redworm’s Farm et un clip basé sur des paysages urbains pour The Paper Chase.

Voici donc une bonne idée que propose Robotradio Records par le biais de cette rencontre de différents travaux artistiques. Chacun pourra y trouver son compte mais, concrétement, l’essentiel est de repartir avec deux bons groupes en tête. Et si les choix artistiques de Stefano restent aussi pointus dans le futur, cette initiative sera à positionner en mode “repeat” autant de fois qu’il sera nécessaire.

A écouter : et

God bless your black heart ( 2004 )

Ce qui frappe dès la première écoute d’un disque de The Paper Chase, c’est l’homogénité de la chose. La musique, les paroles et l’ambiance qui relie tout cela (et distillée par de discrets et savants samples) forment une œuvre inclassable car magnifique et malsaine à la fois. Le mot "œuvre" n’est pas surfait tant le groupe impressionne avec ses productions. Impossible de fragmenter un disque de The Paper Chase. Tout comme leur musique, c’est à prendre ou à laisser. Une musique avec un grand M tant le mal-être imprégné dans les mots, la dissonnance des compositions appuyée par des instruments naviguant en pleine folie, la virtuosité et la technique des musiciens, ainsi que l’atmosphére qui englobe le tout sont sincéres et pleinement maitrisés. Voilà pour la présentation générale.

"God Bless Your Black Heart" commence sur un sample d’horloge qui nous plonge, de suite, dans un univers déstabilisant et "rétro". "Said the Spider" ouvre ensuite le bal des chansons et fait comme l’effet d’une annonce : sans doute ce nouvel effort va se laisser aller un peu plus à la mélancolie que "Hide The Kitchen" Knives, leur précédente réalisation qui s’appuyait pour sa part sur plus d’agressivité. Une première chanson de toute beauté qui dégage, encore une fois, un chemin musical tortueux sur lequel vient glisser en toute liberté le chant du chanteur/guitariste John Congleton. Entre cette chanson et la suivante, une piste interméde de voix/ambiance samplée qui revient régulierement et qui renforce le sentiment de folie.Sur la deuxième chanson, "One day he went out for milk and never came home", la basse déroule sur les contretemps pour plomber l’ambiance pendant que la batterie poursuit sa route dans une finesse paradoxale. Le tout alliant puissance rythmique et précision d’orfévre.

Sur "What I’d be without me", John Congleton, prouve (comme sur chaque morceau) qu’il est donc un as de la 6 cordes ; ses parties de guitares se tordent à la limite de la rupture, appuyées, dans le même temps, par son chant puissant qui nous enfonce encore plus dans la mer torturée The Paper Chase. "The sinking ship the grand applause" est une chanson intimiste, servant de pause le calme avant le retour sur les rythmiques syncopées de "Ready, willing, cain and able" et le style caractéristique du groupe. Contrairement à de nombreux groupes, le piano (qui gére les samples en même temps) et le violoncelle ne jouent pas les seconds rôles ; ce sont eux qui apportent la dissonnance caractéristique du son The Paper Chase. Ils tirent encore plus sur l’élastique des émotions qui, pourtant, ne romp pas. Les chœurs se contentent par moment de remuer le couteau dans la plaie. Seulement.
On ne détaillera pas toutes les chansons afin de laisser le maximum de plaisir, et surtout celui de l’exploration et de la découverte par soi-même. On racontera juste la fin : le disque se referme sur le même sample d’horloge qu’à l’ouverture. La boucle est bouclée. Mais on remet aussitôt le CD en lecture.

Certes, avec "God Bless Your Black Heart", le groupe n’en est pas à son coup d’essai, et a déjà sorti auparavant 4 albums et quelques Ep ; mais, pour les avoir vu en concert, les membres restent relativement jeunes. Alors on se pose la question : comment font-ils pour déjà sortir une telle musique ? En conséquence, The Paper Chase est un des meilleurs groupes américains du moment, tant dans l’inventivité que pour la finalité de leur musique.
Ah que j’apprécie la mélodie quand elle est torturée de cette manière, quand elle est prétexte à un aussi grand terrain de recherche et d’expérimentation, quand au final, elle nous donne Radiohead et The Paper Chase.

A écouter : Tout!