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Biographie

The Men

C'est avec démo grésillante et quelque peu anecdotique que The Men déboule sur le paysage Noise Punk depuis coté de Brooklyn en 2008.Productif, le groupe enchaîne rapidement sur la sortie d'un premier EP sobrement intitulé We Are The Men l'année suivante qui lui ouvre quelques portes et lui permet de servir ses guitares abrasives à un public un peu plus large.On retrouve le quatuor en 2010 sur un split cassette avec Nomos, d'autres locaux vintage et furieux mais surtout sur un premier LP autoproduit qui laisse transparaître les accents ouvertement rétro du groupe. Le Shoegaze le dispute au Punk Rock, au Garage et au Hardcore pour révéler un groupe singulier. Fort de nouvelles compositions et d'une notoriété en hausse, The Men pose ses valises chez Sacred Bones Records qui sort son second album Leave Home en Mai 2011. Jamais rassasié malgré d'importants mouvements de lineup (départ du bassiste), le quatuor revient tout juste un an plus tard armé d'un troisième album: Open Your Heart.

12.5 / 20
2 commentaires (17/20).
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Open Your Heart ( 2012 )

La question du jour est la suivante "Open Your Heart: conséquence du jeux de chaises musicales que vient de s'imposer le groupe ou simple période de forte productivité pour les New Yorkais?"
Alors que l'on en était encore réduits à boucler comme des demeurés sur "Night landing", voici qu'atterrissait dans les bacs en Mai un Open Your Heart pas forcément attendu aussi tôt. De quoi se poser quelques questions auxquelles on espère bien voir ce troisième opus en autant de calendriers des pompiers répondre de façon nette et sans bavure: en se montrant à la hauteur de son prédécesseur, tout simplement.

Manque de pot, le "Turn it around" d'ouverture, pour le coup, est médiocre. Le cauchemar en direct de toute formation misant au moins autant sur l'énergie que sur la qualité de composition pour faire prendre la sauce: pondre un trou d'air pour entame de skeud. Simple, sautillant, bruyant mais désespérément propre sur lui et au final assez plat, le morceau fait tâche, peine à reproduire l'équilibre maintenu sur le précédent album - Immaculada appartenant un peu à un autre monde. Sans la connaitre on lui préfère déjà la suite. La (pourtant courte) marche entre les deux productions est d'emblée bien raide à avaler.

Deux options se présentent alors. Persister ou, plus tentant et plus aisé également, jeter le bébé avec l'eau du bain. Pourtant, en se secouant un peu la mémoire, l'adepte du quatuor se souviendra que The Men est (un peu trop) multiple, tire et étire sa musique dans tous les sens pour malgré tout presque toujours retomber sur ses pattes. Et en continuant d'agiter, quiconque aura croisé la route des gaziers en live ces derniers mois se rappellera certainement avoir surpris un groupe tranquillement en train de dériver vers quelque chose de plus 70's. Et là tout devient limpide. C'est en tout cas ce que l'on espère.
Car Open Your Heart, en dépit d'une ambiance sympathique, n'a pas fini de dérouter son monde à force de ne pas trop savoir où il va. Tout aussi conscient et compréhensif que l'on puisse être au sujet de cette légère inflexion vers un son plus traditionnel, il est difficile de ne pas remarquer que les quelques points chauds de cet opus se concentrent essentiellement autour de ces moments où le quatuor pose son petit manuel du Rock bruyant à coté du pied de micro. Lorsqu'il semble enfin oublier que ses morceaux doivent avoir un début et une fin pour se laisser aller à des divagations sans plan de route précis ("Presence", "Oscillation", "Ex-dreams") mais sur lesquelles l'auditeur peut lui aussi lâcher prise et, en définitive, se laisser emporter. A coté un morceau comme le trop bien nommé "Candy", est bien mignon mais on se demande franchement ce qui a amené la formation à venir l'engluer ici, tout comme cette "Country song" qui reprend pourtant les grandes lignes de ce que The Men réussit ici le mieux sans pour autant faire vibrer la fibre. Ces quelques loupés véritables mis à part, Open Your Heart se veut entraînant et efficace à défaut, une nouvelle fois, d'être révolutionnaire en conservant toujours ce lien avec ses travaux passés ("Please don't Go away" , tout noisé façon early 90's). Éparpillement compris. Et avec quelques grosses ficelles en plus. Les Dead Boys, StoogesSpiritualized et autres Swervedriver sont très loin d'être de mauvaises références en soi mais quand un groupe évoque d'avantage ses influences qu'il ne (re)créé son propre univers, surtout après une période de changements, c'est qu'il y a quelque part un rouage qui coince. Là est d'ailleurs tout le problème de ce disque dont on était en droit d'attendre bien plus.

En attendant que The Men identifie la panne, Open Your Heart, troisième album au ton radouci mais un peu paumé, passera néanmoins toujours bien le test de l'écoute distraite et pourrait même revenir sur la platine pour ses meilleurs moments. Le groupe y propose un rock agréable, (un peu trop) facile à assimiler mais trahi par son inconstance et, par prolongement, une certaine incapacité à tenir l'oreille éveillée tout au long de ses quelques 45 minutes - la plus grosse réussite de cet opus étant, rappelons le, d'envoyer le cerveau de l'auditeur droner douillettement dans son coin sur une poignée de morceaux plutôt que de le mettre en ébullition. En définitive on ne sait pas vraiment ce qui vient d'arriver au groupe de Brooklyn. Les faits sont connus, les symptômes identifiés mais le résultat laisse l'auditeur dans le flou. Sujet mal tenu, résolution de la problématique laissée en suspens; la sanction tombe automatiquement: à copie moyenne, note moyenne. Sans surprise, finalement.

Leave Home ( 2011 )

The Men c'est une histoire de bruit. Quatre mecs qui se jettent dans la meute pour faire un foin de tous les diables, rien de plus, rien de moins. Déjà vu et répété mille fois, le procédé n'en est pas pour le moins toujours d'une actualité vivace. La nébuleuse Punk dont les New Yorkais sont issus doit être, force est de le reconnaitre, tout à la fois l'une des familles musicales les plus prolifiques du genre et la plus sujette à d'incessantes vagues d'innovation et de réinvention depuis ses origines. Le versant crade de la musique contemporaine a encore de beaux jours devant lui. Il en a toujours eu, même si l'on n'aura probablement jamais fini d'entendre dire que sa première incarnation est morte et enterrée depuis longtemps. Il en va strictement de même pour The Men.

Le Punk vorace monstrueux, vicelard et bruitiste, c'est son domaine. Le combo est cependant très loin d'être le premier à s'aligner dans les starting blocs et aurait même plutôt eu tendance à composer le gruppetto du genre entouré d'une poignée de comparses hors de rythme, à l'agonie dès que la route se sera un peu élevé. La faute peut être à une fougue réelle mais alors encore trop peu maitrisée faute d'expérience et de moyens. De retour sur les terres de leurs premières déconvenues et désormais lancés, les quarte garçons plein d'avenir remontent petit à petit avant de les laisser sur place des grappes entières de concurrents braillards trop vite arrivés au point de rupture. Une volonté sincère de faire le plus de bordel possible n'a jamais dispensé de l'envisager avec, pour bagage minimum, le talent requis pour l'exécuter comme il se doit et l'inspiration suffisante pour en ressortir quelque chose allant au delà de la performance. Les héros d'un jour ne durent pas par définition. Ils sont presque toujours chassés le lendemain par plus fort, plus flamboyant ou plus régulier. Conscient ou non de cet état de fait The Men met cette fois les petits plats dans les grands et compte bien tirer parti d'une préparation aux petits oignons. A l'écoute de Leave Home on se dit que The Men tient le rythme. Mieux, The Men est bien parti pour intégrer le groupe de tête dans un style fantasque bien à lui.

Moins radical qu'une bonne partie de ses compagnons, The Men s'épanouit aujourd'hui en funambuliste, léger mais cinglant, subtil mais sans pitié. Un coureur intelligent tout en bluff, aussi à l'aise dans un faux rythme propice à étouffer toute vigilance sur un démarrage tempéré que lorsqu'il tartine de leads aériens son "If you leave" d'ouverture obstiné mais gentiment entrainant. Il en ira de même au moment de balancer les premières banderilles et de produire les premiers coups de rein (le final de "If you leave", "Lotus") ou de pulvériser du pédalier en jouant des coudes au milieu du train des gros rouleurs (la fin de la face A sur l'enchainement "Think" / "L.A.D.O.C.H.") puis de jouer les trouble fêtes mélodiques ("( )" / "Bataille", merveilleux poils à gratter Garage Punk) avant de s'envoler pour une échappée héroïque et victorieuse en roue libre sous les vivas ("Shittin' with the shah"). On ne sait jamais tout à fait à quel jeu joue The MenLeave Home oscille grosso-merdo entre les écrasements Noise-Sludge maladifs de Cursed, l'indie Hardcore guitar-driven débridé de Fucked Up, ses influences 80's (Shoegaze et Post Punk en tête), sonorités Garage omniprésentes, et Noise Punk total ala Drunkdriver - le cogneur épileptique en moins. On subit les trajectoires prises par ce disque, entre les lignes, condamné à suivre et adhérer. Mais comme cela ne suffit pas encore d'user la concurrence dans le dur, "Night landing" l'hypnotisant, le dansant, tube Noise Rock parmi les tubes, se charge de faire monter la transe en troisième mi-temps, tout en folie dance floor. On croirait presque à une blague. La luxation de hanche qui se fait pressentir six minutes plus tard a elle tôt fait d'effacer le moindre sourire moqueur. Imparable. 
La démonstration est totale - presque exagérément, la réalisation (un brin trop) parfaite. Il y en a pour tout le monde au point que l'on sy perdrait mais le résultat est là: The Men distribue mandales punitives et tapes amicales du haut des quarante minutes de ce second LP. Et même s'il s'évite par la même occasion le piège de la galette qui ne sait pas où s'arrêter, on en redemanderait bien une pleine louche.

Si The Men a indéniablement perdu un peu de la candeur qui faisait d'Immaculada un premier album véritablement plaisant et frais bien qu'inabouti, Leave Home s'avère être une belle confirmation et un excellent album, quoiqu'officiant dans un style légèrement plus élaboré. Doté d'une empreinte sonore propre, bourré de références et, surtout, de talent - tout comme de bruit, bien évidemment - on pourrait surtout reprocher à ce second effort un petit coté catalogue tant The Men jongle, appliqué, avec ses ingrédients. Parallèlement, ce que le quatuor perd en spontanéité, il le regagne en aisance, en potentiel à exploiter et en fraicheur. Trois ingrédients qui donnent autant envie de se replonger dans ce disque énergique à peine l'écoute bouclée que d'espérer de (très) belles choses pour l'avenir. Restera maintenant à trouver le dosage parfait.

A écouter : A l'heure du gouter