Semblable au chef d’œuvre de Refused qui avait annoncé la nouvelle « forme du punk à venir », le troisième album de T(I)NC porte le sceau de l’avenir : celui du changement et du nouveau jour à paraître. S’appuyant sur les mêmes modes de production que pour Survival Sickness, le quintet suédois sort en octobre 2001 son œuvre la plus aboutie.
T(I)NC en 2001 a trois ans d’existence et possède à la fois le prestige et l’inconvénient d’être le projet direct de l’après Refused. Prestige car le talent et la créativité de Dennis Lyxzen lui confèrent une place unique sur la scène alternative, mais inconvénient car Refused a légué un héritage très (trop ?)lourd à porter. Néanmoins, le rappel doit s’arrêter là . C’est du moins la volonté de Lyxzen, très peu enclin à parler du passé.
Et il s’agit de ne pas se tromper. T(I)NC possède bel et bien sa propre identité, et New Morning en est la jolie démonstration. Il ne s’agit plus ici précisément de punk mais plutôt de rock. Un rock indie garage, légèrement rétro, au son tantôt crasseux tantôt jazzy. Le combo suédois aime la diversité, il aime le mélange des genres. Les influences qui parcourent les mélodies vont des Dead Kennedys à Bob Dylan. Les pistes font succéder saxophones, orgues et autres tambourins. La fougue n’en demeure pas pour autant en sourdine. L’exécution musicale est vive et pêchue (« A New Morning, Changing Weather�). Les prestations scéniques qui en découlent sont d’ailleurs souvent ahurissantes !
Cette intensité est d’autant plus perceptible qu’elle nourrit un message profondément engagé.
T(I)NC se présente en effet comme un groupe marxiste, féministe, soucieux de la cause des animaux, solidaire de toutes les formes de révolution ou de résistance. Tout dans T(I)NC est orienté vers l’engagement politique : des textes de l’album aux discours live en passant par la volonté farouche de porter des tenues vestimentaires identiques. Les suédois mettent un point d’honneur à lutter continuellement contre le capitalisme et la mondialisation. Le combat transpire la sincérité. On n’est pas là dans le cliché du groupe qui enfonce des portes ouvertes. Le message est intelligent, documenté ainsi que l’atteste le livret qui renvoie à des liens Internet ou à d’éminents penseurs (Orwell, Debord, Foucault).
Pourtant, malgré l’aura dont bénéficie le groupe, la trame sonore suscite la controverse.
La sensation d’exploration ou de fouillis (épilogue de « Born into a mess ») rebutent toute une partie du public, tandis qu’une autre ne parvient pas à trouver la transcendance, pointant du doigt tantôt le style, l’utilisation abusive d’instruments marginaux ou la forme, trop éloignée du punk espéré.
Reste que les adorateurs de T(I)NC considèrent souvent A New Morning comme la meilleure livraison des suédois, en partie du fait de ses titres accrocheurs que sont "Capitalism stole my virginity", "Up for sale" ou "A New Morning", et de sa sensation globale d’être une réussite par rapport aux objectifs recherchés (mélange de rock rétro et de message politique).
L’opinion générale pourrait se rallier à cette avis… à condition de s’habituer au son très atypique du quintet et de se résigner à ne pas rechercher les quelconques cendres de feu Refused.
Titres à télécharger ici.
A écouter : Capitalism stole my virginity; Up for sale; A New Morning, changing weather