Biographie

The Ganjas

Ce quatuor d'origine chilienne voit le jour en 2001 Ă  l'initiative de Samuel Maquieira et Miguel Ă?ngel Montenegro, deux guitaristes issus du groupe Yajaira, rejoints par le chanteur/bassiste Rafael Astaburuga et le batteur Aldo Benincasa. La place de Miguel Ă?ngel est aujourd'hui tenue par Pablo Guiadach. Le groupe fait Ă  l'heure actuelle partie des acteurs majeurs de la scène rock chilienne et sud amĂ©ricaine mais semble condamnĂ© Ă  rester Ă©ternellement discret en nos contrĂ©s... ce qui est assez regrettable lorsque l'on sait la qualitĂ© de leur discographie jusqu'alors. Loose, leur dernier album en date est prĂ©vu pour la première moitiĂ© de 2009.

Chroniques

Loose Laydown

Loose ( 2009 )

The Ganjas est un groupe un peu étrange. Aussi incroyablement méconnus par chez nous qu’ils font (enfin) partie des valeurs sures de la scène Rock sud-américaine, les chiliens ont développé ces huit dernières années une musique qui leur est propre, aisément identifiable… et surtout d’une grande qualité.

Depuis ses dĂ©buts, The Ganjas semble avoir une idĂ©e assez prĂ©cise de la direction qui est la sienne malgrĂ© "l’accident" Laydown qui aura juste quelque peu prĂ©cipitĂ© son envolĂ©e ultra-psychĂ©. Loose continue sur le chemin tracĂ© pour nous prĂ©senter ici une nouvelle dĂ©clinaison de ce rock hypnotique qui leur colle Ă  la peau.
Si on avait dĂ©jĂ  pu deviner les penchants très "Englishman in Chile" du quatuor sous ses airs enfumĂ©s ; celui-ci semble avoir dĂ©cidĂ© de passer un cap en ouvrant grand les vannes du rock british dès Daybreak. Moins de voyages hallucinĂ©s, d’avantage de riffs, de variations, des soli un peu plus organiques, un son lĂ©gèrement moins vaporeux… le changement peut dĂ©concerter, surtout si l’on n’est pas encore redescendu de l’ovni chroniquĂ© ci-dessous. Pas de panique nĂ©anmoins, The Ganjas reste fidèle Ă  ses habitudes et jamais o grand jamais ne s’éloignera trop du bord avant d’avoir explorĂ© le moindre recoin de son carrĂ© de sable chaud. The Ganjas reste la mĂŞme formation atypique sous une approche que l’on oserait presque qualifier de plus (brit)pop. Ils auraient bien tort de changer.

LĂ  oĂą Daybreak se voulait remuant et nous ramenait aux belles annĂ©es d’Oasis, vues Ă  travers un kalĂ©idoscope, il devient dĂ©sormais plus difficile que jamais de ne pas penser Ă  Black Bebel Motorcycle Club, amĂ©ricains eux aussi nĂ©s du mauvais cotĂ© de l’Atlantique, Ă  l’écoute de Loose (Heart of a  velvet stone, Motoqueiro). Ce rock classieux faussement facile, oĂą la nonchalance dĂ©contractĂ©e est Ă©rigĂ© au rang de classe, hĂ©ritier de The Jesus and Mary Chain ou encore Loop renifle comme les environs de Manchester. The Ganjas les aura juste transposĂ©s en pleine AmĂ©rique du Sud et rĂ©arrangĂ© les sonoritĂ©s Ă  sa manière tout en se tenant loin des clichĂ©s folkloriques bariolĂ©s que l’évocation de leur contrĂ©e d’origine pourrait Ă©voquer.
Les quatre chiliens ne sont donc pas qu’une bande de sujets britanniques refoulĂ©s : ce rock paresseux au psychĂ©dĂ©lisme brumeux très prononcĂ© n’a en dĂ©finitive que peu choses Ă  voir avec l’humide Fog londonien. Ce que Loose dĂ©ploie au long de ces onze titres est bien plus universel. La musique de The Ganjas est habitĂ©e d’une chaleureuse fĂ©licitĂ©e et d’une Ă©nergie positive discrète. Elle saura nĂ©anmoins se faire remarquer au cours de quelques poussĂ©es Ă©lectrisantes posĂ©es avec intelligence (le finish de Rusty destiny, Heroes – qui fait remonter les pulsions Reggae/Dub du groupe) et Ă  travers ces soli psychĂ©-noisys s’enchevĂŞtrant pour crĂ©er le son The Ganjas.
« Everything’s gonna be right… » entend-t-on calmement dĂ©clamĂ© sur Loose. La chanson titre amène une conclusion dans une ambiance bluesy moins aĂ©rienne que le reste de l’album et vient nous rappeler les origines du groupe. The Ganjas relâche la pression. Non pas celle accumulĂ©e sur le disque, car elle n’existe pas, mais celle de son environnement, de son Ă©poque. En rĂ©sumĂ©, Loose fait le vide et incite Ă  le faire.

Conduit d’une (douce) main de maitre par ses gĂ©niteurs en blue-jean ce disque impose une fois pour toutes un son et remet au gout du jour une certaine manière d’envisager le Rock. The Ganjas semble ĂŞtre de ces formations qui n’ont  pas oubliĂ© que la musique, au-delĂ  de toute tendance, est aussi une histoire personnelle et un facteur de plaisir qui, lorsque l’alchimie prend, se veut communicatif. De lĂ  Ă  dire que les chiliens ont tout compris au regard de ce nouvel album rock’n’roll et lumineux il n’y a qu’un pas.

A Ă©couter : Au calme
17.5 / 20
1 commentaire (17/20).

Laydown ( 2005 )

Laydown est un drĂ´le de ratĂ©, l’histoire d’un malentendu. En 2005, The Ganjas commet (connaĂ®t ?) un accident de parcours. De ceux, irrĂ©cupĂ©rables, qui pourraient vous changer un destin.

Le groupe avait laissé son monde à peine un an plus tôt avec un croustillant album acoustique entre les feuilles qui faisait lui-même suite à un premier disque éponyme rondement mené où se mêlaient dans un écrin Rock psyché influences 70’s et ouvertures Reggae/Dub. Un drôle de mélange sorti de l’imagination d’une bande de types venus d’un pays pas forcément réputé pour avoir organisé Woodstock ou pour faire skanker la planète entière. C’était d’ailleurs peut être là qu’était l’intérêt.
Dieu seul sait alors ce qui a pu arriver aux quatre rockeurs durant ce laps de temps pour revenir dans un tel état de béatitude. Le résultat, lui, est bien là et s’intitule Laydown. Une espèce de révélation tant pour le groupe, qui part à la découverte d’un potentiel jusqu’alors lattant, que pour quiconque ayant prêté une oreille à leurs autres productions. En 2005 le groupe de rock The Ganjas s’efface derrière sa musique au point de disparaître au profit d’une formation quelque peu hors cadre et surtout d’une toute autre envergure.

Cet album revĂŞt les couleurs de la voluptĂ© absolue et de l’apaisement. The Ganjas semble s’y diluer, abandonne le format "classique" de ses dĂ©buts pour estomper ses riffs et se noyer dans un ocĂ©an sonore psychĂ© d'un autre genre. Laydown devient dès lors un disque de l’abandon dont l’assise rythmique rĂ©pĂ©titive devient une force hypnotique sur laquelle viennent se greffer un fourmillement de guitares aĂ©riennes et de clavier tirant vers le Shoegaze. Le chant semble lui Ă©maner de figurants effacĂ©s, totalement happĂ©s par l’univers sonore dans lequel ils Ă©voluent. Il Ă©merge Ă  l’occasion du doux magma sonore mis en place par les chiliens pour mieux le survoler et lui donner une dimension supplĂ©mentaire avant de s’y fondre de nouveau dans une synergie hallucinĂ©e.

Toute la première moitiĂ© de Laydown semble suivre cette logique d’entrainement mutuel pour nous mener en douceur vers la clef de voute de l’album que reprĂ©sente Dance hall, montĂ©e envoutante, possĂ©dĂ©e et envahissante, invariablement martelĂ©e sur une mĂŞme rythmique durant près de neuf minutes. L’orientation nouvelle pourtant tout juste maitrisĂ©e de The Ganjas atteint dĂ©jĂ  ici des sommets: gavĂ©s de guitares shoegaze et de clavier jusqu’à plus soif les chiliens se tapent un trip monumental sur un titre plus enlevĂ© que la moyenne de l'album. Il y aura de fait un avant et un après Dance hall dans ce disque, comme dans la carrière du groupe qui ne s’en est visiblement toujours pas remis et n’en finit plus depuis de traquer le fantĂ´me de Loop et ses descendants.
C’est encore groggy que The Ganjas entame la descente sur Moonlight cat avant de reprendre le chemin de la lascivité avec Crazy horse, puis Laydown. La formation tentera bien de se rebiffer sans grand succès sur la reposante ballade Mind rain mais finira par lâcher de nouveau prise sur un dernier titre trituré entièrement instrumental. Lorsque s’achève Break up, le groupe lui-même semble ne pas en revenir et cette dernière piste reste de longs instants en suspens avant de totalement atterrir, en silence.

Laydown est un drĂ´le de ratĂ©, l’histoire d’un malentendu. En 2005, The Ganjas ne s’attendait probablement pas Ă  accoucher d’un tel ovni. Son public, peut ĂŞtre encore moins. Et pourtant le pari engagĂ© par les chiliens fait plus que tenir la route. A l'Ă©poque, The Ganjas ne s’imposait pourtant pas comme une rĂ©fĂ©rence, statut auquel la formation pourrait pourtant assez aisĂ©ment prĂ©tendre. L’histoire d’un malentendu vous dis-je…

A Ă©couter : Au calme.