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Biographie

The Flaming Lips

Issu de l'Oklahoma et fournisseur de musique barrée depuis 1983, The Flaming Lips s'est frayé son chemin dans les années 90s, bâtissant sa réputation au travers d'albums indie psychédélique touffus, influencés par la Sci-Fi, sur-arrangés et musicalement ambitieux et grâce à des performances live travaillées qui ressemblent plus à un véritable spectacle (costumes, marionnettes, confetti, lumières complexes). Peu étonnant, alors, que le magazine Q les ait nommés parmi les 50 groupes à voir sur scène avant de mourir. Le groupe a même une rue à son nom à Oklahoma City.

Groupe underground culte, ce qui se traduit par une discographie conséquente dans les années 80's et 90's, The Flaming Lips se fait connaître en signant sur une major (Warner Bros) en 1990 (après avoir presque brûlé une rue entière à cause des effets pyrotechniques utilisés à un show) et traine, depuis, une réputation excentrique parmi ses congénères. Parmi les albums-phares, on peut notamment citer The Soft Bulletin (1999 - qui voit le groupe largement utiliser les effets électroniques) et Yoshimi Battles The Pink Robots (2002 - qui est leur premier succès commercial).

Le dernier album en date, Embryonic, sort en 2009.

Chronique

Embryonic ( 2009 )

Si l'on devait faire le tour de l'exhubérance des Flaming Lips, que ce soit en termes de quantités de sorties, d'études d'artworks ou d'inventaires des styles pratiqués, il serait assez facile de se perdre à essayer d'en trouver une définition pertinente. Force est de constater que le groupe s'est également longtemps cherché depuis qu'il a commencé à jouer ses premières notes, au début des années 1980. A vrai dire, on serait tentés de penser que presque seuls les albums sortis au-delà des années 1990 (voire début 2000) vaudraient la peine de s'y pencher. En poursuivant cette logique, Embryonic pourrait alors faire figure d'achèvement de par la qualité de contenu qu'il propose.

Double album massif (18 morceaux pour plus de 70 minutes), Embryonic fait partie de ce genre d'élucubrations farfelues qu'il convient de ressasser et de méditer pour en saisir toute la portée. Les premiers balbutiements de "Convinced of The Hex" donnent le ton, entre indie psychédélique et expérimentations spatiales. Une mélodie cachée sous des abords kitsch, à force de bidouillages et de grands écarts mélodiques. La schizophrénie des Flaming Lips résonnent alors dans toute sa splendeur. Embryonic est un disque à deux visages qui cache la facilité de ses refrains et la douceur de ses lignes vocales sous des arrangements grossiers et perturbants. Enlevez les sonorités electro à "The Sparrow Looks Up At The Machine", il n'en reste qu'un morceau de pop, un poil jazzy qui rappelle The Cinematic Orchestra. D'où la nécessité de ne pas prendre ce disque tel qu'il vient et de refuser ce qu'il a à offrir de plus immédiat.
Sorties de l'imagination embrouillée d'un Wayne Coyne au plus profond de ses confusions, donc au mieux de sa forme, les pistes se brouillent et rivalisent de faux-semblants. Sous des abords caricaturaux de disque expérimental et déglingué, Embryonic révèle une fragilité touchante que soulignent la profondeur des basses (l'entêtante "Powerless", temps fort de cet album) et la complainte des vocaux ("Evil") d'où surgissent l'impression d'avoir affaire à un homme seul, noyé au milieu de ses instruments. Ce serait alors l'histoire d'un homme à l'équilibre fragile, à la facétie sous-jacente (le featuring de Karen O des Yeah Yeah Yeahs, animal à l'autre bout du fil, sur "I can Be A Frog") mais au désespoir aveuglant. Sa seule porte de sortie réside alors dans un imaginaire extra-terrestre avec lequel il lui faut entrer en contact (les plages bruitistes aux signes du zodiaque).

Toute la subtilité d'Embryonic réside dans cette dualité si précieuse, si vitale que l'on découvre sans prendre l'album au premier degré. Et là où The Flaming Lips trouvent la manière, c'est en évitant au maximum le cliché d'une pop mélancolique, ajoutant toujours aux airs discrets qui parsèment l'album une note de légèreté ("If") qu'apportent la rugosité du lo-fi et la résonnance d'une electronica rétro. Loin de faire sa durée, le disque tisse sa toile au gré des humeurs de Coyne, rebondissant de rythmiques chiadés en plages ambiantes ("Your Bats"), transformant son désespoir en créativité malsaine aux consonnances psychédéliques marquées. Embryonic est l'écho du cerveau d'un malade qui fuit sa réalité pour la transformer en voyage interplanétaire voué à l'échec. Pensez à un gamin qui construirait une fusée en carton et s'envolerait avec son imagination.

Embryonic est un disque dense, musicalement riche et débordant d'idées toutes plus décousues les unes que les autres et est, de fait, peu évident à suivre. En jouant hors-cadre et en laissant libre cours à l'imagination, il offre une vision hallucinée qui condense la tristesse la plus profonde et un désir maladif de passer outre. Par la même occasion, c'est une chance pour l'auditeur d'écouter un disque et d'apercevoir, en filigrane, ce qui peut animer tout artiste sincère.

A écouter : en entier.