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Biographie

Tera Melos

A Roseville, dans la banlieue de Sacramento (Californie, USA), Tera Melos se forme en 2004 sous l’impulsion de Nick, Nathan et Jeff Worms (guitare) qui se lassent des groupes punk et hardcore dans lesquels ils jouent (No Regard, The Hoods, Stabbed in the Throat…) Rapidement, Jeff fait la connaisseur d’un batteur au doux nom de Vince Rogers lors d’un cours de jazz impro. Ce dernier n’est pas très emballé par l’idée de jouer dans un groupe punk ; il accepte néanmoins de répéter une paire de fois et très vite il devient clair que Tera Melos ne fera pas du punk.

Le quatuor se met alors à la recherche d’un chanteur, sans succès : le projet sera donc instrumental.

Les premiers concerts étendent sans peine la popularité du groupe qui se fait très vite connaître pour ses prestations aussi excentriques qu’énergiques. Après quelques collisions ensanglantées involontaires avec des membres du public, le label de la région Springman est curieux de voir le phénomène qui a déjà ouvert pour The Locust, Planes Mistaken For Stars, These Arms Are Snakes, Big Business, Oxes, Desert City Soundtrack, Bear Vs. Shark et, conquis, le signe pour deux opus. Le premier, Untitled, est lâché le 04 octobre ’05 ; il connaît un certain succès et plusieurs pressages.

En 2006, le quatuor en est déjà à son centième concert et deuxième van quand Jeff lâche la tâche et réduit le combo au trio : Nick Reinhart gèrera dès lors seul la guitare et la partie électronique en concert.
Il est temps de repartir à la conquête de titres et Tera Melos sort le 10’ (vinyl) de Drugs to the Dear Youth (il sera réédité en CD au mois de septembre par Sargent House). Les premières grosses tournées s’offrent à eux avec notamment, début ’07, un plateau avec The Fall of Troy, Portugal. The Man et Damiera, suivi d'une tournée US en compagnie de Heavy Heavy Low Low. Pendant ce temps là ils continuent à composer  et Temporary Residence édite en novembre ’07 un split CD avec By the End of Tonight qu’ils promouvront sur les routes en janvier ’08 aux côtés de Finch, puis Them Hills et enfin normalement en avril / mai avec leurs copains de The Fall of Troy, The Dear Hunter, et Foxy Shazam.

Les californiens reviennent en 2010 avec un deuxième album sous le coude, Patagonian Rats, imprégné de sonorités pop, en particulier dans le chant de Reinhart, également équipé d'un nouveau batteur en la personne de John Clardy arrivé deux ans avant la sortie. Trois ans plus tard sort X'ed Out, avec un line-up stabilisé, dans la continuité du précédent disque. Il faudra alors patienter quatre ans pour voir débarquer le quatrième long, Trash Generator, toujours abrité par Sargent House.

Trash Generator ( 2017 )

Gros bouffeur de planches, le trio californien a tout de même réussi à nous pondre un quatrième long format en 2017, respectant le cahier des charges administré par lui-même depuis 2005 et un éponyme tout à fait euphorisant. Trash Generator perpétue en effet le mouvement d’un rock délicatement pété, musicalement libertaire.

Quatre ans plus tôt X’ed Out nous trimballait sur les chemins accidentés d’une pop matheuse faussement aguicheuse, farcie de chausse-trappes prog/jazz, pas toujours hyper inspirée, trahissant une composition peut-être un poil bâclée, contenant néanmoins son lot de pépites telles que Bite ou Sunburn. Le Générateur d’Ordures apparaît davantage pensé, construit, que son grand frère bordélique, dévoilant au passage des aspects plus enclins à une forme de retour à la violence bienvenue et aux sonorités synthétiques pertinemment intégrées.

La voix continue à investir la clarté de son espace, exposant des velléités pop déphasées, idéalement agencées ici, tandis que la guitare demeure toujours aussi épileptique, aussi démente que technique. La batterie s’affirme par un dosage encore plus précis, s’éloignant de fait des roulements sans fin à la Hella, et puis cette basse clinquante aussi concassée que le reste, s’accommodant de toutes les variations. Alors que Trash Generator nous installe en terrain connu, entre pop mathy et rock désabusé, Dyer Ln dévie d’une trajectoire déjà déviante par des incursions de grosse caisse doublement frappée, le très fameux Men’s Shirt propose un bonbon estival au refrain entêtant, cependant porté par une délicieuse étrangeté continuelle, ou encore A Universal Gonk investi de saturations et de saxophone, où chaque contretemps devient une évidence, sans occulter ce riff de l’enfer sur Drawing. Certains passages vocaux mélodiques et délirants évoqueront avec plaisir celles du Error 500 de Mutation (Dyer Ln, Like a Dewclaw, etc), tandis que l’entièreté du disque est enrobée d’une sensibilité keupon réaffirmée.

Il fallait bien quatre années à Tera Melos pour accoucher d’un dernier album aussi brillamment achalandé, mariant ses styles de prédilections en un bain de cohérence exacerbée, prenant soin de conserver le caractère casse-gueule de son écriture. Trash Generator prend le contre-pied de son titre et peut dès lors se targuer d’être le disque le plus abouti et le plus mesuré – voire même le plus accessible – des gars de Sacramento, qui n’ont absolument rien paumé de leur douce folie.

A écouter : en sortant les poubelles.

Complex Full of Phantoms - Split w/ By The End Of Tonight ( 2007 )

By the End of Tonight ouvre le bal et d’emblée une chose est sûre : le quart d’heure qui va suivre ne sera pas de tout repos. Oublions la tête de gondole Don Caballero, ici on est bien plus nerveux et agité, on a le sang qui boue au bord de la crise d’épilepsie, et on aime ça… Et pourtant on cache une sensibilité qui se matérialise en mélodies aussi quintessenciées que raffinées. On ajoute même une couche veloutée, fuligineuse, sur l’accalmie "Cold Hands" (un penchant que certains membres développent davantage dans The Ghost Machine).
Tout en verve, en empruntant autant à l’indie qu’au post hardcore, les Texans déroulent avec ingéniosité (et parfois finesse) leur musique alambiquée.

D’alambiqué à tarabiscoté il n’y a qu’un pas, que franchit intrépidement Tera Melos en se contorsionnant à coups de grand écarts. Encore plus tranchants que leurs acolytes du Sud, les Californiens font un usage plus extensif de coupures électroniques intrusives ("Party With Tina"), d’envolées au tapping et autres changements de rythmes acrobatiques à la Fall of Troy.
Là aussi un temps mort tirant presque vers le shoegaze brumeux ("Melody 9") vient stopper la course effrénée d’un groupe qui sait néanmoins se poser le temps de poser quelques lignes de chant discrètes et autres coups de trompette ("Party With Tina") pour se rapprocher d'un Sleeping People.

Difficile de conclure sans rendre hommage aux batteurs des deux groupes qui mènent leur barque en finesse (une formation jazzy ça aide forcément) et organisent ce foutoir musical surchargé dans la joie et l’allégresse.
La qualité est donc au rendez vous, une fois de plus Temporary Residence (Envy, Explosions in the Sky, Maserati, Mono, Miss Violetta Beauregarde...) ne s’y est pas trompé.

Ecouter "Last Smile for Jason" et "Party With Tina" par Tera Melos (ici).
                "Philthy Collins" par By the End of Tonight ().

A écouter : By the End of Tonight: "Elvis Never Didn't Die" / Tera Melos: "Last Smile for Jason"