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Biographie

Sylvain Chauveau

Né en 1971, à Bayonne, Sylvain Chauveau est arrivé à pas feutré sur la scène classique/minimaliste française au début des années 2000 avec un premier disque remarqué, ne serait-ce que par son titre : Le livre noir du capitalisme. Depuis, Chauveau a composé diverses pièces pour bandes originales et multiplié les efforts en solo, qu'ils soient distribués chez Type Records, FatCat ou Nature Bliss.

Insatiable, le musicien a également participé ou initié d'autres projets parallèles, parmi lesquels Arca (avec Joan Cambon), pour un résultat plus rock, Ensemble 0 pour des effets plus expérimentaux ou encore On, dans la poursuite de visées minimalistes.

Chronique

14.5 / 20
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Singular Forms (Sometimes Repeated) ( 2010 )

Pour qui écoutera la cuvée 2010 de Sylvain Chauveau, le contrepied avec ses précédentes œuvres, et notamment la longue improvisation au piano, Touching Down Lightly (2009), sera évident. Pas tant dans les formes uniques (parfois répétées) que prend le disque, mais dans la façon d'aborder ce dernier. Pour une approche plus "classique", le nouveau disque de On (duo que Chauveau forme avec Steven Hess (Pan American), et qui œuvre dans un registre encore plus minimal) est le prolongement logique du travail de l'artiste depuis son Livre noir du capitalisme (2000). On vous engagera d'autant plus à aller jeter une oreille sur ce Something That Has Form And Something That Has Not que c'est Fennesz qui s'est occupé du mixage. Mais c'est une autre histoire qui a plus à voir avec le name dropping de la crème electro qu'autre chose.

Sur ce Singular Forms (Sometimes Repeated), il faudra plutôt invoquer Depeche Mode, et l'album de reprises que Sylvain Chauveau a regroupées il y a quelques années, pour entrer dans le concept. Non pas qu'il ait cédé aux sirènes à clavier de la mouvance pop tendance kitsch des années 80; au contraire, c'est plutôt de déconstruction dont il s'agit. From Stone to Cloud et Show The Clear And Lonely Way, les deux titres d'ouverture qui ne forment qu'une longue pièce, jouent sur l'économie des effets et le soupesage de notes. Dessus, la voix de Chauveau, monotone, se pose, rebondit lascivement. Les vocaux, chez le français, c'est quelque chose que l'on n'avait pas entendu depuis son album de reprises de DM, justement. L'effet, décalé, est immédiat : Sylvain Chauveau bâtit sa propre idée d'une "chanson", à savoir un long errement fait de piano et/ou de bruitages discrets (la minimaliste The Unbroken Line), sans mélodie, sans structure apparente. Un espace noir où résonne une voix nue, entrecoupée de silences qui font autant corps que les notes distribuées au compte-goutte. Ironiquement, Complexity of The Simple apparaît alors comme presque surchargée avec son dialogue piano / glockenspiel en escalade, au sein d'une ambiance glaciale.

Craquements, claquements, grincements et courants d'air façonnent Singular Forms... de telle manière que le disque ne puisse s'appréhender immédiatement. La coupure brutale, au milieu de Slowburner (With Stillness) est lourde de sens; elle semble répondre à une démarche qui rappellera quelque part le 4'33" de John Cage. On y tend l'oreille pour percevoir le mouvement. De la même façon, on plisse les yeux pour percevoir une forme sur la pochette de l'album. Si elle n'y est pas, on l'invente, on l'efface et on la redessine. Dans l'idée, la musique de Chauveau reste insaisissable et, au-delà des mélodies d'avant-plan, c'est ce qui les entoure et la perception que l'auditeur en a qui les rend unique et en constante évolution. Passé le simple exercice de l'homme face à son piano, le soin apporté aux compositions et le travail délicat sur les effets sont palpables tout au long du disque. En témoigne la superbe Cloud of Dust qui ménage son ambiance avant l'arrivée du chant, relégué ici au second plan.

De fait, Singular Forms... est l'album pop de Sylvain Chauveau, celui qui ne sortira jamais, et dont les idées restent volontairement à l'état brut, troquant la facilité des mélodies contre une réflexion honnête plus profonde sur la consistance de la musique. Avec, en arrière-plan, toujours un travail d'orfèvre aux écoutes multiples malgré l'appréhension première qu'il pourra laisser.

A écouter : puis à discuter