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Biographie

Sumac

Aaron Turner est un homme très occupé et ce malgré la séparation d'Isis et la fermeture de son label Hydra Head Records. Lorsqu'il ne compose pas aux côtés de Nate Newton (Converge), Caleb Scofield (Cave In) ou Faith Coloccia (Mamiffer), celui-ci est sans cesse en quête de nouveaux horizons.
Il croise ainsi sur sa route Nick Yacyshyn, Canadien de naissance et batteur de profession dans la formation Baptists. De cette rencontre né Sumac en 2014. Le duo sera également rejoint lors des sessions studio par Brian Cook (Russian Circles). La sortie d'un premier album intitulé The Deal est rapidement annoncée tout comme la signature du groupe chez Profound Lore Records la même année.

17 / 20
1 commentaire (16.5/20).
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Love In Shadow ( 2019 )

Compostant sans cesse des miasmatiques effluves du présent excité les omniprésents relents suintant du passé révolu, surfant en ballerines trouées sur les pentes abrasives et molles d'un sludge expérimental en perpétuelle extinction, célébrant goulûment les noces rebelles les plus imprévisibles, Sumac poursuit son chemin. Encore. Parti d'un ailleurs connu de tous, le trio continue de défricher des sentiers menant quelque part. Où ? Qu'importe car quelquefois le chemin est vraiment plus important que le but à atteindre, et, alors que sort Love In Shadow, troisième album de la désormais nouvelle bande d'Aaron Turner, l'on se dit que le trajet vaut le détour... Et si le chemin est si important, c'est que, après avoir doucement testé quelques impromptues digressions rythmiques sur What One Becomes (réécoutez Clutch Of Oblivion) et lors de la tournée qui s'en suivit, après avoir complètement lâché les chevaux lors d'une étourdissante et improbable jam-session en compagnie de Keiji Haino en février dernier (American Dollar Bill), Sumac revient, paré de cette fébrile impression d'avoir trouvé non pas l'ultime destination, mais les moyens artistiques d'y accéder. Un jour.

Ce troisième album a la forme et les dimensions d'un monolithe instable. Quatre longs titres pour plus d'une heure d'idées. Plus d'une heure d'audace. C'est qu'il en fallait des cojones pour partir de quelques idées compositionnelles et réaliser, in fine, un bloc, un monolithe cohérent. Entre les deux, entre les intuitions et la somme finale, l'improvisation ; sous toutes ses formes.

Légère et angoissante sur The Task lorsqu'après 6'30'' d'une longue intro sludge classique, un court silence marque le début des pérégrinations sonores hasardeuses : Turner effleure quatre ou cinq notes (d'une gamme pentatonique que l'on a quelquefois l'impression de redécouvrir, littéralement) sur sa guitare, fait traîner quelques réverb's bien goûtées avant d'être rejoint par la basse et les drums qui finissent par relancer le moteur et rouvrir l'espace pour les vocaux. Dépouillée et jazzy sur le même titre, lorsqu'entre les minutes 13 et 18, la guitare digresse joliment tandis que les lourds coups de Nick Yacyshyn tiennent le tempo avant de laisser la place, jusqu'à la fin des 21'32'' de ce nouveau miracle musical, à une séraphique ligne d'orgue interprétée par Faith Coloccia. Lourde et noisy, entre les minutes 4 et 8 de Attis' Blade, lorsque guitare et batterie farfouillent aux confins du harsh noise. Boueuse et saturée pendant les quatre premières minutes puis entre les minutes 7 et 12 de Ecstasy Of Unbecoming. Brave et miraculeuse enfin sur Arcing Silver entre les minutes 7 et 10 lorsque Aaron Turner, seul avec sa gratte, hypnotise le vent et le brouillard.

Love In Shadow est un album d'une classe inouïe, qui réinvente le sludge en lui infusant le génie du krautrock et du free-jazz ; un album gras, épais, capté par Kurt Ballou en condition live et mixé « plat » pour laisser exploser la basse de Brian Cook et dominer, enfin, la batterie de Nick Yacyshyn. Un album brillant sur 360°, aux compositions équilibrées à l'extrême, entre travail en trio, silence et improvisation. Le Sumac 3.0 est arrivé.

Et puisque Love In Shadow parle d'amour, sous toutes ses formes, du beau et du minable, du vaporeux et du timide, du vaseliné et du sauvage, du scotomisé et du fuyant, du libre et du tordu, du vertueux et du haineux, et puisque le philosophe nous enseigne que l'amour pourrait sublimer l'espace temps et le pourfendre de part en part, alors l'on peut se prendre à rêver, en songeant à l'os de tibia du 2001 de Kubrick, disparaissant dans les airs pour réapparaître, dans un plan enchaîné, plusieurs milliers d'années plus tard sous les « traits » d'un engin spatial, que c'est ici le Dieu Aaron qui a gratté quelques cordes pour raconter l'amour et transcender les mondes et les siècles…



Lorsque l'on a aligné toutes les expressions, tous les mots généralement accolés à la description d'un chef-d’œuvre, il ne reste plus rien à écrire. Alors on peut gueuler : Kamoulox !

American Dollar Bill - Keep Facing Sideways, You're Too Hideous To Look At Face On / Collaboration avec Keiji Haino ( 2018 )

Tour à tour régleur de boussole de Isis, agitateur des boues de dragage de Old Man Gloom, étireur des notes suspendues de House of Low Culture, allongeur des rythmes éthérés de Mamiffer, collecteur des sons improbables de Lotus Eaters ou des fréquences spectrales de Drawing Voices, épaississeur d'ambiance de Thalassa ou vrombisseur (oui, ok... et alors?) des cordes de Sumac, en même temps patron de maison de disque (feu Hydrahead, Sige), arrangeur, producteur, graphiste et donneur d'envie d'envisager à nouveau le support cd (si si, allez voir les cd sleeves grands formats carrés du « A small turn of human kindness » de Harvey Milk ou du « Planets of old » de Cave In), et alors qu'il vient tout juste de célébrer son quarantième anniversaire, Aaron Turner continue de donner l'impression qu'il a déjà vécu de nombreuses vies d'artiste. Et quelque chose nous dit qu'il n'est pas près de mettre fin à ses audacieuses pérégrinations.
Alors lorsque Sumac, son projet central depuis 2015, celui avec lequel il enregistre et tourne le plus, rencontre Keiji Haino, légende dépositaire depuis les années 70 d'une contre-culture à lui tout seul, cela donne une collaboration aussi inattendue que détonante : American Dollar Bill – Keep Facing Sideways, You're Too Hideous To Look At Face On ou soixante-sept minutes d'improvisation pure et sauvage, divisées en cinq titres provocateurs.
Multi-instrumentiste sexagénaire ayant collaboré avec tous les musiciens les plus fondus du monde, de Brotzmann à Zorn, de Merzbow à O'Malley et ayant expérimenté dans sa longue discographie les styles les plus hétéroclites, Keiji Haino joue de la flûte sur American Dollar Bill, pose quelques plages de guitares et prête sa voix sur trois titres. Le résultat est fascinant. Les vocaux de la légende japonaise résonnent comme un croisement génétiquement trafiqué entre les cris orgasmiques de Irène Papas sur ∞ (Aphrodite's Child666) et le chant sous influence fongique de Damo Suzuki sur les meilleurs albums de Can (Peking O sur Tago Mago par exemple)... Can... la référence est lâchée... On ne pourra pas ignorer que American Dollar Bill sonne comme un hommage « post-moderne » au mythique groupe allemand et, par-delà, au krautrock et à ses délires hypnotiques improvisés. Un hommage à peine travesti par les géniales sonorités « post-tout » de Sumac ; de la lourdeur diaphane avec flûte de l'intro du premier titre au vortex noisy et épais de I am over 137% a love junkie and still it's not enough Part 1&2, le trio américain donne ici à entendre une magistrale aventure sonore et prouve que leurs augures musicales gravitent déjà ailleurs et autrement.
« Autrement » car, malgré les vocaux de Keiji Haino, imprévisibles et déroutants, la vrai valeur ajoutée de cet album collaboration réside dans l'incroyable inspiration des deux titres instrumentaux – What Have I Done (Part 1&2) - où les cordes de la basse de Brian Cook (ex-Botch, Russian Circles) tempêtent comme rarement (merci à Kurt Ballou qui a mixé tout ça) et où les drums de Nick Yacyshyn (Baptists), libérés par le contexte de l'improvisation, colonisent l'espace pour oser les rythmes et les breaks les plus incroyables. Quant à Aaron Turner, il profite de l'occasion pour livrer les miscellanées de son audacieuse œuvre guitaristique... Une pure démonstration !
American Dollar Bill est un album essentiel car inattendu ; urgent car intemporel. Si cet album a dévoilé l'évolution future de Sumac, on se réjouit d'avance.

PS : Réécoutez Can. Encore. Toujours.

A écouter : What Have I done... et tout le reste.
11.5 / 20
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The Deal ( 2015 )

Est-il besoin de présenter à nouveau Aaron Turner (Isis, Old Man Gloom, Mamiffer, Lotus Eaters, House Of Low Culture...) ? Son curriculum vitæ parle de lui-même. Musicien, chanteur, graphiste et fondateur des labels Hydra Head et SIGE Records, cet artiste accompli est l'un des plus difficiles à suivre de par son actualité chargée. Pour son nouveau projet en date du nom de Sumac, Aaron s'est adjoint les services du batteur Nick Yacyshyn (Baptists) ainsi que la participation auxiliaire de Brian Cook (Russian Circles, Botch) afin d’enregistrer les pistes de basses de The Deal, leur premier album. En voilà une carte de visite pour le moins alléchante.

Pourtant, il est difficile de ne pas penser à OMG à l'écoute de cet album qui sonne d'une manière tout à fait caractéristique. Cette volonté de faire s'aligner Sludge et Noise a toujours été une des nombreuses marques de fabrique de l'ex-frontman d'Isis, avec sa patte rauque reconnaissable. Et c'est bien là le problème car à aucun moment Sumac n'a le mérite de surprendre l'auditeur. Riffing monochrome, répétitions indigestes, longueurs qui auraient tendance à faire piquer du nez tout comme ces ambiances en fin de titres qui n'en finissent pas (The Deal)... Il semblerait que cette nouvelle formation soit davantage un prétexte à user le stock d'idées non retenues durant l'enregistrement de The Ape Of God qu'à une véritable expérimentation sonore digne d’intérêt à ajouter à la liste de Turner.
Une fois passés l'intro drone vibrante et l'outro bruitiste, pistes aussi interchangeables qu'inutiles, et la durée surévaluée des morceaux qui mériteraient une découpe approfondie en plusieurs sous-parties, que reste-t-il ? Et bien pas grand-chose. Évidemment ça tabasse fort et on en prend plein la tronche, mais l'album n'offre guère plus. Yacyshyn se démène tant bien que mal pour maintenir attentif l'auditeur et y parvient par moments en proposant un martèlement de ses fûts aussi technique qu'inventif qui sait se mêler aux riffs répétitifs d'Aaron (Hollow King).

Malgré une production colossale, la première écoute nous laisse avec un sentiment d'incompréhension. Impossible de savoir ce qu'il vient de se produire dans nos tympans car aucun message ni aucune âme ne semble se dégager de The Deal, et la chute est d'autant plus grande que les attentes étaient élevées autour de cette nouvelle "superformation".
Après les brillants The Ape Of God d'Old Man Gloom et Statu Nascendi de Mamiffer, on pouvait s'attendre au retour d'un de ses nombreux projets ou à un certain compromis entre ces récentes sorties. Aaron Turner en a décidé autrement. Il n'est malheureusement pas toujours possible de retrouver la complicité de composition de Nate Newton (Converge, Doomriders...) ou Stephen O'Malley (Sunn O))), Khanate...) chez n'importe quel musicien décidé à élaborer un nouveau groupe.

A écouter : Blight's End Angel