Biographie

Sufjan Stevens

Sufjan Stevens, né le 1er juillet 1975 à Détroit, est l’un des artistes les plus réputés dans le domaine de la musique indépendante.
Multi instrumentiste reconnu, il expose au monde, depuis le début des années 2000, des œuvres particulièrement travaillées, n’ayant pas peur de se frotter aux albums conceptuels. Michigan en 2003 ou Illinois en 2005 en sont de bons exemples.
Particulièrement productif jusqu’au milieux des années 2000, avec presque un album par an, Sufjan Stevens ralentit le tempo par la suite.
Après des soucis personnels, notamment le décès de sa mère, il sort en 2015 après cinq années d’absence Carrie&Lowell, véritable profession de foi vers une intimité à fleur de peau.

Chronique

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11 commentaires (18/20).
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Carrie & Lowell ( 2015 )

Les choses les plus simples sont parfois les meilleures. Sufjan Stevens, cinq ans après The Age of Adz, l’a parfaitement intégré. Avec son huitième album, Carrie&Lowell, l’américain originaire de Détroit nous plonge avec panache dans son intimité la plus sensible, le cœur à vif et l’humanité acérée. Retour sur un album d’une rare beauté.

Sufjan Stevens, s’il est une icône outre atlantique, ne peut se targuer du même statut en nos chères contrées. Avec des albums devenus cultes, tels que Michigan (2003) et surtout Illinois (2005), l’artiste surdoué est de nature discrète, se révélant peu aux hordes médiatiques aujourd’hui prêtes à faire de la perte d’un poil pubien un scoop planétaire.  
A l’écart du remous, Sufjan Stevens fait ce qu’il veut, quand il veut. C’est avec ce même esprit libertaire qu’après les élucubrations électriques de The Age of Adz, il se permet de revenir vers nous avec onze titres hors du temps, ou plutôt hors des temps.
Profondément meurtri par le décès de sa mère suite à un cancer il y a quelques années, Carrie & Lowell semble faire figure d’album-thérapie pour l’Américain. Il y dévoile sans aucun filtre la douce noirceur d’une âme tourmentée par une jeunesse passée sur le fil de l’équilibriste. Tel le médecin dans Les Fraises Sauvages d’Ingmar Bergman qui retrouve son passé par l’odeur de ces fameuses fraises, Sufjan Stevens hume le présent pour mieux revisiter et narrer les éléments qui ont forgé ce qu’il est aujourd’hui. De son éducation rigoureusement religieuse à ses questionnements philosophiques de petit garçon qui s’éveille à la vie, l’artiste se recroqueville et se livre. Par sa voix délicate et susurrée, il nous glisse à l’oreille la fragilité de son être, comme si l’auditeur pouvait, d’une oreille discrète et sournoise, s’introduire au confessionnel et y dérober ces instants privilégiés.

Pour parvenir à ses fins, Sufjan Stevens dessine à dessein les contours d’une intériorité bouleversante. Dénué d’orchestrations ou d’extravagances, l’album se construit pas à pas avec la simplicité des éléments : piano, guitare, voix. Le déchirant Fourth of July, qui répète à qui veut l’entendre que nous allons tous mourir, le très pop Should Have Knwon Better, le grisant titre éponyme : tous mettent en relief la beauté épurée de Carrie & Lowell. La simplicité n’est toutefois qu’apparente tant les morceaux sont travaillés, parés de mélodies imparables et surtout de ces nappes électroniques qui englobent l’auditeur. Confortablement installé, ce dernier n’a d’autre choix que de se laisser porter par ces histoires de vie, qui, même si très personnelles, émeuvent et nous rappellent nos propres tourments d’une jeunesse jamais totalement oubliée. Toujours là, au quotidien, elle nous accompagne, elle qui a forgé ce que nous sommes, au gré des joies, des frustrations, des découvertes et des drames. La pochette arbore la photo jaunie de sa mère et de son beau-père, les regards fuyants. Moment volé d’un instant figé, les vestiges du temps s’ajoutent pourtant et cisèlent la photographie, analogie de la marche impitoyable du nombre des années et du terminus qui attend chaque voyageur.
C’est étonnamment avec le sourire que l’on ressort de l’écoute. Un sourire bienveillant tant l’effet est cathartique, chacun étant en capacité d’apposer sur les cordes délicates du musicien ses propres films d’enfance cisaillés par l’oubli.

Une fois la dernière note retentie, le cœur est gonflé et l’âme guérie. Carrie & Lowell est le conciliateur de la multiplicité des masques qui nous composent. Un regard vif et désarmant dans le rétroviseur d’une vie qui, inéluctablement, suit son cours. Un disque dont l’humanité sincère et primaire ne peut laisser de marbre.

A écouter : Beaucoup.