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Biographie

Solefald

Solefald voit le jour en 1995 à Oslo (Norvège) de l'initiative d'un duo de têtes pensantes Cornelius Jakhelln et Lars A. Nedland. A l'origine plutôt issu des sphères Black Metal, le projet va rapidement se démarquer de la masse, dès son premier album, The Linear Scaffold en 1997, pour ne plus jamais rentrer dans le rang, incorporant allègrement éléments progressifs, jazz, folkloriques ou encore électroniques à leur Metal. Quinze ans plus tard la feu de l'expérimentation semble toujours les habiter alors que sort en Novembre 2010 leur septième album : Norrøn Livskunst. Après ce dernier, hiatus de quatre ans pour le groupe qui ne lâche finalement qu'un simple ep en 2014 (Norrønasongen - Kosmopolis Nord) essentiellement acoustique. L'objet n'est en réalité qu'une mise en bouche à l'album complémentaire qui suit l'année d'après, World Metal - Kosmopolis Sud, sorti chez Indie Recordings.

16.5 / 20
2 commentaires (16.75/20).
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World Metal. Kosmopolis Sud ( 2015 )

Solefald est le genre de groupes avec qui il faut savoir s'attendre à tout. Suite logique de l'EP assez moyen sorti en 2014 qui avait relégué les grosses guitares au placard, World Metal-Kosmopolis Sud nous emmène faire un tour dans les contrées australes. Vision personnelle de l'exotisme de deux illuminés norvégiens.

Dès World Music With Black Edges et ses premières notes de piano sautillantes, on sent que Solefald est déterminé à nous transporter loin de son grand Nord natal. L'expérience s'annonce colorée et dépaysante, parsemée de mouvements et de cassures au fil des titres. Pas question de s'ennuyer car le duo ne se refuse rien parmi les instruments dont il dispose : le traditionnel attirail Metal bien entendu mais aussi un kalimba, une guitare venue du Zanzibar ou encore pas mal d'incursions électroniques. On pourrait croire à un bordel sans nom mais ce serait sous-estimer Lars et Cornelius qui livrent ici un opéra carnavalesque impressionnant. Il n'y a qu'à se laisser happer par ces voix haut perchées et ces orchestrations délurées pour entrer dans cet album aussi facile d'accès qu'élaboré. Même le titre sans doute le moins cérébral de la tracklist (Bububu Bad Beuys) fait son effet lui aussi, porté par des onomatopées répétitives (rappelant System Of A Down) et des percussions survoltées. Comme sur l'ensemble des morceaux, l'énergie est contagieuse et le génie musical présent en permanence; Solefald y place des vocalises harmonieuses donnant du crédit à cet hybride Techno/musique tribale. 
En dépit de pas mal de séquences foutraques, les Norvégiens n'en oublient pas la beauté et la grandeur qu'ils maîtrisent tant. Comme quand résonnent les chœurs de The Germanic Entity lors d'un passage élévateur et épique, précédant un nouveau mouvement proche de l'Indus. De leur côté, l'endeuillé String The Bow Of Sorrow et Oslo Melancholy ne manquent pas de refermer sur une note plus sombre ce deuxième chapitre des Kosmopolis

Ambitieux jusqu'au bout, le groupe brasse large jusque dans ses paroles. A la lecture de celles-ci, on réalise à quel point l'inspiration est puissante et étendue. Au choix entre l'anglais, le français, le norvégien, ou quelques bribes d'allemand, les textes chantent les grands événements du 20e siècle (Future Universal Histories), déplorent l'attaque meurtrière d'Anders Breivik (2011 Or A Knight Of The Fail) ou louent Le Soleil apostrophé dans la langue de Molière. Ce dernier morceau permet d'apprécier pleinement la poésie déclamée à cet « assassin  des couleurs » par un ton grave perdu au beau milieu d'envolées majestueuses. Souvent énigmatiques, les vers sont ici aussi presque aussi capitaux que les notes qui les accompagnent pour espérer approcher l'essence de Kosmopolis Sud. A l'image de la musique, la plume est en constant va et viens entre histoires personnelles, Histoire nationale et mondiale, servie par des musiciens ayant le goût du théâtral et de l'avant-gardisme. 

Bien qu'à ranger parmi les plus grandes prouesses de Solefald, difficile d'être exhaustif avec un tel ovni qui peut s'apprécier de manière très immédiate musicalement mais demeurer encore bien mystérieux après de nombreuses écoutes, le booklet sous les yeux. Affichant un spectre sonore très large, cet opus a la saveur des œuvres ouvertes à l'interprétation qui ébahissent par leur apparente bizarrerie mais qui nous laissent pensif et perplexe pour longtemps.

A écouter : World Music With Black Edges, Le Soleil
15 / 20
3 commentaires (15.17/20).
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Norrøn Livskunst ( 2010 )

Solefald est une formation aux visages multiples, Black  ambitieux puis foutraque et avant-gardiste (The Linear Scaffold / Neonism), Rock/Heavy puis Prog à l'ancienne comme moderne dans le moindre de ses recoins (Pills Against The Ageless Ills / In Harmonia Universali) ou viking, traditionnel et transgressif (les deux parties de leur Icelandic Odyssey) par intermittence. Cette liberté de ton, gagnée de haute lutte envers et contre les codes de leur famille d'origine, leur a toujours réservé une place à part sur l'échiquier Norvégien pourtant moins avare en bizarreries et bifurcations stylistiques que l’on se plait à le croire. De Darkthrone à Burzum ou encore Ulver et Enslaved sans oublier Emperor, les figures slaves emblématiques du panda-Metal national et international nous ont habitué à des revirements discographiques et explorations souvent un peu à leur image: radicaux.

Cette capacité à contrebraquer est précisément ce qui caractérise l'association de Cornelius Jakhelln et Lars A. Nedland, les deux hommes l'ayant érigé en véritable leitmotiv. Une instabilité savamment entretenue comme une marque de fabrique, aussi paradoxaux ces incessants changements d'identité puissent-t-ils paraître. Intenables, en renouvellement permanent, ils n'ont jamais vraiment su, pu ou même désiré faire partie de la bande. Leur ancienneté le leur aurait permis. Leur (vision de la) musique les en a toujours tenu à l'écart. Car on ne sait jamais vraiment à quoi s'attendre lorsqu'un nouveau Solefald sort des studios, si ce n'est à quelque chose d'"autre" qui ne fera que prolonger l'épopée solitaire des deux Osloïtes aux confins des genres. Norrøn Livskunst c'est cela, une nouvelle fois. Mais pas une fois de plus, donc.

Peut être un peu moins sophistiqué qu'au coeur de ses années les plus fastes, Solefald se montre aujourd'hui direct, décomplexé, quitte à déplaire. Non pas que la formation norvégienne ait cultivé quelconque complexe ou science de la retenue et du compromis jusqu'à présent, loin de là, mais il apparaît évident qu'on l'a connue plus ambitieuse dans ses envies de renouvellement, même si le résultat n'a pas toujours été pleinement au rendez vous (Black for Death, par exemple). Cornelius et Lazare font entrer leur création dans un univers à la fois plus difficilement identifiable et étrangement familier, sorte de condensé de 15 ans d'explorations où riffing métallique dur et mélodies épiques croisent le fer avec discrets ovnis électroniques, grandiloquence dramatique et clavier vintage passé au filtre sci-fi. Faute d'évolution, le groupe semble faire le point.
Le travail sur le double chant, si atypique, toujours présent, se fait plus discret au profit des guitares, tranchantes, auxquelles un traitement tout particulier a été apporté (Hugferdi, Raudedauden), le saxophone et les montées vers l'embrasement metallique font leur retour (l'enchainement Eukalyptustreet / Raudedauden, véritable tournant du disque), quelques étrangetés avérées désarçonnent durant un bon paquet d'écoutes (Tittentattenteksti feat. Crazy Frog Agnete Kjølsrud , Hugferdi qui vous transporterait presque en pleine partie de DoDonPachi), le prog rétrocède du terrain pour laisser la place aux envolées épiques les plus frontales de l'Icelandic Odyssey (Norrøn livskunst). La liste pourrait encore être longue tant, comme à son habitude, Solefald brouille les pistes et entremêle les références pour créer son alliage singulier. Avec Solefald plus qu'avec tout autre groupe, l'écoute s'impose pour (ne pas) saisir l'atmosphère qui émane de leur Metal polymorphe, moderne, passéiste, urbain et folklorique à la volée et s'en imprégner.

Nous avions jusqu'alors connu une multitude de Solefald et n'en garder qu'un, embrassant l'ensemble des facettes abordées par le duo depuis 15 ans, là où un album entier était généralement nécessaire pour les développer présentait le risque d'enfanter une création difforme. Il n'en est pourtant rien quand bien même l'ensemble, tentaculaire et prompt aux revirements (un peu trop) étourdissants, se montrera surement indigeste pour un non initié. L'expérience n'est finalement pas très loin de celle qu'aura pu occasionner la première écoute de Neonism, disque génialement imbitable, en plus accessible, plus puissant, plus mélodique, plus axé sur le riffing et l'efficacité, plus maitrisé - ils ont depuis appris à dompter leur élans - et plus "traditionnel" à la fois. Plus "tout" en somme, mais avec un effet de surprise moindre bien que toujours présent. Une sortie un peu trop pleine et loin d'être leur meilleure création (c'est dire  le niveau des sommets déjà atteints), donc, mais que l'on ne peut s'empêcher de renfourner encore et encore dans le lecteur et d'apprécier au fil des écoutes, même dans ses exagérations les plus borderline. Parce qu'après tout cette musique à part exécutée par une formation à l'ouest n'obéit qu'à une seule logique: la leur. Ce n'est pas encore cette fois que nous la percerons à jour, et tant mieux. L'aventure continue.

A écouter : Heu.. Joker?