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Biographie

Skrew

Skrew sort des caves d'Austin au Texas en 1990, formé par deux éminents acteurs de la scène indus américaine, encore méconnus à l'époque, que sont Andy Grossman et Danny Lohner. Le groupe s'oriente alors vers un metal industriel pas très éloigné de Godflesh et sort son premier album Burning In Water, Drowning In Flame (produit par Al Jourgensen de Ministry) en 1992 chez Metal Blade Records. Danny Lohner quitte ensuite le navire prématurément et s'en va rejoindre Nine Inch Nails, mais Grossman tiens bon et ramène un nouveau claviériste en la personne de Jim Vollentine. Skrew enchaîne alors avec Dusted, publié en 1994 toujours chez Metal Blade. C'est alors au tour du guitariste Mike Robinson de s'en aller, ce qui n'empêche pas les membres restants de pondre Shadow of Doubt en 1996 affirmant des velléités de plus en plus thrash metal, sans vraiment de succès malgré la présence de Bobby Gustafson (ex-Overkill) à la six-cordes.

A peine un an plus loin Grossman parvient à stabiliser sa formation et sort Angel Seed XXIII, album descendu par la critique et largement boudé par le public. Cet échec cuisant engendre la séparation du groupe en 1998. Mais Skrew renaît de ses cendres en 2010, composé d'un line-up partiellement rajeunit autour de Grossman, et sort finalement Universal Immolation en 2014, en autoproduction cette fois et dans une veine clairement plus extrême, ajoutant du death et de la technicité à leur thrash metal indus.

Chronique

Universal Immolation ( 2014 )

Fondé en 1990 par Andy Grossman et Danny Lohner, le Skrew de 2014 a bien changé, conservant tout de même la composante industrielle initiale, quelque peu diluée aujourd’hui sous une lourdeur et une violence thrash/death typiques. Les mouvements de line-up incessants après le départ de Lohner (s’acoquinant avec NIN) qui a suivi la sortie du premier album sont sans doute un début d’explication à cette évolution. Une instabilité continuelle qui a eu raison du groupe, disparaissant des radars après le four critique et commercial Angel Seed XXIII. Mais voilà que le sextet ressurgi des décombres en 2010, Grossman toujours à sa tête, déterminé à casser des nuques avec une brutalité nouvelle. En résulte Universal Immolation, rouleau compresseur metal indus de qualité supérieure, définitivement le meilleur cru de Skrew, travaillé sans pression, bien plus pertinent et habité que ne pouvaient l’être ses prédécesseurs.

Sans doute que la production forcément modernisée (néanmoins DIY) y est pour quelque chose dans la puissance organique qui émane de ce cinquième album, que personne n’attendait vraiment, hormis une poignée d’obscurs chevelus aux traits tirés. Il y a aussi ce bruit de fond, persistant, s’agrippant à nos tympans souillés dès l’entame d’un Rise à la souplesse dub démoniaque, où l’on découvre un chant guttural intense, penchant clairement du côté death de la force, porté par des guitares carnassières et mutantes. Le bruit de fond dissonant est toujours là, prégnant et grinçant, il nous grignote l’esprit au fil des titres, et chacun d’eux est imprégné d’une dimension aussi épique que malsaine, dérangeante, crasseuse. Le morceau éponyme synthétise ces aspects avec finesse, baigné dans un climat contaminé, oppressant. Basse, batterie et guitares ne font plus qu’un au milieu du chaos, produisant de la déflagration pétée de feeling à tour de bras, sans jamais trop en faire. L’équilibre est permanent, y compris dans les instants de furie absolue (Chaos Reigning), tandis que le clavier affirme son omniprésence, responsable d’une atmosphère étouffante à se damner, et donc du bruit de fond cité plus haut, qui restera imprimé sur nos synapses de longues minutes après écoute de l’objet.

Malgré quelques minuscules longueurs (Hijack notamment, un poil indigeste sur la fin), Universal Immolation est la somme d’un retour ambitieux, porteur d’une détermination renouvelée, associée à une certaine démence, probablement engendrée par l’apocalypse, induite ici de manière explicite. Skrew signe au passage - et de loin - son meilleur album. Ce cinquième longue durée sonne comme un nouveau départ, entièrement captivant, et l'on souhaite ardemment que les gars d’Austin ne s’arrêtent pas en si bon chemin.

A écouter : à blinde.