Biographie

Sickoakes

Originaire de la région de Stockolm, le groupe Sickoakes est formé en 1999 par de jeunes musiciens. Après un Cdr (Polyphony) distribué plutôt exclusivement dans son entourage, le groupe sort un split LP avec leurs compatriotes d'Audionom.

Grâce à celui-ci, le label electro anglais Type donne sa chance au combo, qui sort dans un premier temps Wedding Rings & Bullets in the Same Golden Shrine, disque destiné à internet, puis en 2006, son premier véritable album Seawards.

Chronique

16.5 / 20
2 commentaires (14/20).

Seawards ( 2006 )

Loin au nord de notre pays, dans l’air frais et les embruns de la mer baltique, est né Sickoakes. Touché par une grâce dont seuls les groupes en provenance de pays froids (je vous économiserai une énumération fastidieuse et redondante) semblent bénéficier, le jeune ensemble paraît pourtant vouloir rester à part de la cohésion que constituent les groupes non cités ci-dessus. Signé chez Type, label anglais habitué des obscures formations electro, et pratiquant un post-rock relativement éloigné des mièvreries habituelles, le combo se démarque naturellement. Ce n’est pas là un choix, mais plutôt l’innocence d’une formation jeune et à la géométrie atypique, qui pratique sans se soucier, une musique belle et romantique, dite post-rock, mais à sa manière.

Seawards est le premier album des suédois et montre déjà pleinement leur talent. Sept pièces de finesses qui emportent vers un univers intime et réconfortant, pour quasiment une heure d’une douceur diffuse et plaisante. Lancé par des nappes mystérieuses, le disque débute et évolue lentement à travers des mélodies sensuelles et des timbres somptueux. Bientôt se marient agréablement une batterie légère et jazzy, un piano bucolique et une guitare aiguë, entre cris de dauphins et scie musicale, qui retient l’attention et la noie vers le cœur des premières compositions de Seawards. Avec un côté étiré, et des mélopées très répétitives (on peut comprendre l’affiliation avec le label susnommé), les titres de Sickoakes sont très fluides et gracieux. Rarement seulement les évolutions sont brutales et surprenantes, car la plupart du temps, la musique du combo nous porte, arrangée comme des chœurs de mélodies, souvent menées en canon. La richesse du disque vient d’ailleurs de là : ces polyrythmies mélodiques constituées de guitares, piano, glockenspiel, basées sur une base rythmique très sure et régulière, confèrent un aspect très math-rock (sans en être à proprement parler) aux mouvements les plus forts de Seawards (Oceans On Hold). En d’autres occasions, la musique du disque se sépare de tout côté tangible, expérimentant sur des couches sonores ambiantes longues et relaxantes, laissant augurer une suite toujours dans cette veine si douce.
Parfois abstraite, souvent palpable la musique de Sickoakes sait se faire patiente, longue et récurrente, installant un climat de confiance entre l’auditeur et les musiciens. Et même si malgré elle, les chansons de l’ensemble tombent parfois dans des ambiances très similaires à leurs comparses canadiens ou islandais, la variété de celles-ci et la manière de passer de l’une à l’autre oeuvrent vraiment pour une authenticité et une démarche intègre. Que ce soient les chaleureux cuivres ou les tristes cordes qui viennent habiter l’enregistrement, le travail électronique au niveau des samples et de la programmation ou le cœur même des complaintes de Seawards, le tout renvoie à une homogénéité surprenante pour un groupe si inexpérimenté.


Sickoakes nous vient du froid, et pourrait faire partie de cette scène post-rock qui enchante tout en inquiétant, émerveille tout en laissant des frissons dans tout le corps. Malgré cela, le groupe fait chaud au cœur, par son originalité et sa marginalité si précieuse peut-être, mais surtout par l’immersion que procure sa douce musique, utilisant à bon escient et sans abus celle que d’autres auraient pu engendrer ou plagier. Sickoakes restera peut-être dans l’ombre de la scène rock, mais on ne lui enlèvera pas le fruit de son travail intelligent, cohérant et personnel. Seawards est un subtil bonbon qui fond sous la langue, redonne du baume au cœur et fait naître un sourire au coin de la bouche, et accessoirement l’une des meilleures sorties post-rock de l’année.

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