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Biographie

Shearwater

  Shearwater est en réalité le side-project de deux membres du groupe texan Okkervil River. Il se forme donc en 2001 sous l’impulsion de l’étudiant en ornithologie Jonathan Meiburg (le nom de la formation est aussi le nom d’un oiseau) et de Will Sheff. Rejoint dans la foulée par la bassiste Kim Burke (ex-femme de Meiburg) et le batteur Thor Harris, Shearwater sort déjà son premier album,  The Dissolving Room, que l’on compare dès lors à Low ou Will Oldham. Le quatuor enchaîne très rapidement avec Everybody Makes Mistakes en 2002, avant qu’il n’enregistre l’arrivée d’un nouveau membre, à savoir le multi instrumentiste Howard Draper.
  Les texans accompagnent ensuite Blonde Redhead et Mountain Goats en tournée avant de replonger en studio afin de façonner l’acclamé Winged Life sorti en 2004. Il s’essaieront ensuite à l’exercice de l’EP avec Thieves en 2005 qui précèdera de quelques mois leur quatrième album, Palo Santo, distribué en Europe par les soins de Fargo depuis mai 2006.

Chronique

18 / 20
3 commentaires (16.5/20).
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Palo Santo ( 2006 )

  Quatrième album en six ans à peine pour le projet parallèle du duo Meiburg/Sheff, et voilà que Shearwater, avec Palo Santo, franchit un cap décisif au gré d’un indie rock définitivement aux antipodes de son aride berceau qu’est le Texas. Une curiosité géographique qui a déjà porté ses fruits au milieu des années 90 avec les mélancoliques hawaïens de Chokebore, comparaison finalement loin d’être hasardeuse tant le travail de composition est ici précieux une fois encore.

  On le doit sans conteste au jeune Jonathan Meiburg qui signe les onze titres d’un Palo Santo dont la sophistication fascine, rock-synthèse sagace, et surtout personnelle des arcanes 60’s et 70’s dans lesquelles blues et folk occupaient alors des places prépondérantes. Le songwriter annonce la couleur dès l’entame de La Dame et la Licorne avec cette poussée déchirante comme savait les lancer feu Jeff Buckley au milieu de nulle part, accompagné en outre par un sobre piano qui devient céleste sous la délicate impulsion du batteur Thor Harris, alias l’homme des bois. Le chant sera à l’image de ce titre au fil du disque, grand, passant aussi bien de l’intimité aigue au cri fiévreux, mais heureusement dénué de toute jérémiade ingrate.
  Les six cordes indiquent également la marche à suivre sur des ballades mid-tempo très enlevées, usant de l’arpège cristallin comme du lourd riff blues sorti de sa torpeur (White Waves), ou fluctuant avec majesté entre retenue et détermination (Hail, Mary). De plus, Shearwater est à l’aise dans tous les compartiments rythmiques que ce soit la folie pop légère d’un Red Sea, Black Sea évoquant Talking Heads, le piano frénétique de Seventy Four, Seventy Five à l’esprit très Bowie, le potentiel mélodique des Beatles sur Johnny Viola, mais aussi l’évanescent Going Is Song rappelant un certain The Tourist de Radiohead.

  Cette fraîcheur impérissable émanant du disque est, par ailleurs, loin d’être atténuée par les perles folk que délivrent Shearwater. Elles se placent en dignes héritières de l’œuvre acoustique de Nick Drake (les éclatants Nobody et Sing, Little Birdie) et bénéficient grandement, comme tous les morceaux de l’album, des arrangements du multi-instrumentiste Howard Draper (le vertigineux Palo Santo). Une orchestration qui n’est pas sans rappeler à nouveau Radiohead de par l’utilisation stylée et diffuse de cuivres, de violon, de piano, de banjo, de glockenspiel, sans oublier les prolixes orgues vintage Hammond, Mellotron et Rhodes.

  Shearwater accouche donc d’un album rare, alliant à la fois authenticité, pudeur, et songwriting de talent. Le groupe écarte toute dimension "revival" grâce à l'inscription remarquablement subtile du rock des années 60 et 70 dans la modernité, un caractère intemporel doublé de surcroît par un panache évident pour dépeindre des panoramas exquis, oniriques, qui fait simplement de Palo Santo l’une des plus éminentes sorties rock de 2006.

Ecouter : Seventy Four, Seventy Five sur la page MySpace du groupe.

A écouter : pour se laisser porter